‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 58 sur 69 · AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

AUX ÉTATS-UNIS

(menuisiers, au plus i8 ans ; peintres et tapissiers, au plus 21 ans, etc.).

Mais ces mesures sont prises pour éviter la baisse des salaires qu'entraîne inévitablement la- baisse du niveau professionnel.

Dans la plupart des États de l'Union, il existe une législation de l'apprentissage. Elle n'offre rien de remarquable. L'intérêt de la question est dans les écoles professionnelles et dans les grandes usines.

Dans les grandes usines

La direction des grandes usines américaines a compris la nécessité de s'opposer à la décadence de l'apprentissage.

— Xous avons grand souci de recruter un personnel instruit, dit, à ^I. Buyse, l'un des directeurs des célèbres usines Baldwin. — Plus nos ouvriers seront instruits, plus nous aurons de chance de remporter dans la compétition avec les industriels étrangers et plus il nous sera facile d'étendre notre marché dans le monde. C'est par la supériorité de notre personnel que nous scKnmes stars de triompher.

En nous efforçant d'élever la capacité de nos apprentis, nous travaillons pour notre usine et pour l'Amérique. Xous ne conservons que les meilleurs d'entre eux, de valeur inestimable. Nous haussons leurs salaires pour les conserver. Les autres s'en vont et chantent les louanges et la gloire de Baldwin.

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La fabrique de locomotives Baldwin, à Philadelphie (16.000 ouvriers) est, avec l'usine Carnegie, de Pittsburg, l'usine Krupp, d'Essen, et l'usine Schneider, du Creusot, l'une des quatre plus grandes usines du monde. Elle a organisé systématiquement dans ses ateliers un apprentissage qui donne des résultats excellents.

Le « directeur de l'apprentissage » a sous sa direction trois « classes » d'apprentis.

Les apprentis de i""* classe sont admis à 17 ans. Les lois de l'État de Pensylvanie interdisent, sauf de rares exceptions, l'entrée des usines aux enfants de moins de 16 ans. Les apprentis de Baldwin sont liés par un contrat. Leur apprentissage dure 4 ans. Le soir, comme en Allemagne, ils sont obligés de suivre les cours techniques de la ville.

Pourquoi cette tardive admission et pourquoi ces cours ? Parce que, dit le directeur de l'apprentissage, les apprentis « sont censés suivre jusqu'à cet âge (17 ans) les cours d'une école secondaire classique ou technique. Nous désirons beaucoup qu'ils le fassent, car nous voulons des ouvriers instruits, éveillés, capables de collaborer intelligemment avec nous et de nous aider dans le perfectionnement constant de notre outillage et de nos méthodes de travail. Un ouvrier peu instruit est le frein du progrès industriel » (i).

(i) BuYSE, Méthodes américaines, p. 487.

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Le travail de ces apprentis est soigneusement surveillé, gradué, varié. Le contremaître est toujours là. Les apprentis sont changés d'atelier tous les ans. En 4* année, ils sont au but, 'c'est-à-dire dans l'atelier de montage.

Les apprentis de 2* classe sont admis à 18 ans. Ils ont généralement terminé leurs études dans les écoles secondaires. Ils possèdent donc une forte instruction scientifique. Aussi ne font-ils que 3 ans d'apprentissage et ne sont-ils astreints à suivre les cours du soir que pendant 2 ans. Ce sont les futurs contremaîtres et chefs d'ateliers.

Les apprentis de 3* classe sont encore plus instruits quand ils entrent dans les ateliers Baldwin. Ils sortent des écoles techniques supérieures avec le diplôme d'ingénieurs-mécaniciens. A leur solide instruction théorique ils ajoutent, pendant leurs 2 ans d'<( apprentissage », l'habileté manuelle et l'indispensable connaissance de la pratique. C'est parmi eux que l'usine recrute son personnel supérieur (i).

(i) « Dans l'industrie américaine, la voie aux postes supérieurs est ouverte à tous ceux qui s'en rendent capables par leur instruction, acquise même dans les écoles industrielles du soir, et qui en sont jugés aptes par leur valeur personnelle. Le directeur des Baldwin works lui-même en est un exemple vivant. A la suite d'un perfectionnement qu'il apporta au mécanisme d'un moteur à gaz et après s'être distingué comme ouvrier par ses capacités d'organisateur du travail, il fut élevé d'emblée au poste de directeur général de ces immenses usines. » (Buyse, Méthodes, 489.)

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Il n'est pas étonnant que, commencé à l'âge où il devrait pouvoir être commencé partout, avec la force physique et une bonne instruction préalable, un pareil système d'apprentissage donne des résultats supérieurs. Il reforme ^ — en petit nombre, malheureusement — la catégorie des ouvriers complets que la spécialisation raréfie.

Dans les écoles professionnelles

Rien de plus varié, de plus vivant, de plus mobile, que les diverses catégories d'enseignements aux États-Unis. En France, tout est coulé dans le même moule. Dans la grande République d'outre-mer, chaque État, chaque commune, chaque école a son système. C'est déjà une première nouveauté.

L'Américain, — dit M. O. Buyse, — a horreur des systèmes immuables et des organismes figés! Il est un novateur impatient. Lorsqu'une idée nouvelle surgit dans le domaine de l'éducation, il l'expérimente sans parti-pris ni prévention. Les programmes 'des cours sont modifiés et réimprimés tous les ans. Jamais le corps enseignant n'a admis que l'on restreigne la faculté qu'ont les professeurs de tenter des essais de nouvelles méthodes. Les écoles sont des laboratoires en travail permanent de création et d'adaptation.

Cependant une idée générale, la grande idée américaine d'éducation, domine et inspire tous les sys-

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tèmes denseignement : Tidée — qui fut celle de Frœbel — que les travaux manuels exercent une influence capitale sur l'éducation.

Le superintendant des écoles de Boston expose ainsi la théorie américaine (i) :

L'esprit humain crée et acquiert des connaissances. Ses facultés créatrices doivent être cultivées à l'égal des facultés d'acquisition. Il importe de développer ces deux moyens de formation de connaissances dès la tendre enfance et jusqu'à l'âge adulte, à travers toutes les études. Dans ce but, il faut placer parmi les branches du programme des écoles, des exercices systématiques qui mettent les jeunes gens en état de transformer la pensée en action, de passer des idées et des sentiments intimes à la représentation matérielle de ces idées et de ces sentiments.

Et, en effet, à tous les degrés de l'enseignement, les Américains tirent parti de la haute valeur éducative des travaux manuels. On fait du travail ma-

(i) C'est aussi la théorie suédoise, le sloyd. Le sloyd est un système pédagogique qui considère les travaux manuels comme un élément important de culture générale, au même titre que le dessin, les mathématiques, les sciences, etc., parce que le travail manuel exerce l'attention, l'observation, le raisonnement. C'est toujours le principe de Frœbel : l'éducation par l'action. — On peut expliquer ainsi la haute valeur éducative de nos écoles d'industrie et de la pratique intelligente d'un métier, valeur absolument méconnue par la plupart de nos universitaires — secondaires et primaires stipérieurs — qui tiennent le travail manuel pour méprisable ou au moins « accessoire » dans l'enseignement.

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niiel clans les « jardins d'enfants », dans les écoles élémentaires du i*"" degré (primary grades : 6 à lo ans), dans les écoles élémentaires du second degré (grammar grades : lo à 14 ans), dans les écoles secondaires et, évidemment, dans les écoles industrielles et professionnelles.

Certaines écoles primaires, du premier et du second degré, donnent à l'enfant une étonnante habileté, une préparation tout à fait remarquable à la vie de l'atelier.

C'est d'abord le dessin. Des enfants de 6 à 7 ans illustrent d'eux-mêmes, naïvement, une leçon sur les pays du Nord : on voit de la neige, un traîneau, un renne, des sapins, des arbres dénudés et tristes. Ils représentent, de mémoire, les moyens de transport en ville ; ils exécutent des vases, des dessins de plantes, fruits et animaux d'après nature, etc.

C'est ensuite le modelage. Le livre de M, Omer Buyse montre des photographies extrêmement curieuses de modelages exécutés par de tout jeunes enfants.

C'est enfin le travail manuel : travaux sur bois, au couteau, sans installation spéciale, par des enfants de dix à douze ans ; travaux sur bois dans les petits ateliers scolaires : emploi des différents outils et même de machines-outils. Voici des enfants de sept à huit ans qui fabriquent des chandelles dans une école de Chicago. D'autres fabriquent de la toile de lin, du sucre de betterave...

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