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20 ans, visiteur de tissus à Paris, 200 francs ; — lin de 24 ans, sous-directeur de tissage à Halluin (Nord) : 200 francs ; — un de 25 ans, dessinateur aux établissements Cail, à Douai : 225 francs, etc. — puis un de 20 ans — mais celui-là est une exception — qui gagnait 700 francs par mois comme directeur de station électrique à Mexico.
Voilà — n'est-il point vrai ? — des chiffres qui plaident avec une remarquable éloquence la cause des écoles d'industrie.
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Car les écoles pratiques ont été attaquées. M. Massé, député, écrivait, en 1905, dans son rapport sur le budget de l'instruction publique :
Il est malheureusement exact que dans bien des cas les écoles professionnelles et techniques dépendant du Ministère du Commerce et de l'Industrie ne répondent pas aux besoins du pays...
... Trop souvent aussi ces écoles ne correspondent point aux nécessités de la région où elles sont établies. Il s'ensuit que dans bien des cas elles font autant de déclassés que de bons ouvriers...
... Il est permis, dans ces conditions, de se demander si pour tous ces jeunes gens une culture générale plus complète, des connaissances professionnelles moins spéciales, les rendant aptes à différents métiers, ne constitueraient pas un réel avantage. Cette culture
générale plus complète, ces connaissances professionnelles moins spéciales, seule l'école primaire supérieure est susceptible de les leur assurer parce que son personnel, formé tout autrement que celui qui dépend du Ministère du Commerce, a davantage le souci des études désintéressées...
Les « études désintéressées » ! On reconnaît bien là le langage séculaire de l'Université classique et bourgeoise. La bourgeoisie, en effet, peut faire faire à ses enfants des études « désintéressées ». Mais le peuple, lui, qui est tous les jours aux prises avec le chômage, la maladie, la pauvreté ou la misère, qui est obligé de travailler dur pour vivre mal, l'immense peuple ouvrier ne peut pas faire d'études « désintéressées ».
Qu'est-ce que ces études désintéressées ? Si l'on désigne par cette expression obscure les études qui doivent apprendre à penser, but suprême de la Kultur, alors on méconnaît — ce qui est grave quand on prétend être « cultivé » — toute la valeur intellectuelle du métier, de l'industrie, des études techniques. « Dans les écoles classiques — a dit justement un ancien directeur de l'Institut de technologie de Boston — il n'y a pas de chance de développement pour les jeunes gens de perception aiguë, habiles dans les manipulations, corrects dans l'interprétation des phénomènes, mais rebelles aux choses de mémoire et au rendu des opinions et constatations des autres. Ces écoles satisfont moins
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encore ceux qui, en raison de la lenteur de pensée, de la paresse de la mémoire des mots, sont inaptes à la gymnastique intellectuelle ordinaire. Ceux qu'on range, avec une facilité pédagogique par trop sommaire, parmi les arriérés, sont parfois plus normaux que les aigles des classes. L'enseignement de classe ne met en activité qu'un nombre limité de facultés (i). »
Les écoles d'industrie ne forment pas de petits pédants prétentieux, barbouillés de latin. Mais leur méthode d'observation précise, d'adaptation au milieu, de convergence intellectuelle, en un mot : d'approfondissement, est encore la meilleure méthode de discipline mentale. Elle s'oppose aux méthodes primaire, primaire supérieure et secondaire qui prétendent donner des « clartés de tout », mais perdent en profondeur ce qu'elles gagnent en étendue, et finissent trop souvent par répandre l'obscurité sur tout. Grâce à sa méthode, l'enseignement technique, même celui du premier degré, est un enseignement « supérieur », et l'Université technique ne peut être comparée qu'aux Facultés de l'Université classique.
Ramener les écoles techniques sous le joug de l'Instruction publique serait donc, en réalité, les ramener en arrière.
Tel est le but, pourtant, que d'aucuns visent. Ils
(i) Cité par O. BuYSE, Méthodes américaines d'éducation.
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appellent cette opération : constituer le Ministère de r « Éducation nationale ». Ainsi, un autre rapporteur du budget de l'Instruction publique, M. Steeg, écrit dans la Revue Bleue (2 nov. 1907) :
Nulle part le mouvement de croissance et de complication des services d'enseignement dans les grandes administrations de l'État n'a été plus sensible qu'au Ministère du Commerce. Là, on assiste à la substitution d'un bureau à un employé, d'une direction à un bureau. Les professeurs, les inspecteurs, les inspecteurs généraux se multiplient. Chaque année voit grossir le budget du Ministère du Commerce, qui se défend contre les amputations qu'on lui a fait subir en grossissant sa direction de l'enseignement. C'est toute une université qui s'est ainsi rapidement constituée...
Ne serait-il pas nécessaire de soumettre à la direction d'une administration supérieure unique les divers établissements d'enseignement qui, malgré leur caractère spécial, leur objet particulier, leurs méthodes, parfois peut-être originales, ne sont que des parties distinctes, isolées et même dans certains cas malencontreusement opposées du vaste service de l'éducation nationale ?...
Si l'on veut obtenir un contrôle réel des crédits consentis par le Parlement pour l'instruction publique à ses divers degrés et dans ses multiples domaines, il est indispensable de rattacher la variété des enseignements techniques ou spéciaux à un seul Ministère qui pourrait prendre le titre compréhensif et glorieux de Ministère de l'Éducation nationale.
On reconnaît encore ici la voix de l'Université qui ne peut se consoler d'avoir perdu les écoles pro-
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fessionnelles et qui rappelle ses enfants égarés dans les « humanités techniques ». Malheureux enfants qui sont allés se perdre au pays des « hommes pratiques » au lieu de courir se jeter dans les bras de « pédagogues distingués » !
Oui, au lieu de rester chez les Secondaires, c'està-dire les « Anciens » — qui n'ont peut-être jamais mis le pied dans un atelier, ne savent peut-être pas ce qu'est une machine-outil, mais qui, en revanche, professent un aristocratique dédain pour les métiers manuels (i), et manifestent un respect religieux pour les parchemins, une soumission absolue au verbalisme, à la hiérarchie et à l'Administration — les écoles pratiques, pour ne pas être étouffées sous le poids de ces vieilles choses, se sont réfugiées chez les « Modernes », au ministère « neuf, libre.
(i) Le Bulletin de l'Association française pour le développement de l'Enseignement technique (juillet 1908) raconte « un fait typique » : « Un professeur de collège avait le soin, dans son cours d'arithmétique, d'indiquer à ses élèves, à propos de chaque unité secondaire du système métrique, quelles en sont les applications industrielles. Cette méthode d'enseignement valut à l'audacieux, de la part de ses supérieurs, cette observ^ation d'un modernisme raffiné : « La « logique la plus élémentaire ne permet pas.de comprendre « comment, à propos de système métrique, un professeur « peut être appelé à parler de machines à vapeur. » — Ce professeur est évidemment tout désigné pour l'enseignement technique, car il ignore les vertus de l'arithmétique désintéressée...
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hardi » (i) du commerce et de l'industrie. Rejoindre l'Instruction publique, ce serait, pour elles, retourner au royaume de l'incompétence. Rester au Commerce, ou peut-être mieux encore aller au Travail, c'est vivre dans la seule atmosphère respirable : celle de l'Université technique.
Une guerre scolaire
Ce fut d'abord un duel courtois entre les deux ministères. Maintenant c'est une querelle vive : les Anciens veulent s'emparer des écoles techniques et les Modernes veulent transformer les écoles primaires supérieures. C'est la guerre. Oui a commencé ? On ne saurait le dire. Peut-être les deux ensemble...
Toujours est-il que le combat n'est pas près de finir faute de combattants. Tous les jours, les belligérants recrutent des troupes nouvelles et cette petite guerre ne manque point d'attrait pour le spectateur. La bataille dure depuis dix ans. Elle fait aujourd'hui beaucoup de bruit... pour rien. Ce-
(i) Expression de deux professeurs de l'Instruction publique. V. Pages libres, n" 384 du 9 mai 1908. — Ce que nous disons de l'esprit secondaire, qui préside aux destinées de l'Instruction publique, s"entend des administrateurs trop souvent bornés et non des professeurs très souvent distingués.