LES PREMIERES ECOLES PROFESSIONNELLES II
Bonaparte venait de donner la formule qui est restée jusqu'à nos jours celle des écoles d'Arts et Métiers : tel est le nom que reçut aussitôt l'école de Compiègne, transférée en 1806 à Châlons, où elle est encore.
Quelques années plus tard, on ouvrait, à Beaupréau (1815), une seconde école d'Arts et Métiers, aujourd'hui transférée à Angers. L'année suivante, c'était le tour de l'École des mineurs de Saint- Étienne (1816), actuellement École nationale des mines.
Puis, attentive aux débuts de la grande industrie, la Restauration organise, en 1819, le Conservatoire des Arts et Métiers, que la Convention avait créé à Paris, en 1794, pour « conserver » les originaux des machines nouvelles et « pour expliquer la construction et l'emploi des outils et machines utiles aux arts et métiers ». La Restauration y ajoute une « haute école d'enseignement public et gratuit pour l'application des sciences aux arts industriels ». Trois chaires sont créées : celle d'économie industrielle est confiée à Jean-Baptiste Say; celle de chimie industrielle à Desormes ; celle de mécanique à Charles Dupin, ingénieur, ancien élève de l'École polytechnique. Dans sa leçon d'ouverture, Charles Dupin prononça ces paroles significatives : « On a regardé presque avec horreur et comme un progrès abominable l'idée de montrer à lire, à écrire et surtout à compter aux ouvriers.
Comme s'ils pouvaient devenir moins bons artisans en acquérant des moyens meilleurs de connaître ce qu'ils ont fait, ce qu'ils font et ce qu'ils ont à faire ! »
Le Conservatoire des Arts et Métiers est devenu, depuis, la Sorbonne de l'industrie. C'en est aussi le Musée national.
En 1829, des savants, dont le chimiste Dumas, réunissent un capital de 200.000 francs et fondent VÉcoh centrale des Arts et Manufactures, rivale de Polytechnique dans la formation des ingénieurs. Nationale en 1857, l'École centrale est aujourd'hui l'École normale supérieure de l'industrie.
Vers 1830, sous l'influence des polytechniciens, se propage, dans les grandes villes, l'idée de cours populaires sur les sciences appliquées à l'industrie. Bientôt, « plus de 50.000 artisans des villes maritimes, dit un rapport, suivent avec assiduité les cours, dont l'effet sera de substituer les leçons d'une théorie et d'une pratique éclairée aux procédés de la routine » (i).
Sous la monarchie de juillet apparaissent les premières écoles techniques primaires — celles qu'on avait créées jusqu'alors étant des écoles techniques, ou secondaires, ou supérieures.
C'est ainsi qu'en 183 1, la ville de Lyon, grâce
(i) Exposition de 1867, Rapport sur l'enseignement, groupe X.