APPRENTIS SORTANTS I
apprendra à produire. C'est donc comme petit ouvrier qu'il entrera à l'atelier pour parcourir cette seconde étape qui complétera son apprentissage. Alors l'enseignement technique portera ses fruits en permettant à ce demi-ouvrier d'appliquer les théories enseignées, en se rendant un compte exact des procédés divers employés dans l'industrie pour l'exécution des travaux multiples auxquels il collaborera, travaux sur lesquels l'école ne pouvait lui fournir que des données générales.
Au Conseil supérieur de l'enseignement technique, session de 1907, un chef d'atelier d'école technique confirmant cette prévision, disait :
Il faut au moins cinq ou six mois à un élève qui sort d'une école pratique pour égaler un apprenti au point de vue du rendement matériel. Je l'ai entendu dire par des industriels, directeurs, ingénieurs de l'Est, de l'Ouest et du Xord (i).
A quoi M. Dubois, député, avec son expérience de 40 ans de travail, dont 12 ans d'enseignement industriel, répondait — montrant enfin le beau côté de la médaille scolaire :
Le but de l'enseignement professionnel ne saurait être de faire des spécialistes. Les élèves qui ont reçu un enseignement méthodique, scientifique, rationnel, progressif, à qui on a donné un ensemble de connaissances générales, ne peuvent pas entrer en concurrence
(i) Bullet. de l'Ens. techn., 21 mars- 1908.
avec des apprentis spécialisés. Mais en revanche, bien mieux qu'eux ils sont prêts à s'adapter à l'ensemble de la profession. Ce qui n'est pas discutable, c'est qu'après un peu de pratique, il n'y a plus de comparaison possible ; c'est l'écrasement complet du malheureux apprenti qui n'a pas eu la bonne fortune de recevoir un enseignement scientifique (i).
II en va bien ainsi : au début, les élèves sortants sont inférieurs en habileté manuelle aux apprentis de l'industrie ; mais peu de temps après, les anciens élèves dépassent en général les apprentis.
Aussi les deux tiers des avis formulés au cours de l'Enquête de 1902 sont-ils favorables aux anciens élèves des écoles professionnelles. On apprécie beaucoup l'instruction théorique jointe à leur habileté pratique déjà grande. Une Chambre de commerce observe que les écoles professionnelles rendent plus de service à l'industrie que l'apprentissage ordinaire. Une autre dit que les écoles professionnelles sont « indispensables » aux industries soumises aux variations de la mode. Beaucoup de réponses expriment le désir de voir former des apprentis dans les écoles professionnelles.
On pourrait donc appliquer à toutes les écoles d'industrie ce que le monographiste de l'école de Saint-Étienne disait en 1900 :
Le placement des élèves s'est fait, jusqu'à ce jour,
(i) Id., ibid.