‹ L'aquarelle pratiqueChapitre 12 sur 53 · DE LA GRISAILLE OU CAMAÏEU · texte numérisé non relu

DE LA GRISAILLE OU CAMAÏEU

L’'esquisse exécutée conformément aux recommandations énoncées à la leçon intitulée Du Dessin à La mine de plomb, sera reprise au pinceau en observant les parties éclairées et les parties dans l’ombre; on devra s’exercer à modeler quelques ornements d’après la bosse, qu’on choisira, au début, de peu de relief.

On appliquera d’abord la teinte d'ombre, en visant à bien en reproduire la valeur; on fondra le bord de cette teinte ainsi qu'on peut l’observer sur le modèle. (Pour fondre une teinte sur ses bords, il faut la longer, pendant qu'elle est fraîche, avec un pinceau humecté d’eau pure.)

Les lumières sont représentées par le blanc du papier; on les réservera donc soigneusement, et pour éviter de les entamer on en limitera la surface très légèrement au crayon. Elles formeront, en opposition avec les ombres déjà indiquées, le maximum de blanc et de noir.

On passera ensuite une teinte générale en couvrant en même temps les surfaces ombrées. Ce travail sec, on superposera les demi-teintes plus accusées qui avoisinent les ombres, et on terminera par les accents et vigueurs destinés à compléter l'effet du modèle.

Le bleu de Prusse mélangé au noir d'ivoire donnera un fond faisant valoir le relief du plâtre, fond égal comme valeur à la demi-teinte moyenne.

Pour donner plus de douceur et plus d'harmonie au relief d’un plâtre, on peut procéder par teintes posées sur le papier humide, ce qui constitue « le travail dans l’eau ».

Dans ce cas, voici comment on doit agir.

L'esquisse indiquée comme nous le recommandons plus haut, on mouille l'envers du papier avec une éponge

imbibée d’eau pure. Retournée, elle adhère à la planche; on passe alors avec un gros pinceau une teinte très abondante d’eau colorée par une pointe d’ocre jaune.

Cette opération s'exécute en tenant la planche inclinée, pour que l'excédent de teinte aille rejoindre le bord inférieur du dessin, ce qui permet de le retirer avec le pinceau étanché au préalable sur un chiffon buvard. Aussitôt cette opération accomplie, il faudra dans cette teinte encore fraiche introduire l’ensemble des demi-teintes les plus claires : pour que cette opération se fasse convenablement, la teinte à appliquer doit être peu abondante dans le pinceau, car il faut tenir compte de l'humidité de la feuille.

En termes de métier, on traduit ce mode de faire par l'expression « localiser l'humidité ». On donne progressivement plus de valeur à la teinte à mesure qu’on se rapproche de l’ombre par laquelle on termine.

Cette exécution au premier coup a beaucoup de charme quand on obtient la réussite; mais il ne faut pas se dissimuler qu’elle est assez difficile. Travailler dans la teinte humide correspond à « travailler dans la pâte » en peinture à l’huile.

Nous conseillons comme exercices préliminaires des teintes de lavis très claires dans lesquelles, avec le pinceau chargé d’un ton un peu foncé, mais étanché, on essayera de tracer des lignes et des figures géométriques.

Tout en étant noyées, il faudra viser à obtenir ces lignes bien nettes.

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