L. —— Porteurs de lésions organiques cardiaques ou
aortiques.
A. — Endocardite chronique.
S'il est en général facile de déceler une lésion cardiaque, il est autrement délicat, en présence d’une lésion valvulaire, de savoir dans quelle mesure le cœur la supporte et d’apprécier le degré d'atteinte de l'aptitude fonctionnelle cardiaque. Les sténoses des orifices sont en général plus graves que les insuffisances qui constituent des fuites réparables. L'insuffisance mitrale est en général moins bien supportée
que l'insuffisance aortique d’origine endocarditique, pour
cette raison qu’elle a un retentissement presque immédiat sur la petite circulation et par conséquent sur les cavités droites qui faiblissent facilement. Les individus atteints d'insuffisance mitrale, bien que parfois résistant à des efforts violents se trouvent donc nettement en état d’infériorité. Pour apprécier l’adaptation de leur cœur à sa lésion il est nécessaire de tenir compte de la dyspnée d’effort, de la tachycardie: des troubles du rythme, des modifications de volume du cœur constatées par un électrocardiogramme. L'on aura aussi la valeur fonctionnelle de
ces CŒœurs.
Il va de soi qu’on épargnera tout effort aux porteurs de double lésion aortique ou mitrale et, à plus forte raison, à ceux présentant des lésions complexes: mitro-aortiques,
mitro-pulmonaires où aortico-pulmonaires.
B. — Péricardites chroniques adhésives.
L’adhérence des deux feuillets du péricarde ne présente qu’un inconvénient relatif, mais toute adhérence extrapéricardique amène une gêne profonde dans le jeu du cœur. Seule la radioscopie permet de les reconnaître avec certitude.
Toute symphise localisée de la pointe ou de la base, antérieure ou postérieure, exclut tout métier nécessitant des efforts un peu violents. La symphyse étendue ou totale
interdit tout effort.
D 7 2 C. — Mhyocardites chroniques.
Les myocardites chroniques diffuses ne se voient que chez les individus déjà âgés. L'examen radioscopique en élargissement souvent considérable de l'ombre cardiaque, l’auscultation un souffle systolique d'insuff-
sance fonctionnelle auriculo-ventriculaire.
Tout effort physique sérieux doit être interdit à un por-
teur de myocardite.
D. — Aortite chronique et ectasie de l'aorte.
Le diagnostic, facile d'ordinaire, peut n'être révélé que par la radioscopie montrant toujours dans des cas une modification de volume, de forme ou de teinte de l'ombre aor-
tique.
E. — Troubles cardio-rénaux et hypertension gauche.
À côté des malades hyÿpertendus, urémiques, pour qui un repos complet est nécessaire, nombreux sont les individus qui se présentent comme des hypertendus simples et pour lesquels la décision convenable n’est pas toujours aisée
à prendre.
Trois éléments ont ici une valeur primordiale: le degré de l'hypertension, l'augmentation de volume du cœur et le
dosage de l’urée sanguine.
Toute élévation permanente et forte de la tension arté-
rielle avec augmentation notable du cœur et de l’aorte et
élévation du taux de l’urée dans le sang interdit toute
fatigue. Par contre on peut utiliser pour des travaux légers les individus ne présentant qu’une légère élévation de la tension artérielle sans grande modification du volume du
cœur, ni élévation notable du taux de l’urée du sang.
F. — Troubles cardio-pulmonaires et hypertension droite.
Les lésions chroniques pleuro-pulmonaires (emphysème pulmonaire généralisé le plus souvent) faisant obstacle à la petite circulation: amènent à la longue un état d’hypertension avec retentissement sur les cavités droites et sur la capacité fonctionnelle du cœur. Il n’est pas toujours aisé de reconnaître l’atteinte fonctionnelle du cœur dans ce cas. La radioscopie et l’électrocardiographie seront souvent très utiles. On pourra s’aider de la mesure de la capacité vitale
toujours très diminuée chez de tels sujets.
G. — Troubles cardio-glandulaires.
Les lésions et les troubles de fonctionnement de certaines glandes à sécrétion interne peuvent retenir profondément sur l'appareil cardio-vasculaire et l’aptitude fonctionnelle cardiaque.
Le goitre exophtalmique avec tachycardie et tachyarythmie entraînant sans traitement, à plus ou moins grande
échéance, la dilatation cardiaque, impose un repos complet.
Dans le service du Docteur René BÉNARD, médecin de l'hôpital Laënnec, a été faite en 1939, l’étude d’un malade porteur d’une tumeur de la région infundibulo-tubérienne,
très probablement un adénome chromophobe de l’hypo-
EMR
physe, dont la maladie débuta par des accidents d’asystolie. Ces troubles résistèrent au traitement tonicardiaque institué aussitôt mais disparurent à jamais dès que fut institué un traitement radiothérapique intense de la tumeur. Les autres troubles engendrés par la tumeur (retrécissement du
champ visuel entre autres) s’amendaient considérablement.
II. —— Sujets souffrant de troubles fonctionnels cardio-vasculaires sans atteinte organique évidente.
Eréthisme cardiaque des adolescents.
Il est fréquent de ne constater ni par l'examen clinique ni par l’examen radiologique, de signe net de lésion cardiaque, et pourtant le sujet, il s’agit presque toujours d'un adolescent sinon d’un enfant de douze à seize ans, accuse des troubles fonctionnels que l’on aurait tort de négliger. On voit trop souvent attribuer ces troubles à un déséquilibre hormonal ou à une dystonie végétative. De nombreux sujets ayant présenté dans leur enfance des troubles fonctionnels cardiaques, étiquetés comme étant de nature nerveuse, font à un âge peu avancé des accidents d’hypertension artérielle ou de défaillance cardiaque. Ces troubles fonctionnels peuvent donc si on ne les traite pas, amener des lésions définitives. Il est par conséquent nécessaire sinon de leur imposer un repos complet, du moins de leur interdire tout
effort violent tant qu'ils n’ont pas achevé leur croissance.
Ces éréthiques cardiaques ont été bien étudiés par COLIN
dans sa thèse en 1938 et ont fait l’objet d'une communication à la Médicale des Hôpitaux en 1939 du D' René BÉNARD, médecin de l’hôpital Laënnec.
L'héréthisme cardio-vasculaire se révèle par des palpitations des algies diverses à siège précordial, des extrasystoles, des vertiges, de la tachycardie au moindre effort, de l'essoufflement, chez un adolescent en pleine croissance, à thorax étroit, ayant du mal à contenir un cœur normal mais paraissant hypertrophié du fait de l’étroitesse du thorax.
Souvent ces sujets ont fait du sport. Le sport dans ce cas
n'est pas la cause des accidents mais les a révélés.
À l'auscultation, il peut y avoir une modification d'intensité du premier brut: parfois affaiblissement, parfois assourdissement. La cause en provient de variations de l'énergie du myocarde. LAUBRY n'’attache pas grosse importance à ce symptôme.
Pendant ou après l’effort on constate parfois un souffle systolique apexien, en général protosystolique, qui peut s'accompagner d'un troisième bruit dit physiologique. CoLiN, sur 60 sportifs examinés, a constaté sept fois ce souffle chez des sujets âgés de 12, 15, 20, 23, 25: 31 et 49 ans. Sur ces 60 sportifs, 3 présentaient de l’essouffle-
ment à l'effort et des palpitations.
Jonas, KRAL et STRIKESKY, sur 48 gymnastes entraînés (Sokols) ont noté dans 5 cas un souffle systolique de l’artère pulmonaire, et dans 13 0/0 des cas un dédoublement
du 2° bruit.
CoLIN, de son côté, à noté quelques cas de souffles systoliques de l’artère pulmonaire chez des sujets que, précisément, il a montré atteints d’éréthisme cardiaque des adolescents.
Ces souffles s'entendent à l’extrémité interne du 2° espace intercostal gauche et, parfois, dans toute l'aire précordiale. Ils sont rattachés par René BÉNARD à une sténose
congénitale légère de l'artère pulmonaire.
Quelle que soit leur pathogénie, il est important de les bien connaître. Il arrive, en effet: que des médecins les prennent pour un signe d'affection valvulaire grave du cœur et interdisent désormais tout effort à des sujets qui, s'ils doivent garder un certain temps un repos relatif, peuvent
reprendre ultérieurement toute leur activité.
Le cœur forcé existe-t-il ?
Peut-il y avoir des cœurs forcés par le sport ou par des travaux trop durs? Nous ne le croyons pas. RICHARD n'en a jamais rencontré. SAMAIN, de même, constate qu'il n'a pu rentrer dans la littérature aucun cas d'insuffisance cardiaque apparue brutalement chez un sujet sain, après un effort, et dûment vérifié. Tous les cas rapportés concernent un syndrome de collapsus après un effort épuisant : ce syndrome n'est que provisoire et le sujet revient, plus ou moins vite à son état normal. C’est toujours le fait uniquement d'une intoxication générale lorsque le cœur était
sain auparavant.
Op
Sur un cœur pathologique, atteint de myocardite, qui parfois reste inconnue, en cas d’effort considérable le cœur forcé est possible. En cas de circonstances aggravantes : surmenage préalable, altitude, la mort peut se produire, même
subitement.
SN AE Ho ins, le véritable cœur sain forcé n'existe pas; mais on rencontre fréquemment :
a) des cœurs progressivement forcés,
b) des cœurs fonctionnellement forcés.
a) Les cœurs progressivement forcés.
Ce sont les cœurs atteints d’une insuffisance cardiaque progressive conséquence d’altérations lentes du myocarde à la suite d'efforts répétés.
Les facteurs infectieux forment, à eux seuls, une étiologie suffisante de la défaillance cardiaque: alcool, tabac, rhumatisme articulaire aigu, syphilis.
De tels malades sont fréquents parmi les ouvriers brasseurs de Munich, les mineurs de Cornouailles, les bûcherons de la forêt de Tubingen, etc. GORNY, dans sa thèse, a insisté sur le rôle sensibilisant important joué par l'alcool dans la genèse des troubles cardiaques amenés par les
efforts violents.
b) Les cœurs fonctionnellement forcés.
Si les troubles organiques dus au sport sont rares, les troubles fonctionnels les plus divers sont au contraire rela-
tivement fréquents: algies précordiales, troubles vaso-
an
moteurs, tachycardie permanente, extrasystoles, crises de tachycardie paroxystiques, à type Bouveret, crises de flutter, crises de tachyarythmie paroxystique.
SAMAIN constate que l'accident est sérieux, tenace, et que les troubles ne s’amendent que très lentement par une rééducation lente et progressive. Dans certains cas, le sujet a même vu son activité sociale fortement amoindrie pen-
dant un temps assez long.
Ces sujets sont, presque toujours, des éréthiques présentant tous les caractères du syndrome d’éréthisme cardio-
vasculaire de René BÉNARD et COLIN.
Des jeunes gens, considérés comme normaux, présentent souvent un souffle systolique de la base au foyer pulmonaire, à propagation vers le haut et correspondant à une sténose légère de l'artère pulmonaire, base anatomique de l'éréthisme cardiaque des adolescents. Certains sujets sont des hypertendus: maxima à 18-19 cm de Hg contrastant avec une minima normale. L'enquête révèle que ces sujets ont fait du sport entre 13 et 18 ans.
Le pronostic est excellent, mais ces sujets doivent être très surveillés et toute fatigue, exagérant les troubles doit être écartée de leur vie pendant un temps plus ou moins long. De plus il est constaté, à l'observation, que ces sujets font dans la suite, plus fréquemment que les autres, des accidents d’hypertension ou d'insuffisance cardiaque; il est donc nécessaire de leur épargner les métiers durs, nécessitant des efforts pénibles par leur intensité et surtout par leur
durée.
= pag.
Lorsque la minima est augmentée en même temps que la maxima, le pronostic, selon René BÉNARD, est beaucoup plus sévère.
En réalité, ces symptômes sont-ils créés par les fatigues d’un métier trop dur et surtout par l’abus du sport: comme le croient beaucoup d'auteurs?
Sont-ils simplement dévoilés par les fatigues et les efforts sportifs, comme le pense RICHARD?
Nous penchons vers la deuxième explication, car ces troubles se rencontrent, mais avec moins d'intensité, chez les jeunes gens menant une vie sédentaire.
Constatation curieuse, il s’agit presque toujours de sujets à type nettement sympathicotonique alors que les individus aptes à l'effort ou entraînés sont indemnes d’une influence exagérée du sympathique et ont au contraire un équilibre nerveux à prédominance parasympathique.
Les éréthiques cardio-vasculaires, considérés à tort comme normaux supportent mal les efforts physiques, plus mal souvent même qu’un cardiaque atteint d’une lésion
orificielle bien compensée.