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CHAPITRE XVII LES INSECTES [Suite

Coléoptères. (Suite), Hydrophilidés

Les Hydrophilidés

Parmi les Insectes qui, à l'état d'imago, vivent dans l'eau, les Hydrophilidés, par le nombre et l'importance de leurs représentants, prennent rang de suite après les Dyticidés.

Cependant, tous les Hydrophilidés ne sont pas aquatiques ; les Sphaeridiidés sont exclusivement terrestres.

On compte dans l'Europe centrale environ 70 à 80 espèces d'Hydrophilidés aquatiques. Dans l'eau, ces insectes sont reconnaissat)les au plastron d'air argenté qui revêt la face ventrale de leur corps.

Les Hydrophilidés sont, en majorité, des insectes de petite taille ; ceUe-ci est généralement inférieure à 5 mm. Mais, il y a parmi eux quelques espèces de grande taille, et c'est même dans cette famille que se trouve le plus grand coléoptère aquatique de nos contrées. Quelques-uns seulement de ces insectes peuvent nager en pleine eau ; mais la plupart ne font que marcher sur les végétaux submergés ou, quelquefois, sous et contre la surface de l'eau. Ils ont, en

général, des mouvements peu vifs. Beaucoup d'entre eux quittent volontiers l'eau, pour se promener sur le rivage ou sur les végétaux qui émergent.

Les Hydrophilidés prennent grand soin de leurs œufs; ils les enferment dans des coques, qu'ils fixent, en général, aux plantes ou qu'ils portent quelquefois avec eux.

Presque tous les Hydrophilidés sont de couleur noire ou, du moins, de couleur très foncée. Ils sont végétariens.

Les larves, elles, sont carnassières. Leur bouche est munie de fortes mandibules cornées, pourvues de dents à leur bord interne. Elles ont 12 à 13 segments, y compris la tête, et trois paires de pattes articulées. Ces larves — sauf celles des Berosus — possèdent à l'extrémité postérieure de leur corps, une cupule respiratoire, à laquelle aboutissent les deux troncs trachéens principaux. Quelques-unes ont des stigmates latéraux (thoraciques ou abdominaux), en général inutilisés, souvent imperforés. Dautres sont pourvues d'appendices postérieurs ou latéraux; les postérieurs sont, parfois, de véritables branchies ; les autres sont des trachéo-branchies.

Quelques-unes seulement de ces larves peuvent nager ; la plupart vivent au fond de l'eau, accrochées aux plantes ou dans les détritus; ou bien, elles restent sous la surface, suspendues à celle-ci par leur cupule respiratoire.

Pour se transformer en nymphes, elles sortent de Teau et s'enterrent. Il est fort difficile d'obtenir des nymphes en captivité, et il est rare d'en trouver dans la nature.

C'est à Schiôdte que nous devons la plus grande partie des connaissances que nous avons sur les métamorphoses des Insectes de cette famille.

Parmi les Hydrophilidés, quelques espèces, seulement, nous intéresseront, soit par les mœurs de leurs représentants, soit à cause de plusieurs faits biologiques dont l'observation se trouve facilitée par la grande taille de quelques-uns de ces insectes.

Le grand Hydrophile est suffisamment connu pour que

nous ne le décrivions pas. C'est le plus grand coléoptère aquatique de nos contrées; son corp3 atteint une longueur de 4,6 centimètres environ ; sa couleur est brun-verdâtre luisant.

LHydrophile n'est point rare; il vit dans les eaux stagnantes propres : étangs, carpières ou marais. On le trouve là, pendant toute l'année, mais plus particulièrement en automne. H se tient caché dans la végétation du fond ou vers les bords.

Pour en récolter, il faut, soit draguer, au hasard, le fond des eaux, soit attirer, avec un crochet, sur le rivage, des paquets de végétation submergée et chercher au milieu.

L'Hydrophile est onmivore, mais surtout végétarien ; il se nourrit principalement d'algues et de Myriophyllum. Cependant, à l'occasion, il dévore les animaux blessés ou morts. Il vit fort bien en captivité ; vu sa grande taille, nous pourrons observer sur lui plusieurs phénomènes intéressants.

L'Hydrophile n'a pas, comme les Dyticidés, des mouvements vifs et brusques ; il nage d'une manière lente et majestueuse, en avançant, alternativement, tantôt l'une, tantôt l'autre de ses quatre pattes postérieures, dont les tarses, aplatis et ciliés, servent de rames.

Ce mode de progression produit une sorte de balancement du corps et rend l'allure de cet insecte un peu sinueuse.

Si nous l'observons pendant quelque temps, nous verrons THydrophile, à un moment donné, s'approcher de la surface, puis rester inmiobile contre celle-ci, en ayant la tête légèrement inclinée de côté (fig. 65). Souvent, nous constaterons, alors, qu'il fait quelques mouvements respiratoires. En effet, il prend cette attitude lorsqu'il renouvelle l'air contenu dans ses trachées.

L'abdomen de ces insectes est pourvu de six paires de stigmates dorsaux, qui sont recouverts par les élytres. Lorsque l'Hydrophile est immergé, les élytres plongent dans l'eau de tous côtés ; ces stigmates ne peuvent donc en-

trer directement en relation avec l'air atmosphérique. Mais dans la peau molle qui unit le prothorâx au mésothorax se trouve une paire de grands stigmates ; ce sont les stigmates mésothoraciques et c'est par l'intermédiaire de ceux-ci que l'inspiration a lieu.

Nous avons déjà indiqué que, chez les Hydrophilidés, la face inférieure du corps * est garnie de poils hydrofuges et

FiG. 65. — Hydrophile ^ respirant à la surface de Teau.

qu'une mince couche d'air — qui, sous l'eau, paraît argenté — adhère à ceux-ci.

C'est cet air que l'Hydrophile inspire et c'est au moyen d'une de ses antennes, qu'il établit une commimication entre l'air de l'atmosphère et celui de cç revêtement aérien. Les antennes ont, à cet effet, une conformation spé' ciale. Elles sont terminées par quatre articles assez gros, élargis, aplati», revêtus, eux aussi, de poils hydrofuges.

1 En général, la face inférieure du corps des Hydrophilidés est, en entier, garnie de poils hydrofuges et, par conséquent revêtue d'air. Le grand Hydrophile, ainsi qup. les représentants de quelques petites espèces, des genres Hydraena et Limnobie font exception. Chez eux, les segments postérieurs de la face ventrale de Tabdomen sont dépourvus dé poils hydrofuges : celle-ci n*est donci^a^ en entier revêtue d*air.

Quand l'Hydrophile veut respirer, il dirige son antenne en arrière et la recourbe sous et derrière son œil. Les quatre derniers articles forment alors, derrière l'œil, une petite colonne hydrofuge, par conséquent entourée d'air, dont la base est en relation avec la couche aérienne, qui revêt la face ventrale du corps, et dont le sommet entre en contact avec l'air atmosphérique, chaque fois que l'Hydrophile incUne un peu la tête (fig. 65).

Grâce à ce trait d'union, l'air atmosphérique peut parvenir à la face ventrale du prothorax, où, au fur et à mesure, il remplace celui que l'Hydrophile inspire par ses stigmates mésothoraciques \

Cela nous explique pourquoi les Hydrophiles — qui, lorsqu'ils sont hors de l'eau, tiennent normalement leurs antennes en avant — tiennent celles-ci dans la position que nous venons d'indiquer, lorsqu'ils sont immergés. Ce que l'on voit dirigé en avant, et ce que, souvent, l'on considère, à tort, comme étant les antennes, ce. sont les palpes maxillaires, anormalement développés. D'où le nom de Palpicomes donné aux représentants de cette famille.

L'air, que l'Hydrophile a inspiré par ses stigmates mésothoraciques, est emmagasiné dans le corps de l'insecte, dont le système trachéen est pourvu, à cet effet, de vastes vessies aériennes *. Ensuite, il est expiré sous les élytres par l'intermédiaire des stigmates abdominaux dorsaux.

Lorsque l'Hydrophile, en nageant, descend au fond de l'eau, on voit souvent, une ou plusieurs bulles d'air s'échapper de dessous les élytres, à l'extrémité postérieure du corps. L'insecte peut ainsi, plus ou moins, modifier le poids spécifique de son corps. Ce poids doit sensiblement se rap-

I De même que les Dytiques, les Hydrophiles ont aussi à la face ventrale., au fond du siUon intersegmentaire qui part de Tarticula^ion des pattes médianes, des stigmates dits « métathoraciqucs ».

- Ces vessies sont faciles à constater. Jl suffit pour cela — les ailes et les élytres ayant été enlevées — d*inciser longitudinalement le tégument dorsal et de le rabattre de chaque côté. Les vessies aériennes au nombre de quatre, apparaissent entre le métathorax et l'abdomen.

procher de celui de l'eau, car l'Hydrophile nage soit pour monter, soit pour descendre.

Lorsqu'on saisit brusquement un de ces insectes, il fait entendre une sorte de grincement. Ce bruit est produit par le frottement du rebord latéral du premier segment abdominal contre la face interne correspondante de l'élytre, qui possède à cet endroit une petite place ovale à surface chagrinée et rugueuse.

Lorsqu'on manie un Hydrophile, celui-ci, souvent, comme moyen de défense, défèque une bouillie noire, pâteuse, salissante et fétide. C'est par erreur que des auteurs attribuent cet acte à la larve.

Enfin nous signalerons encore un phénomène propre à l'Hydrophile. Souvent on voit cet insecte nager en traînant à l'extrémité postérieure de son corps un long filament blanchâtre. C'est la muqueuse de Tintes^, qui, périodiquement, est expulsée et renouvelée.

Les mâles se distinguent des femelles par la conformation des pattes antérieures. Le cinquième article du tarse porte, chez eux, une dilatation latérale, aplatie, plus ou moins ovale (voir fig. 65).

C'est en juin que les Hydrophiles se reproduisent. Les femelles, à cette époque, construisent une coque ovigère, qui est assez volumineuse. Elle a la forme d'une demisphère, dont le diamètre aurait 2,5 centimètres. Elle est, en général, fixée à la face inférieure et au bord d'une feuille de nénuphar (fig. 66). Elle est pourvue d'une sorte de mât, qui s'élève perpendiculairement hors de l'eau, contre le bord de la feuille. H est long d'environ de 1 à 1,5 centimètre ; on ignore sa signification. Ces coques contiennent une cinquantaine d'œufs.

Migér a assisté à la construction d'une coque et son récit {Associaty du Musée cPHistoire Naturelle^ T. XIV, 1809) se trouve reproduit dans beaucoup de livres. D'après lui, 4 à 5 heures suffisent à la femelle pour achever son œuvre.

Au bout de 17 jours environ, on voit sortir les jeunes larves, déjà assez grandes. Celles-ci ne quittent pas la coque

dès leur naissance; elles y restent enfermées quelques jours, pendant lesquels elles augmentent de taille. Puis elles rongent la coque, au-dessous de la base du mât, à un endroit où les parois sont plus minces. Elles y découpent une ouverture ovale, par laquelle elles s'échappent. A ce moment, leur corps atteint déjà une longueur de 14 mm.; il est de couleur gris-souris.

FiQ. 66. — Goqae ovigère de l'Hydrophile, un peu réduite : a, position normale, sous une feuille de nénuphar flottant sur l'eau ; 6, vue par-dessous/

L'aspect extérieur de ces jeunes larves ne diffère pas sensiblement de celui des larves adultes, que nous décrirons plus loin. Cependant les deux appendices ventraux du dernier segment abdominal — qui fonctionnent probablement comme des branchies, car on y observe une abondante ,cir? culation sanguine — sont, proportionnellement au reste du corps, beaucoup plus longs. En effet, leur longueur atteint le tiers de celle du corps, tandis que, chez la larveadulte, elle ne dépasse pas la dixième partie de celle-ci.

En outre, ces jeunes larves présentent, de chaque côt|é

de l'abdomen, huit petits appendices cylindriques, qui correspondent aux prolongements latéraux qu'on observe chez la larve de l'Hydrous caraboïdes. Or, au fur et à mesure que la larve grandit, la dernière paire de ces appendices s'atrophie et, chez la larve adulte, il n'y en a plus que sept

L'Hydrophile, à l'état d'imago, est un insecte qu'on peut se procurer assez facilement. Les coques ovigères ne m'ont point paru, non plus, fort difficiles à trouver. En revanche, j'ignore où se trouvent les larves ; elles m'ont paru peu communes. J'en ai récolté, une fois, quelques-unes, au mois de juin, dans un épais tapis de mousse, submergée sous quelques centimètres d'eau, au bord d'une carpière prèsqu'à sec.

Lorsqu'elles ont acquis tout leur développement, ces larves atteignent une longueur de 6,5 à 7 centimètres (même 8, disent les auteurs). Par leur aspect général, ces larves ressemblent à un gros ver. Elles sont cependant pourvues de trois paires de pattes thoraciques ; mais celles-ci sont si grêles et si peu apparentes que, souvent, on les remarque à peine. La larve s'en sert pour nager ; elles possèdent une rangée de cils et sont terminées par une griffe.

La lanre de l'Hydrophile respire au moyen de deux stigmates, situés au fond d'une cupule respiratoire, à l'extrémité postérieure du corps.

Lorsqu'elle veut respirer, la larve amène, à la surface de l'eau, sa cupule respiratoire ; celle-ci, étant non mouillable, adhère à la surface, et la larve se trouve ainsi suspendue par l'extrémité postérieure du corps.

Ces larves prennent alors les postures les plus variées. Tantôt elles laissent leur corps étendu, mais obliquement allongé ; tantôt elles le recourbent, plus ou moins, en boucle; fréquemment elles renversent leur tête en arrière, à tel point que la face dorsale de celle-ci s'applique contre la face dorsale du premier segment thoracique. La partie postérieure de la tête devient ainsi antérieure et termine le corps en avant ; celui-ci a l'air privé de tête (fig. 67).

Les deux appendices ventraux du dernier segment, que

nous avons signalé chez les jeunes larves comme remplissant probablement la fonction de branchies, s'atrophient et diminuent de longueur au fur et à mesure que la larve vieillit. La longueur de ces appendices est, du reste, extrêmement variable. On remarque, en effet, à l'intérieur un tendon qui s'insère à leur extrémité. Lorsque l'animal se contracte, le tendon attire l'extrémité de l'appendice et celui-ci se plisse sur lui-même.

FiG. 67. — Larve adulte d'Hydrophile, mangeant un Planoibo.

Lorsqu'on saisit une de ces larves, avec les doigts, ou mieux avec une pince, elle devient flasque et se laisse pendre comme une dépouille vide et morte. Parfois, elle se retourne brusquement et mord ce qui la tient.

La nourriture préférée de cette larve consiste en petits gastéropodes. La larve les saisit entre ses mandibules, solides et fortement dentées, renverse sa tête sur son dos, comme pour prendre un point d'appui, brise ensuite la coquille entre ses mandibules et dévore l'animal qui y est contenu (fig. 67).

Vers le milieu d'août, les larves sortent de l'eau et vont se cacher dans la terre pour s'y transformer en nymphe, puis en imago.

Les auteurs indiquent deux mois environ, comme durée de la vie larvaire ; mais la chose me semble peu probable. L'Hydrophile pond en juin et se métamorphose bien en août ; mais je doute beaucoup que les larves, qui, à leur éclosion, en juin, avaient une longueur de 14 millimètres, aient déjà, deux mois après, acquis leur taille définitive de 7 centimètres, et soient aptes à se métamorphoser. En outre, j'ai trouvé, au commencement de juin, des larves d'Hydrophiles qui avaient une taille de sept centimètres.

Or, il est impossible que ces larves soient nées au commencement de l'année. D est donc infiniment probable que la larve de l'Hydrophile a besoin d'une, ou peut-être de plusieurs années pour atteindre son développement complet. Elle passerait donc l'hiver, comme les imagos, dans un état de vie très ralentie.

Les détails dans lesquels nous sommes entrés en parlant du grand Hydrophile, nous permettront d'être beaucoup plus bref au sujet des quelques autres Hydrophilidés que nous voulons cependant signaler ; car ils sont intéressants à étudier dans notre aquarium.

L'Hydrous carahoïdes est un Hydrophile en miniature, dont la taille ne dépasse pas 18 millimètres. Il a le même habitat, les mêmes mœurs et la même biologie que ce dernier: comme lui, il nage en pleine eau. Sa coque ovigère ressemble tout à fait à celle de l'Hydrophile; elle est aussi pourvue d'un mât. Elle est habituellement fixée sous une feuille de Potamogeton, et celle-ci se recourbe autour de la coque. L'Hydrous, à l'état d'imago, m'a paru moins commun que l'Hydrophile, en revanche j'ai souvent récolté sa larve. Celle-ci est aisément reconnaissableaux? appendices qu'elle a des deux côtés de l'abdomen (fig. 68).

Cette larve possède, à la face ventrale de son dernier segment — de même que celle de l'Hydrophile — • deux fila-

ments qui sont parcourus par un courant sanguin et qui fonctionnent probablement comme de véritables branchies. Elle possède aussi au dernier segment, une cupule respiratoire, non mouillable par l'eau, à laquelle aboutissent les deux troncs trachéens principaux.

Son corps est habituellement opaque, de couleur gris-

FiG. 68. — harve d'Hifdrot's Caraboïdes. mangeant.

verdâtre; les téguments sont, en général, recouverts de végétation parasite ou de détritus; mais, quand la larve vient de muer, les téguments étant tout à fait propres, le corps est transparent. '

La larve de l'Hydrous est apathique; elle bouge peu. Elle se tient, en général, suspendue à la surface de Teau, par sa cupule respiratoire, son corps restant plus ou moins horizontal. Mais, parfois, elle peut quitter la surface, et, en s'aidant de contorsions du corps et de mouvements de pattes, elle nage en pleine eau ou gagne le fond.

Ces lM*ves, vu la manière très spéciale qu'elles emploient

pour se nourrir, ne peuvent vivre que dans des eaux peu profondes, ou, au moins, pourvues de végétation qui émerge. Leur nourriture consiste en larves diverses, vivant surtout à la surface de l'eau ; elles m'ont paru avoir une prédilection toute particulière pour celles des Anophèles.

Or, quand une larve d'Hydrous a saisi un de ces animaux, elle nage en tenant sa proie dans ses mandibules, jusqu'à ce qu'elle rencontre une herbe ou un corps quelconque atteignant la surface de l'eau. Une fois ce point d'appui trouvé, la larve s'y accroche avec ses pattes et fait émerger sa tête. Le reste du corps, généralement, demeure immergé; la cupule respiratoire, seule, affleure la surface (fig. 68).

La larve, tenant toujours sa proie dans ses mandibules, maintient celle-ci hors de l'eau, pour l'inunobiliser. Elle la triture alors, la malaxe, en fait ime boulette dont elle avale les sucs. Si l'on conserve une larve d'Hydrous, sans qu'il y ait à la surface de l'eau im corps qui lui permette de prendre un point d'appui, elle nagera des heures entières, en gardant sa proie dans ses mandibules, sans parvenir à la manger.

Lorsqu'elle est hors de l'eau, cette larve prend souvent la même posture que celle du fourmi-hon. Elle tient sa tête aplatie sur le sol et bombe son dos en arrière. Dans cette position, elle marche aisément en avant ou à reculons. Les plus grands sujets que j'aie rencontrés atteignaient une longueur de 2,5 centimètres.

Il y a, parmi les Hydrohius, quelques Hydrophilidés dont la taille atteint 10 à 11 milUmètres, Mais, chez Y Hydrohius fuscipes, qui est le plus commun, elle n'atteint que 8 nun. Cet Hydrobius, sauf sa dimension, ressemble à l'Hydrous que nous venons de décrire.

Cet insecte ne peut nager en pleine eau ; il en est réduit, comme la grande majorité des HydrophiUdés, à marcher le long des végétaux submergés. En effet, chez l'Hydrobius, de même que chez ces insectes, le plastron d'air, qui revêt toute la face abdominale, rend le corps plus léger que l'eau

et tend coDstamment à le ramener à la surface \ Ces insectes sont donc forcés de s'accrocher aux plantes pour demeurer dans l'eau. Si ce point d'appui leur manque, ils remontent comme une bouée, vers la surface ; mais ils restent contre et sous celle-ci. En effet, ou bien ils y nagent dans la position normale, le dos tourné en haut, et, dans ce cas, celui-ci étant mouillé par l'eau, la tension capillaire de la surface l'empêche d'émerger; ou bien, ils se retournent et marchent sous et contre la surface. La couche d'air, qui revêt l'abdomen de l'insecte, tend toujours à attirer celui-ci contre la surface; mais il en reste éloigné par le fait de ses 6 pattes qui s'appuient contre elle et la repoussent de bas en haut. Celles-ci étant mouillées sont accompagnées par une fine pellicule qui les empêche de sortir et tend à les maintenir dans l'eau.

Ds marchent ainsi, jusqu'à ce qu'ils rencontrent un corps qui puisse leur servir de point d'appui pour regagner la profondeur. L'air qui revêt l'abdomen est, grâce aux pattes, maintenu à une certaine distance de la surface. S'il venait à l'effleurer, le contact s'établirait avec l'atmosphère, et le ventre, non mouillable, de l'insecte, serait happé par l'air, ce qui enlèverait à celui-ci l'usage de ses pattes. Quand ce cas se produit fortuitement, l'animal, flottant comme un navire mal équilibré, chavire tout de suite et il se retrouve dans sa position première, nageant sous la surface, le dos tourné en haut, appuyé contre elle.

L'Hydrobius vit dans les étangs et les eaux stagnantes, surtout près du rivage, parmi les végétaux à moitié immergés. Il suffit souvent de remuer ceux-ci pour que ces insectes, dérangés, lâchent prise et viennent flotter à la surface. Les Hydrobius sortent quelquefois de l'eau; d'après les auteurs, ils font, parfois, entendre une stridulation.

Je n'ai jamais observé la coque ovigère de cet Hydrophilien; on la trouve, dit-on, surtout en avril, soit flottant sur

* Si, au moyen d'un compte-gouttes, on aspire Fair qui constitue ce plastron, l'insecte n'a plus de tendance à flotter et tombe au fond de l'eau.

Teau, soit fixée aux herbages. Cette coque a la dimension du corps de THydrobius ; elle est, comme celle de THydrophile, pourvue d'un prolongement en forme de mât.

Les larves, en revanche, m'ont paru assez communes; elles ont l'aspect général des larves des Hydrophiliens (fig. 69). Elles possèdent, à l'extrémité postérieure du corps, une cupule respiratoire; mais elles n'ont ni appendices latéraux, ni double appendice ventral au dernier segment. Enfin elles sont caractérisées par leurs mandibules, qui sont pourvues de quatre dents. (Chez les autres larves des Hydrophilidés, il n'y en a, en général, qu'une ou deux, rarement trois.)

Ces larves se tiennent habituellement suspendues par leur cupule respiratoire, à la surface de l'eau ; leur corps restant parallèle à celle-ci. Elles peuvent, en marchant contre un appui, descendre dans la profondeur; mais elles ne nagent pas. Leur intestin, surtout chez les jeunes larves, contient souvent de grosses bulles d'air. Celui-ci a été avalé, je suppose, dans le but de diminuer le poids spécifique du corps et d'augmenter son pouvoir de flottaison.

Fig.

liarve de VHydrohius ftiscipes .

Tous les autres HydrophiUdés ont une taille, en général, inférieure à 6 millimètres (quelques Héléphoriens, seuls, atteignent 7 à 7,5 muL).

Nous citerons cependant encore :

Les BerosuSy et plus particulièrement, le Berosus aericeps (Curtis), qui est souvent commun dans les eaux stagnantes, avec végétation abondante. Sa taille est (le 5,5 mm. (fig. 70).

A Topposé de tous les aulres Hydropliilidés, les Berosus ne sont pas de couleur foncée ; la teinte générale de leur eorps est grise. Quoiqu'ils se tiennent habituellement cachés dans les détritus du fond, ce sont des insectes qui amènent passablement d'animation dans l'aquarium, car, de tous les Hydrophilidés, ce sont ceux qui nagent le mieux. Ils nagent en pleine eau, avec grâce et rapidité,au moyen de leurs pattes médianes etpostérieures, pourvues, à cet eJBfet, de longs poils.Ils font assez souvent et spontanément, entendre une légère stridulation.

Les Berosus s'accouplent en mars et en avril.

La coque ovigère et l'œuf de ces insectes n'ont pas encore été décrits ^

Les larves ne m'ont point paru rares; mais elles se tiennent cachées dans les détritus du fond.

* Je puis combler cette lacune.

J'ai trouvé une fois, appliquée à la face inférieure d'une planche, flottant sur l'eau, une petite coque blanche, soyeuse, de forme lenticulaire ; son diamètre était d'environ deux millimètres.

L'ayant conservée un certain temps, sans qu'aucune larve en sortit, je me décidai à l'ouvrir. Elle ne contenait que deux œufs, cylindriques, à extrémités arrondies, dont la longueur atteignait 1,3 millimètres. Grâce â la transparence absolue de la coque de ces œufs, on pouvait voir, dans chacun d'eux, la larve contenue à l'intérieur. Il était facile de reconnaître que c'étaient des larves de Berosus. En effet,

FiG. 70. — Berosus aerUeps (!iu*t.

Leur corps est plutôt court ; il a une forme toute particulière (fig. 71). Le prothorax ne présente rien de particulier; le méso et le métathorax ont, de chaque côté, un mamme- Ion, ime proéminence bien marquée. Mais, les sept segments abdominaux qui suivent sont, eux, pourvus chacun,

Fig. 71 — Larve adulte du Berusus aericeps, marchant.

latéralement, d'un appendice mince et filiforme, dont la longueur va en augmentant du premier au sixième. La longueur des appendices du premier segment égale, à peu près, la longueur de la moitié du corps de la larve ; mais celle des appendices du sixième segment atteint celle du corps entier. Le huitième segment abdominal est dépourvu d'appendices.

on distinguait parfaitement^ des deux côtés du corps, les sept trachéobranchies que,, seules d'entre les larves des Hydrophilidés, les larves des Berosus possèdent.

Et, fait intéressant, les trachées de ces larves, encore dans Fœuf, contenaient déjà de l'air.

Ces deux larves étaient mortes.

Ces appendices sont dirigés en arrière; ils sont plus ou moins transparents. On distingue, à leur intérieur, une trachée, qui les parcourt dans toute leur longueur. Ce sont donc des trachéo-branchies et c'est le seul organe respiratoire externe que possède la larve. Le système trachéen est, en effet, complètement clos ; il n'y a ni stigmates, ni cupule respiratoire. Cela explique pourquoi les larves des Berosus vivent exclusivement au fond de l'eau, sans jamais venir à la surface. Ces larves prennent grand soin de leurs trachéo-branchies et, souvent, elles les nettoient en les peignant avec leurs pattes.

Quoique carnassières, les larves des Berosus sont apathiques et bougent fort lentement. Si Ton en conserve plusieurs ensemble, elles s'attaquent et se mangent les unes les autres.

Les Laccobius (fig. 72) ont un corps presque hémisphérique ; ils vivent, en général, au fond des eaux stagnantes, claires, ou très légèrement courantes. Souvent, il suffit de troubler le fond de l'eau pour voû' ces insectes apparaître

1 mm. Tî

Fig. 72. — L.accobius minutus, nageant.

en grand nombre à la surface. Les Laccobius sont assez agiles ; leurs pattes sont pourvues de poils natatoires. Ils nagent^ en général assez rapidement, en restant sous et contre la surface ; il est rare qu'ils quittent volontairement celle-ci pour gagner la profondeur. Mais, lorsque en marchant contre un végétal, ils sont parvenus au sein de l'eau, ils peuvent, soit lâcher prise et nager^ un court moment, vers une autre branche, soit se diriger vers la surface, sans être, comme c'est le cas chez les autres petits HydrephiUdés, ramenés vers celle-ci, comme une bouée, instantanément et passivement.

Les Laccobius quittent volontiers Feau, pour se promener sur le rivage; et, en captivité, si l'aquarium, dans lequel on les conserve, n'est pas couvert, ils s'évadent en grim> pant contre les parois.

UHélochares Uvidus est un petit Hydrophilien, qu'on trouve fréquemment au printemps (avril-juillet), dans les végétaux et les détritus submergés du rivage. La femelle a là particularité (qu'elle partage avec les Spercheus) de porter avec elle ses œufs, réunis en un paquet de forme ovale, fixé sous son abdomen (fig. 73). L'Hélochares ne peut nager en pleine eau.

Fig. 73. — Helocfiares Uvidus, portant son paquet d'œufs.

I VW\-

inrriTfry.

FiG. 74. — Larve dî Heîochares liridus, venant d'éclore.

Les larves (fig. 74) par leur aspect général, ressemblent à celles des Hydrobius. Dès leur naissance, elles gagnent la surface de l'eau et y restent suspendues par leur cupule respiratoire. Parfois elles sortent de Feau. Elles ont, du moins à leur naissance, outre les stigmates postérieurs, une paire de stigmates mésothoraciques perméables.

Les Spercheus sont beaucoup moins répandus; ils vivent accrochés aux racines des plantes aquatiques. La femelle porte aussi, sous son abdomen, ses œufs réunis en paquet.

Les larves ont un faciès très particulier; leur corps a la forme d'un losange. Le troisième segment abdominal est le plus large; la largeur des autres segments va en diminuant progressivement soit vers l'extrémité antérieure, soit vers l'extrémité postérieure (fig. 75, d'après Cussac). Ces larves se tiennent sous la surface de l'eau contre laquelle elles marchent.

Je ne les ai jamais observées.

Parmi les Phiîydrus, nous citerons le Phiîydrus minutus, qui nous intéressera par sa coque ovigère, sa larve et sa nymphe. „ fig. 75. - Larve de

T • » T . • , Spercheus emargmatus,

La coque ovigere de cet msecte a après cussac.

5 rfiv^v

est une de celles que Ton trouve le plus facilement. Elle a la forme d'une pantoufle ou d'un casque ; sa longueur est de 7 mm. ; elle est fixée aux végétaux submergés (fig. 76).

Les larves qui sortent de cette coque, ont l'aspect général des larves des Hydrobius ; mais elles possèdent six paires de faux-pieds, situés à la face ventrale des deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième segments abdominaux, ce qui leur donne une apparence de chenille (fig. 77). Ces larves ne peuvent nager; dès leur naissance elles gagnent la surface de l'eau en marchant contre les végétaux. Là, elles se hâtent de déglutir de Fair^ ce qui augmente leur pouvoir de flottaison et les met dans l'impossibilité de rentrer au sein de l'eau. Souvent elles sortent de cet élément. Leur tête est de couleur noire.

Il est, en général, assez difficile de trouver les nymphes

Fig. 77. — Larve adulte de Philydrus

des coléoptères aquatiques, car l'insecte se cache dans la terre pour passer la période de ses métamorphoses. Le Philydrus minutes fait exception. Pendant les mois de juin et de juillet, on trouve fréquemment sa nymphe.

1 mm.

FiG. 78. — Nymphe et dépouille larvaire du Philydrus niiuutus.

cachée dans la mousse du rivage, au-dessus du niveau de l'eau. Cette petite nymphe blanche (longue de 5 millimètres ; fig. 78) est suspendue par son extrémité postérieure, au moyen de deux courts filaments ; elle peut osciller comme un battant de cloche. Son corps est tout garni de piquants; ses téguments sont « non mouillables ». On trouve, en général, adhérant à la tige, à l'endroit où la nymphe est suspendue, la dépouille de la larve, reconnaisvSable à sa tête noire.

Citons encore pour terminer :

Les HéléphorienSy qui sont faciles à reconnaître à leur prothorax, marqué de dépressions longitudinales.

Us se tiennent de préférence hors de Teau ; ils peuvent cependant nager et même marcher sous la surface ; mais ils ne nagent pas. Us ne descendent que fort rarement audessous de la surface; leur coque ovigère est, dit-on, semblable à celle de l'Hydrophile, mais, naturellement, beaucoup plus petite. Les larves sont terrestres ou amphibies; elles ont une forme assez caractéristique. Les différents segments du corps augmentent de largeur jusqu'à l'avant-dernier ; ce qui donne au corps, un aspect tronqué (fig. 79).

Les HydraeneSy dont la taille ne dépasse pas deux millimètres se distinguent des Hydrophilidés en général, par des formes sveltes et allongées. Leurs palpes maxillaires sont particulièrement longs.

Les Hydrochus atteignent une taille de trois millimètres. Us vivent dans les eaux stagnantes et se tiennent accrochés aux plantes. Leurs mouvements sont fort lents. Les larves des insectes de ces deux derniers genres ne sont pas connues.

Fia. 79.

Larve d'Héléphorus grandis,

d'après Schiôdte.

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