‹ L'appropriation du sol; essai sur la passage de la propriété collective à la propriété privéeChapitre 18 sur 31 · I. Voir Reçue de Synthèse, t. VIII, p. lOa et suiv · texte numérisé non relu

I. Voir Reçue de Synthèse, t. VIII, p. lOa et suiv

LA PIN DU MOYEN AGE ET l' ANCIEN REGIME 977

l'avouons, nous supposons une différence; mais lui Fustel suppose une similitude, et n'admet pas qu'il y ait là supposition de sa part, parce qu'il s'appuie encore sur un fait. Il ne voit pas où gît sa supposition ; il ne voit pas qu'elle est dans le rattachement, non prouvé, d'un fait propre à une époque postérieure, avec des faits d'une époque antérieure très distante. Cependant, supposer sans preuve qu'il s'est passé, avant le iv' siècle, exactement les mêmes choses que nous voyons se passer de nos jours, c'est tout aussi bien faire une hypothèse que supposer une pratique différente de la nôtre.

Il faut en convenir, la plupart des historiens et des érudits, interprètent ce régime du iv* siècle comme Fustel; ils font la même hypothèse inconsciente, ils parlent, avec une assurance parfaite, du seigneur du IV" siècle, comme d'un propriétaire à la façon moderne. Bref l'essentielle erreur de Fustel et des autres historiens est d'appliquer le concept du propriétaire moderne sur un seigneur du iv' siècle, ou plus exactement sur les seigneurs qui ont précédé celui-ci, depuis nous ne savons quel temps.

J'entends tirer de nouveaux arguments pour notre thèse des documents mêmes, des faits mêmes que je trouve chez M. Sée et dont il se sert pour démontrer sa conception du régime domanial, conception qui, je

le répète, est dans son fond et son essentiel, la même chez Fustel et la même chez la plupart des historiens.

M. Sée nous explique d'abord comment est constituée foncièrement une villa du iv*' siècle, une de ces villas qui sont comme les cellules élémentaires du corps national (répondant à peu près, si l'on veut, à nos communes actuelles, mais plutôt aux paroisses existant encore à la fin de l'ancien régime). La villa comprend deux parties essentiellement distinctes : 1° au centre le mansus indominicatus, la vaste demeure (plus tard château) du seigneur, entourée de son domaine propre, des terres que le seigneur fait cultiver directement et dont il prend pour lui tout le produit; 2° aux alentours, les tenures des sujets, les manses, qui sont de deux ordres, manses serviles, manses coloniaux; 3" plus loin circulairement les bois, les pacages, et enfin les terres vagues ou vides, c'està-dire livrées à une jouissance ad libitum. Reportezvous à ce que nous avons décrit au début de ces études; une certaine ressemblance est encore visible entre la villa du iv° siècle et le village Germain, et même entre la villa et le village établi par les Romains en pays conquis. Ce sont encore les mêmes dispositions physiques'. Et la similitude, nous le verrons, ne s'arrête pas là.

Maintenant remarquons les caractères singuliers

I. Ce qui n'apparaît pas aussi clairement chez les Germains, les Romains, c'est le mansus indominicatus. Il y existait cependant en germe, mais peu nous importo ici.

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