CHAPITRE VII
L'apprentissage à l'étranger
Avant d'exposer ce que devrait être l'apprentissage en France, jetons un coup d'œil sur ce qu'est l'apprentissage hors de France. Peut-être verronsnous des exemples à imiter. Peut-être l'apprentissage d'aujourd'hui chez nos voisins pourrait-il devenir chez nous l'apprentissage de demain.
Hors de France comme en France, l'apprentissage a été profondément modifié par le machinisme, la division du travail, la grande industrie, en un mot par la formidable révolution économique contemporaine.
Hors de France comme en France, il y a une « question », il y a une « crise » de l'apprentissage, question plus ou moins inquiétante, crise plus ou moins profonde. C'était inévitable. Tout se transforme. Pourquoi l'apprentissage à l'étranger auraitil échappé au vaste mouvement d'évolution qui entraîne le monde ? Le problème économique et social de l'apprentissage n'est pas un problème français, c'est un problème universel.
Hors de France comme en France, l'apprentissage se fait — quand il se fait — soit par l'atelier.
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soit par l'école, soit par une combinaison de l'atelier et de l'école, le travail pratique de l'usine étant prolongé, expliqué, « perfectionné » par les cours théoriques « de perfectionnement ».
Mais ce qu'on trouve hors de France et ce qu'on ne trouve pas en France, ce qui est nouveau, original, c'est l'apprentissage obligatoire : obligatoire pour les futurs ouvriers, obligatoire pour les patrons.
De ce point de vue, on distingue trois groupes de pays :
1° Les États, aujourd'hui les plus nombreux, où l'apprentissage est libre, où l'obligation de l'enseignement professionnel n'est pas encore admise. C'est à ce groupe qu'appartient la France. Elle y voisine avec l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, l'Italie, la Grèce, l'Espagne, le Portugal, les États- Unis.
2° Les États où l'apprentissage est obligatoire, où les apprentis sont obligés de suivre des « cours de perfectionnement », où les patrons sont obligés de leur accorder le temps nécessaire pour suivre ces cours et même de veiller à leur assiduité : canton de Vaud, Norvège, Danemark, Autriche-Hongrie, Allemagne.
3° Enfin le groupe intermédiaire des États où l'apprentissage est partiellement libre, partiellement obligatoire, où les patrons doivent laisser aux apprentis le temps et la liberté nécessaires pour
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suivre les cours professionnels. Tel est le cas de certains cantons suisses : Genève, Neufchâtel, etc.
Négligeons ce dernier groupe. Il reste deux systèmes : la liberté, l'obligation. La France applique le premier, l'Allemagne le second. Et l'Allemagne souffre moins que la France de la crise de l'apprentissage.
A ces deux systèmes légaux correspondent deux systèmes d'enseignement professionnel : au premier, l'enseignement professionnel par l'école (France. Angleterre, États-Unis) ; au second, l'apprentissage corporatif et les cours de perfectionnement (Allemagne, Autriche-Hongrie, etc.). Qassification générale qui n'exclut pas les exceptions : on pratique aussi l'apprentissage à l'atelier et aux cours professionnels dans les pays du groupe « liberté » (i), et l'apprentissage à l'école professionnelle dans les pays du groupe « obligation ». On a même pu écrire, au retour d'im voyage outre- Rhin : « Rien n'est plus divers que l'organisation de l'enseignement professiormel en Allemagne (2). »
(i) On trouvera dans le Bulletin de l'ens. techn., au ministère du Commerce, des études sur l'enseignement professionnel dans les divers pays du groupe a liberté ».
(2) Baudrillard, Rapport de la délégation nommée par le Conseil municipal de Paris pour l'étude de l'enseignement professionnel en Suisse, Autriche-Hongrie et- Allemagne (1905).
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L'obligation
De la liberté à l'obligation, la loi allemande a franchi trois étapes (i) :
1° Le Code industriel (1869-1878), dès les débuts du nouvel Empire, impose au patron (art. 120) l'obligation d'accorder, sur la journée de travail, aux apprentis qui en manifestent le désir, le temps et la liberté nécessaires pour assister aux cours de perfectionnement. Mais le patron n'est pas obligé de forcer ses apprentis à suivre les cours ni de surveiller leur assiduité. C'est donc la liberté pour l'apprenti, l'obligation conditionnelle pour l'industriel.
2° Il ne semble pas que beaucoup d'apprentis aient manifesté le désir d'ajouter la théorie à la pratique pour se « perfectionner ». Or l'Allemagne, jetée dans la fournaise industrielle par la formation de l'unité impériale, avait besoin d'ouvriers habiles pour regagner l'avance qu'avaient alors sur elle
(i) CoHENDY, prof, à la Fac. de Droit de Lyon, membre du Cons. sup. de l'ens. techn. : L'Enseignement professionnel obligatoire dans les pays étrangers.
TAngleterre et la France. Aussi le législateur allemand fit-il un pas de plus dans la voie de l'obligation.
La loi du i'^'" juin 1891, modifiant l'article 120 du Code industriel, donne aux divers États,' aux communes et aux associations de communes, le droit d'établir l'obligation absolue de l'enseignement professionnel pour les apprentis. Et la loi du 26 juillet 1897 précise cette obligation : « Le maître est tenu d'instruire l'apprenti dans tous les travaux de l'exploitation, de l'astreindre à suivre les cours d'une école professionnelle ou de perfectionnement et de veiller à ce qu'il les fréquente effectivement. »
Depuis le vote de ces deux lois, la plupart des États allemands, surtout ceux de l'Allemagne du Sud : la Bavière, le Wurtemberg, le Grand-Duché de Bade, la Saxe (i), etc., ont successivement établi chez eux la fréquentation obligatoire des cours professionnels commerciaux ou industriels (Forthildiingschiden).
3° Pourtant, certains États, et non des moindres, comme la Prusse, restaient réfractaires à l'obliga-
(i) En Saxe, notamment, depuis 1893, les enfants qui ont quitté l'école primaire et qui se destinent au commerce ou à l'industrie, sont obligés de fréquenter les Fortbildungschulen pendant trois ans, et au moins deux heures par semaine. Ces deux heures ne sont qu'un minimum : chaque commune peut imposer huit heures de cours par semaine aux apprentis. Au-delà de huit heures, la fréquentation n'est plus obligatoire.
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tion. A Berlin, par exemple, où il y a depuis longtemps un grand nombre d'écoles et de cours professionnels, les apprentis demeuraient libres de les fréquenter ou de ne pas les fréquenter. Ce que voyant, le législateur allemand fit encore un pas vers l'obligation de l'enseignement professionnel.
La loi du 30 juin 1900 a décidé que là oti il y a une école professionnelle ou une école de perfectionnement reconnue par l'État ou par la commune, la fréquentation en est obligatoire pour les apprentis ayant moins de 18 ans.
C'est en vertu de cette nouvelle loi sur l'apprentissage que l'obligation est appliquée à Berlin depuis 1905.
Ainsi, l'enseignement professionnel est obligatoire en Allemagne, d'abord dans les États et les communes qui ont organisé l'obligation, ensuite dans toutes les localités où fonctionne une école professionnelle reconnue par l'État ou l'autorité communale.
Assurément, ce n'est pas tout à fait là l'obligation absolue : il existe encore de nombreuses localités où l'apprentissage théorique n'est pas obligatoire. Mais on peut, sans témérité, prévoir le moment où l'Allemagne tout entière aura son enseignement professionnel obligatoire comme nous avons notre enseignement primaire obligatoire.
Tel est, du moins, le vœu unanime du grand com-
merce et de la grande industrie. C'est aussi le vœu et même la pratique des corporations.
Depuis longtemps, ces corporations (Inmingen) de la petite industrie, édition revue et corrigée des corporations de l'ancien régime, se sonf préoccupées de l'apprentissage et de l'enseignement technique. Elles n'ont pas attendu la loi de 1891 pour appliquer le principe de l'obligation : les patrons qui en font partie s'engagent à donner à leurs apprentis le temps nécessaire pour suivre les cours de perfectionnement et à les astreindre à une fréquentation régulière de ces cours. C'est ainsi qu'à Berlin les Inmingen obligent leurs apprentis à fréquenter les écoles de métiers qu'elles ont organisées.
Le mépris, par le patron, des obligations qui lui sont imposées relativement à l'instruction professionnelle des apprentis, est frappé de sanctions rigoureuses : 1° retrait temporaire, ou même permanent, du droit d'avoir des apprentis ; 2° résiliation du contrat d'apprentissage sur la demande de l'apprenti ; 3° amende jusqu'à 20 marks et, en cas d'insolvabilité, emprisonnement jusqu'à trois jours, pour chaque contravention.
Ces sanctions, et le développement considérable des néo-corporations, contribuent à l'acheminement de l'Allemagne vers l'obligation intégrale de l'enseignement professionnel (i).
(i) La loi hongroise, sur l'industrie, du 21 mai 1884, décide
Éft
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Les écoles professionnelles
L'importance considérable que le législateur et les industriels d'Allemagne accordent à l'enseignement technique a multiplié les écoles professionnelles. Elles sont d'une étonnante variété : il y en a pour confiseurs, pour coiffeurs et même pour ramoneurs de cheminées. Les unes sont aux États, les autres aux villes, beaucoup sont privées ; il y en a qui sont mixtes, subventionnées à la fois par les États ou les villes et les particuliers.
Malgré cette complexe diversité, on peut classer les écoles professionnelles allemandes en quatre catégories :
1° Les cours de perfectionnement (Fortbildung-
que le « patron est tenu d'instruire l'apprenti dans le métier qu'il exerce, de le former aux bonnes mœurs, à l'ordre et au travail » (on dirait un article des statuts corporatifs d'autrefois), « d'obliger l'apprenti à fréquenter l'école, et là où il existe une école d'apprentissage, de l'obliger à la fréquenter ». Sanctions analogues aux sanctions allemandes. La même loi oblige, dans toutes les communes oîi il y a au moins 50 apprentis, à organiser des cours spéciaux pour l'enseignement général et professionnel des apprentis. Parmi les ressources spéciales prévues par ladite loi figure un impôt spécial. Résultat : en 1900, il n'y avait plus qu'une vingtaine de communes qui n'étaient pas en règle avec la loi et 7 p. 100 seulement des apprentis ne fréquentaient pas les cours professionnels. (Rapport Jacquemart sur l'Ens. techn. à l'Exposit. de JÇOO.)
schulen). Ils ont lieu, le plus souvent, le soir ou le dimanche, quelquefois dans la journée (demitemps). Ce sont ces cours qui, en général, sont obligatoires de 14 à 18 ans. Rien qu'à Berlin, il y a 13 cours municipaux de perfectionnement. On y enseigne l'allemand, le français, l'anglais, le calcul, la géométrie, Talgèbre, la trigonométrie, la physique et la chimie, l'histoire et la géographie, le dessin industriel et le modelage, le change, le commerce et les marchandises, la calligraphie, la sténographie et la machine à écrire. En janvier 1904, ces cours étaient suivis par 11.635 élèves dont 9.056 apprentis. A la même date, tous les cours techniques du soir, à Berlin, étaient fréquentés par 32.259 auditeurs, dont 22.813 apprentis.
2° Les écoles d'ouvriers (Handwerkerschulen) , organisées par les corporations. Les unes ne sont que des cours du j'our, les autres sont analogues à nos écoles pratiques (Niedere Fachschulen). D'autres sont des cours du soir et du dimanche (cordonniers, selliers, forgerons, fumistes et ramoneurs, boulangers, tailleurs, potiers).
3° Les écoles techniques secondaires (Mittlere Fachschulen) comprenant les écoles de contremaîtres (Werkmeisterschulen) et autres technikums (i), où l'on forme des chefs d'ateliers, directeurs de
(i) F. Marotte, « Les écoles secondaires techniques en Allemagne », (Bull, de l'Etts. tcclui., 4 avril 1903).
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travaux, dessinateurs, joignant au savoir pratique des connaissances théoriques étendues. Pour y entrer, il faut avoir fait un stage de deux ou trois ans dans un atelier. L'école de Chemnitz (Saxe) exige trois ans d'atelier et dix-sept ans d'âge minimum. Les études sont théoriques, dirigées vers une spécialisation rigoureuse. Elles durent de un à trois ans. Il n'y a presque jamais d'ateliers. Ces écoles rappellent nos écoles d'arts et métiers.
4° Enfin, les écoles techniques supérieures (Hochschulen). Ce sont des écoles d'ingénieurs. Elles nous intéressent moins. Elles pratiquent la spécialisation à outrance, sont purement théoriques, n'ont pas d'ateliers.
Pas d'ateliers ! C'est la caractéristique générale des écoles techniques d'Allemagne. Là, le problème de l'enseignement professionnel « à l'école ou à l'atelier » a reçu une solution double : à l'école et à l'atelier ; à l'atelier, l'apprentissage normal ; à l'école ou dans les cours du soir, les éléments indispensables du savoir théorique. En France, l'école d'industrie remplace l'apprentissage ; en Allemagne, elle le complète, elle le « perfectionne ». On évite, le plus possible, d'enlever l'apprenti à l'atelier ; c'est pour cette raison que les « cours de perfectionnement » ont lieu surtout le soir et assez souvent le dimanche, pour cette raison aussi qu'on réduit fréquemment à un an et demi ou deux ans les études théoriques des écoles secondaires techni-
ques (i). L'apprentissage part de l'atelier et il y retourne sensiblement amélioré.
L'usine métallurgique de Berlin, qu-'a visitée M. Labbé (2), forme des constructeurs de machines-outils, des ajusteurs-monteurs d'organes de machines, des outilleurs, des tourneurs, des raboteurs et fraiseurs, des forgerons, des modeleurs, des mouleurs. Les apprentis pourraient commencer à 14 ans, au sortir de l'école primaire. Mais, de 14 à 16 ans, les enfants ne peuvent travailler que neuf heures coupées par deux repos. « Aussi, en raison des entraves que cette réglementation pourrait apporter à l'organisation du travail et à la production des ateliers, la maison Lœwe n'accepte-t-elle que
(i) Cependant, il y a actuellement tendance à abandonner le dimanche pour le consacrer tout entier au repos hebdomadaire ; de même il y a des cours dans la journée. — Il y a également tendance, à cause de la spécialisation industrielle, à rompre avec l'ancienne méthode, à pratiquer la méthode française des écoles d'industrie, c'est-à-dire à annexer aux cours des ateliers d'application. — Cf. G. DrON et E. Labbé, « Les cours obligatoires de perfectionnement professionnel en Allemagne ». (Bull, de l'Ass. franc, pour le développement de l'ens. tcchn., octobre 1908.)
(2) E. Labbé, ancien directeur àz l'école d'Armentières, inspecteur général de l'enseignement technique, « L'Apprentissage en Allemagne », d'après une visite aux établissements Ludwig Lœve et C*', à Berlin {Bull, de l'Ens. techn., 3 oct. 1903).
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des apprentis âgés d'au moins 16 ans; ceux-ci sont alors soumis au régime ordinaire des ouvriers. » Ils reçoivent même un salaire. L'apprentissage dure quatre ans pour les constructeurs de machinesoutils, trois ans pour les autres.
La maison ne réserve la « faveur de l'apprentissage » dans ses ateliers qu'aux jeunes gens qui suivent assidûment les cours du soir et du dimanche. Elle a créé une école d'application dont les cours, moralement obligatoires pour les apprentis, ont lieu le soir. On y enseigne la langue maternelle, le calcul pratique, la géométrie, l'algèbre, la comptabilité, la technologie et le dessin. Pas de professeurs spéciaux ; ce sont les ingénieurs et le chef de bureau des études qui font les cours.
« Ainsi, écrit M. Labbé, ces hommes, parvenus au sommet de la hiérarchie industrielle et préoccupés par des problèmes scientifiques et économiques très ardus, ne perdent pas un seul instant de vue la formation de leurs apprentis, et ils savent profiter de toutes les occasions pour la mener à bien. N'est-ce pas la meilleure constatation de l'importance attribuée à l'apprentissage rationnel et à l'enseignement professionnel ? »
Cette importance est telle que des documents de « dernière heure », sur l'enseignement professionnel en Allemagne, n'existent pas, ne peuvent pas exister. Tous les jours, en effet, des écoles se fon-
dent, d'autres changent de régime ; tous les jours, des villes, en vertu du Code industriel, établissent l'obligation des cours techniques pour les apprentis.
Quelques chiffres provisoires donneront une idée du développement de renseignement professionnel en Allemagne.
Rien qu'en Prusse, il y avait en 1903 : 22 écoles du bâtiment (dont les quatre semestres d'études peuvent être coupés par des travaux d'été ; — 19 écoles pour l'industrie métallurgique ; — 21 écoles de céramique, d'ouvriers et d'industrie d'art ; — 8 écoles d'industrie textile; — 1.169 cours de perfectionnement professionnel, dont 997 obligatoires ;
— 253 cours de perfectionnement commercial, etc.
— En tout, cette année-là, 223.405 élèves. Rien qu'à Berlin, il y avait :
i" Pour les apprentis : 13 cours municipaux de perfectionement (i" degré); — 4 cours municipaux de perfectionnement (2* degré) ; — les cours de perfectionnement de l'Union ouvrière; — 6 cours de perfectionnement commerciaux de la corporation des marchands; — 20 cours et écoles de corporations ; — 2 écoles d'ouvriers ; — 11 cours de la salle municipale industrielle,
2° Pour les jeunes ouvriers : des écoles d'ouvriers (cours du jour, du soir, du dimanche); — une école de mécanique ; — une école d'électrotechnique ; — une école de menuiserie-ébénisterie ; — des cours d'hiver (au moment du chômage) pour ouvriers du
178 l'apprentissage a l'étranger
bâtiment ; — une école du bâtiment pour maçons, charpentiers, couvreurs ; — une école de menuisiers-ébénistes ; — ime école de construction de machines ; — des ateliers de perfectionnement pour ouvriers.
En Saxe (i), où l'enseignement professionnel est très développé, on relevait, en 1902, parmi les établissements d'enseignement industriel : l'école technique de Chemnitz ; — 10 écoles du bâtiment (5 à l'État, 4 atix villes, i privée) ; — 3 Technikmns privés ; — 3 Technikums municipaux ; — des écoles textiles (11 cours du jour, 21 cours du soir, 28 écoles de dentelles) ; — 3 écoles d'industries métallurgiques ; — I école de tourneurs; — 3 écoles d'art industriel ; — 3 écoles industrielles municipales ; — 6 écoles d'industries diverses ; — des écoles spéciales du jour (surtout des écoles de corporations, 5.043 élèves) ; — de nombreux cours de
(i) Voir dans le Bulletin de l'Eus, techn. (27 déc. 1902), une étude très complète des écoles techniques et industrielles de Saxe, par le marquis d'Héricourt, consul général de France à Leipzig. — Il est intéressant d'y noter les corps de métiers à qui s'adressent les cours du soir saxons : auberr gistes, hôteliers et gens de service ; bateliers ; barbiers et coiffeurs ; bâtisse ; bouchers ; confiseurs ; cordonniers ; droguistes ; ferblantiers ; imprimeurs ; fabricants de jouets ; maréchaux et serruriers ; menuisiers, tourneurs et ouvriers travaillant le bois ; fabricants d'instruments de musique ; peintres ; ramoneurs ; relieurs et doreurs ; tailleurs ; tapissiers ; tisserands et passementiers.
perfectionnement (9.019 élèves) ; — des cours de dessin. — En tout, 26.983 élèves en 1902. « Le total des élèves qui ont suivi, en 1902, les cours de toutes sortes, industriels et commerciaux, de la Saxe, s'élèverait à près de 38.000, non compris les élèves des cours de perfectionnement généraux et des cours et des écoles d'agriculture. » (Rapport Baudrillard.)
Cette merveilleuse floraison de l'enseignement professionnel, c'est, pour qui connaît l'esprit des classes moyennes et des classes dirigeantes d'Allemagne (i), l'indéniable application du mot célèbre : •^ Nous avons vaincu sur les champs de bataille de la guerre, nous vaincrons sur les champs de bataille du commerce et de l'industrie. »
(i) Francis Deu^isi, La force allemande.
B. — AUX ÉTATS-UNIS (l)
Les États-Unis ont beau appartenir, quant à l'éducation professionnelle, au même groupe d'États que la France, il est intéressant de jeter un coup d'œil sur l'apprentissage dans la grande « République industrielle ».
Les États-Unis sont, par excellence, la patrie des machines. Le nombre et l'extraordinaire variété des machines-outils américaines ont tué depuis longtemps l'ancien apprentissage. Et quand on parle de l'ancien apprentissage aux États-Unis il ne peut être question d'un apprentissage analogue à celui des anciennes corporations européennes. L'Amérique, en effet, n'a pas de traditions ; le poids du passé n'arrête point son élan.
Presque plus d'ouvriers qualifiés, mais partout des machines et encore des machines. Des produits par masse, des séries interchangeables, du travail très divisé, et — en vue de la production à des prix
(i) V. Omer Buyse, directeur de l'École industrielle supérieure de Charleroi, Méthodes américaines d'éducation générale et technique, i vol. in-8, 744 p., Dunod (1908).
AUX ÉTATS-UNIS l8l
« défiant toute concurrence » — la main-d'œuvre économisée.
L'économie de main-d'œuvre qualifiée, le laboursaving, voilà une des grandes préoccupations des industriels d'outre-mer. C'est pour cela, par exemple, qu'ils fabriquent en grand et montent en un clin d'œil les fameuses maisons en bois (i) des villes manufacturières.
C'est pour cela aussi que la machine apparaît dans les métiers où elle était le moins prévue. Voici une blanchisserie de Chicago. L'ouvrière présente le linge à la machine comme une lettre à la poste. C'est tout. Les machines font le reste. Tout le linge, y compris les cols et les manchettes, sort lavé, rincé, séché, empesé, repassé, déposé dans les boîtes. Quel besoin d'un apprentissage ? Il suffit de savoir lire un nombre de deux chiffres et les lettres de l'alphabet.
Dans ces conditions, dit un ancien grand-maître des Chevaliers du Travail,
(i) Veut-on un exemple du travail américain ? Voici comment, dans une fabrique de menuiserie, à Indianapolis, on « peint » les portes sans peintres : on les plonge dans la couleur à l'huile versée dans une grande caisse plate, on les retire et on les fait égoutter sur une claie inclinée. Quand on veut faire du luxe, on imite le bois en faisant rouler sur les faces des portes et boiseries, enduites d'une couche de fond, un cylindre qui porte des reliefs simulant les veines du bois. C'est approximatif, mais bon marché : c'est américain.
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Il n'est ni profitable ni encourageant d'apprendre longuement un métier difficile. Il y a la possibilité et la la probabilité que l'apprenti se trouve un matin remplacé par une machine qui fera le travail à sa place. L'esprit inventif a déjà révolutionné si profondément les conditions du travail que nul homme de métier ne peut se dire en sécurité. C'est le manque de stabilité du travail qui éloigne les jeunes Américains de l'apprentissage des métiers.
Du train dont avancent les sciences appliquées aux industries, il arrivera un moment où l'on ne remuera plus la terre à la pelle, on ne nivellera plus de collines ni on ne fera pas de tranchées, on ne coupera ni ne travaillera plus à la main ni le bois, ni le fer, ni l'acier. Tout se fera à l'aide des machines. Il n'y aura plus de métiers particuliers. Il y aura des ouvriers au courant des grandes professions manuelles fondamentales.
Notre régime scolaire doit s'adapter à ces conditions nouvelles. Chaque école doit devenir un atelier, un laboratoire, une galerie d'art appliqué. Sous ce régime scolaire industriel, chaque jeune homme aura une connaissance suffisante de tous les métiers pour entrer dans chacun de ceux qui se présenteront à lui.
On a reproché aux syndicats ouvriers américains d'être hostiles à l'apprentissage. Reproche injuste. Sans doute les Unions tendent :
1° à augmenter la durée de l'apprentissage (bâtiment, 3 ans ; plomberie, 5 ans ; imprimerie, 4 à 5 ans, etc.) ;
2° à limiter le nombre d'apprentis (un apprenti pour 5, 6, 7, 8 ouvriers, etc.) ;
3° à réglementer l'âge d'admission des apprentis :