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pendant — les adversaires allant chercher mainforte — elle a suscité des conférences, des articles, des brochures, des livres, des rapports et des discours parlementaires (i). Elle a fait quelques victimes. Et ces victimes se trouvent dans le camp des écoles primaires supérieures, vieux combattants mal armés, mal commandés, affaiblis par l'âge et la désertion.
Quelques écoles primaires supérieures, en effet, ont passé à l'ennemi. Une petite révolution intérieure — outillage sérieux, nouveaux programmes, nouvelle méthode — les a transformées en écoles pratiques. Les autres résistent, mais beaucoup sont menacée?. Pourquoi ?
(i) Conférence du 12 décembre 1907, aux Sociétés savantes, sur VÉducation du XX* siècle (la question des E, P. S.), par M. îilodeste Leroy, député, président de l'Association française pour le développement de l'Enseignement technique. — Livre de M. René Leblanc, inspecteur général de l'Instruction publique, sur La Réforme des Écoles primaires supérieures. — Polémique entre M. Modeste Leroy et M. René Leblanc au sujet de la conférence et du livre. — Articles nombreux dans les quotidiens, dans les périodiques : Manuel général de l'Instruction primaire ; Bulletin de l'Association pour le développement de l'Enseignement technique; Revue bleue (2 nov. 1907) ; Revue politique et parlementaire (mai 1908); Revue internationale de l'Enseignement (avril 1908); Bulletin de l'Enseignement primaire supérieur : brochure spéciale pour la « défense des écoles primaires supérieures » ; Pages libres (9 mai 1908); Bulletin de Saint-Cloud (organe de l'Amicale des Anciens Elèves de l'Ecole normale supérieure
Enseignement primaire), etc.
i6o l'apprentissage a l'école
Parce que les écoles primaires supérieures ne sont pas des écoles professionnelles et ne répondent pas aux besoins des grandes villes ni des centres industriels. Sur une population scolaire de 46.000 élèves, 40.000 appartiennent à la « section générale » préparatoire aux fonctions publiques et 6.000 seulement aux « sections professionnelles » (agricole, industrielle, commerciale) : 87 0/0 d'un côté, 13 0/0 de l'autre.
Ces chiffres suffiraient à établir que les écoles primaires supérieures sont des manufactures de brevets et non des écoles d'industrie, de commerce ou d'agriculture. Ce sont les chiffres mêmes que donne un champion des écoles primaires supérieures, M. René Leblanc, inspecteur général de l'instruction publique, dans son livre sur La Réforme des écoles primaires supérieures (i).
(i) Et cependant, quelles protestations dans le clan des E. P. S., lorsque M. Modeste Leroy déclara (Conférence du 12 déc. 1907) que 85 p. 100 des élèves des écoles primaires supérieures se dirigent vers les fonctions ! Dans un article du Manuel général (18 janvier 1908), M. Leblanc a traité de « calomnie » cette « affirmation mensongère ». Or, l'exemple était tiré de l'E. P. S. de Fournes (Nord). M. Leroy avait-il généralisé à tort ? Le Manuel général (du 22 février 1908) affirmait, par la plume d'un ancien professeur d'E. P. S., que sur cent cinquante élèves de son école, cent quarante étaient candidats aux fonctions. Tous n'y entrent pas, car tous ne réussissent pas. Alors les « ratés », en désespoir de cause, se tournent vers le commerce et l'industrie. Il entre donc plus de 15 p. 100 des élèves des E.' P. S. dans le
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De l'avis même de leurs défenseurs, ces écoles doivent donc être « réformées ». Réformées parce qu'elles donnent un enseignement encyclopédique et superficiel qui prépare à tout en général et à rien en particulier. Réformées parce qu'elles n'ont à leur programme que 8 heures de travaux manuels par semaine alors qu'il y en a de 22 à 30 dans celui des écoles pratiques. Réformées enfin parce que, faute de crédits ou faute de direction industrielle compétente, elles n'ont qu'un outillage rudimentaire, absolument insuffisant pour préparer des apprentis « immédiatement utilisables dans l'industrie ».
Dans son ouvrage, d'ailleurs remarquable, M. R. Leblanc reconnaît le bien fondé de ces critiques :
commerce et l'industrie, mais avec quelle préparation ? Un inspecteur général de l'Instruction publique a découvert (Revue politique et parlementaire, mai 1908) que deux tiers entraient dans le commerce et l'industrie, un tiers dans l'agriculture et un tiers de 15 p. 100 dans les fonctions publiques. Ce qui fait quatre tiers dans une unité ! Et un tiers de 15 p. 100 au lieu de 33 p. 100. Telle est l'arithmétique « désintéressée » de ceux que le jeu de la politique et du hasard a faits inspecteurs généraux de l'Instruction primaire. Il faut rappeler ici ce mot de M. André Balz : « C'est l'inspection générale de l'enseignement primaire qui a été le point de mire des arrivistes. On y a introduit des gens qui n'avaient jamais mis le pied dans une école ; celui-ci parce qu'il avait été blackboulé dans sa circonscription électorale, celui-là parce qu'il avait noirci pendant quelques mois un certain nombre d'enveloppes dans le cabinet d'un ministre de passage. » (Manuel général de l'Instruction primaire, 4 avril 1908.)
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A l'école supérieure, les travaux pratiques sont considérés comme un accessoire qu'on peut négliger et même supprimer (p. 24).
Les renseignements statistiques sur la destination des élèves, à leur sortie des écoles primaires supérieures de garçons, démontrent que la grande majorité d'entre eux n'a reçu aucune préparation spéciale au métier qui sera plus tard l'unique gagne-pain (p. 32).
L'école primaire supérieure n'a jamais eu la prétention, et elle ne peut l'avoir, de faire l'apprentissage d'un métier déterminé, en un mot, de faire des ouvriers..., mais seulement d'assurer une solide préparation à l'apprentissage (p. 38).
Oui, ce serait un excellent système que d'assurer à l'école primaire supérieure, de 12 à 15 ans, la « préparation à l'apprentissage » et, ce que ne dit pas M. Leblanc, de faire ensuite cet apprentissage, de 15 à 18 ans, à l'école pratique. Mais ce n'est encore qu'un rêve ; l'organisation sociale s'oppose présentement à sa réalisation, car la famille ouvrière ne peut entretenir jusqu'à 18 ans l'enfant sans salaire.
Il est donc bien prouvé que les écoles primaires supérieures ne sont pas des écoles professionnelles. S'ensuit-il qu'elles ne valent rien ? Parler ainsi serait injuste — injuste à l'égard des élèves, injuste à l'égard du personnel, aujourd'hui très cultivé. La réalité est moins sévère. Les E. P. S. ont fait trop de bien pour qu'on en dise tant de mal.
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Pendant vingt-cinq ans, au profit des enfants du peuple, grâce à leur gratuité et à leur manière de culture, les E. P. S. ont enlevé à la bourgeoisie le monopole des fonctions publiques. N'est-ce donc rien ?
On leur reproche de fabriquer des fonctionnaires. Reproche facile. C'est, dans la bourgeoisie, une mode déjà vieille et encouragée par le succès, que de crier contre le « fonctionnarisme ». Ceux qui crient sont ordinairement des personnages bien rentes. Ils ont beau jeu. En tous cas, s'il y a là un mal, ce ne sont pas les écoles primaires supérieures qui en sont la cause. Faites que le peuple goûte en travaillant le bien-être et l'indépendance, et ses enfants n'iront pas chercher dans les fonctions publiques une assurance contre l'insécurité du lendemain.
Si les écoles primaires supérieures ont rendu des -ervices, elles peuvent en rendre encore. Toute la population ne peut pas se précipiter dans la carrière commerciale et industrielle.
On ne peut, sans danger, supprimer complètement les écoles primaires supérieures que si l'on enlève aux classes riches ou aisées le privilège presque exclusif de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur. Le « lycée gratuit », ce n'est pas l'unique solution, mais c'est une solution du vaste problème de l'éducation nationale. Dans ce cas, les écoles primaires supérieures pourraient
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disparaître. Une partie de leur clientèle irait au lycée ou au collège ; l'autre partie irait, ou plutôt elle doit venir dès maintenant à l'école pratique de commerce et d'industrie.
Voilà sous quelles réserves et dans quelles conditions l'on peut dire qu'en beaucoup de cas, la meilleure « réforme » des écoles primaires supérieures est leur passage au ministère du commerce, leur transformation en écoles d'industrie.
Car l'école d'industrie répond à l'excellente définition qu'a donné de l'enseignement professionnel, l'im des créateurs de l'école primaire gratuite en France, M. Ferdinand Buisson :
L'enfant peut parfaitement acquérir les aptitudes pratiques qui font l'ouvrier, sans perdre, faute d'exercice, les aptitudes intellectuelles qui font l'homme. Pour concilier ces deux intérêts, il faut qu'un lieu lui soit ouvert qui sera, à la fois école et atelier, de moins en moins école, de plus en plus atelier, où il achèvera sa carrière d'écolier sans avoir perdu un seul jour pour sa carrière d'apprenti .