CHAPITRE XIX LES INSECTES (suite
Coléoptères (suite).
DASCILLIDÉS ET CHRYSOMÉLIDÉS
A. Les Dascillidés
Les Dascillidés constituent une petite famille assez homogène dont tous lés représentants vivent sur terre. Cependant les larves de quelques-ùhs de ces insectes sont aquatiques, par exemple: dans les genres Cyphon, Hydrocyphon et Hélodes.
Nous devons donc en dire quelques mots.
Ces larves sont caractérisées par un corps plutôt large, aplati dorso-ventralement, et par de longues antennes.
La larve du Cyphon variabilis, que nous représentons ici (fig. 87) est fort commune dans nos pays. On la trouve, au printemps, parmi la végétation flottante, dans les eaux stagnantes peu profondes et, tout particulièrement, dans les fossés au bord des routés.
Le corps de cette larve, non compris les antennes, atteint une longueur de huit millimètres. Il est opaque, de couleur brun- foncé, presque noir. Toutefois, à chaque mue, il
devient complètement transparent; cela permet d'en étudier Tanatomie.' Mais, rapidement, il se pigmente et, souvent, en moins de vingt-quatre heures, il est redevenu opaque.
La larve du Cyphon variabilis vit bien en captivité à la condition que, dans le bocal où on la conserve, les plantes relient le fond à la surface de Teau et émergent en partie.
En effet, cette larve est pourvue de stigmates et elle doit pouvoir mettre ceux-ci en relation avec l'atmosphère. Comme, d'autre pMl4 elle n'est' pas organisée pour nager et que son poids spécifique est supérieur à celui de l'eau, si elle n'a aucun corps contre lequel elle puisse marcher pour atteindre la surface, elle se noie \
FiG. 87.
Larve adulte de Cyphon variabilis.
1 J'ai souvent rencontré, en été, dans les marais, les larves, beaucoup plus petites d'une autre espèce, chez lesquelles les phénomènes étaient inverses.
Le système trachéen était pourvu de vastes dilatations, pleines d'air, et cet air, vu par transparence, à travers les téguments, donnait au corps un aspect argenté.
Grâce à cet air, le poids spécifique du corps était inférieur à celui de l'eau. Gomme c'est le cas pour les petits Hydrophilidés, cette larve se
2É0 l'aquarium de chambre
Grâce à la transparence temporaire du corps, au moment de la mue, on peut constater que les deux trachées latérales se dilatent en une série de poches aériennes, placées les unes à la suite des autres. Chaque trachée aboutît à un stigmate, situé à l'extrémité postérieure du corps. Lorsque la larve est immergée, une bulle d'air fait, en général, saillie à leur orifice.
On remarque, en outre, chez cette larve, trois digitations transparentes, qu'on voit tantôt être projetées hors de l'anus, tantôt être rétractées à l'intérieur de celui-ci. Elles sont parcourues par une active circulation sanguine ; elles ne contiennent pas de trachées. Ce sont donc de véritables branchies.
Les larves du Cyphon variabilis sortent définitivement de l'eau au commencement de juillet; elles gagnent le rivage et s'y transforment en nymphe, puis en imago.
H est, en général, assez difficile d'obtenir qpe les larves des coléoptères aquatiques effectuent leurs métamorphoses en captivité. Cette larve fait exception. Il suffit, lorsque le moment de la métamorphose est venu, de mettre dans le bocal un plan incliné quelconque, émergeant en partie. La larve gagne la partie émergée, s'y fixe, et effectue là, sans difficulté, ses métamorphoses.
La larve de VHélodes minuta (fig. 88) se rapproche de la précédente par son aspect général ; mais elle est de plus petite taille. La longueur de son corps ne dépasse pas six à 6 V« millimètres. Celui-ci est un peu transparent, il est de couleur brun-grisâtre.
On trouve ces larves pendant toute l'année, mais principalement en hiver. Elles se tiennent au fond de l'eau, accrochées sous les pierres, dans les petits ruisseaux de la plaine et de la montagne. Malgré ces conditions de vie un peu spéciales, elles supportent facilement la captivité.
Comme c'est le cas pour la larve du Cyphon, que nous
promenait sous et contre la sarface de Teau ; mais eUe ne pouvait pénétrer dans la profondeur qu'en marchant contre un corps immergé. Dès qu'eUe lâchait celui-ci, elle remontait passivement à la surface.
venons d'étudier, la larve de THelodes doit monter de temps en temps respirer à la surface de l'eau. De même que cette dernière larve, elle est pourvue d'une paire de stigmates postérieurs en relation avec un système de vastes poches aériennes, placées des deux côtés du corps. Elle possède, aussi, cinq branchies msles rétractiles.
De jour, ces larves se tiennent cachées et tranquilles:
de nuit, elles bougent davantage. En captivité, elles sortent, parfois, de l'eau et se promènent contre les parois du bocal.
J'ignore de quoi se nourrissent ces larves.
Leurs mandibules présentent la particularité d'avoir le bord interne garni de longs poils soyeux d'un jaune doré.
N'ayant jamais observé, moi-même, les larves des Hydrocyphons, j'emprunterai à Toumier — qui a observé les mœurs, décrit et figuré la larve de YHydrocyphon deflexicollis * les quelques ren- fiq. 88.
seignements suivants.
On trouve les larves de YHydrocyphon deflexicolKs, pendant les mois de juillet et d'août, dans les cours d'eau rapides et froids.
Ces larves, conmae c'est le cas pour celles des deux espèces précédentes, ne nagent pas. Elles se tiennent de préférence, au fond de l'eau, fixées à la face inférieure des pierres un peu rugueuses ; elles sont souvent réunies en
> Toumier, Dascillidés du Bassin du Léman, Association Zoolôgique du Léman, 1S&7. -'•" -
l'aquarium db chambre 16
Larve de Helodes minuta.
petites sociétés de quinze à vingt sujets. Et, c'est toujours en société, les unes à côté des autres, qu'elles eflfectuent leurs métamorphoses dans Veau.
La nymphe est attachée à la pierre par un fil soyeux; elle se trouve, en outre, entourée d'une couche d'air qui adhère à son corps, l'enveloppe et le protège.
C'est grâce à cette couche d'air qui, dans la suite, revêt aussi l'imago, que celui-ci atteint la surface de l'eau, en se laissant passivement flotter. Lorsqu'il arrive sur celle-ci, son corps se trouve sec et l'insecte peut s'envoler aussitôt.
Par leur aspect général, les larves de l'Hydrocyphon deflexicoUis ressemblent à celles des deux espèces précédejjtes ; mais elles sont de plus petite taille. La longueur de leur corps ne dépasse pas 3,5 milhmètres. Elles ont cinq digitations postérieures servant de branchies. Jlgnore comment est constitué leur système trachéen. Tournier n'a pas constaté que ces larves dussent, pour respirer, gagner la surface de l'eau.
Nous avons dit plus haut, qu'à l'état d'imago, tous les représentants de la famille des Dascillidés étaient terrestres. Cependant les Hydrocyphons, lorsque l'orage menace, se rapprochent de l'eau et, marchant contre les pierres du rivage qui émergent en partie, ils se réfugient sous celles-ci en pénétrant dans l'eau.
Grâce à leur tégument, garni de poils hydrofuges, ils entraînent avec eux un revêtement aérien qui les protège et les isole. Ces insectes se rapprochent donc un peu, par leurs mœurs, des Parnus et de quelques Hydrophilidés.
B. Les Chrysomélidés
Les Chrysomélidés sont des insectes végétariens; ils constituent une très nombreuse famille, qui compte plus de dix mille espèces. ^
Mais nous ne trouverons, parmi eux, que fort peu d'insectes qui sti^nt des mœurs aquatiques. Nous n'aurons à nous occuper que de la famille des Donaciens et, parmi
ceux-ci, tout spécialement de THaBinonia; puis d'une espèce isolée, la Galerucelle du Nénuphar, seul représentant ayant des mœurs aquatiques, de la nombreuse famille des Galerucini.
Les Donaciens,
Les représentants européens de cette famille sont répartis en deux genres : le genre Donacia, qui comprend une trentaine d'espèces ; et le genre Haemonia, qui en possède trois, mais dont une seule vit dans les eaux douces de l'Europe centrale.
Les Donaciens, à l'état d'imago, sont des insectes terrestres et aériens — à l'exception des Haemonia — ; mais leurs larves vivent dans l'eau.
Nous serons fort brefs au sujet de ces larves, car elles sont difficiles à observer et à conserver. On ne peut, en effet, leur procurer, dans l'aquarium, les conditions, qu'elles ont dans la nature. Elles vivent dans le limon, accrochées aux racines des plantes, sur les feuilles desquelles, plus tard, on trouvera l'imago.
Ces larves sont tort apathiques; elles ressemblent à un petit boudin blanchâtre (fig. 89) ; leur corps gros et obtus à l'extrémité postérieure, va en s'amincissantprogressivementjusqu'à l'extrémité antérieure ; la tête est petite; les membres sont à peine visibles.
Lorsqu'elle a acquis tout son développement — c'est en général, en automne, — la larve Larye adultede bonacien.
sécrète autour de son corps^ et fixe aux racines de là plante, une coque cornée, dans laquelle elle effectue ses métamorphoses. L'imago y reste et y passe l'hiver.
Or, — phénomène intéressant — dans cette coque, l'insecte est entouré d'air. D'où celui-ci peut-il venir?
Si l'on coupe une racine, à un centimètre environ de l'endroit où la coque est fixée, et qu'on comprime celle-ci dans l'eau, on verra que l'air qui y est contenu, s'introduit dans les canaux aérif ères de la racine et s'échappe de ceuxci à l'endroit de la section. On peut par conséquent admettre que l'air contenu dans la coque provient des canaux aérifères de la plante, puisqu'ils communiquent avec la cavité intérieure de la coque.
Lorsque le moment de sortir est arrivé, l'insecte ronge la partie antérieure de la coque et s'échappe. Il sort, en ayant les antennes, la tête et toute la face ventrale de son corps revêtues d'une couche d'air qui, dans l'eau, paraît argenté.
L'insecte gagne la surface de l'eau, soit en marchant contre le végétal, soit en se laissant passivement flotter; car, grâce à l'air qui adhère à son corps, le poids spécifique de celui-ci se trouve inférieur à celui de l'eau.
Arrivé à la surface, l'insecte émerge en entier et se trouve posé sur l'eau, en ayant son corps absolument sec; il peut s'envoler aussitôt.
Les imagos peuvent rentrer dans l'eau, mais ils ne le font que rarement (peut-être pour pondre ?). Us se comportent, dans ce cas, comme les petits Hydrophilidés. Ils ont, conune ceux-ci, la face inférieure de leur corps garnie d'un plastron d'air et ils ne peuvent pénétrer dans l'eau qu'en tant qu'ib ont un point d'appui pour s'accrocher.
Lorsqu'on arrache des Typha (roseaux), en automne, on trouve fréquemment, fixées sur les racines, des larves de Donaciens, et surtout leurs coques. Celles-ci renferment des larves, des nymphes ou des imagos. Si l'on conserve ces coques, dans l'eau, sans les détacher de la racine, on verra au bout de quelque temps les imagos en sortir; mais les larves et les nymphes meurent.
Les Hcemania sont des Donaciens qui, lorsqu'ils quittent leur coque, ne sortent pas de l'eau ; ils se sont adaptés à passer dans cet élément toute leur vie d'imago. Ils se tiennent, en général, immobiles, cramponnés aux tiges du Potamogeton.
UHasmonia equiseti est la plus connue des trois espèces européennes. Cet insecte a une taille de six millimètres; la teinte générale de son corps — au moins de la face dor« sale — est jaunâtre avec des taches et des lignes noires.
Les Haemonia ont longtemps passé pour être fort rares ; ils ne le sont probablement pas. Mais, vu leurs mœurs et leur habitat, ils sont peu connus; ce sont des insectes à chercher; on les trouvera, probablement, plus fréquemment qu'on ne croit.
Les HsBmonia préfèrent les eaux stagnantes ou celles à très faible courant, ainsi que les fonds vaseux; ils évitent les sols sableux ou graveleux.
Pour en récolter, il faut entrer dans l'eau, saisir les tiges de Potamogeton, au ras du sol, et les arracher. Les Haemonia y sont à tel point cramponnés qu'on a souvent de la peine à les en détacher.
Ces insectes vivent fort bien en captivité. Ils sont apathiques; ils peuvent rester, sans changer de place, absolument immobiles, des jours entiers — et même des semaines. Ils se tiennent, en général, fixés aux tiges du Potamogeton, seuls ou, parfois, par groupes de plusieurs individus, accrochés les uns aux autres. Cependant, le plus souvent, ils sont par paires. L'individu, qui a la plus forte taille (Ç) est cramponné à la tige, et l'individu, dont les dimensions sont moindres (Ô)> se tient accroché sur le dos du premier.
Ces insectes ne sortent pas de l'eau ; ils ne nagent pas non plus. Ils sont extrêmement lucifuges. Si l'on expose au soleil le bocal dans lequel ils se trouvent, on les voit véritablement affolés, fuir avec rapidité (1) jusqu'à ce qu'ils aient découvert un endroit où ils puissent se réfugier, à l'a* bri de la lumière.
Lorsqu'on les conserve à l'ombre, les HaBmonia se tiennent les uns près du sol, les autres, au contraire, tout au haut des tiges ; souvent ils laissent leurs antennes flotter à la surface de l'eau. Mais le corps de l'insecte, y compris la tête, est toujours à une certaine distance au-dessous de la surface.
Au point de vue biologique, l'Hîemonia présente un grand intérêt. On ne pouvait comprendre comment cet insecte — organisé comme ses cousins, les Donacia, pour la vie terrestre et aérienne — respirait sans jamais sortir de l'eau.
Lorsque l'Haemonia quitte sa coque, une mince couche d'air reste adhérente à certaines régions de son corps, qui, par ce fait, paraissent argentées. Cette couche d'air est disposée, chez l'HaBmonia (et chez les Ehnidés), d'une manière toute particulière.
Au lieu d'adhérer aux poils hydrofuges sur toute leur longueur — comme c'est le cas chez presque tous les insectes aquatiques — l'air n'adhère, chez l'Haemonia, qu'à la base de ces poils ; et ceux-ci, recourbés et agglutinés les uns aux autres par leur extrémité, constituent une mince cloison qui sépare de l'eau environnante la couche d'air sous-jacente.
La face externe de cette cloison — en contact avec l'eau — est mouillable.
. H faut admettre, qu'entre cette couche d'air (dont l'épaisseur est d'environ Vi^o de millimètre) et l'oxygène qui est dissous dans l'eau, û se produit, à travers cette cloison, des phénomènes d'osmose, semblables à ceux qui se produisent dans les trachéo-branchies.
En outre, FHsBmonia peut, à l'occasion, au moyen de ses antennes, recueillir l'oxygène qui, parfois, suinte des plantes, à Fétat de bulle gazeuse. Or, par l'intermédiaire des surfaces hydrofuges de la tête et du prothorax, l'air qui revêt les antennes est en relation avec les stigmates mésothoraciques, situés entre le prothorax et le mésothorax.
L'Hœmonia peut donc inspirer, au moyen de ses anten-
nes^ Gomme le fait l'Hydrophile. Seulement, ce dernier insecte inspire l'air atmosphérique, en amenant son antenne à la surface de l'eau; tandis que, quand l'Heemonia ne peut arriver à la surface, il se contente de mettre une de ses antennes en contact avec les buUes d'oxygène qui, souvent, s'échappent des plantes submergées.
Les Grolerucelles.
Nous ne pouvons malheureusement donner que fort peu de renseignements sur la Galerucelle du Nénuphar,
Quoique d'après les livres, cet insecte soit commun, nous ne l'avons jamais rencontré et nous n'avons trouvé personne qui, le connaissant, puisse nous donner des indications biologiques précises à son sujet.
On trouve, dit-on, la Galerucelle, pendant tout l'été, principalement sur les feuilles du Nénuphar, sur lesquelles elle dépose ses œufs, en mai et en juin. C'est un insecte de petite taille; la longueur de son corps ne dépasse pas 6,5 mm.
Les larves ont été décrites et figurées * par de Geer. Elles vivent sur les feuilles du Nénuphar et s'en nourrissent. Leur corps atteint une longueur de 8 mm. ; il est de forme allongée et de couleur brunâtre ; la tête est noire.
î Mémoires T. F., 1775, pî. X, fig. 3 et 4.