LE CONTRAT D APPRENTISSAGE
ouvrage, leur aller quérir à manger et à boire, si c'est eux qui se nourrissent ; les servir promptement et se faire aimer d'eux, car souvent c'est d'eux plus que du maistre qu'ils apprennent leur métier, et ayant leur amitié ils ne leur cachent rien et les rendent capables en fort peu de temps. Il faut aussi que les' apprentis se lèvent tous les jours les premiers et se couchent les derniers. Car ce sont eux qui ouvrent et ferment la boutique ; ce sont eux aussi qui font les lits des compagnons, et ils doivent en tout n'être point paresseux ni désobéissants, car sans cela ils voient souvent leur temps fini et n'estre encore que des ignorans...
Si les apprenti f s donnent de l'argent pour leur apprentissage, ils ne doivent point soufifrir qu'on leur fasse rien faire qui ne soit point de leur métier, qui est comme de ne point laver la vaisselle, promener ni amuser d'enfans, ni autres choses que les maistres et maistresses leur font faire, attendu que cela n'est point ni dans leur engagement, ni dans )es statuts du métier ou de l'art dont ils veulent faire profession. Et s'ils ne donnent point d'argent, ils s'engagent pour plus longtemps.
L'apprenti ne doit point fuir. Or « il semble que la fuite de l'apprenti de chez son patron ait été un fait assez fréquent. La légèreté de l'enfance, la nostalgie du foyer paternel chez les uns. l'attrait du vagabondage chez d'autres, parfois aussi la rigueur du maître, étaient la cause de fugues nombreuses » (2).
(2) Martin Saint-Léon, Histoire des Corporations de métiers, 80.
Le cas était prévu par les statuts ou les contrats. La rupture du contrat n'était prononcée, au XIII* siècle, qu'après un délai assez long : en général un an, d'après le Livre des Métiers. Plus tard, les fripiers attendent le fugitif pendant deux ans, mais d'autres moins longtemps : les couvreurs, six mois ; les couteliers, les arquebusiers, les pâtissiers, trois mois ; les fondeurs, les plumassiers, les tisserands, un mois, et les plombiers, de tous les plus sévères, pendant huit jours seulement.
Dans l'intervalle, le maître ne peut embaucher un autre apprenti. Si le fugitif revient, il doit remplacer le temps perdu, parfois même travailler en plus le double du temps de son escapade. S'il ne reparaît pas avant le délai fixé, ou s'il récidive, on exige qu'il restitue tout ce qu'a coûté son instruction, ou il perd le droit d'exercer plus tard le métier dans la ville, ou il doit laisser l'espérance de jamais parvenir à la maîtrise.
Mais si l'apprenti avait bien rempli tous ses engagements, son maître lui délivrait un « certificat de sortie », qu'on exigeait quand il voulait être maître lui-même ou simple compagnon.
Vie de l'apprenti
On a tracé des tableaux idylliques de la vie de l'apprenti au bon vieux temps. En admettant qu'il ait trouvé parfois chez son patron la douce atmos-