C. Les Ostracodes
Les Ostracodes sont des Crustacés dont le corps entier est contenu dans une carapace bivalve, ovale, symétrique, comprimée latéralement. Ce sont de petits animaux, dont quelques-uns seulement atteignent une taille de 2 à 3 millimètres (fig. 37).
La carapace, presque opaque, ressemble à la coquille des mollusques bivalves. Comme chez ces derniers animaux, lea deux valves sont réunies, à leur bord dorsal, par un ligament élastique, qui tend à les maintenir écartées ^ Plusieurs petits muscles, somnis à la volonté de l'animal, servent au contraire à les rapprocher. Ces musdestaontî^étims en groupe, à peu près au centre des valves. Leur insertion est visible, à travers les parois de celle-ci, sous forme de petites taches.
Malgré l'opacité de la carapace, on distingue un gros
^ Lors de la mue, les deux valves, toujours réunies par ce ligament élastique, restent entr'ouvertes.
œil, médian et un peu antérieur ; mais le corps de l'animal lui-même est indistinct et impossible à définir.
Il 7 a six paires de membres : ceux — correspondant aux deux paires antérieures — que l'on voit parfois sortir entre les v^ves et s'agiter en avant, sont considérés comme étant des antennes modifiées. Ils servent d'organe de
FiG. 37. — Cypris sp.
fixation et de locomotion ; chez les espèces nageuses, ils sont ciliés. On distingue ensuite, vaguement, plusieurs membres courts ; ce sont les différentes pattes-mâchoires qui entourent la bouche. Puis, de nouveau, il y a deux paires de pattes plus longues, qui servent pour la locomotion, et qu'on voit parfois, sortir, entre les valves, à la face ventrale.
L'abdomen est terminé, comme chez les Cladocères, par une sorte de fourche, repliée en avant, garnie de griffes et d'épines. L'animal l'utilise pour progresser, en donnant de forts coups en arrière.
La reproduction des Ostracodes est peu connue. Les sexes sont séparés ; les mâles sont rares. Il est probable que ces crustacés se reproduisent surtout par parthénogenèse. Les femelles ne portent pas leurs œufs avec elles, comme c'est le cas chez les Cladocères et les Copépodes. Elles les déposent sur les végétaux, ou les laissent tomber au fond de l'eau.
De Toeuf sort une larve de forme ovale, qui ressemble à la larve Nauplius des Copépodes, que nous décrirons plus loin. Elle possède un œil frontal et trois paires de membres antérieurs autour de la bouche. Elle est d'emblée contenue dans une carapace bivalve. Ce n'est qu'après plusieurs mues que l'animal atteint sa forme et sa taille définitives.
La biologie des Ostracodes est encore peu connue.
Ce sont des animaux limicoles. Quelques-uns, cependant, sont capables de nager, plus ou moins bien, mais peu Iontemps. Fréquemment, ils s'arrêtent et s'accrochent à un support quelconque, pour se reposer. Ils vivent dans les détritus, qu'ils assainissent et nettoient, en faisant disparaître les matières organiques mortes dont ils se nourrissent. Ils se réunissent, souvent en grand nombre, sur les petits cadavres pour les dévorer.
On les observe pendant toute l'année ; certaines espèces sont plus abondantes en été, d'autres le sont en hiver.
Les Ostracodes sont répartis en quatre familles. Deux ne contiennent que des animaux marins. Les représentants de la troisième (Cythéridés) vivent aussi dans la mer, à l'exception de deux ou trois espèces seulement, qui ont été trouvées dernièrement, dans la faime profonde des lacs d'eau douce. C'est dans la quatrième famille, celle des Cypridés, que rentrent toutes les autres espèces qui habitent les eaux douces ; quoique, en grande majorité, les représentants de cette famille — comme ceux des trois autres — vivent dans la mer.
D. Les Copépodes.
Les Copépodes habitent la mer et les eaux douces ; ils sont parfois à tel point abondants dans celles-ci, qu'elles en paraissent colorées. Ce sont des animaux de petite taille; chez quelques espèces seulement, elle atteint 3 à 3,5 millimètres. Ils sont omnivores. Leur bouche est disposée pour la mastication ; ils mangent indifféremment des algues, des diatomées, des infusoires, même, à l'occasion, de petits crustacés. Eux-mêmes servent de nourriture à une quantité d'animaux, aux poissons surtout et aux larves d'insectes. Seule, leur prodigieuse fécondité leur permet de résister à cette destruction.
Leur corps a, en général, une forme ovoïde, allongée; la segmentation est bien apparente. On y distingue deux régions principales. L'antérieure, qui comprend la tête et le thorax, est formée de cinq segments. La tête n'est pas distincte ; elle est fusionnée avec le premier segment thoracique, qui est notablement plus grand que les autres. Ce premier segment possède donc une paire de pattes, les membres qui entourent la bouche, l'œil, et deux paires d'antennes.
Les antennes de la première paire sont beaucoup plus longues que celles de la deuxième paire ; elles servent de rames ou de balancier. Elles sont pourvues, en outre, de poils, évidemment sensoriels, qui permettent à l'animal de sentir un ennemi qui s'approche de lui, ennemi qu'il évite par un brusque bond de côté. Chez les mâles, elles servent aussi d'organe de préhension, pour maintenir la femelle. Dans ce but elles sont modifiées; elles ont, vers leur milieu, une sorte de charnière qui leur permet de se replier sur elles-mêmes.
Les antennes de la deuxième paire, ou antennules, servent à déterminer dans l'eau, un tourbillon, qui amène vers la bouche, les diverses particules dont l'animal se nourrit.
Ce premier segment, que nous pouvons appeler céphalothorax, est suivi de quatre segments thoraciques, chacim pourvu d'une paire de pattes.
L'animal possède donc cinq paires de pattes ventrales thoraciques, qui sont pennées. C'est au moyen de ces membres, qu'on devrait appeler nageoires plutôt que pattes, que l'animal nage, d'une manière il est vrai assez saccadée. Les membres des quatre paires antérieures existent toujours ; mais ceux de la cinquième paire sont extrêmement variables.
Ils peuvent être plus ou moins rudimentaires ou atrophiés. Chez le mâle, ils sont, parfois, transformés en organe de préhension. Us sont surtout importants pour la systématique, car, suivant leurs modifications, ils servent à caractériser les différentes espèces.
L'abdomen est composé de 4 à 5 segments, dont la largeur diminue progressivement ; ce nombre varie suivant les espèces et quelquefois, simplement, suivant le sexe. Les segments de l'abdomen sont toujours dépourvus de membres. Le dernier segment est bifurqué ; chacune de ses extrémités se termine par des soies, de forme et de dimension variables, qui servent de caractères distinctifs.
Il n'y a pas d'organe respiratoire ; la respiration est exclusivement cutanée. Il y a du sang et il existe une circulation; mais il n'y a pas toujours un organe pulsatile. Chez les Cyclopides et chez les Harpactides, ce sont les mouvements de l'intestin qui brassent le liquide sanguin environnant et le font, plus ou moins, circuler.
Chez les Calanides, il y a un véritable cœur dorsal ; mais il n'y a aucun vaisseau. Ce cœur, situé entre le deuxième et le troisième segment thoracique, pompe le liquide sanguin qui l'environne et le projette dans la direction de la tête. Il y a un œil frontal; il est souvent coloré.
Les sexes sont séparés. Les mâles sont plus petits et plus rares que les femelles. Les organes génitaux sont dans la cavité thoracique ; ils débouchent à l'extérieur, à la face ventrale du premier segment abdominal. C'est là, à leur
ouverture, que le mâle fixe à la femelle un ou plusieurs sperraatophores — sorte de sacs, contenant le sperme —, qui se vident automatiquement *.
L'accouplement est assez difficile à observer. On ne peut le voir qu'à la loupe, sur des animaux nageant librement dans un bocal; car, à la moindre alerte, à la moindre secousse, ils se séparent (à l'exception, toutefois, des Canthocamptus).
Le mâle poursuit la femelle et cherche à l'attraper en saisissant les soies caudales de celle-ci, avec ses antennes (fig. 41). S'il y réussit, il se laisse entraîner par la femelle, jusqu'à ce que, fatiguée, elle se rende à ses désirs. Sans relâcher ses antennes, il applique alors son corps, en sens inverse, contre celui de la femelle. Souvent il s'y accroche encore avec les pattes de la cinquième paire transformées, chez lui, en organe de préhension. C'est dans cette posture que l'accouplement a lieu (d'après Jurine).
L'enlacement de la femelle, par le mâle, a ime durée assez variable. Chez certaines espèces, il ne dure qu'une demi-heure; chez d'autres, il se prolonge plus de vingt-quatre heures. Malgré la longueur de cet acte, il est cependant fort rare qu'on puisse l'observer. C'est pour cela que Jurine, qui a beaucoup étudié ces petits animaux, admet que, souvent, la femelle peut être fécondée sans qu'il y ait eu ce long embrassement préliminaire, et, qu'en outre, un seul accouplement suffit pour féconder plusieurs pontes.
Quant à la fréquence des pontes, elle varié suivant les espèces et suivant la température. Dans les cas les plus favorables, la femelle peut pondre — c'est-à-dire se gariiir extérieurement de paquets d'œufs — tous les cinq ou six jours environ. Les jeunes larves éclosent trois jours après.
La femelle porte ses œufs avec elle. Ceux-ci, suivant les familles, sont contenus, dans un ou dans deux sacs, suspendus à la face ventrale du premier segment abdominal.
1 On observe souvent au printemps (déjà en mars), des femelles de Ganthocamptus portant des spermatophores (fig. 40). •
Ces œufs ont souvent une belle coloration, bleue, jaune ou verte, qui varie suivant leur degré de maturité.
Les Copépodes n'ont qu'une sorte d'œufs ; il n'y a pas d'œufs de durée. On peut observer ces animaux pendant toute l'année: ils ne disparaissent pas en hiver. C'est même à cette époque que certaines espèces sont le plus abondamment représentées. Soit les animaux, soit les œufs, résistent fort mal à la dessiccation. Ce fait rend assez difficile à expliquer la dissémination des espèces et la réapparition de ces crustacés dans les mares desséchées une partie de l'année. Les Copépodes ne peuveïit subsister dans le limon, qu'en tant que celui-ci conserve une certaine humidité.
De l'œuf sort une larve, de forme ovale, appelée Nauplitis. Elle possède un œil frontal, trois paires de membres antérieurs, autour de la bouche, et deux soies à l'extrémité postérieure. Elle augmente de taille, à chaque mue, par rapparition, à sa partie postérieure, de nouveaux segments et de nouveaux membres.
La durée du développement total est fort variable; elle varie, suivant la température, de quelques jours à quelques semaines.
Nous rencontrerons dans nos eaux douces, beaucoup de petits Copépodes; ceux-ci sont abondants, non seulement en individus, mais aussi en espèces. Il y en a plus d'une cinquantaine dans l'Europe centrale. Les caractères qui servent à les déterminer sont fort minutieux. En outre, les représentants d'une même espèce présentent des variations, d'après leur genre de vie, suivant qu'ils habitent un lac aux eaux claires ou, au contraire, un marais. L'étude de ces animaux est assez ardue et plutôt du ressort d'un spécialiste; nous nous bornerons donc, à donner quelques renseignements généraux sur les trois familles qui sont représentées dans nos eaux douces.
Les téguments des Copépodes sont mouillables; ils sont souvent couverts d'infusoires et d'algues parasites. Tandis que les téguments des Cladocères et des Ostracodes, étant non mouillables, restent, en général, propres.
Les Cyclopides (fig. 38) sont caractérisés par le fait que les cinq segments thoraciques sont nettement différenciés des segments abdominaux. La longueur des antennes, est inférieure à celle des cinq segments thoraciques. La femelle porte deux sacs ovigères.
Fig. 38. — Gyclops sp.
Les Cyclopides sont propres aux eaux douces, ils nagent soit parmi la végétation du rivage, soit dans la pleine eau. Ils tiennent en général leur corps perpendiculaire, et avancent, le dos tourné en avant, en frappant Teau au moyen de leurs pattes et de leurs antennes.
LES CRUSTACES
Les CcUanidés ou Centropagidés ont, de même que les précédents, les segments thoraciques bien différenciés des segments abdominaux (fig. 39). Mais les antennes sont beaucoup plus longues; leur longueur dépasse celle de la moitié du corps. La femelle ne porte qu'un seul sac ovigère. Chez les mâles, une seule antenne, en général la droite, est modifiée pour servir d'organe de préhension.
Fig. 89. — Diaptomus Castor ^ .
Elle présente, en son milieu, un renflement, à la suite duquel se trouve la charnière qui lui permet de se replier.
Les Calanidés habitent les eaux douces et aussi la mer. Ils ont les mêmes mœurs et le même genre de vie que les Cyclopides ; mais ils sont encore plus habiles nageurs que ceux-ci et, souvent, on peut les observer, demeurant immobiles, flottant au sein de l'eau.
Le Diaptomus Castor est un des plus beaux représentants de son genre. Le corps de cet animal atteint une lon-
gueur de 3,5 millimètres, il est coloré en bleu de ciel ou en rougeâtre. On trouve ces crustacés, en nombre parfois considérable, dans les petits étangs. Ils vivent fort bien en captivité, même pendant plusieurs mois, mais ils ne s'y reproduisent pas. Leurs œufs, dans ces conditions, deviennent incapables de se développer.
Chez les Harpactides, les segments thoraciques et les segments abdominaux ne sont pas nettement différenciés; on passe insensiblement des uns aux autres. La femelle ne porte qu'un seul sac ovigère.
Presque toutes les espèces qui constituent cette famille vivent dans la mer, un genre seulement est représenté dans nos eaux douces ; c'est le genre Canthocamptus.
Les Canthocamptus sont des animaux de petite taille ; la longueur de leur corps ne dépasse pas un millimètre. Ds habitent de préférence les petits marais, ou se tiennent dans la végétation des rivages. On trouve même ces cms-
FiG. 40. — Canthocamptus staphyllinus Q aTec œufs: à droite, en haut, avec un spermatophore.
tacés dans des eaux si peu profondes que, souvent^ leur corps n'est pas immergé en entier.
Ils nagent assez mal, d'une manière saccadée, sans suite, souvent en tournant sur eux-mêmes, comme une hélice. Cela tient, en partie, à la disposition de leurs pattes-nageoires qui, au lieu d'être dirigées en avant, comme c'est le cas chez les autres Copépodes, sont longues et dirigées en arrière. Les Canthocamptus recourbent souvent leur abdomen du côté de leur face dorsale : il forme ainsi un angle obtus avec les segments thoraciques. C'est pourquoi le nom
j nn m. 13
FiG. 41. — Canthocamptttê staphyllinus enlacés.
de Staphylinus a été donné à l'espèce la plus commune, car la posture de ce Crustacé ressemble à celle qu'affectionne l'Insecte qui porte ce nom (fig. 40).
C'est pendant les mois d'hiver qu'on trouve le plus abondamment ces petits cmstacés et, malgré la saison, on les observe très souvent enlacés (fig. 41) ; le mâle est accroché, par ses antennes, aux soies caudales de la femelle. Us nagent ainsi, l'un derrière l'autre, les deux corps se suivant en droite ligne. Lorsqu'ils sont dans cette position, on peut les capturer et les observer, sous le microscope, sans qu'ils se séparent.
En plus de ces trois familles, les Copépodes en comptent encore deux autres : les Pontellidés et les Notodelphidés, dont tous les représentants vivent dans la mer.
Les naturalistes, en outre, divisent les Copépodes en deuxgroupjBs:ies Copépodes libres et les Copépodes parasites.
Nous n'avons parlé que des Copépodes libres. Ha. effet, les Copépodes parasites sont tous fixés sur des poissons ou des amphibiens; mais ces animaux n'étant pas étudiés dans ce livre, nous n'estimons pas avoir à parler de leur parasites. Nous n'avons aucune chance, ni d'en trouver dans le produit de nos pêches, ni d'en voir apparaître dans nos aquariums.