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CHAPITRE XII

LES CRUSTACÉS {Suite),

Amphipodes. Isopodes. Podophthalmés.

Nous allons étudier, à présent, les représentants de la deuxième sous-classe : les Malacostracés, qui sont répartis en deux groupes :

Les Arthrostracés, caractérisés par le fait que les différents segments de leur thorax sont distincts. Les yeux sont sessiles. Ils comprennent deux ordres : les Amphipodes et les Isopodes, tous deux représentés dans nos eaux doaces.

Les Thoracostracés, eux, sont caractérisés par le fait que les différents segments de leur thorax sont soudés ensemble et constituent un bouclier dorsal. liCS yeux sont pédoncules. Ils comprennent trois ordres, dont un seul, les Podophthalmés^ a quelques représentants dans les eaux douces.

E. Les Amphipodes.

Les Amphipodes ont le corps comprimé latéralement et tous les segments en sont bien apparents. Presque tous les représentants de cet ordre vivent dans la mer. Une ou deux espèces seulement — appartenant à la sous-famille des

Gammaridés — se trouvent dans les eaux douces de nos pays. L'espèce la plus commune, — la seule dont nous nous occuperons — est le Gammarus pulex ; c'est la vulgaii*e crevette des ruisseaux (fig. 42). Cet animal est trop connu pour que nous le décrivions longuement.

La tête est nettement distincte du thorax; elle n'est soudée qu'au premier segment thoracique; elle est pourvue de quatre antennes et de deux yeux sessiles. Elle est suivie de sept segments thoraciques, puis de six segments abdominaux, tous pourvus à la face ventrale d'une paire de membres.

Gamma7'iis ptilex.

Les membres des deux premières paires sont terminés par un crochet mobile, qui peut se rabattre sur le tarse; ils sont utilisés comme organe de préhension. Ces membres sont particulièrement développés chez le mâle ; ils lui servent à maintenir la femelle.

Les pattes des troisième et quatrième paires fonctionnent pendant la marche et la natation. Celles des trois paires suivantes (S^^e, 6"»^^ yme)^ gont repliées, latéralement et en arrière, sur la face dorsale du corps ; ce qui donne à ranimai un aspect tout particuUer. Lorsque le Gammarus nage, ces pattes restent inunobiles dans cette position ; mais lorsqu'il veut s'immobiliser, il s'en sert pour s'accrocher latéralement. Les membres des huitième, neuvième et

I,ES CRUSTACES

dixième paires sont beaucoup plus courts que les autres. Ils ont la forme d'une double palette ciliée; ils servent sni-tout pour la natation. Mais, même lorsqu'il est au repos, ranimai les agite continuellement; car, par leur mouvement, ils entretiennent un courant d'eau vers les branchies. Enfin les trois derniers segments du corps sont aussi, chacun, pourvus, à leur face ventrale, d'une paire de membres; mais ceux-ci ne sont pas, ou ne sont <(ue fort peu ciliés; ils remplissent la même fonction que ceux des trois paires précédentes, mais d'une manière plus secondaire.

Si Ton examine la face ventrale d'un Gammarus, on constate que — ^auf ceux de la première j)aire — chacun des membres thoraciques est pourvu, à sa base, d'une lame ovalaire, appliquée contre le corps ; ce sont les branchies (a, fig. 43).

Chez les femelles, on constate que les pattes des deuxième, troisième, quatrième, cinquième paires possèdent, en outre, une seconde lame plus étendue, mais beaucoup plus mince, dont les bords sont garnis de poils raides (b, fig. 43). Ces quatres paires de plaques — dites incubatrices — servent à maintenir les œufe, et plus tard les jeunes, contre le corps de la mère.

Fig. 43. — Gammarus pulejc Ç face ventrale.

a, branchies ; 6, plaques incubatrices.

L AQUARIUM DE GIUMBRK

La taille des mâles est supérieure à celle des femelles; leur corps atteint une longueur de 15 millimètres. La couleur générale de celui-ci est jaunâtre ; on observe, parfois, sur les côtés, chez quelques individus, des groupes de petites taches rouges.

On trouve les Gammarus, pendant toute l'année, dans presque toutes les eaux; cependant ils évitent les eaux stagnantes. Ils préfèrent celles qui sont peu profondes et dont le courant n'est pas trop rapide. Ces Crustacés ont besoin de beaucoup d'oxygène ; en captivité, pour peu que l'eau soit insuffisamment aérée, ils périssent.

Ce sont des animaux extrêmement lucifuges ; ils se tiennent toujours cachés, soit sous les pierres, soit dans les détritus au fond de l'eau. Quelquefois, on en trouve dans les débris amassés sur le rivage, encore humides, quoique hors de l'eau. Ils sont souvent réunis en très nombreuse société.

Lorsqu'ils sont dérangés, ou qu'on les sort de l'eau, ils se meuvent latéralement, couchés sur le flanc, le corps recourbé en demi-cercle, le dos tourné en avant. Ils cherchent à s'échapper en faisant de petits sauts, au moyen de contractions brusques de leur corps. Mais, lorsqu'on observe, sans les déranger, des sujets gardés en captivité, on constate que, lorsqu'ils nagent librement en pleine eau. leur corps est étendu et leur dos dirigé en haut. Ce n'est que lorsqu'ils sont près du fond qu'ils adoptent pour nager, la position latérale et recourbée. Souvent, pour partir à la nage, ils se donnent un élan, par une brusque contraction du corps. Ils se servent pour nager — comme nous l'avons déjà indiqué — des pattes des troisième, quatrième, huitième, neuvième, dixième, onzième et douzième paires ; tandis que celles des cinquième, sixième, septième paires, recourbées sur le dos, restent immobiles, ainsi que celles des deux premières paires.

Très fréquemment, on voit les mâles nager, en tenant, avec leurs membres antérieurs, une femelle enlacée sous leur corps. Et cette femelle, de son côté, porte ses œufs, ou

des jeunes, contre la face ventrale de son thorax. Les jeunes ne quittent leur mère que lorsqu'ils sont bien développés.

Les Gammarus ont une nourriture très variée. Ils mangent les animaux et les végétaux, morts et en décomposition; mais ils attaquent aussi et dévorent les animaux vivants plus faibles qu'eux, tels que les larves d'insectes et même, quelquefois, lem-s propres jeunes.

Les pattes-mâchoires, qui contribuent à former l'appareil buccal, sont soudées entre elles, à leur base; elles constituent une sorte de lèvre inférieure, qui ressemble vaguement au masque de certaines larves d'Odonates.

On trouve, dans nos pays, deux espèces de Gammarus, qui ne diffèrent l'une de l'autre que par des caractères peu apparents. En outre, il existe, dans les eaux souterraines, une forme de Gammarus, dépourvue d'yeux ; ce sont les Niphargus.

Mais dans les eaux douces des pays exotiques, — surtout dans celles des grands lacs de l'Asie et de l'Amérique — le genre Gammarus est représenté par un grand nombre d'espèces (près d'une centaine).

F. Les Isopodes.

Les Isopodes sont caractérisés par leur corps, qui est comprimé dorso-ventralement, et ils tirent leur nom du fait que leurs membres thoraciques — sauf ceux de la première paire — sont semblables les uns aux autres.

Les Isopodes sont des animaux marins ou terrestres ; quelques-uns d'entre eux seulement vivent dans les eaux douces. Parmi ces derniers, l'espèce la plus commune est YAselle aquatique (fig. 44).

Ce Crustacé est beaucoup moins répandu que le Gammarus pulex. Dans certains pays, l'Aselle manque complètement et, dans ceux où il passe pour être commun, son habitat est souvent limité à quelques localités. On le trouve en abondance à de certains endroits et à d'autres il fait

complètement défaut. 11 peut s'adapter à vivre dans de Teau légèrement salée ; il vit, par exemple, dans la Baltique.

Chez l'Aselle, la tête est libre et elle est nettement distincte du premier segment thoracique. EUe est pourvue de quatre antennes et de deux yeux.

FiG. 44. — Aselle aquatique.

Il y a sept segments thoraciques, tous sont distincts et bien apparents ; chacun est pourvu d'une paire de membres.

Les membres de la première paire sont terminés par un crochet mobile, qui peut se rabattre sur le tarse, constituant ainsi une sorte de pince ; ces membres fonctionnent

comme organes préhenseurs. Ceux des six paires suivantes sont terminés par une griffe immobile; ils servent uniquement à la locomotion. L'Aselle ne nage pas ; il marche avec assez d'agUité, dans les détritus du fond ou parmi les végétaux submergés, en tâtonnant continuellement avec ses longues antennes.

Les six segments abdominaux sont soudés les uns aux autres et constituent une grande plaque, une sorte de bouclier qui termine le corps. La largeur de celui-ci augmente progressivement d'avant en arrière. Les membres coitcspondant à chacun des segments abdominaux sont transformés en feuillets branchiaux, qu'on voit continuellement osciller à la face ventrale. Ceux de la première paire sont pigmentés et plus résistants; ils recouvrent les suivants et les protègent. Le corps est terminé par deux appendices bifides.

Il n'y a donc pas de branchies thoraciques, comme c'est le cas chez les Gammarus. Mais, de même que chez ces derniers animaux, on remarque chez les femelles un prolongement lamelleux à la base de chacune des pattes des quatre premières paires. Lorsqu'elle va pondre, ces lamelles s'accroissent, s'allongent et se rencontrent avec celles qui sont en face. Elles constituent ainsi, sous le thorax, une sorte de chambre, dans laquelle les œufs sont déposés et où ils restent jusqu'à l'éclosion.

La taille des mâles est supérieure à celle des femelles; leur corps atteint une longueur de 15 millimètres. La couleur générale de celui-ci est gris-violet, avec des taches claires.

Grâce à la foiine du corps et à sa transparence, on peut admirablement observer, chez l'Aselle, la circulation du sang et la disposition du tube digestif. On trouve ces animaux pendant toute l'année. Ils se tiennent de préférence dans les ruisseaux à courant lent, dans les lacs, dans les fossés ou même dans les prés inondés. Il semble qu'il y a incompatibilité de vie commune entre les Gammarus et les Asellus, car on n'observe jamais ces deux espèces en société.

Pendant l'époque de la reproduction — qui a probablement lieu en hiver et en été — les mâles se promènent en tenant lear femelle enlacée sous leur ventre. Celles-ci, comme nous l'avons dit, conservent leurs œufs sous leur thorax, jusqu'à l'éclosion.

Les Aselles sont omnivores, plutôt végétariens; ils se nourrissent des débris végétaux en décomposition et des animaux qui sont fixés dessus.

n existe une forme d'Aselle, aveugle et dépigmentée, d'un tiers plus petite. Elle vit dans les eaux souterraines ou au fond des lacs profonds ; c'est VAsellus cavaticus.

Enfin, puisque nous parlons des formes cavernicoles, nous mentionnerons encore, parmi les Isopodes, les Sphéromiens.

Les Sphéromiens ont la faculté d'enrouler leur corps sur lui-même, en forme de boule. Ils habitent la mer ; quelques espèces, cependant, vivent dans l'eau saumâtre, à l'embouchure des fleuves. Mais on ne trouve aucun représentant de cette famille dans les eaux douces continentales (dans les lacs, les rivières, les ruisseaux ou les marais), sauf quelques rares espèces qui vivent exclusivement dans les eaux souterraines (cavernes de la Camiole et de la France).

G. Les Podophthalmés.

Trois familles seulement de cet ordre — très riche en espèces marines — sont représentées dans nos pays. Ce sont les Ecrevisses, les Mysis et les Telphuses.

Pour diverses raisons, que nous indiquerons plus loin, nous ne nous occuperons que fort succinctement de ces animaux.

Les Ecrevisses, Ainsi que nous l'avons indiqué dans l'introduction, nous ne consacrerons que quelques lignes à l'Ecrevisse.

Cet animal, en effet, a été étudié par de nombreux natu-

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ralistes^ qui en ont donné de bonnes monographies; en outre, à l'exception des jeunes sujets, il ne peut pas vivre dans l'aquarium de chambre.

On a signalé, dans les cours d'eau d'Europe, quatre espèces d'Ecrevisses ; mais elles ne diffèrent que fort peu les unes des autres. Ces Crustacés vivent dans les eaux courantes ; ils se tiennent principalement cachés dans les aiifractuosités du rivage. Ils sont omnivores, mais surtout carnivores.

En captivité, ils dévorent tout et ne laissent subsister aucun être avec eux, sauf... les Dytiques. Dans la nature, ces animaux ne doivent jamais se rencontrer, car l'Ecrevisse vit dans les eaux courantes et les Dytiques fréquentent plutôt les eaux stagnantes. Lorsqu'on les met ensemble, en captivité, ils ne tardent pas à s'attaquer. Mais, vu la forme lenticulaire du corps du Dytique, l'Ecre visse ne peut pas, avec ses pinces, saisir cet insecte ; et, d'autre part, les mandibules de celui-ci n'ayant pas de prise sur la carapace du Crustacé, aucun de ces deux animaux n'arrive à vaincre son adversaire. Ils s'observent donc, étant continuellement sur la défensive; à la moindre alerte, ils s'attaquent, mais sans arriver à aucun résultat.

L'Ecrevisse reste blottie dans la niche qu'elle s'est aménagée, pendant les six mois de la mauvaise saison. Les femelles, durant cette période, surveillent et protègent leurs œufe qui sont fixés à leurs fausses pattes. Ceux-ci éclosent en mai. Les jeunes Ecrevisses restent cramponnées à leur mère pendant près d'un mois ; puis elles s'échappent. Elles ont, dès la naissance, la même forme que les adultes; les métamorphoses ayant eu lieu dans l'œuf. Elles muent plusieurs fois avant d'acquérir leur taille définitive; ce qui n'arrive qu'au bout de quelques années.

Les Mysis, par leur aspect général, ressemblent vague-

^ Entre autres : Huxley, L'Ecrevisse, Paris 1880 : Carbonnier, L'Ecrevisse.

Vogt et Yung. Traité d*Anatomie comparée, Tome II, 1894.

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ment aux Ecrevisses ; toutefois leurs pattes antérieures ne sont pas transformées en grandes pinces. En outre, Mysis rélicta,qm est la seule espèce que Ton trouve dans les eaux douces, a une taille considérablement plus petite que celle de TEcrevisse, puisque la longueur de son corps ne dépasse pas 18 millimètres.

Si nous mentionnons ici ce Crustacé, c'est à cause du grand intérêt qui résulte du fait que Ton ne connaît, dans les eaux douces, que cette seule espèce de Mysis — dont rhabitat est, du reste, fort localisé — alors que, dans la mer, cette famille est abondamment représentée, en espèces et en individus.

Mysis rélicta n'a été signalé que dans les lacs de la Prusse et dans ceux de la Scandinavie.

Certains naturalistes prétendent qu'on doit considérer ce Crustacé comme un animal marin, qui a survécu au retrait de la mer, en s'adaptant à vivre dans les eaux douces. Il serait donc le témoin d'une faune disparue, d'où le nom de relicta qu'on lui a attribué. D'autres naturalistes, au contraire, supposent que certains représentants de la famille des Mysis sont actuellement en train d'émigrer de la mer dans les eaux douces. Mysis relicta serait, dans ce cas, le précurseur d'une faune d'invasion. Mais ce ne sont que des hypothèses I

Les TelphuseSj eux, sont des Podophthalmés brachiures. c'est-à-dire que, chez ces Crustacés, l'abdomen est plus court que la carapace et est replié au-dessous. Ils n'ont aucune ressemblance avec les Ecrevisses ; ce sont de véritables petits crabes semblables à ceux que l'on voit courir au bord de la mer.

Ces animaux sont communs en Egypte et en Algérie ; on les trouve aussi en Grèce et au sud de l'Italie. Ils vivent au bord des rivières et aussi dans l'eau de la nappe souterraine. En forant des puits, en Algérie, on en a vu, plusieurs fois, apparaître avec l'eau qui jaillissait de la profondeur. L'espèce la plus connue est le Telphusa fluviatilis.

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