CHAPITRE XXIII LES INSECTES {suite
Névroptères (suite). Odonates et Planipennes
Les Odonates ou Libellulidés *
Voici, enfin, des Névroptères qui ne sont point, comme c'est le cas pour ceux que nous venons d'étudier, inconnus du public; car, par leur brillant coloris, par la grâce de leur vol, autant que par leur abondance, ils s'imposent à l'attention de quiconque se promène au bord de l'eau.
Leurs larves se font moins remarquer; cependant bien des personnes connaissent les larves des Âeschna, à cause de leur grande taille et de la bizarre conformation de leur bouche.
Les Odonates, à l'état d'imago, sont remarquables par leur légèreté, leur sveltesse et la rapidité de leur vol. A l'état larvaire, on dirait qu'ils ont tous les caractères opposés. Ce sont des animaux à formes peu gracieuses et n'ayant rien qui puisse plaire à l'œil. Ils sont de couleur terne ; ils vivent dans l'eau et ne bougent que peu et avec lenteur.
* Nous emploierons le terme d'Odonate pour parler des Libellulidés en général, réservant le nom de Libellule au genre Libellula p.p.d.
Ces insectes sont très carnassiers, soit à l'état larvaire, soit à l'état d'imago.
Sauf les larves des Agrionides, dont le corps est relativement mince et allongé, les larves, dans les autres genres, ont des formes plutôt lourdes. Toutes se font immédiatement reconnaître, comme larves d'Odonates, par la conformation de leur bouche. La lèvre inférieure est, en effet, transformée chez elles en un organe très particulier, qu'on nomme le masque. On ne peut mieux le comparer qu'au membre supérieur de l'homme, en supposant ce membre inséré au menton.
Cet organe est composé de trois parties. La première est plate, elle s'applique contre le thorax. A son extrémité postérieure, s'articule la deuxième partie, qui est élargie à l'extrémité antérieure. Elle est repliée contre la première partie, comme l'avant-bras serait replié sur le bras. A l'extrémité antérieure, qui se trouve en face de la bouche, est l'organe de préhension, qui correspondrait à la main ; il est établi selon deux types différents :
H est dit platy lorsqu'il est composé d'une simple pince, dont les deux pièces, mobiles et articulées, terminent le second article en restant dans le même plan que lui. Au repos, elles se placent sous la bouche, qui reste visible. Pour continuer notre comparaison, il faudrait supposer la main, réduite au pouce et à l'index (voir fig. 119).
Le masque est dit en forme de casque, lorsque le deuxième article, au lieu d'être plat, est légèrement concave à son extrémité. Les deux pièces, qui constituent la pince terminale, au lieu d'être simples et aplaties, sont aussi plus ou moins concaves. Elles rappellent vaguement une cuillère ; mais une cuillère de forme compliquée, dont les bords seraient déchiquetés ; en outre, leur plan général n'est plus parallèle à celui de l'article sur lequel elles sont insérées (voir fig. 117).
Il faudrait, dans notre comparaison, supposer l'avantbras terminé par deux mains, placées en face l'upe de l'autre. Au repos, au lieu de s'appliquer sous la bouche,
elles recouvrent celle-ci et la cachent complètement; comme lorsqu'on cache son visage avec ses mains.
Une autre particularité intéressante des larves des Odo* nates est leur manière de respirer. Ces larves respirent au moyen de trachéo-branchies, qui sont externes chez les Âgrionides, mais qui, dans tous les autres genres, sont internes et formées par les parois du rectum. Celles-ci, en effet, sont parcourues par de nombreuses ramifications trachéennes. On peut aisément constater cette disposition sur les jeunes larves, dont le corps est transparent (voir fig. 119).
Pour devenir apte à cette nouvelle fonction, le rectum subit des modifications. Il est très développé et susceptible, en outre, de se dilater et de se contracter. L'eau peut être aspirée à son intérieur, puis expulsée ; pour cela, la musculature de l'abdomen entier, entre en jeu. Quand on observe une larve d'Âeschna, au repos, on voit son abdomen effectuer des mouvements de contraction et de dilation, semblables à ceux qu'effectue le thorax d'un mammifère, lorsque celui-ci respire.
L'anus est entouré de cinq valves pointues, en forme d'épines ; il y en a trois grandes et deux plus petites. Ces cinq valves, lorsque l'animal est immergé, sont en général écartées ; eUes laissent libre passage à l'eau, qui circule, à travers l'anus, alternativement dans un sens et dans l'autre. Toutefois, l'animal n'est pas obligé d'entretenir continuellement ce courant; il l'interrompt, parfois, de courts moments. Lorsque la larve est hors de l'eau, ces cinq valves convergent, et, par leur réunion, elles forment une seule pointe qui termine l'abdomen.
Cette bizarre conformation a encore un autre but. Si la larve, après avoir rempli son rectum d'eau, expulse celle-ci subitement, le corps de l'animal est projeté en avant, par suite du choc en retour.
Le rectum a donc une triple fonction. Il sert pour la défécation, pour la respiration et pour la locomotion. Toutefois, cette dernière fonction n'est pas d'un usage
habituel. Ces larves bougent en général peu ; leurs pattes leur servent plus d'organes de fixation que d'organes de locomotion. Lorsqu'elles chassent ou lorsqu'elles veulent changer de place, elles marchent avec une grande lenteur. Ce n'est que lorsqu'elles sont effrayées, qu'elles utilisent leur propulsion rectale, qui leur permet alors de fuir en pleine eau avec rapidité.
Au point de vue de la respiration, les larves des Caloptéryx font la transition entre les larves, qui ont la respi> ration rectale, et celles, qui respirent par trachéo-branchies caudales externes. Elles ont, en effet, à la fois, ces deux modes de respiration.
Les larves des Agrionides (Lestes, Agrion), en revanche, ne respirent que par trachéo-branchies externes. Ces der* nières sont situées à l'extrémité postérieure de l'abdomen, dans le prolongement de celui-ci. Elles ont la forme de trois grandes feuilles minces, transparentes, ovales et allongées; elles sont parcourues par beaucoup de fines ramifications trachéennes. Habituellement, la larve les tient écartées les unes des autres (fig. 121).
Ces organes sont très délicats; souvent, par accident, ils se détachent du corps. Mais cela est sans gravité, car ils peuvent se régénérer; c'est pourquoi, l'on rencontre, parfois, des larves dont les trois feuillets respiratoires ont une longueur différente.
L'appareil respiratoire des larves des Odonates présente encore une particularité qui a intrigué les naturalistes et amené bien des discussions. Ces larves possèdent — non pas à leur naissance, mais après qu'eUes ont subi quelques mues — une paire de stigmates, situés entre le pro- et le mésothorax ^ (voir la fig. 120 c).
1 GertaÎQS auteurs ont nié ces stigmates, d'autres en ont décrit quatre^ d'autres encore disent que les nymphes adultes en ont un grand nombre à l'abdomen.
D'après ce que j'ai constaté sur des larves d'Aeschna et d'Agrion — et c'est du reste la conclusion à laqueUe sont arrivés ceux qui ont ôtudié à fond ce sujet — je crois qu'on peut dire que :
Les larves des Aeschna ont quatre stigmates ; mais les deux aDt«'-
Ces stigmates, quoique cachés et peu apparents, sont perméables. On peut se demander quelle est leur utilité, étant donné le fait que les larves des Odonates, ne viennent jamais respirer à la surface de l'eau ?
Malgré une quantité de recherches et d'expériences récentes, on a dû revenir à l'explication qu'en a donné Réaumur. Selon lui, ces stigmates ne sont d'aucune utilité à la larve tant que celle-ci est dans l'eau ; mais ils lui servent, lorsqu'elle se trouve hors de l'eau ; soit qu'elle en sorte pour se métamorphoser, soit lorsque, fortuitement, le fossé où elle vit vient à se dessécher.
Cette explication est assez plausible, cependant, je me permettrai d'y faire deux objections.
lo Les larves des Odonates, en effet, peuvent rester, pendant plusieurs jours, hors de l'eau, sans périr ; mais j'ai constaté qu'elles peuvent le faire avant d'être pourvues de stigmates. En outre, d'autres larves aquatiques (par exemple celles des Sialis) sont, de même, capables de vivre, plusieurs jours, hors de l'eau, quoiqu'elles n'aient aucun stigmate.
2o Ensuite, je ferai observer que ces stigmates thoraciques n'apparaissent que vers la fin de la vie larvaire, c'està-dire à l'époque qui correspondrait à l'état de nymphe, chez les insectes à métamorphoses complètes. Or, chez beaucoup d'insectes dont les larves sont dépourvues de stigmates (ex. Corèthre), ou dont les larves ne possèdent qu'une paire de stigmates postérieurs (ex. Culex), nous voyons que les nymphes, quoique toujours aquatiques, sont pourvues de stigmates thoraciques. On est donc amené à penser que ces stigmates ont une fonction à remplir pen-
rieurs, situés entre le pro- et le mésothorax, sont seuls perméables. Il en existe deux autres, imperforés, sur les côtés du thorax, au-dessus de la hanche des pattes postérieures.
Les larves des Agrionides n'ont que deux stigmates perméables, situés entre le pro- et le mésothorax (voir fig. 120c).
C'est uue erreur de prétendre que les nymphes prêtes à se métamorphoser ont un grand nombre de stigmates abdominaux (même imperforés).
dant l'état de nymphe et, en tout cas, comme nous allons le voir, au moment de la métamorphose.
Observons, au printemps, une larve d'Odonate quand, sortant de l'eau, elle grimpe contre un roseau pour s'y transformer en imago. Nous verrons, qu'une fois accrochée et immobile, elle se met à respirer activement.
On constatera que la tête et le prothorax sont un peu fléchis et l'on verra les stigmates thoraciques s'ouvrir et se fermer continuellement.
D'autre part, c'est un fait connu, qu'au moment de la métamorphose, la coloration des nymphes change; parce qu'une couche d'air se répand entre la peau nymphale, qui va être abandonnée, et l'imago qui est à l'intérieur de celle-ci.
A mon idée, cet air a été inspiré par l'imago au moyen des stigmates thoraciques qui correspondent aux seuls stigmates de la nymphe. Il est ensuite expiré par les autres stigmates ; mais ceux-ci n'étant pas en relation avec l'extérieur — puisque chez la nymphe il n'y en a pas ou qu'ils ne sont pas perméables — l'air se répand entre l'imago et la peau nymphale qu'il contribue à décoller.
Mais laissons là cette digression et voyons un peu, à présent, quelles sont les mœurs de ces insectes.
Les larves des Odonates aiment, en général, les eaux stagnantes ; on les trouve dans les marais, les fossés et les étangs, etc.; toutefois, elles évitent l'eau corrompue, qui leur [est mortelle. Celles des Caloptéryx préfèrent l'eau courante des petits ruisseaux.
Les unes se tiennent au fond de l'eau, cachées dans les détritus ou le limon (Libellula depressa). D'autres (Aeschna, Agrions) vivent parmi les végétaux submergés, auxquels elles se suspendent par les pattes, leur dos étant dirigé en bas. Elles restent ainsi, à l'affût, des heures entières, sans bouger ; leur immobilité et les teintes ternes de leur corps rendent celui-ci peu apparent.
Si un petit animal vient à se promener dans les envi-
rons, elles tournent lentement la tête^ — qui, du reste, est peu mobile — puis, encore plus lentement, elles avancent une patte, puis une autre, et, presque en rampant, elles s'approchent de lui. Arrivées à portée, soudain elles projettent leur masque, s'emparent de la proie, l'appliquent contre leur bouche et la dévorent, sans se presser.
Les larves des Odonates, en captivité, sont extrêmement voraces ; j'ai vu une larve d'Aeschna attaquer et manger un petit poisson, dont le corps atteignait une longueur de . 2 à 3 centimètres. Elles se mangent aussi entre elles. On peut, dit'On, les nourrir en leur offrant de petits morceaux de viande crue.
Les larves, plus petites, des Agrionides capturent et mangent des entomostracés.
Noiis avons vu que celles de ces larves qui ont la respiration rectale, possédaient, du même fait, un moyen qui leur permettait de fuir, à l'occasion, rapidement, en pleine eau, quoiqu'elles ne pussent pas réellement nager. Les larves des Agrionides, elles, peuvent nager. Elles le font, en godillant, avec leurs trois branchies foliacées caudales, que, pour cette fonction, elles appliquent l'une contre l'autre, de façon à en constituer une seule rame soUde. Elles nagent ainsi rapidement en se tortillant. Les toutes jeunes larves, qui n'ont pas encore de branchies caudales développées en forme de lame, nagent lentement en agitant leurs pattes et en contorsionnant leur corps.
Les Odonates passent l'hiver à l'état de larves ; celles-ci muent plusieurs fois et se métamorphosent au printemps ou en été. On ne connaît pas la dm-ée de l'état larvaire pour toutes les espèces ; il est possible quCj pour quelques-unes, il dure plusieurs années.
Pour se métamorphoser, ces larves sortent de l'eau et s'accrochent aux tiges des plantes qui émergent. Nous ne raconterons pas cette opération, qui a été admirablement observée et décrite par Réaumur, dont le récit se trouve reproduit dans beaucoup de Kvres de vulgarisation. Nous
I^^AQUABIUM DE CHAMBRE r r^.. .
ne parlerons pas davantage des imagos, qui, n'étant pas aquatiques, sortent de notre sujet. Nous dirons cependant quelques mots de la ponte et des œufs.
Certains Odonates laissent tomber leurs œufs, au hasard, dans l'eau; d'autres les agglutinent en paquet sur les végétaux riverains ; d'autres enfin, les fichent dans les tissus des végétaux, au-dessus, ou au-dessous, de la surface de l'eau; ou bien (Agrion, Lestes), ils les implantent dans les tissus de la face inférieure des feuilles du Nénuphar.
On en trouve là très communément ; ils apparaissent comme une série de petits traits noirs, ou brunâtres, parallèles les uns aux autres, souvent en nombre considérable.
L'insecte doit donc, dans certains cas, pénétrer dans l'eau pour pondre. On a observé ce fait, en particulier, chez le Lestes fiancé, dont la femelle entre dans l'eau, en marchant le long des tiges en étant encore enlacée par le mâle.
Malgré qu'ils soient immergés, les œufs des Agrionides sont très souvent infestés par des Hyménoptères des genres Polynéma et Anagrus, Si l'on a déposé quelques-uns de ces œufs dans l'aquarium, il ne faudra pas être étonné de voir apparaître dans celui-ci ces minuscules petites guêpes.
FiG. 116.
Ponte de Gomphus et larve primaire.
Les larves des Odonates ne sortent pas toujours de l'œuf avec leur aspect définitif; chez quelques espèces, il y a ce qu'on appelle des larves primaires.
En 1902, l'abbé Pierre signala la chose chez le Lestes fiancé, et, nous«même, l'avons observé, en 1906, chez les
FiG. 117. — Larve-nymphe de Cordulia sp., le masque est tiré en avant ' (typ^ ^^ masque en casque).
Gomphus. La larve qui sort de l'œuf ne ressemble en rien à la larve définitive. C'est une sorte de petit vermisseau blanchâtre, ayant vaguement l'aspect d'une nymphe de Diptère, et dont lés pattes, conmie chez celle-ci, sont des filaments marticulés, appliqués contre l'abdomen (fig. 116). S'il est né sur une partie du végétal, à ce moment émergée, il chemine, en se contorsionnant, et cherche à gagner
Teau. Dès qu'il y est arrivé, la peau se fend et la vraie larve, telle que nous l'avons décrite plus haut, s'en dégage.
On compte environ 70 espèces d'Odonates, habitant le centre de l'Eiu-ope. Elles sont réparties -en neuf genres
principaux.
Les larves de chaque espèce en particulier ne sont pas encore connues; mais, d'une manière générale, on sait que tel type de larve correspond à tel ou tel genre. Nous nous contenterons donc d'indiquer les principaux types de larves et leurs particularités.
A. — Larves à branchies internes rectales, à masque en casque, à corps large et court.
Genre Lihellitla :
c'est le principal genre de cette famille et c'est le plus riche en espèces. Ces larves vivent surtout au fond de l'eau; elles rampent sur la vase, dont leur corps est parfois revêtu. La ligne supérieure de l'abdomen est dépourvue d'épines.
Parmi ces larves, nous citerons celle de la Libéllula depressa, qu'on trouve communément dans les fossés. EDe peut, sans inconvénient, rester plusieurs jours hors de l'eau. Le corps de cette larve atteint une longueur de
FiG. 118. — Larve à'Aeschna grandis.
22 mm; les stigmates thoraciques sont assez faciles à voir.
Dans les genres CorduUa (fig. 117) et Epitheca, la ligne supérieure de l'abdomen est garnie d'épines.
B. — Larves à brcmchies internes rectales, à masque plat, à corps gros et long.
Dans le genre Aeschnay les larves ont sept articles aux antennes.
Les quatre derniers segments de l'abdomen ont des épines latérales. Les tarses ont trois articles.
La larve de VAeschna grandis est la plus grosse larve ■ nymphe aquatique de nos contrées ; son corps atteint unelongueur de 43 à 46 mm. n présente la particularité de se colorer, à chaque mue, d'une belle couleur vert gazon, qui s'assombrit et brunit en quelques heures (fig.
Les larves, dans les genres Anax et Gomphus, se rapprochent
beaucoup de celles des Aeschna. Celles des Gomphus (fig. 119) n'ont que deux articles aux tarses, et trois ou quatre aux antennes; celles des Anax n'ont des épines latérales qu'aux trois derniers segments abdominaux.
Les larves des Cordulegasters n'ont point d'épines aux
TIVIU.
Fia. 119. ■— Jeune larve de Gomphus, montrant les ramifications trachéennes rectales. Au-dessus de la tête, partie antérieure du masque (type de masque plat).
segments abdominaux ; le lobe médian de leur masque a, en son milieu, une petite proéminence avec une fente.
C. — Larves ayant des branchies externes caudalesy un corps mince et allongé, et un manque en casque Dans ce groupe rentrent les larves des Agrionides (Les-
FiG. 120.
a, Tête de larve de Lestes; 6, Lobe médian du labium d'une larve de Lestes;
c, Tête et thorax d'une larve d'Agrion; on voit les stigmates thoraciqnes.
tes et Agrion) et celles des Caloptéryx. Ces larves sont, en général, confondues les unes avec les autres; elles diffèrent cependant, entre elles, biologiquement et morphologi* quement.
Les larves des Lestes et celles des Agirions (fig. 120) ont, à la base des antennes, deux articles plus gros que les autres, mais pas particulièrement longs. Celles des Lestes (fig. 120 a et b) ont les segments de l'abdomen pourvus d'épines latérales ; en outre, le lobe médian de leur labium (masque) présente une fente antérieure qui, il est vrai, peut être fort petite"; tandis que les larves des Agirions n'ont, en général, pas d'épines latérales à l'abdomen et que, chez elles, le lobe médian du labium est entier (fig. 120 c).
Ces larves vivent parmi la végétation submergée, dans
Fia. 121. — Larve de Lestes, au repos, vue latéralement.
les eaux stagnantes. Leurs branchies caudales sont minces et foliacées. Au repos, elles les tiennent presque toujours écartées, celle du milieu étant relevée au-dessus des deux latérales (fig. 121).
De toutes les larves des Odonates, ce sont les plus agiles; ce sont celles qui nagent le mieux et qui se déplacent le plus facilement.
Les larves des Calopteryx sont reconnaissables à leurs antennes caractéristiques; celles-ci n'ont qu'un seul gros article basilaire, mais il est fort long; sa longueur égale celle des six autres articles qui terminent l'antenne.
Le lobe médian du labium est percé d'un orifice losangique ou ovalaire.
Les branchies caudales, surtout les deux latérales, ne sont pas foliacées ; elles sont épaisses et ont une crête latérale (fig. 122). Au repos, la larve les tient généralement réunies ; lorsqu'elle les écarte, celle du milieu reste entre les deux latérales.
Fio. 122^. — Larve de Caloptérix; en bas, à droite, le labium.
Malgré leurs branchies caudales, les larves des Caloptéryx respirent aussi par le rectum ; mais elles le font d'une manière beaucoup moins apparente que les larves précédemment citées. Ce n'est qu'avec peine qu'on distingue un léger mouvement de l'eau autour de l'anus et qu'on voit l'abdomen faiblement s'aplatir à chaque expulsion. Assez sou-
vent, le rythme de cette respiration est accompagné d'un petit mouvement de flexion des pattes.
Ces larves sont moins communes que celles des Âgrio* nides. Elles sont beaucoup plus apathiques que ces dernières; elles ne nagent pas. Elles vivent dans les. petits ruisseaux, où elles restent plus ou moins immobiles sous les pierres du fond ou parmi la végétation. On les trouve surtout en été et en automne.
La plus commune est celle du Calopteryx virgo; son corps atteint une longueur de 25 mm. Celle du Calopteryx spîendens est plus grande, la longueur de son corps dépasse 30 mm.
Les Planipennes.
Les Planipennes sont des Névroptères, dont les quatre ailes sont semblables et ne peuvent se plisser; elle ne sont jamais revêtues de poils ni d'écaillés. Ces Lisectes, en général, ne vivent pas dans le voisinage de l'eau et leurs larves sont terrestres. Trois genres seulement, dans nos pays, font exception ; leurs représentants ont des larves aquatiques. Ce sont les genres Sialis, Sizyra et Osmylus. Les larves de ces insectes diffèrent beaucoup les unes des autres par leurs mœurs et leur aspect.
La larve du Sialis lutarius ^ (fig. 123) vit dans le limon, au fond de l'eau ; elle n'est point rare. On la trouve aussi, quoique plus rarement, sous les pierres, dans les ruisseaux à courant lent. Elle supporte fort bien la captivité ; mais, vu ses mœurs carnassières, on est obligé de l'isoler. Son port et ses mouvements sont gracieux.
Lorsque cette larve a atteint tout son développement, son corps a une longueur de deux à deux et demi centi* mètres. Il est de couleur jaimâtre avec des taches brunes sur la face dorsale du prothorax et de la tête. Celle-ci, sub-
^ Il y a deux Sialis: S. lutarius et S. fuliginosus; leurs larves ne diffèrent que par des caractères insignifiants.
quadrangulaire à angles arrondis, est aplatie et plutôt grosse; elle est pourvue d'antennes. Les mandibules sont fortes, aiguës, avec des dents sur le bord interne. L'abdomen va en s'amincissant progressivement; il est terminé
par un long prolongement cilié.
Il y a neuf segments abdominaux. Les sept premiers sont pourvus, de chaque côté, d'un long appendice trachéobranchial transparent, filiforme et cilié. Ces appendices ont la particularité d'avoir quatre légers étranglements qui leur donnent un aspect pluriarticulé. Lorsque l'animal bouge, ils sont, en général, écartés du corps et relevés.
Cette larve marche, rampe, fouit, mais elle ne nage pas. Les pattes sont bien développées et sont terminées par deux griffes. Souvent la larve se fixe, avec ses pattes, et fait onduler son corps, pour faciliter la respiration ; dans ce cas, toutes les trachéo-branchies ondulent avec beaucoup de grâce.
Quoiqu'elle soit organisée exclusivement pour la vie aquatique, cette larve peut, cependant, à l'occasion, vivre plusieurs jours hors de l'eau. Elle marche facilement sur le sol, même à reculons.
L'état larvaire dure au moins un an, peut-être deux? Vers la fin d'avril, la larve sort de l'eau; elle s'en éloigne
Fio. 123. — Larve de Sialis.
et va s'enfouir dans la terre ou la mousse, où elle se transforme en nymphe.
L'imago est un Névroptère, plutôt lourd, volant difficilement. Il dépose ses œufe hors de l'eau, mais dans le voisi-
FiG. 124. — Larve de Sizyra fuscata.
nage immédiat de celle-ci, soit sous la voûte des ponts, soit contre les bateaux, à sec sur le rivage, soit sur les feuilles des végétaux riverains, roseaux ou aulnaies (d'où le nom d'Alderfly que les Anglais donnent à cet insecte).
La ponte forme un plastron d'une centaine d'œufs, arrangés en ordre. Ils sont cylindriques et ont un petit prolonge-
ment, en pointe, à une des extrémités; leur couleur est noirâtre. Les larves, à leur naissance, ou bien tombent à Teau, ou bien doivent s'y rendre en marchant.
La larve du Sizyra fuscata * (fig. 124) diffère complètement de la précédente, par son genre de vie et par la forme de son corps. Elle vit en parasite sur les Spongilles.
Ces larves marchent sur les Spongilles, et, profitant des trous dont celles-ci sont criblées, pénètrent à leur intérieur. Quand elles restent immobiles, elles échappent facilement à la vue, car, de même que la Spongille, elles sont couvertes de fins détritus organiques, qui les rendent méconnaissables.
Leur corps a la forme d'un ovale allongé; il atteint une longueur de 5 à 6 millimètres, non compris les antennes ; sa couleur est variable ; elle est en général jaunâtre ou, quelquefois, verdâtre. La tête est petite ; elle est pourvue de deux grandes antennes, dont la longueur dépasse celle de la moitié du corps. Les pattes sont minces; elles sont terminées par une griffe.
Cette larve présente deux particularités intéressantes : d*abord la structure de la bouche. Les mandibules, transformées, allongées et accolées Tune à l'autre, forment un poinçon, faiblement recourbé et dirigé en avant ; sa longueur atteint presque celle des antennes. Il fonctionne comme un appareil de succion et sert probablement à aspirer les sucs de la SpongiUe (?)
Le deuxième organe intéressant est l'appareil respiratoire externe. Il est constitué par des trachéo-branchies articulées, placées à la face ventrale de l'abdomen; elles ondulent continuellement.
Ces larves vivent en société et ne sont point rares. C'est souvent par douzaines qu'on les trouve dans les Spongilles.
La nymphe est inconnue. Les larves des espèces euro-
* Il y a dans nos pays trois espèces de Sizyra; S. fuscata est la plus commune.
péennes n'ont, en effet, à ma connaissance, pas encore été élevées. Chez une espèce américaine (Sizyra umbrata), on a constaté que, pour effectuer ses métamorphoses, la larve sort de l'eau ; mais eUe ne s'en éloigne pas et file dans le voisinage un cocon soyejjx. A l'intérieur de celui-ci, la larve se transff»rme en nymphe, s^ u /
puis, douze jours après, en imago. La ponte est inconnue.
La larve de VOsmyltts ma^ iiiUatus (fig. 126), décrite et figurée par Brauer *, en 1851j a, depuis lors, sur le dire de cet auteur, été considérée comme vivant dans l'eau.
C'est pour cela que je la mentionne, quoique, à mon idée, cette larve habite, non les ruisseaux eux-mêmes, mais leur rivage. C'est un insecte terrestre, aimant l'humidité, mais fuyant l'eau.
Le corps de cette l^rve a une forme ovale très allongée, presque fusiforme. Sa couleur générale est noire, faiblement jaunâtre; sa longueur est de 14 millimètres. La tête est petite; elle est pourvue de
deux crocs suceurs, formés par l'accolement de la mandibule et de la mâchoire. Eloignés à leur base, ils se prolongent en avant; en se rapprochant l'un de l'autre; en même temps, ils s'amincissent et se recourbent faiblement en
* Brauer, Verwandlungsgeschichte des Osmylus maculatus, ex. Archiv. fur Naturgeschichte 1851^pages 255-58.
Fig. 125. — Larve adulte de YOsmylus maculatus.
haut; ils ne peuvent s'écarter beaucoup l'un de l'autre. A leur base, on voit les palpes labiaux, qui ont quatre articles.
La tête est pourvue de deux antennes minces ; elles sont un peu moins longues que les crocs. A leur base, se trouvent les yeux ; chacun est composé de six ocelles.
Les segments thoraciques vont en s'élargissant. Ils sont pourvus d'une paire de pattes articulées, terminées par deux griffes ; entre celles-ci se trouve un appendice, conique, allongé, transparent, garni de poils et de crochets.
Les segments thoraciques sont suivis de neuf segments abdominaux, qui, eux, vont en diminuant de largeur ; les deux derniers, surtout le dernier, sont fort étroits. Les segments thoraciques et les segments abdominaux ont le même aspect ; leur face dorsale est garnie de petites verrues, surmontées d'un poil. Le dernier segment abdominal est terminé par deux prolongements cylindriques, divergents, garnis de crochets, et rétractiles. L'animal tient, en général, les deux derniers segments abdominaux recourbés sous Tabdomen, prêts à fonctionner. Il s'en sert, lorsqu'il marche, pour prendre un point d'appui et porter son corps en avant ; cela fait ressembler sa démarche à celle des larves des Hydropsychés.
Les larves de ces derniers insectes ont beaucoup d'analogie avec les larves de l'Osmylus, dans la conformation, le port et l'emploi de l'extrémité postérieure de leur corps.
On trouve les larves de l'Osmylus au bord des ruisseaux, principalement sous les pierres du rivage à moitié immergées. Elles sont très apathiques; quand on les découvre subitement, elles restent, pendant un long moment, immobiles, cramponnées à la pierre, comme frappées de stupeur. Si on les touche, ou si on les mouille, elles se mettent à marcher lentement, en avant ou à reculons.
Elles tiennent, en général, leur tête aplatie contre le sol. Pour se nourrir, elles harponnent, avec leurs crocs, les larves ou autres petits animaux qui passent à portée. Elles écartent ensuite un peu leurs crocs, pour les empêcher de ressortir, et, marchant à reculons, elles entraînent leur
proie sous la pierre qui leur sert d'abri; là, elles la sucent.
Brauer n'a pas parlé de l'appareil respiratoire; il est cependant intéressant. On constate, des deux côtés du corpsr neuf paires de stigmates, complètement à découvert ; chacun est placé au sommet d'un mamelon de couleur jaune. Ceux de la première paire sont situés, latéralement, sur le bourrelet qui se trouve entre le pro et le mésothorax. Les suivants sont situés, latéralement et antérieurement, sur la face dorsale des huit premiers segments abdominaux. Mais, au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'extrémité postériem-e du corps, de dorsaux qu'ils étaient, les stigmates deviennent de plus en plus franchement latéraux.
Lorsque le moment de la métamorphose approche, dit Brauer, ces larves se cachent sous les pierres du rivage et confectionnent sous celles-ci un cocon en soie, à l'intérieur duquel elles se transforment en nymphe. Les imagos apparaissent au commencement de mai.