APPRENTIS SORTANTS I
les conversations, les discussions, les publications :
A l'école Dorian, écrit un membre de l'Union corporative des Ouvriers mécaniciens, il y a trois ans, on enseignait encore le travail de la mécanique avec des procédés et un outillage des plus primitifs. Les professeurs, vieux ouvriers sans connaissances techniques et ignorants des progrès qui ont bouleversé complètement la production dans les usines, étaient absolument au-dessous de leur tâche. Les jeunes gens placés dans cette école perdaient leur temps... Du reste il est prouvé que les élèves de ces écoles (Dorian et Diderot) ont jusqu'à présent été inférieurs aux apprentis de l'industrie et qu'une grande partie, une fois l'apprentissage fini, abandonnent le métier. Beaucoup d'industriels recrutent leurs contremaîtres parmi les anciens élèves, dont nos camarades ont pu apprécier, en même temps que l'insuffisance professionnelle, l'entier dévouement au patronat et la haine des syndiqués (i).
Le secrétaire-adjoint de la section des Bourses à la Confédération Générale du Travail va jusqu'à dire que les élèves des écoles d'industrie — l'auteur vise surtout l'école Diderot — sont « à peu près nuls » et que « l'enseignement professionnel a, depuis longtemps, fait faillite ». Et il « ne craint pas d'ajouter que c'est rendre un mauvais service à un jeune homme que de lui faire perdre — ou à peu près — trois ou quatre années de sa jeu-
Ci) A. Lauche, « Enquête ouvrière sur la crise de l'app. », Mouv. soc, n" de mai 1908.
liesse dans une de ces écoles professionnelles » (i).
Qu'y a-t-il de vrai dans ces appréciations sévères ?
Écartons d'abord la « nullité » des apprentis sortants et la « faillite » de l'enseignement professionnel: l'auteur cède évidemment au parti-pris du libertaire contre toute œuvre d'État. Un peu, et même beaucoup de défiance à l'égard de l'État rapproche de la sagesse et de la vérité ; trop de défiance en éloigne- Mais s'il faut écarter la prétendue nullité et la prétendue faillite, il faut concéder trois choses :
1° qu'il y a de mauvais apprentis dans les écoles professionnelles comme il y en a de mauvais dans les ateliers patronaux ;
2° que certains anciens élèves d'écoles professionnelles (pas tous), en devenant contremaîtres, deviennent, malheureusement, selon le mot de Jules Guesde, des « contre-ouvriers » ;
3° qu'en général les apprentis qui sortent des écoles ne vont pas assez vite et ne produisent pas assez au début de leur entrée dans l'industrie.
Ce dernier cas était prévu. On lit, en effet, dans les instructions ministérielles de 1904 :
Si l'école donne à l'élève les connaissances théoriques et pratiques de son art, à l'atelier seulement il
(i) Paul DelesallEj Id., ibid., 11° d'avril 1908.