CHAPITRE VII LES VERS
Généralités. Chétopodes.
L'embranchement des Vers renferme des animaux de taille et d'aspect très différents. Cependant, tous ont un corps à symétrie bilatérale et sont dépourvus d'appendices locomoteurs articulés.
A l'exception de la classe des Géphyriens (dont tous les représentants vivent dans la mer), toutes les autres classes et tous les ordres de cet embranchement sont représentés dans nos eaux douces.
Nous étudierons d'abord ceux de ces animaux qui, dans le sujet qui nous occupe, ont le plus d'importance : les Chétopodes, les Turbellaires (et les Némertiens), les Hirudinés.
Nous serons très brefs au sujet des Trématodes, des Nématodes et des Rotifères, vu l' exiguïté de leur taille. Nous ne nous occuperons pas des Cestodes, qui ne vivent que comme parasites internes. »
A. Les Chétopodes.
Les Chétopodes ont le corps, extérieurement, divisé en segments, en général apparents et correspondant à la segmentation interne.
On divise les Chétopodes en deux classes.
Les uns — les Polychètes — sont pourvus de faux pieds — appelés parapodes — munis de soies, souvent nombreuses, et disposées en faisceau. Les autres n'ont point de parapodes; ils n'ont que des soies isolées ou, du moins, réunies en groupes de quelques unités, d'où leur nom d'OLi-
GOCHÈTES.
Tous les Polychètes sont marins.
Parmi les Oligochètes, les uns — les Oligochètes « dits terricoles » — sont presque tous terrestres ; tandis que les autres — les Oligochètes « dits limicoles» — vivent presque tous dans l'eau, surtout dans l'eau douce. Nous ne nous occuperons que de ces derniers.
Toutefois, parmi les Oligochètes terricoles se trouvent des espèces, dont les représentants, habitant la terre humide des rivages, peuvent, sans inconvénient, demeurer assez longtemps dans l'eau. Ces espèces peuvent donc être considérées comme étant plus ou moins amphibies ; c'est le cas pour divers Lombricidés. Le vulgaire ver de terre, lui-même, peut supporter une immersion accidentelle prolongée.
Mais il existe des espèces voisines dont les représentants vivent au bord des ruisseaux et souvent pénètrent volontairement dans l'eau. On les y observe assez fréquemment, surtout au printemps et en été, parce qu'ils viennent y déposer leurs coques ovigères. Ces animaux étant fort mal connus — surtout leurs mœurs et leur genre de vie — nous ne pouvons malheureusement donner beaucoup de renseignements à leur sujet.
Nous mentionnerons seulement le Criodrihis lacnum, \ rr o i
qui est fréquemment cité par \ ' ^ 7^
les auteurs. Ce ver, dont la \ ' j]
longueur atteint 30 centime- V / 1
très, vit dans la boue, au fond v^-. ^; /
des lacs et des ruisseaux à ^'^^^^''^JJ^Wp/
courant lent. Sa répartition „ ,^ ^ -^^ ^r
^. , . . ^ i-iG. 10. — Coque ovigeir do
géographique est encore peu cnodriiusiacuum.
connue ; il a été trouvé par-ci par-là en Allemagne, en Autriche et au nord de l'Italie. Il est surtout connu à cause de la forme tout à fait particulière de sa coque ovigère, qui est très allongée ; elle atteint une longueur de 7 à 8 centimètres (fig. 10).
Les Oligochètes limicoles sont représentés, dans nos pays, par des animaux de taille très variable. Les uns sont presque microscopiques, la plupart atteignent une longueur de 8 à 15 millimètres, quelques-uns arrivent à 30 ou 40 centimètres.
Le corps de ces animaux est mince et allongé ; il est en général transparent. Chaque segment — sauf, quelquefois, les deux ou trois premiers — est pourvu de soies isolées ou groupées en maigre faisceau. Ces soies peuvent être de forme très variable; elles sont quelquefois plus ou moins rétractiles. Lorsqu'elles sont longues, minces et souples, elles portent le nom de soies proprement dites; ce sont probablement des organes sensitifs tactiles. Elles peuvent être simples ou barbelées de cils plus courts. Lorsqu'elles sont courtes, rigides et plutôt épaisses, elles soiit appelées crochets et servent à l'animal d'organe de fixation. Ces crochets peuvent être droits ou courbes ; ils peuvent se terminer par une seule pointe, ou être bifides, ou se terminer, comme une fourchette, par plusieurs pointes.
Un même animal peut avoir des soies et des crochets et, souvent, ceux de la face dorsale du corps diffèrent de ceux de la face ventrale. Ces soies et ces crochets sont disposés en quatre séries longitudinales. Il y a deux séries sur la face ventrale et deux sur la face dorsale. Mais, parfois, chaque série étant elle-même formée de deux petits groupes distincts, l'animal paraît avoir huit séries de soies.
La forme et la disposition des soies et des crochets servent à distinguer les différentes espèces.
Grâce aux soies, la sensibilité cutanée doit être fort développée et — sauf quelques espèces, qui sont pourvues d'organes visuels rudimentaires, sous la forme de taches de
pigment — ces animaux n'ont pas d'autres organes sensoriels.
La bouche est à Textrémité antérieure du corps ; et c'est, en général, la lèvre antéro-supérieure, prolongée un peu en avant, qui constitue cette extrémité. La bouche conduit à l'oesophage, auquel succède l'intestin. Chez les Oligochètes limicoles, il n'y a, en effet, pas de gésier. L'intestin se distingue de l'œsophage en ce qu'il est recouvert par une couche de cellules, de couleur jaunâtre, dites « cellules hépatiques », bien qu'on ignore leur véritable fonction.
Le système circulatoire est clos . Il est composé de deux vaisseaux longitudinaux ; l'un est situé à la face dorsale, l'autre à la face ventrale. Ces deux vaisseaux sont réunis l'un à l'autre par de nombreuses anses transversales. Le vaisseau longitudinal dorsal est pulsatile ; il fait circuler le sang d'arrière en avant; celui-ci revient ensuite en arrière par le vaisseau ventral.
Chez beaucoup d'Ohgochètes, le sang est coloré en rouge ou en rose et, le corps de l'animal étant transparent, la circulation sanguine est, par ce fait, facile à observer.
Les Oligochètes (sauf les Déros) n'ont pas d'organe respiratoire spécial ; la respiration, chez eux, est exclusivement cutanée.
Ces vers sont hermaphrodites. Les organes génitaux, con» fines à quelques segments seulement, sont situés à la partie antérieure du corps, en général du huitième au quinzième segment.
A l'époque de la reproduction, la peau de ces segments s'épaissit et forme ce qu'on appelle le clitellum. Elle secrète une substance mucilagiueuse, dans laquelle les œufs sont pondus. Cette substance, dans la suite, se rétracte et durcit, constituant autour des œufs une enveloppe protectrice — la coque ovigère.
Il n'y a pas de métamorphoses; les jeunes, dès leur naissance — à part leur taiQe qui est plus petite — sont semblables aux adultes. Mais, outre la reproduction sexuelle par œufs, beaucoup d'Oligochètes limicoles se reproduisent par
scissiparité. Certains d'entre eux — les Naididés — se reproduisent, surtout pendant Tété, par bourgeonnement de nouveaux individus à l'extrémité postérieure de leur corps.
Sauf quelques rares espèces (certains Chaetogasters), les Oligochètes limicoles vivent tous Kbres. Ils sont extrêmement lucifuges et se tiennent cachés dans le limon ou les détritus.
Les différentes espèces — et même les genres — sont fort difficiles à distinguer les uns des autres ; souvent cette distinction n'est possible que sur des animaux vivants.
Nous nous contenterons donc d'indiquer ici les cinq familles dans lesquelles ces vers sont répartis, avec les principaux types qui les caractérisent. Ce sont : les Tubificidés, les Lumbriculidés, les Phréoryctidés, les Enchytraidés et les Naididés.
Les Tnhificidés. Parmi les représentants de cette famille, l'espèce la plus commune et la plus connue — même des laïques — est le Tuhifex rrrulorum. A l'état isolé, on rencontre ce ver un peu partout ; mais on le trouve souvent.
FiG. 11. — Tubife.r rirulnrum.
en grande quantité, dans le limon des iniisseaux à courant lent, dont l'eau, peu propre, est riche en matières organiques (fig. 11).
Le Tubifex rivulorum est un petit ver dont la longueur atteint 3 à 3,5 centimètres. L'animal tient, en général, le tiers antérieur de son corps enfoui dans (le limon, laissant les deux tiers postérieurs flotter librement dans l'eau. Il
agite et fait continuellement onduler cette partie de son corps, probablement pour faciliter la respiration.
Ces vers ne peuvent nager en pleine eau ; ils vivent exclusivement dans le limon et se nourrissent de particules organiques qui y sont contenues.
Comme le lombric le fait sur la terre, ils retournent continuellement le sol au fond des eaux. En effet, — Textréraité antérieure du corps, où se trouve la bouche, étant enfouie dans le sol, — ils avalent le limon des couches profondes, et, après avoir absorbé ce qui peut les nourrir, ils le redéposent à la surface, sous forme d'excréments. Ceux-ci sont rejetés par Tanus, qui esfc situé à l'extrémité du corps qui flotte librement dans Feau.
Ces animaux aiment à vivre en société. Par leur réunion, ils constituent des colonies qui occupent souvent une étendue grande comme la paume de la main, ou même davantage. Vu le grand nombre des Tubifex réunis sur un petit espace et la couleur rouge du corps de ces animaux, ces colonies forment souvent, sur le fond des ruisseaux, des taches colorées très apparentes.
Au moindre ébranlement de Teau, tous les vers s'enfoncent dans la vase et la tache disparaît instantanément; mais, au bout de quelques instants, si Ton reste tranquille, la tache réapparaît, car tous les Tubifex sortent de la vase et recommencent à onduler.
Si Ton ramasse un peu de limon, à l'emplacement d'une de ces colonies, et qu'on le dépose dans un bocal, on sera étonné de la quantité de vers qu'il contient. Ces vers, en général, appartiennent à deux genres.
Les uns sont pourvus de crochets et de longues soies dorsales, souples, particulièrement à la partie antérieure du corps ; ce sont les Tubifex rivulorum. Les autres sont dépourvus de longues soies souples et n'ont que des crochets : ce sont les Limnodrilus. Tous deux ont, du reste, le même genre de vie.
Si l'on examine ces vers au microscope, on constatera que — outre le vaisseau dorsal pulsatile que nous avons signalé
chez les Oligochètes — les Tubificidés possèdent de chaque côté, au 7® ou au 8^ segment, un véritable coeur, qu'on voit puiser. Il est formé par les anses latérales qui réunissent le vaisseau longitudinal dorsal au vaisseau longitudinal ventral ; à ce segment, ces anses sont dilatées.
Les Tubifex se reproduisent pendant tout l'été et déjà dès le premier printemps. Il fabriquent de petites coques ovigères, de forme sphérique, ovalaire (fig. 12), ayant, à
m iru .
Fig. 12. — Coque ovigère de Tubifex rivulorum. ■ b, renferme un embryon.
- a, contient 3 œufs ;
chaque extrémité, un court goulot ouvert. Ces coques, dont la longueur peut atteindre 1 à 1,3 mm., sont absolument transparentes ; on distingue facilement, à leur intérieur, les œufs et, plus tard, les jeunes vers. Ceux-ci, lorsqu'ils sont suffisamment développés, s'échappent par un des goulots.
En tamisant le limon qu'habitent ces vers, on récolte souvent ces coques en grand nombre.
Les Tubifex ont une très grande vitalité: ils résistent à des mutilations graves. Lorsqu'on les coupe transversalement, en deux moitiés, ces vers cicatrisent leurs deux
plaies et régénèrent plus ou moins bien, à chaque tronçon, l'extrémité amputée. Cet accident doit se produire très fréquemment dans la nature, car on trouve presqu'autant de Tubifex ayant le corps tronqué, que de Tubifex ayant le corps entier, tout à fait normal.
C'est sur ces vers et aussi, surtout, sur ceux de l'espèce suivante, que Charles Bonnet, naturahste genevois du XVnie siècle, a fait ses observations et ses expériences sur la régénération des parties enlevées.
Les Tubificidés comprennent plusieurs genres, dont les plus connus sont les genres Tubifex, Limnodrilus, Psammoryctea, Embolocephodus, etc. Ils ne se distinguent les uns des autres que par des caractères peu apparents.
Les Lumbriculidés diffèrent des Tubificidés par un caractère physiologique assez important. Chez eux, ce ne sont pas seulement les anses vasculaires latérales du septième ou du huitième segment qui sont pulsatiles, mais bien celles de tous les segments — en revanche elles ne sont pas dilatées.
Le Lombriculus variegahis (Claparedilla meridionalis) est l'espèce la plus commune. Ce ver ne constitue pas de colonies, comme le précédent ; il vit à l'état d'individu isolé, mais il est assez abondant.
On le trouve, quelquefois, dans le limon, au milieu des colonies de Tubifex; mais on le récolte encore plus souvent, dans la mousse submergée et dans les détritus végétaux amassés sur le rivage ou au fond de l'eau.
Le Ziotnhriculus variegatus est facilement reconnaissa- Me à différents caractères biologiques et anatomiques. S'il se trouve au milieu d'une colonie de Tubifex, il se tient souvent, comme ceux-ci, la tête enfouie dans le sol et les deux tiers postérieurs du corps hors du limon ; mais il ne fait pas onduler son corps. Celui-ci est beaucoup moins transparent que celui des Tubifex ; il est plus ferme, plus charnu, plus consistant; il est en outre moins rouge. Sa teinte générale est plutôt jaunâtre, avec des annélations de
bandes brunes ; il atteint une longueur de 4 à 5 centimètres, parfois dit-on, de 8 centimètres, Il n'a pas de longues soies; il ne possède que des crochets.
Le Lumbriculus varlegatus a beaucoup de vivacité ; dès qu'on le touche, il se contorsionne vivement — épaississant, contractant et étendant alternativement son corps — et, souvent, il part à nage, en pleine eau, en se tortillant comme une anguille. Son corps est assez fragile : quand on le saisit, facilement il se casse. Il se brise quelquefois spontanément et se cicatrise avec plus de facilité encore que celui des Tubifex.
Ce ver présente une particularité anatomique intéressante. Nous avons dit que, chez les Lumbriculidés, en plus du vaisseau dorsal, toutes les anses vasculaires latérales étaient contractiles ; mais chez le Lumbriculus variegatus, celles des deux tiers postérieurs du corps possèdent, en outre, des cœcums ramifiés qui, eux aussi, sont contractiles; ils se raccourcissent à chaque systole. Le sang est rouge. La reproduction sexuelle a lieu au printemps, elle se fait comme chez les Tubifex.
Les Lumbriculidés comprennent plusieurs genres dont les plus connus sont les genres : Bythonomns, Trichodrihis, Sffjlodrihis. Les représentants de ce dernier genre sont reconnaissables à deux petits pénis, extérieurs, non rétractiles, situés à la face ventrale du dixième segment.
Enfin mentionnons encore, parmi les Lumbriculidés, le Hhynchelmis h'mosellœ, beau ver, de couleur rose, dont le corps atteint une longueur de 10 à 14 centimètres. L'extrémité antérieure du corps de cet animal est pourvue d'une longue trompe semblable à celle des Stylaria et des Pristina, que nous étudierons plus loin. Ce ver n'a été observé jusqu'à présent, qu'en Russie, en Bohême et en Belgique.
Les Fhréonjctidés, Le Phréorydcs Menkeanus est un ver mince, allongé, filiforme, à peau épaisse ; sa longueur peut atteindre 5() centimètres. Cet animal est peu connu et fort rare. Bien peu de naturalistes ont eu l'occasion de le
voir. Il fait partie de la faune souterraine, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on l'a parfois trouvé dans l'eau des sources et des puits.
Les Enchytrœidés sont des vers de couleur, en généi*al, blanchâtre, parce que, chez la plupart |d'entre eux, le sang est incolore. Cependant, chez quelques espèces, le sang est coloré en rouge, par exemple chez les Pachydrili.
Cette famille des Enchytraeidés est constituée par des espèces de petite taille, dont les représentants vivent dans la terre ou les feuilles pourries. Quelques-uns cependant, se tenant dans les détritus végétaux amassés au bord de l'eau, vivent presque toujours submergés.
Ces animaux ne présentent que peu d'intérêt: nous ne nous y arrêterons pas et passerons à la dernière famille des Oligochètes limicoles, de beaucoup la plus intéressante, celle des Naididés. »
LesNaklidés sont tous de petite taille. Leur corps est transparent, leur sang est incolore. Comme nous l'avons déjà signalé, ces vers présentent une particularité intéressante. De même que les autres Oligochètes, ils se reproduisent par voie sexuelle, au moyen d'oeufs — et ils le font surtout en automne. Mais le plus généralement — pendant l'été — ils se reproduisent asexuellement, par bourgeonnement de nouveaux individus à l'extrémité postérieure de leur corps. Ils constituent ainsi des chaînes de plusieurs individus, placés bout à bout, les uns à la suite des autres. Lorsque ceux-ci sont suffisamment développés, ils se détachent.
Ces animaux sont lucifuges ; on les voit quelquefois ramper au milieu des plantes aquatiques, mais, le plus souvent, ils se tiennent enfouis dans le limon.
Ces vers sont répartis dans une douzaine de genres, comprenant près de soixante espèces ; leur biologie est fort peu connue.
Chez certains d'entre eux — genres Stylarla et Pristina — le lobe frontal est mince, allongé, prolongé en avant en
forme de trompe. Ces vers, en général, rampent contre un appui quelconque; ils ne nagent pas en pleine eau; du moins ils ne le font que quand ils y sont forcés. Souvent, on ne les voit que lorsque l'eau du bocal étant devenue malsaine, ils cherchent, en rampant contre les parois, à gagner la surface. Ils rampent lentement, tâtonnant de tous les côtés avec leur trompe, étendue en avant. Ils sont pourvus de longues soies dorsales, probablement tactiles- Chez Pristina longiseta (fig. 13), les soies dorsales du troi-
\ mm
Fig. 13. — Pristina longiseta rampant.
sième segment sont même extraordinairement développées. L'animal, lorsqu'il avance, les tient inclinées en avant, comme pour explorer son chemin.
Par suite du bourgeonnement postérieur, ces animaux constituent de courtes chsûnes, pouvant atteindre une longueur de 10 à 12 millimètres. Le premier individu, seul, a la trompe dirigée en avant. Les individus suivants — attachés par l'extrémité antérieure du corps — ont la trompe rejetée latéralement. Celle-ci ne devient antérieure que quand l'animal se détache de la chaîne.
Les Stylaria sont pourvus d'yeux ; ils ne sont représentés, dans nos pays, que par une seule espèce. S, Idcustris, qui vit surtout dans le limon ou parmi la végétation submergée dans les lacs d'eau claire. Cet Oligochète a, en général, une longueur de 5 à 12 mm.; parfois il atteint 18 mm. L'extrémité antérieure de son corps a mie forme très particulière; elle paraît tronquée (fig. 14). A la base du lobe frontal filiforme, il y a, de chaque côté, un petit lobe latéral, dirigé en avant et un peu de côté.
Le corps est transparent; mais lintestin présente à chaque segment une bande transversale pigmentée opaque.
Chez les Pristina, la longueur de ranimai ne dépasse pas 5 à 6 mm. L'extrémité antérieure du corps est conique et se continue sans démarcation apparente avec le lobe frontal filiforme; il n'y a point d'yeux (fig. 15).
Les Pristina m'ont paru vivre plutôt parmi les végétaux submergés. J'en ai récolté dans des mardis et des carpières.
Dans les genres Naïs et Ophidonaïs, les vers sont pourvus d'yeux. Ceux-ci font défaut chez les représentants do tous les autres genres, sauf dans le genre Stylaria, que nous avons déjà mentionné. Les Ophidonaïs n'ont pas de longues soies dorsales; les Naïs en sont pourvus. Ces animaux vivent surtout dans le limon des ruisseaux. En tamisant celui-ci on peut en récolter souvent un très grand nombre ; sinon ils restent enfouis et passent inaperçus.
En captivité, on constate que, comme le font les Tubifi-
FiG. 15. — Pristina sp.
l'aquarium de (.HAMKRE
FiG. 16. — Nais sp. nageant.
cidés, ces vers ont l'habitude d'enfouir Textrémité antérieure de leur corps et d'en laisser l'extrémité postérieure, qu'ils agitent continuellement, flotter librement dans l'eau. Ils nagent quelquefois en pleine eau, avec de grands mouvements ondulatoires de tout le corps.
Les Naïs atteignent une longueur de 10 à 12 millimètres (fig. 16).
Les JElosomes sont de petits vers filiformes, atteignant, au maximum, une longueur de 8 à 10 mm. Us habitent le limon ; mais on trouve, assez souvent, certaines espèces d'entre eux sur les SpongiUes ou les Plumatelles .
Ces Oligochètes sont faciles à reconnaître, grâce à leurs téguments qui sont parsemés de minuscules gouttes d'huile réfringentes, jaunes ou brunes— dont la couleur varie suivant les espèces (fig. 17).
Fig. 17. — Aelosome sp. rampant.
En outre, la région antérieure de la tête est garnie, à la face ventrale, de cils vibratiles. Ces vers, dit-on, s'enkystent en autonme.
Les Chaetogasters. On remarque, parfois, autour de la tête des Lymnées ou des Planorbes, une quantité de petits vers qui bougent continuellement ; ce sont les Chaetogasters lymnaei.
Les Chaetogasters présentent deux particidarites. Tune anatomique, l'autre biologique, qu'on ne retrouve chez aucun autre Naididé.
Au lieu d'avoir quatre rangées de soies — soies ou crochets — , comme c'est le cas pour tous les autres Oligochètes limicoles, ces vers n'ont que les deux rangées de crochets de la face ventrale. Enfin, comme nous venons de le mentionner, ce genre possède quelques espèces vivant en parasites.
Les Chaetogasters, par bourgeonnement postérieur, constituent des chaînes, dont les divers individus, facilement distincts, sont tous à un degré différent de développement. On voit, par exemple, que l'animal représenté par la figure 18, va se diviser en deux individus a et 6. Mais ceux-ci, à leur tour — et avant d'être séparés — montrent déjà, par les modifications de l'extrémité postérieure du corps de chacun d'eux, qu'un nouvel individu a" et 6* est en train de s'y former.
Lorsque les Chaetogasters rampent contre les parois du bocal, on constate que, seul, le premier individu est actif. Il avance en allongeant et en racourcissant alternativement son corps, tandis que les individus, qui constituent le reste de la chaîne, suivent passivement, sans que la forme de leur corps se modifie.
Les Chaetogasters — soit les espèces libres, soit celles qui sont parasites :— vivent fort bien en aquarium. Ces animaux ont beaucoup de vivacité et bougent continu-
FiG. 18.
Chaetogaster lymnaei.
ellement; ils rampent contre les parois ou les végétaux et, quelquefois, se laissent passivement flotter en pleine eau. L'espèce qu'on trouve le plus facilement est le Chaetogasiet lymnaei. Cet oligochète atteint ime longueur de 5 millimètres; il vit, comme nous l'avons déjà indiqué, en parasite, sur divers Gastéropodes aquatiques.
Le Chaetogasfer diaphanus, lui, rampe librement au fond de l'eau, ou sur la végétation submergée, surtout dans les lacs d'eau claire. Le corps de cet animal est remarquable par sa transparence ; il atteint, et souvent dépasse, une longueur de 10 millimètres.
Les Déros sont facilement reconnaissables à l'extrémité postérieure de leur corps ; celui-ci est terminé par une sorte de pavillon que l'animal peut, à volonté, épanouir ou rétracter.
Dans ce pavillon se trouvent quatre digitations minces, allongées, transparentes, garnies de cils vibratiles; elles sont parcourues par un courant sanguin. On peut les considérer comme servant de branchies.
Il y a cinq ou six espèces de Déros ; le plus commun et le plus connu est le Bero Perieri (fig. 19) dont le corps atteint une longueur de onze millimètres. On trouve ce Déro communément, dans les eaux stagnantes ou à faible courant, parmi la végétation submergée ou les détritus. Cependant, même quand il y a un certain nombre de ces animaux dans un bocal, ils peuvent facilement passer inaperçus. Ces vers, en effet, sont fort apathiques. Us se
Fig. 19. — Dero Perieri nageant.
tiennent immobiles appliqués contre les végétaux ; souvent ils se construisent des gaines transparentes et se réfugient à leur intérieur. Grâce à leur immobilité et à la transparence de leur corps, ils échappent complètement à la vue. Mais, si Ton remue fortement les végétaux dans Teau, les Déros, souvent, quittent leur abri et partent à la nage. Ils nagent alors en pleine eau, très vivement, au moyen d'ondulations de leur corps, rapides, brusques et très prononcées.
Lorsque l'eau dans laquelle on conserve ces animaux est mal aérée — par exemple, s'il y a trop de végétaux — les Déros, tout en restant immobiles, sortent, hors de leur étui, l'extrémité postérieure de leur corps. Ils recourbent celle-ci à angle droit, pour l'éloigner de la tige contre laquelle est fixé l'étui, et étalent complètement le pavillon respiratoire avec ses digitations branchiales. Celles-ci grâce aux mouvements des cils vibratiles qui les garnissent, sont perpétuellement en contact avec de nouvelles couches d'eau, ce qui facilite l'oxygénation du sang. On peut donc admettre que c'est à cause de leur genre de vie sédentaire et de leur peu de mobilité, que les Déros — seuls parmi les Oligochètes — - sont pourvus d'un organe respiratoire spécial.
Les Déros vivent bien en captivité. De même que les autres Naididés, ils se reproduisent asexuellement pendant Tété, par bourgeonnement et scissiparité, et sexuellement, en automne, par œufs ^
^ Si Ton désire avoir de plus amples n^nseignoments sur l'analoniie de cet intéressant Oligochète, on peut consulter \o mémoire de Périer: «Histoire natureUe du Doim oblus » dans: Ai-rJiivf's de Zoologie expérimentale 187 2 , paj^. Gô-ÎM).