‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 46 sur 69 · CREATION DE L ZXSEIGXEMEXT TECHNIQUE I · texte numérisé non relu

CREATION DE L ZXSEIGXEMEXT TECHNIQUE I

avaient créé des écoles d'apprentissage. La loi du II décembre 1880, sur les écoles manuelles d'apprentissage, les mit au compte de l'État (i).

Cette loi fut votée après des rapports alarmants de Nadaud à la Chambre et de Tolaift au Sénat.

Martin Nadaud disait, dans l'exposé des motifs de sa proposition de loi :

Les plaintes incessamment renouvelées des Chambres de commerce, celles non moins énergiques de nos grands industriels et de nos plus intelligents ouvriers établissent dune manière incontestable que l'apprentissage, tel qu'il a fonctionné et fonctionne encore de nos jours, est la cause principale de l'abaissement des connaissances pratiques dans nos divers ateliers et manufactures. Le mal est si grand que bientôt on n'entendra plus que ce cri : « Comment répondre aux nécessités créées par le développement de l'industrie ? »

Un rapport adressé au ministre de l'Instruction publique, par une commission spéciale, présidée par Tolain, conclut, quelques amiées après :

(i) Article premier. — Les écoles d'apprentissage fondées par les communes ou les départements pour développer, chez les jeunes gens qui se destinent aux professions manuelles, la dextérité nécessaire et les connaissances techniques, sont mises au nombre des établissements d'enseignement primaire public.

Les écoles publiques d'enseignement primaire complémentaire, dont le programme comprend des cours ou des classes d'enseignement professionnel, sont assimilées aux écoles manuelles d'apprentissage.

Il ne pourra être remédié à cette situation qu'en provoquant la création, dans les centres industriels, d'écoles professionnelles spéciales pour chaque branche d'industrie, pouvant remplacer, et même remplacer avec avantage, ce qu'était pour les jeunes gens l'apprentissage d'autrefois. L'utilité de la création de pareils établissements n'est plus d'ailleurs à démontrer. Nombre de villes industrielles l'ont reconnue et ont pris à cet égard une louable initiative. C'est ainsi qu'ont été fondés : à Paris, l'école municipale du boulevard de la Villette (Diderot) et l'école d'horlogerie ; à Reims, l'école municipale professionnelle, oix la teinture, la filature et le tissage occupent une place prépondérante ; à Nîmes, l'école-fabrique pour les tissus divers qui ont fait la fortune de la ville ; à Limoges, l'école de céramique ; à Douai, au Havre, les écoles d'apprentissage, etc.

A la suite de ce rapport, pour montrer aux communes la voie à suivre, pour servir de modèle aux écoles municipales à créer, le gouvernement décida par décrets (1881 et 1882) la création de trois écoles nationales professionnelles: à Vierzon, à Armentières et à Voiron.

Mais ces écoles-modèles n'étaient pas encore les écoles qu'il fallait. Elles n'étaient guère, en effet, d'après le décret de 1881, que des a écoles primaires supérieures préparatoires à l'apprentissage ».

La véritable loi constitutive de l'enseignement primaire technique en France est celle du 26 janvier 1802.

Cette loi a divisé en deux catégories les écoles s'occupant d'enseignement professionnel :

1° Les écoles primaires supérieures professionnelles, où l'enseignement technique, insuffisant, n'était qu'une « préparation » à l'apprentissage ;

2° Les écoles pratiques de commerce et d'industrie, véritables « écoles d'apprentissage », où dominait l'enseignement technique.

Les premières furent laissées au ministère de l'Instruction publique ; les secondes furent exclusivement rattachées au ministère du Commerce.

Bientôt, le décret du 22 février 1893, "" P^" modifié depuis, organisait leur fonctionnement, le recrutement du personnel enseignant, créait des certificats d'aptitude à la direction et au professorat, un « certificat d'études pratiques » pour les élèves, prévoyait des programmes nouveaux, laissait aux inspecteurs généraux de l'Université l'inspection de l'enseignement général, mais confirmait le décret du 17 mars 1888, qui avait confié l'inspection industrielle à des inspecteurs bénévoles départementaux de l'enseignement technique, établissait enfin, auprès de chaque école, un « conseil de perfectionnement » chargé, notamment, de placer les élèves et d'adapter l'enseignement de chaque établissement aux besoins particuliers de la région.

Cette adaptation, cette particularisation indispensables, mais contraires aux principes d'autorité

126 l'enseignement technique

et d'uniformité de rinstruction publique, l'entrée, au conseil de l'école, des industriels et des ouvriers des métiers intéressés, l'annonce de programmes nouveaux, tout cela indiquait la rupture avec les usages étouffants de la vieille Université et l'orientation très nette du ministère de l'Industrie vers la bonne voie pratique et industrielle.

Cette orientation ressort d'une circulaire ministérielle caractéristique (20 juin 1893) :

Les écoles pratiques diffèrent essentiellement des écoles primaires supérieures dans lesquelles une part est faite à l'enseignement professionnel et qui ont simplement pour objet la préparation à l'apprentissage. Pour éviter toute confusion, il importe de préciser le caractère des premières : elles sont destinées à former des employés de commerce et des ouvriers aptes à être immédiatement titilisés au comptoir et à l'atelier.

On ne saurait assurément contester les bienfaits de l'enseignement général : c'est une base solide, qui augmente la valeur de l'homme et rend plus profitables les connaissances professionnelles qu'il a acquises... Aussi ne s'agit-il pas de le proscrire de l'école pratique. Les élèves y recevront nécessairement un complément d'instruction primaire. Mais il convient de se préoccuper aussi des besoins du commerce et de l'industrie. Chaque jour, en effet, la lutte commerciale entre les peuples devient plus ardente et la difficulté des affaires plus grande. L'industrie a subi une transformation profonde : tout est sacrifié au but à atteindre, qui est de produire vite et à bon marché et, par suite de la division du travail et de l'emploi de la machine, l'apprentissage à l'atelier n'existe plus guère aujourd'hui

qu'à l'état d'exception. Jamais, cependant, en raison des changements fréquents qui doivent être apportés dans l'outillage, n'a été plus clairement démontrée la nécessité de posséder des ouvriers ayant des connaissances théoriques suffisantes et rompus à 4a pratique de l'atelier... C'est à l'école pratique qu'il appartient de remplir cette tâche.

Mais la loi de 1892 avait laissé les écoles nationales professionnelles et les écoles professionnelles de la ville de Paris sous la double autorité du ministre du Commerce et du ministre de l'Instruction publique, conformément au décret du 17 mars 1888. Lenteurs, flottement, dissentiments, rivalité, telles étaient les conséquences de ce condominitim.

On résolut d'y mettre fin, et, en 1900, les écoles nationales professionnelles (lor du 13 avril) et les écoles professionnelles de la ville de Paris (loi du 2y décembre) furent exclusivement rattachées au ministère du Commerce. Ces écoles échappaient à la décadence qui les guettait, et l'enseignement technique était définitivement créé.

Les écoles techniques

Les écoles du ministère du Commerce comprennent aujourd'hui : les écoles pratiques ; — les écoles nationales ; — les écoles professionnelles de Paris.

128 l'enseignement technique

1° Les écoles pratiques sont au nombre de plus de 60; elles se subdivisent en (i) :

15 écoles pratiques d'industrie (garçons) : à la rentrée du i*"" octobre 1907 (2), le nombre des élèves-apprentis de ces 15 écoles atteignait 2.621 ;

34 écoles pratiques de commerce et d'industrie (garçons) : 6. 11 9 élèves, non compris ceux de trois écoles ouvertes en 1908;

II écoles pratiques de commerce et d'industrie (filles) : 2.678 élèves, non compris celles d'une école ouverte en 1908.

L'enseignement des écoles pratiques est gratuit. Le régime normal est l'externat. Quelques écoles sont pourvues d'un internat pour les élèves éloignés. Pour être admis à l'école pratique, l'enfant doit avoir douze ans au moins. S'il n'a pas encore 13 ans, on exige son certificat d'études. Passé l'âge de 13 ans, il lui suffit de justifier qu'il a accompli l'obligation scolaire primaire. Tous les élèves passent un « examen d'entrée » sur les matières du certificat d'études. Grâce à la faveur dont jouissent ces écoles, il y a souvent plus de candidats qu'elles ne peuvent recevoir d'élèves ; alors l'examen se transforme en concours.

La durée de l'apprentissage est de trois ans. Beaucoup d'écoles ont organisé une section prépa-

(i) Voir la liste de ces soixante écoles à l'annexe A. (2) Bulletin de l'Enseignement technique, 21 déc. 1907.

ratoire aux Arts et Métiers, qui correspond souvent à une « quatrième année ».

Pour permettre aux familles pauvres de laisser leur fils pendant trois ans à l'école, où il ne gagne rien, des bourses d'apprentissage peuvent être accordées par l'État, les départements ou la commune.

2° Les écoles nationales professionnelles, au nombre de 4, sont celles de Voiron (Isère), fondée en 1886, Armentières (Nord), Vierzon (Cher), ouvertes en 1887, et Nantes (1898). Ce sont exclusivement des écoles d'industrie.

Au i*"" octobre 1907, elles avaient un effectif de 1.473 élèves : Armentières, 431 ; Vierzon, 374 ; \^oiron, 363 ; Nantes, 305.

Mêmes conditions d'entrée et à peu près mêmes programmes et même organisation que les écoles pratiques. Seulement lèiir recrutement est régional au lieu d'être municipal. Comme les élèves viennent souvent de loin, toutes quatre ont un internat. Les 9/10 des élèves sont des internes. La pension varie de 500 à 600 francs.

Ces écoles sont dites « nationales », car toutes leurs dépenses sont à la charge de l'État, tandis que les dépenses des écoles pratiques (bâtiments, matériel, traitements des contremaîtres, indemnités aux professeurs payés par l'État, etc.) sont à la charge des communes.

Les écoles nationales ont toutes une « quatrième année », pendant laquelle les élèves se spécialisent davantage ou achèvent leur préparation aux Arts et Métiers. Deux d'entre elles, Armentières et Voiron, ont remplacé l'ancienne école primaire annexe par une « section préparatoire » qui « prépare » les élèves au concours d'entrée à l'École nationale.

A ces quatre écoles, il faut joindre, non pas les cinq écoles « nationales » d'Arts et Métiers (Châlons, Angers, Aix, Cluny, Lille (i), qui sont du degré secondaire (2), mais trois autres écoles nationales du degré technique primaire supérieur, savoir :

l'école nationale d'aprentissage de Dellys (Algérie), ouverte en 1879 ;

et les deux écoles nationales d'horlogerie de Cluses ((1848) (3) et Besançon (municipale, 1862); nationale, 1891). •

(i) Une sixième école d'Arts et Métiers se construit à Paris.

(2) Le décret du 22 octobre 1907 a créé un diplôme d'« ingénieur des Écoles d'Arts et Métiers ».

(3) L'École royale d'horlogerie de Cluses avant été fondée en 1848 par le roi de Sardaigne, duc de Savoie. Quand la Savoie fut annexée à la France (1860), il fut entendu que le gouvernement français conserverait l'école de Cluses (Haute- Savoie). Elle fut réorganisée par un décret impérial de 1863 et reconstruite sous la République.

LES ECOLES TECHXIQUES I3I

Les écoles d'horlogerie forment des fabricants, des commerçants, des chefs d'ateliers, des ouvriers capables de construire des mécanismes de haute précision. Trois ans d'apprentissage.

L'école de Dellys forme des ouvriers habiles, français ou indigènes, pour les principaux métiers qui travaillent le fer et le bois. Entrée après concours, de 14 à 17 ans. Trois ans d'apprentissage.

3° Écoles professionnelles de Paris. — La ville de Paris possède, pour ses industries caractéristiques, six écoles professionnelles de garçons, ayant chacune un caractère spécial :

l'école Diderot (1873), pour les divers métiers qui travaillent le bois et le fer ;

l'école Germain-Pilon (1883), pour les arts décoratifs et leurs applications aux différents métiers de l'industrie parisienne, principalement l'ameublement ;

l'école Bernard-Palissy (1883), qui a pour but de former des ouvriers artistes, habiles dans certaines industries d'art telles que : céramique, sculpture (sur bois, pierre ou marbre), dessins pour étoffes, peinture décorative ;

l'école Boulle (1886), qui forme des ouvriers capables de conserver les traditions de goiît et la supériorité de l'industrie « bien parisienne » de l'ameublement artistique ; deux sections : section du meuble (ébénisterie, tapisserie, sculpture sur

bois, menuiserie en sièges) et section du métal (ciselure et gravure dans leurs applications à l'ameublement, aux bronzes d'art, à l'orfèvrerie, à la bijouterie, à la joaillerie) ;

l'école Dorian (1886) : menuiserie, arpentage et petite mécanique, tournage sur métaux, forge et ferronnerie artistique ;

l'école Estienne (1889) : arts et industries du livre, typographie, gravure, lithographie, photogravure, reliure, etc.

La ville de Paris a ouvert également huit écoles professionnelles et ménagères pour les jeunes filles, avec des cours de couture, coupe, lingerie, broderie, repassage, corsets, gilets, fîeurs, dessin industriel, etc., en général le vêtement et les principaux métiers féminins, sans oublier la sténographie, la comptabilité.

Comme dans les écoles pratiques de province, l'apprentissage, dans les écoles professionnelles de Paris, dure normalement trois ans, l'enseignement est gratuit, l'entrée a lieu de 13 à 15 ans, avec le certificat d'études, après concours. Population scolaire d'environ 3.200 élèves.

Toutes les écoles techniques ne sont pas rattachées au ministère du Commerce.

Au ministère de la Marine, voici des écoles de pilotes, de timoniers, de gabiers, de chaufïe, de voilerie, pour les apprentis marins. Voici les ré-

centes (1899) écoles d'enseignement technique des pêches maritimes (BouIogne-sur-Mer, Dieppe, La Rochelle, Marseille, etc.).

Voici l'école des mousses, de Brest, dont une section prépare aux écoles des mécaniciens de la flotte. Il y a une école de mécaniciens dans chaque port militaire ; sont admis, de 16 à 24 ans, dans ces écoles techniques supérieures, ceux qui ont exercé les professions d'ajusteurs, forgerons, serruriers, etc., et les élèves des écoles professionnelles.

\'oici les « écoles de maistrance » :

1° supérieure : à Brest, pour les ouvriers et chefs ouvriers des arsenaux, qui y entrent après concours : quatorze mois d'enseignement, spécial aux constructions navales ;

2° secondaires : une dans chaque port militaire, pour les ouvriers de 3* classe ; treize mois d'études pratiques ; une section pour les charpentiers de navires, une pour les mécaniciens.

Quant aux écoles qui dépendent du ministère des Travaux publics, ce sont des écoles supérieures qui ne font pas seulement mais parfont l'apprentissage. Tel est le cas des deux écoles des maîtres mineurs d'Alais et de Douai, auxquelles il faut ajouter l'École nationale des mines (de Saint- Étienne) et l'École supérieure des mines (de Paris).

On cite quelquefois parmi les écoles professionnelles les écoles primaires supérieures relevant du ministère de l'Instruction publique. C'est une

erreur. Leurs travaux manuels sont insuffisants : ils ne font pas l'apprentissage, ils y préparent seulement. D'ailleurs, il y a actuellement tendance, sous l'influence des municipalités, mais malgré l'administration de l'instruction publique, à transformer les écoles primaires supérieures en écoles pratiques de commerce et d'industrie (i).

Ecoles départementales et municipales

D'autres écoles professionnelles publiques ont un caractère départemental ou municipal.

Les écoles départementales sont encore rares. Il en existe cependant au moins trois :

l'école d'apprentissage d'Angoulême (1891) : école primaire supérieure (par l'enseignement général) doublée d'une école industrielle (menuiserie, modelage, ajustage, forge, tour) ;

l'école professionnelle et ménagère d'Yzeure (Allier), pour les pupilles de l'Assistance publique :

(i) Si nous n'avions pour objet exclusif l'apprentissage industriel, il faudrait citer ici les trente-cinq écoles pratiques d'agriculture, les trois écoles nationales d'agriculture (Grignon, Rennes, Montpellier) et une multitude d'écoles spéciales qui dépendent du ministère de l'Agriculture : deux écoles pratiques d'irrigation et de drainage, quatre écoles spéciales de viticulture, l'École nationale d'industrie laitière de Mamirolle (Doubs), des écoles de laiterie, de fromagerie, d'aviculture etc.

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