CHAPITRE XX LES INSECTES (suite
Rhynchotes ou Hémiptères.
La dénomination d'Hémiptère provient de ce que, chez certains insectes de cet ordre,— chez les Hétéroptères (par exemple, chez la Nèpe), — la moitié basale des ailes antérieures, constituées par un tissu chitineux plus ou moins résistant, recouvre et protège les ailes postérieures, comme le font les élytres chez les Coléoptères.
Par extension, Linné et, après lui, d'autres auteurs ont attribué cette expression d'Hémiptère à Tordre tout entier. C'est une faute et une cause permanente d'erreur.
En effet, ce qui caractérise essentiellement les représentants de cet ordre, ce ne sont pas les ailes — dont la conformation varie et qui souvent manquent — mais bien la forme de la bouche. Celle-ci est transformée en un rostre, sorte de tube, au moyen duquel ces insectes percent les tissus végétaux ou animaux et en sucent la sève ou le sang. D'où le nom, beaucoup plus exact, de Rhynchote, qui veut dire « pourvu d'une trompe ».
On divise les Rhynchotes en quatre sous-ordres : les Aptères, les Phytophthires, les Homoptères et les Hétéroptères ou Hémiptères p. p. d.
Sauf une seule espèce, qui rentre dans le sous-ordre des Phytophthires, tous les Rhynchotes, à mœurs plus ou moins aquatiques, que nous aurons à étudier, rentrent dans le sousordre des Hémiptères p. p. d. ou Hétéroptères.
Nous nous occuperons donc d'abord de ceux-ci.
Les Hémiptères p. p. d. ou Hétéroptères.
Les Hémiptères sont, après les Coléoptères, les insectes que nous rencontrerons le plus abondamment dans l'eau, ou à la surface, soit à l'état d'imago, soit à l'état larvaire.
Les larves ressemblent beaucoup aux imagos ; car ces insectes sont à métamorphoses incomplètes. H n'y a pas de période de nymphe immobile.
Les Hémiptères aquatiques sont tous carnassiers. Ils sont pourvus d'un appareil de succion, appelé rosfre, formé parla lèvre inférieure prolongée et recourbée sur ellemême, en forme de gouttière ou de canal. Dans son intérieur glissent quatre fines soies qui servent de stylet, et qui ne sont autres que les maxilles et les mandidules modifiées.
L'animal pique sa proie et l'immobilise, en lui instillant une goutte de venin; puis, furetant dans tout le corps, au moyen de son rostre introduit successivement en plusieurs endroits, il en absorbe tous les sucs. Ce rostre sert aussi d'organe de défense ; sa piqûre, chez quelques espèces, est très douloureuse. Beaucoup de ces insectes possèdent, en outre, des glandes sécrétant un liquide à odeur désagréable, qui doit, probablement aussi, contribuer à protéger l'animal.
Plusieurs Hémiptères aquatiques sont polymorphes, c'està-dire qu'une même espèce a souvent plusieurs formes différentes. Parfois les représentants de l'un des sexes sont ailés, et ceux de l'autre sexe sont dépourvus d'ailes; d'autres fois le même sexe peut avoir des formes ailées (dites macroptères) et des formes sans ailes (dites aptères ou brachyptères).
Comme c'est le cas chez les Coléoptères aquatiques, nous trouverons, chez les Hémiptères aquatiques, la plus grande diversité de mœurs et d'habitat. Les uns sont à moitié terrestres et ne font que marcher sur la surface de l'eau; tandis que les autres nagent fort bien au sein de cet élément.
Les Hémiptères de nos contrées appartiennent à six familles : les Hydrométridés, les Hébrides, les Népidés, les Naucoridés, les Notonectidés et les Corisidés.
Les Hydrométridés,
Ces Hémiptères sont facilement reconnaissables à leur corps mince, allongé, quelquefois même très allongé, et à leurs longues pattes. Les antennes sont bien apparentes. Ces insectes se tiennent habituellement à la surface de l'eau. Des cinq à six genres que renferme cette famille, trois seument ont des représentants dans nos pays. Ce sont les genres: Gerris (vulg. Hydromètre); Hydromètre, plus coifnu sous le nom de Limnobate ; et Vélie.
Les Gerris (vulg. Hydromètres) sont représentés chez nous par une dizaine d'espèces.
Gerris pcUudum est l'espèce la plus commune ; le corps de cet insecte atteint une longueur de 14 à 15 mm. Ce Gerris est presque toujours macroptère; cependant on trouve, parfois, des sujets dont les élytres n'atteignent que le milieu de l'abdomen.
Chez Gerris najas, le corps atteint une longueur de 13 (Ô) à 16 (9) nim. Cette espèce est aussi commune que la précédente : ses représentants sont ^ordinairement brachyptères. Cependant on trouve, parfois, des sujets macroptères. Les élytres ont quelquefois des taches jaunes.
Gerris lacustris se tient de préférence sur les eaux claires et tranquilles ; la taille de cet insecte ne dépasse pas 8 à 10 mm.
Les représentants des autres espèces sont de taille plus petite et sont moins communs. Les renseignements biolo-
giques qui suivent se rapportent aux trois espèces que nous venons de mentionner.
Tout promeneur connaît ces insectes, qu'on voit circuler avec agilité sur la surface de l'eau, comme le font les patineurs sur la glace. Ils utilisent, pour avancer, leurs pattes médianes, qui sont les plus longues ; ils se dirigent avec celles de derrière. Quant aux pattes antérieures, qui sont les plus courtes, elles servent à la préhension des aliments, quoiqu'elles ne soient pas conformées spécialement pour cet usage. Chaque patte est terminée par deux tarses, revêtus de poils hydrofuges; le dernier est pourvu de deux petites grijBfes.
Au contact des tarses, la surface de l'eau se déprime ; et l'animal, grâce à la tension capillaire, reste posé sur le liquide. Il peut s'y mouvoir, soit en marchant, soit en glissant, soit, quelquefois, en faisant de petits sauts.
Ces insectes peuvent-ils, comme certains auteurs l'affirment, pénétrer au sein de l'eau?
J'avoue que je n'ai jamais vu de Gerris entrer volontairement au sein de l'eau; il est même fort difficile de les entraîner sous la surface. Leur corps, en partie couvert de poils hydrofuges, conserve autour de lui une mince couche d'air qui le ramène toujours à la surface. Si l'on maintient, de force, un de ces insectes dans l'eau, il meurt.
Cependant les auteurs ont signalé, et j'ai, moi-même plusieurs fois trouvé, des pontes de Gerris, sur des cailloux complètement submergés et, souvent, à la face inférieure de ceux-ci. Ce fait semblerait bien prouver que, pour pondre, les Gerris peuvent occasionnellement, pénétrer dans Teau.
C'est le cas, du reste, pour plusieurs insectes aériens, qui ne le font que dans cette circonstance (par exemple : certains Névroptères: Libellulidés, Ephéméridés ou Phryganidés, etc.).
Des œufs de Gerris, trouvés dans les conditions indiquées plus haut, ont produit des larves ; celles-ci ont immédiatement gagné la surface en nageant. Mais, une fois
arrivées à Tair, je ne les ai jamais vues rentrer dans l'eau.
Les Gerris se nourrissent d'insectes ; surtout de ceux qu'ils trouvent, morts ou mourants, sur la surface de l'eau.
On observe les Gerris jusque tard dans l'année; mais j'ignore ce qu'ils deviennent en plein hiver, lorsque l'eau gèle. Sur terre, ils se montrent fort maladroits et ne peuvent y marcher ; ils avancent au moyen de sauts plus ou moins désordonnés.
Les Gerris sont polymorphes. Il y a des formes ailées, d'autres qui sont aptères, et d'autres encore dont les élytves seules-manquent, on sont tronquées.
On trouve des pontes de Gerris depuis le printemps jus* qu'à la fin de l'été. Elles sont composées, en général, d'un certain nombre d'œufe, placés côte à côte, en ligne, et fixés à leur support, par du tissu soyeux ou mucilagineux durci. Ces œufs ont une forme ovale, leur longueur atteint 1 V* millimètre; leur coque est lisse, de couleur blanc-jaunâtxe- On les trouve appliqués, soit contre des végétaux flottants, soit contre des pierres, et parfois, comme nous l'avons indiqué, au-dessous de la surface de l'eau.
Lors de l'éclosion, la coque se fend suivant ime ligne longitudinale, qui occupe près des deux tiers de la longueur de l'œuf. La tête de la larve s'insinue dans cette fente, qui s'entr'ouvre progressivement. La tête émerge lentement et comme passivement ; elle tend à se recourber en avant sur la face ventrale et c'est alors le dos qui apparaît.
On contate, à ce moment, que la larve est encore enveloppée d'une membrane transparente qui l'emmaillote. Celle-ci se fend sur le dos et la vraie larve s'en dégage en faisant des mouvements. On la voit incliner son corps lentement, à droite et à gauche, et retirer ses pattes les unes après les autres. Cette mince membrane que la larve laisse à demi-engagée dans la coque de l'œuf n'est pas autre chose qu'une dépouille cutanée. La larve mue donc en naissant (fig. 90).
Sur cette dépouille, on remarque un trait noir opaque, qui correspondait au front de la larve. C'est une sorte de
Fi6. 90. — a. Oeuf de Gerris, pea de temps avant l'éolouon; on voit, par transparence à travers la coquille, la larve contenue à l'intérieur ; b. Coquille de l'œuf et dépouille larvaire, après l'éolosion.
couteau chiidneux, avec lequel, au moment de réclosion, la larve fait sauter la coquille. Il est fixé, de chaque côté, à la peau, par des agrafes latérales.
Cet organe n'ayant plus aucune utilité, une fois qu'il a servi, la larve s'en débarrasse en muant.
Les larves, une fois libres, gagnent au plus vite la surface de l'eau, sur laquelle elles se mettent à marcher. On en rencontre, abondamment, pendant l'été.
Fio. 91. —Larve de Qerris, venant de naître, marchant sur l'eau.
Elles supportent la captivité mieux que les imagos ; il faudrait probablement à ceux-ci un aquarium d'assez grande dimension.
Ces larves ont une particularité assez bizarre : Tabdomen, qui, à la naissance, a une forme normale (fig. 91), se rétracte petit à petit sur lui-même, et s'atrophie, au point de disparaître presque complètement, au bout d'un ou de deux jours (fig. 92).
FiG. 92. — Larve de Gerris, âgée de quelques jours, marchant sur l'eau.
En revanche, les pattes médianes et les postérieures sont d'emblée fort longues. L'insecte les tient complètement droites; les médianes sont dirigées un peu en avant, les postérieures sont dirigées un peu en arrière. Ces larves ont ainsi l'aspect d'une petite croix qui flotte sur l'eau.
Les Hydromètres, plus connus sous le nom de Limnobates ne sont représentés chez nous que par une seule espèce: VHydrometra ou Limnohates ^tagnorum. Par son aspect général, cet insecte ressemble beaucoup aux Gerris; mais le corps, qui atteint une longueur de 11 à 13 mm., est encore plus mince et allongé. La tête, elle-même, est tellement allongée qu'elle constitue le tiers de la longueur de l'animal ; les yeux font saiDie de chaque côté, à peu près en son milieu. Le Limnobate est, en général, aptère ; cepen-
pendant il existe aussi une forme macroptère, mais elle est fort rare.
Cet Hémiptère est moins aquatique que les précédents. Il préfère se tenir sur le rivage ; mais il peut aussi marcher sur la surface de Teau. Il est apathique et se déplace plus lentement que les autres Hémiptères aquatiques. Il m'a paru supporter facilement la captivité.
Les œufs des Limnobates sont fusiformes, allongés^ coniques aux deux extrémités; ils sont opaques, de couleur grisâtre ; leur longueur est un peu inférieure à 1 mm. Ils sont sillonnés dans toute leur longueur de crêtes et de dépressions longitudinales.
On ne trouve ces œufs qu'isolés, par unités. Leur mode de fixation est assez bizarre. A Tune des extrémités de Tœuf est une courte tige, qui aboutit à un disque adhésif. Les œufs sont fixés par ce disque à des fragments de roseaux, ou à d'autres débris végétaux, flottant à la surface ou recouverts d'une faible couche d'eau. L'œuf se trouve donc mobile comme le battant d'une cloche. Mais, à l'opposé de celui-ci, il n'est pas suspendu. Au contraire, ayant un poids spécifique inférieur à celui de l'eau, l'œuf a une tendance à flotter. Il s'élève perpendiculairement dans Feau, retenu, ancré pour ainsi dire, par sa tige et son disque adhésif.
On, trouve ces œufs surtout pendant les mois de mai et de juin. Ils sont souvent parasités par un microscopique Hyménoptère « aquatique », le Litus cynipseus.
La larve du Limnobate ressemble beaucoup à l'imago; mais sa tête est beaucoup moins étroite.
Les Vélies ont aussi le corps allongé ; mais il l'est beaucoup moins que ceux des Gerris et des Limnobates. Sa Iongueiu* atteint 6 à 7 mm.
Les représentants de la forme aptère — qui sont ceux qu'on rencontre le plus communément — ont le dos marqué de petites taches bleues, noires ou blanches, dont la teinte varie suivant l'incidence de la lumière. Quant à la
forme ailée (macroptère), elle est beai^coup plus rare; on en rencontre, parfois, quelques sujets au printemps.
Les Vélies se tiennent souvent en société, sur les petits ruisseaux à courant lent. Elles aiment à en remonter le cours, en marchant ou en courant sur la surface de Teau.
Fio. 93. — Larve de Microvelia pygmea, marchant sur l'eau.
Je ne les ai jamais observées dans l'eau, mais certains auteurs disent — ce dont je doute beaucoup — qu'elles peuvent plonger et nager au sein de l'eau (?).
Les Vélies vivent fort bien en captivité et elles s'y reproduisent. Elles se nourrissent en suçant le sang des Diptères et d'autres petits animaux, tombés sur la surface de l'eau.
Elles ne fixent pas leur ponte contre les corps flottants, ou même quelquefois submergés, comme le font les Gerris et les Limnobates. Les femelles cachent leurs œufs, réunis
en amas, parmi la végétation émergée du rivage, passablement au-dessus du niveau de Teau. C'est du moins ainsi que procédèrent chez moi, des Vélies captives ^
Les œufs sont cylindriques, arrondis aux deux extrémités ; leur longueur atteint 1 mm. Les larves, dès leur naissance, ont vaguement l'aspect des imagos ; la longueur de leur
FiG. 94. — Microvelia pygmea, forme aptère, marchant sur l'eau.
corps est de 1 V» nun., la couleur de celui-ci est brun-jaunâtre. Dès leur naissance elles gagnent la surface de l'eau.
On a décrit, pour nos pays, deux ou trois espèces de VéHes.
Les Microvélies, dont on fait souvent un genre à part, sont, pour ainsi dire, des Vélies en miniature; leur taille ne dépasse pas 2 7* mm. Les antennes ont quatre articles.
* La ponte et la larve des Vélies n'ont pas encore été décrites — comme du reste, celles des Limnobates. J'ajouterai donc que les quelques individus qui pondirent, chez moi, en captivité, déposèrent leurs œufs en un seul amas ; mais j'ignore si, dans la nature, les Vélies se réunissent ainsi en société pour pondre.
Vu leur petite dimension, ces insectes passent inaperçus ; ils ne sont cependsgit pas rares. H en existe deux espèces ; la plus commune est la MicroveUa pygmea.
J'ai observé fréquemment cet Hémiptère, à Tétat de larve et à celui d'imago, au printemps et en été. Il ne m'a pas paru fréquenter les mêmes localités que la Yélie. Je l'ai capturé, surtout parmi la végétation du rivage, dans les marais et autres eaux stagnantes. Je ne l'ai jamais observé sur l'eau courante.
Les larves (fig. 93) ont une couleur générale brun-jaunâtre ; mais les imagos sont de ravissants petits êtres. Leur dos est finement velu; il a, sur les côtés, des taches bleu ciel, dont la teinte varie suivant l'incidence de la lumière.
Cet Hémiptère se présente, en général, sous la forme aptère (fig. 94) ; cependant, j'ai quelquefois, en juillet, rencontré des représentants de la forme ailée (fig. 95).
Les Microvélies vivent fort bien en captivité ; elles se
iTTLTn.
Fio. 95. — MicroveUa pygmea, forme ailée, marchant sur Feau.
promènent sans cesse sur la surface de l'eau. Je les ai vues capturer et sucer des Podura aquatica, ainsi que de jeunes larves d'Ânopheles et de Dixa. Lorsqu'elles avaient piqué une de ces dernières, elles la sortaient de l'eau, pour pouvoir mieux la sucer, en renversant la tête en arrière.
Les Hébrides.
Par la taille et l'aspect général, ces insectes ressemblent aux Microvélies. Ils en diffèrent par les antennes, qui ont cinq articles ; par le rostre, qui est fort long — aussi long que le thorax ; et, par le fait que les imagos sont toujours pourvus d'ailes.
Cette famille ne contient qu'un seul genre et une seule espèce, YHébrus pusiUus (fig. 96).
Cet insecte est commun dans l'Europe centrale. Il vit dans les mêmes conditions que les Microvélies. Je l'ai
PiG. 96. — Hebrus pusillits, marchant sur l'eau.
observé souvent, en nombre considérable, mais seulement au printemps. Les Hébrus se tiennent parmi ]a végétation du rivage; mais, lorsqu'ils sont dérangés, ils partent en courant sur la surface de l'eau, en faisant fréquemment un petit temps de vol. Leur couleur générale est d'un noir mat ; il y a de petits miroirs blancs sur les élytres.
En captivité, ils se comportent un peu comme les Podura aquatica ; ils marchent sur l'eau, mais ils aiment beaucoup aussi se promener contre les parois de verre un peu audessus de la surface de l'eau. Les œufs et les larves ne sont pas connus.
Les Népidés,
Ces Hémiptères sont caractérisés par leurs pattes antérieures, qui sont franchement organisées pour la préhension. Le fémur est épais et pourvu d'une rainure, dans laquelle se replient le tibia et le tarse. Les tarses du membre antérieur sont dépourvus de griffes. Les antennes sont cachées. Ces insectes vivent dans l'eau.
Dans nos pays, cette famille n'est représentée que par les deux genres: Nèpe et Banâtre.
La Nèpe cendrée est la seule espèce du genre que l'on trouve dans nos eaux douces. Le corps de cet insecte est large et aplati ; il est terminé postérieurement par un long prolongement filiforme. Non compris ce prolongement, il atteint une longueur qui, suivant les individus, varie de 16 à 22 mm.
La Nèpe est un animal apathique, qui vit de préférence dans les eaux tranquilles, stagnantes ou à courant lent. Elle marche lentement, dans les détritus ou sur le limon, dont son corps est parfois complètement sali. Souvent, aussi, elle se tient parmi les végétaux flottants.
Les tibias et les tarses des pattes médianes et postérieures, pourvus de quelques longs poils, lui permettent de se servir de ces membres pour nager ; ce que la Nèpe ne fait,
du reste, que rarement. Elle avance, dans ce cas, en frap* pant l'eau avec les pattes de ses deux dernières paires.
La couleur générale du corps est gris-jaunâtre; mais, lorsqu'on écarte les élytres, on constate que la face dorsale de l'abdomen est d'une belle couleur rose-brique.
La Nèpe vit fort bien en captivité; mais elle a des mœurs assez sanguinaires. Je l'ai vue attaquer et sucer des larves de Diptères qui atteignaient une longueur de 2 à 3 cm.
Lorsqu'elle veut respirer, la Nèpe gagne la surface de l'eau en nageant, ou, le plus souvent, en grimpant dans les végétaux ; puis elle met l'extrémité de son siphon en contact avec l'atmosphère.
Ce siphon est composé de deux valves, en forme de gouttière, appliquées l'une contre l'autre (ce sont les restes du septième segment abdominal de la larve). Il forme une espèce de tube, au fond duquel se trouvent deux stigmates, cachés dans l'extrémité postérieure du corps de l'insecte. C'est par l'intermédiaire de ces deux stigmates que l'air pénètre dans les trachées. Dans la cavité thoracique, celles-ci sont en relation avec plusieurs vessies aériennes et avec une paire de stigmates, placés latéralement sur le dos et couverts par les ailes (fig. 97, a). L'insecte, par l'intermédiaire de son siphon, aspire l'air extérieur et en refoule, ensuite, une partie sous ses ailes.
Si l'on examine la face ventrale de l'abdomen d'une Nèpe, imago, on aperçoit, de chaque côté, aux troisième, quatrième et cinquième segments, des taches circulaires, qui, longtemps, ont été considérées comme étant des stigmates imperforés, vestiges de ceux de la larve. Actuellement, vil la structure histologique de ces taches, on admet plutôt que ce sont des organes sensoriels, dont on ignore, il est vrai, la fonction. Ils sont contigus et, pour ainsi dire, ils se confondent avec les vestiges des stigmates de la larve.
La Nèpe pond vers le mois d'avril ^ Les œufs sont de
^ On trouve cependant, déjà en octobre, des Nèpes ayant dans les oviductes des œufs complètement formés, prêts à être pondus.
couleur blanc-jaunâtre; leur longueur atteint 2,6 mm., non compris les prolongements qui forment une rosette à Tex* trémité antérieure. Ces prolongements sont en nombre variable; les auteurs en indiquent sept; mais les œufs que
Fia. 97. — Nëpe adulte, face dorsale. En a, stigmate métathoracique : les segments abdominaux sont numérotés.
j'ai eu l'occasion d'observer en avaient les uns huit, les autres neuf. La Nèpe fiche ses œufs dans l'épaisseur des roseaux ou des végétaux pourris, flottant à la surface de l'eau ; seuls, les prolongements restent à l'extérieur.
Au moment de l'éclosion, sous la poussée de la tête de la larve, l'extrémité antérieure de l'œuf s'ouvre comme le couvercle d'une boîte et la larve sort (fig. 98). Elle a, à ce
moment, une longueur de 3,5 mm. Elle gagne la surface de l'eau en grimpant contre les végétaux.
L'abdomen des larves n'est pas terminé par un siphon semblable à celui des imagos. Il est bien pourvu d'un prolongement, mais celui-ci est court, obtus, et ne forme pas un tube (fig. 99). Il n'est pas constitué de deux parties accolées l'une à l'autre; il est d'une seule venue. Sa face
FiG. 98. — Oeuf de Nèpe et diflférent»i8 phases de l'éclosion.
ventrale est déprimée et forme une sorte de gouttière, qui, à l'extrémité de l'abdomen, bifurque et se continue par deux gouttières latérales. Les bords de celles-ci sont pourvus de poils hydrofuges, arrangés de façon à ce que ceux d'un des bords rejoignent^ par-dessus la gouttière, ceux du bord opposé. Us constituent ainsi une espèce de toit et transforment la gouttière en un canal couvert.
Les stigmates s'ouvrent au fond des canaux latéraux, dans lesquels l'air circule, lorsque l'animal met l'extrémité postérieure de son corps en contact avec l'atmosphère.
Tout le système respiratoire se modifie à la dernière mue. Le siphon acquiert sa forme définitive ; les gouttières disparaissent; tous les stigmates abdominaux s'oblitèrent, sauf ceux de la dernière paire, qui se trouvent à la base du siphon.
Fio. 99. — Larve de Nèpe, âgée de quelques semaines, vue par la face ventrale; du côté droit (de la figure) on a enlevé la plaque coxale pour montrer le prolongement de la gouttière ciliée jusqu'aux stigmates thoraciques.
Pendant les mois d'août et de septembre, on trouve assez fréquemment ces larves — et aussi des imagos — parmi la végétation flottant à la surface de l'eau (Potamogeton, Myriophyllum).
Enfin je signalerai encore ^que, dès qu'on taquine cet insecte, surtout si on le retire de l'eau, il « fait le mort »; il peut rester dans cet état un temps fort long (quelquefois près d'une heure).
La Banâtre linéaire est la seule espèce du genre qu'on trouve dans nos pays. Cet insecte a la même biologie et les mêmes mœurs que le précédent; mais la forme de son corps est toute différente. Celui-ci atteint une longueur de 30 à S5 mm. ; il est mince et allongé. La Ranâtre, comme la Nèpe, a les pattes postérieures faiblement ciliées; elle peut nager, mais elle ne le fait que rarement et maladroitement. Elle vole aussi, parfois, la nuit. Quand on la saisit, souvent elle devient immobile, rigide, comme morte.
La ponte a lieu pendant les mois de mai et de juin ; les œufe ont une longueur de 2 mm. et sont pourvus, à Textrémité céphalique, de deux longs prolongements. Ils sont fichés, chacun séparément, mais souvent en série, les uns à la suite des autres, dans les tissus des roseaux pourris flottant sur Feau. Les deux prolongements, seuls, restent à Textérieur. Lors de l'éclosion, l'extrémité céphalique de Tœuf s'ouvre de la même manière qu'un couvercle de boîte ; la larve sort et gagne, en nageant, la surface de l'eau.
Le système respiratoire de la Ranâtre, soit celui des imagos, soit celui des larves, est semblable à celui que nous avons décrit chez la Nèpe.
Les Naucoridés.
Les anciens naturalistes faisaient rentrer les Naucores dans la famille des Népidés. Mais quoique, chez les Naucores, les membres antérieurs soient organisés pour la préhension de la même manière que le sont ceux des Nèpes et des Ranâtres, les Naucoridés diffèrent, cependant, suffisamment des Népidés, par la forme générale de leur corps et leur genre de vie, pour qu'on en fasse une famille à part.
Le corps de ces insectes a une forme ovale ; il est aplati dorso-ventralement, conmie c'est le cas pour celui de la Nèpe ; mais il n'a pas de siphon respiratoire. Les Naucores sont de fort bons nageurs. Ils nagent de la même manière que les Dytiques, avec autant d'agilité et de rapidité. Ils sont très carnassiers.
Cette famille comprend deux genres : Aphelochirus et Naucore.
L* Aphelochirus œstivalis est la seule espèce du genre; le corps de cet insecte atteint une longueur de 9 à 10 mm. L' Aphelochirus est peu connu ; il passe pour rare en France ; il a cependant été trouvé, parfois abondamment, dans le cours inférieur de la Seine et dans la Moselle. Il a aussi été signalé en Suisse. Les Aphelochirus diffèrent des Naucores en ce que, chez les premiers, le quatrième article des antennes est plus long ; en outre, les tarses des membres antérieurs sont pourvus de deux griffes.
FiQ. 100. — Oeuf de Naucore cimicoïde et jeune larve venant d'éclore.
Les NaucàreSj eux, n'ont pas de griffes à ces tarses et c'est le troisième article des antennes qui est le plus long.
H y a, dans nos pays, deux espèces de Naucores :
a) Le Naucore cimicoïde, dont le corps atteint une longueur de 16 mm. C'est une forme macroptère.
h) Le Naucore aptère, dont la taille ne dépasse pas
10 mm., est, en revanche, presque toujours aptère ; cependant, au Midi, on a trouvé des sujets macroptères.
LesNaucores fichent leurs œufs, aux trois quarts enfoncés, dans les tissus des plantes aquatiques. Ces œufs sont de couleur blanche ; leur longueur atteint 2,5 mm. Ils ont une forme cylindrique; mais l'extrémité céphalique est recourbée et terminée par un couvercle (fig. 100).