CHAPITRE XXVII LES INSECTES (suite
Diptères (suite).
Larves acéphales.
Ces larves se transforment (sauf l'exception, déjà signalée, des Cécidomyes) en Diptères Brachocères; c'est-à-dire en Diptères dont l'aspect général se rapproche de celui de la mouche domestique. Le corps de ces insectes est, en général, épais et ramassé; la tête est grosse et les antennes n'ont que trois articles.
Les Syrphidés.
Les Syrphidés sont des Diptères de grande taille, aux ailes épaisses et aux couleurs vives. Leurs larves sont terrestres; seules celles des Eristales et des Hélophiles vivent dans l'eau. L'Eristale tenax ressemble à s'y méprendre à une abeille (sauf qu'il n'a que deux ailes).
Larves des Eristales et des Hélophiles. — Ces larves sont généralement connues des gens de la campagne sous le nom de vers à queue de rat (fig. 150). EUes vivent de
5 TTITTI
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préférence dans le limon des eaux sales, contenant beaucoup de matières organiques en décomposition.
Par leur aspect général et par leur taille, ces larves ressemblent à celles des Ptychoptères. Leur corps, comme celui de ces dernières, a la forme d'un gros boudin blanchâtre, prolongé postérieurement par un siphon respiratoire, en partie rétractile. Lorsqu'elle a atteint tout son développement, la larve de VEristcUe tenax, qui est une des plus communes, a une longueur de quatre centimètres, mesiurée de l'extrémité antérieure du corps à l'extrémité du siphon. Celui-ci, lorsqu'il est au maximum d'extension, représente les deux tiers de cette longueur.
Toutefois, le siphon respiratoire des larves des Eristales a une structure différente de celui des larves des Ptychoptères. H est composé de trois parties qui glissent les unes dans les autres comme le font les différentes parties d'une longue- vue. H résulte de cette disposition que la cupule respiratoire — comme c'est le cas pour l'oculaire de la longue-vue — se trouve toujours à l'extrémité du siphon, même quand celui-ci est rétracté.
Tandis que, quand les lai*ves des Ptychoptères rétractent le leur, la cupule respiratoire terminale est attirée dans l'intérieur du siphon, qui s'invagine en lui-même, comme le fait un doigt de gant qu'on retourne.
Les larves des Eristales diffèrent, en outre, de celles des Ptychoptères par l'absence, à la base du siphon, des deux prolongements ventraux, qu'on observe chez ces larves.
Fio. 150.
Larve adulte d'Eristale
L'extrémité antérieure du corps est obtuse et comme tronquée ; la bouche est située au fond d'une dépression. Elle aboutit à un pharynx, dont la structure est remarquable, mais assez compliquée à décrire. L'étude de cet organe exigeant une technique spéciale (coupes en série), nous ne le décrirons pas ici. Nous dirons seulement que son fonctionnement est à peu près semblable à celui de la bouche de la baleine. L'eau, qui y a pénétré, est refoulée à
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FiG. 151. — Oeuf et larve d'Ëristale, venant déclore.
travers une espèce de filtre et les particules seules, qui s'y trouvent en suspension, sont arrêtées et dirigées dans le canal digestif ^
La figure 151 représente une larve d'Ëristale, venant d*éclore. A leur naissance, ces larves — celles du moins que nous avons observées — possèdent une douzaine de trachéo-branchies rectales, rétractiles; mais, lorsque les larves sont plus âgées, ces organes disparaissent.
Lorsque le moment de la métamorphose approche, ces larves sortent de l'eau et se transforment en puparium. Celui-ci présente la particularité d'avoir, à la partie antérieure de la face dorsale, deux cornes divergentes assez
^Batelli (Bull. Soc. Entonï. Italia 1879 p. 77-130) a fait une étude spéciale, anatomique et histologique, de cette larve.
L AQUARIUM DE CHAUBRE
5 ITlTTt
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longues. Ce sont les organes respiratoires. Ces cornes n'apparaissent que quelque temps après que le puparium est formé et elles n'atteignent leur longueur définitive qu'au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures (fig. 152).
Les Muscidés.
Ces Diptères sont suffisamment connus par la mouche domestique pour que nous n'ayons pas besoin de les définir autrement. Les larves de plusieurs espèces de cette famille, appartenant à différents genres, vivent dans l'eau.
Anthomyiae. — Larve du Mêlafiochoelia riparia (fig. 153). — Cette larve est intéressante pour plusieurs raisons. Alors que les larves acéphales, pour la plupart, sont terrestres ou vivent dans le limon ou les tissus des plantes, celle-ci est franchement aquatique et se promène librement au milieu des algues ou dans la mousse submergée. Je l'ai trouvée fréquemment, en été et en autonme, toujours dans l'eau courante. Cependant, j'ai pu l'élever sans difficultés, en aquarium de chambre, mais seulement en automne. En été, elle périssait; je suppose par suite de la température trop élevée de l'eau.
Le corps de cette larve est opaque ; toutefois, lorsqu*on le comprime, il devient suffisamment transparent pour permettre d'observer la disposition des organes. Sa longueur est de 10 millimètres. Il est terminé à la partie pos-
FiG. 152.
Paparium d'Eristale.
LES IN8ECTES
térieure par quatre prolongements charnus, en forme de corne, recourbés en avant. Deux sont dirigés vers la face dorsale, et deux, vers la face ventrale. Ces derniers, couverts de petits crochets, sont rétractiles. Us constituent un appareil de fixation qui permet à la larve de rester accrochée aux plantes et de résister au courant.
Quand elle veut progresser, elle les rétracte dans son corps.
Lorsqu'on examine cette larve au microscope, la première chose qui attire l'attention, ce sont, à l'extrémité antérieure du corps, deux canaux, striés comme des trachées, dont le contenu, grumeleux, présente des mouvements alternatifs de va et vient. Us aboutissent, en arrière, à deux organes en forme de sac ; ce sont les glandes salivaires.
La bouche, qui est à la partie antérieure du corps, possède deux crochets qui se meuvent parallèlement l'un à l'autre. La larve les utilise, soit pour détacher les substances qui lui servent de nourriture, soit aussi pour s'accrocher et tirer son corps en avant.
Derrière ces crochets, aboutissent deux canaux: l'un, dont nous avons déjà parlé, a des parois rigides et striées; il bifurque assez vite et aboutit aux glandes salivaires; l'autre, placé un peu au-dessus, est mou ; c'est l'œsophage. Il est protégé, au début, par ime armure chitineuse. Il traverse ensuite un gros ganghon nerveux, puis immédiatement après, il présente une dilatation : le jabot. De celui-ci part l'intestin ; il se replie plusieurs fois sur luimême avant d'arriver à l'anus, qui est situé entre les
Fio.158.
Larve daMelanochoelia
riparia.
quatre prolongements charnus postérieurs. Au dernier tiers de l'intestin, est inséré un organe glandulaire, formé de quatre bandelettes assez longues, de couleur brune, repliées sur elles-mêmes ; ce sont les tubes de Malphighi.
Le système trachéen est clos. Des deux côtés du corps, il y a une grosse trachée qui envoie de fines ramifications à la peau et aux organes. En arrière, ces trachées aboutissent, à l'extrémité de chacune des cornes postérieures dorsales, à un stigmate imperforé, qui n'est indiqué que par une tache pigmentée. En avant, elles aboutissent, entre le premier et le deuxième segment, à un autre stigmate, aussi imperforé, transformé en crochet
On distingue facilement, sur l'animal vivant, un vaisseau pulsatile dorsal.
Cette larve vit bien en aquarium; mais elle bouge peu. Elle se tient de préférence cachée dans la mousse. Si on lui procure des feuilles pourries, elle s*insinue sous Tépidenne et mange le parenchyme.
Lorsque le moment de la transformation approche, la larve se tient immobile. Elle augmente de volume, particulièrement à l'extrémité antérieure ; celle-ci, primitivement allongée et pointue, devient obtuse. C'est elle qui durcit et s'opacifie en premier ; tandis que la partie postérieure du corps demeure encore un certain temps suffisamment transparente pour que l'on puisse y voir les pulsations du vaisseau dorsal et les mouvements de l'intestin.
Ensuite, petit à petit, tout le corps devient rigide et opaque ; il prend la forme définitive du puparium (fig. 154). Celui-ci est d'abord blanc; mais, assez rapidement, il devient jaune, puis noirâtre. Il reste accroché dans les végétaux, ou gît au fond de l'eau, pendant quelques jours ; puis il se remplit d'air (conunent?; c'est ce que l'on ignore) et vient flotter à la surface de l'eau. C'est là que l'éclosion a lieu.
J'ai obtenu, en aquarium, cinq à six éclosions ; elles ont toutes eu lieu de jour; comme c'est, du reste, en géBéra), le cas pour les Muscidés.
Je n'ai, cependant, eu qu'une fois la chance d'assister à la sortie de la mouche ; ou, du moins, la chance de voir rinsecte au moment où il venait de quitter le puparium.
L'événement doit se produire avec une grande rapidité ; car j'aperçus la mouche, les ailes encore toutes chiffonnées, marchant sur l'eau, à côté du puparium vide, alors que, quelques minutes auparavant, j'avais examiné celui-ci, sans rien remarquer d'anormal.
Le puparium, au moment de l'éclosion, se fend à la partie antérieure, suivant une ligne qui, sur la figure 154, partagerait les deux premiers segments parallèlement au plan du papier. Souvent, pendant que la mouche sort, une ou les deux lèvres de la fente se cassent et tombent. Le puparium, vide, se trouve, alors, tronqué, à son extrémité antérieure.
Pour sortir du puparium, la mouche gonfle la partie antérieure de sa tête, au point de la faire tripler de volume et, une fois le puparium entr'ouvert, elle insinue sa tête entre les deux lèvres de la fente et les écarte par le même procédé. Ce phénomène du gonflement de la tête est très facile à observer, non pas lorsque la mouche se trouve dans le puparium, mais immédiatement après l'éclosion.
Si l'on met une mouche — qui, venant d'éclore, n'a pas encore ses ailes dépliées — dans une cellule en verre pour préparations microscopiques et qu'on recouvre celle-ci d'une mince lamelle, on verra la mouche essayer de repousser cet obstacle qui la gêne. Et, pour cela, elle emploie le seul procédé qui soit en son
FiG. 154.
Puparium du Melano-
choelia riparia.
pouvoir — qui soit en son instinct, devrais-je dire. Elle pousse de la tête^ tout en gonflant et dégonflant alternativement celle-ci (fig. 166).
Une fois hors du puparium, la mouche marche sur l'eau et gagne un corps quelconque, sur lequel elle attend que
ses ailes se déplient. La ^-^ chose se fait très rapi-
dement. Ainsi que je l'ai observé ime fois, la mouche peut s'envoler, ><__ y^. ; "T?r une demi-heure, à peine,
après son éclosion.
Ephydrinae. — La larve de VHydreUia modesta (fig. 156) est parfois fort commune sur les feuilles du Potamogeton, surtout dans les marais et les eaux stagnantes. Le Diptère déatteignent la surface et
Fio. 155.
pose ses œufs sur les feuilles qui flottent sur celle-ci.
Ces œufs sont fusiformes, de couleur blanchâtre ; leur longueur atteint 1/2 millimètre. Leur coque présente des crêtes et des sillons, dirigés dans le grand axe de l'œuf et, souvent, réunis transversalement les uns aux autres.
Les larves qui sortent de ces œufe sont apodes, cylindriques, vermiformes. A leur naissance, elles possèdent, à la face ventrale du corps, neuf mamelons, ou bourrelets, transversaux, qui leur servent pour cheminer sur la surface des feuilles. Mais, au bout de peu de temps, les larves s'insinuent sous Fépiderme de la feuille ; ces bourrelets s'atténuent alors et disparaissent.
Le corps de ces larves est transparent ; il est de couleur blanc-jaunâtre; il atteint une longueur de 6 à 6 millimètres, n est terminé en pointe à l'extrémité antérieure ; mais
Textrémité postérieure, elle, est moins effilée et est pourvue de deux crochets terminaux.
La bouche est à l'extrémité antérieure ; les pièces buccales sont réduites à un simple crochet qui sert à la larve soit à détacher les particules végétales dont elle se nour-
FiQ. 166. — Ponte, œuf et larve de VHydrellia modesta.
rit, soit à s'accrocher pour se tirer en avant et progresser, n n'y a pas d'yeux.
Le système trachéen est clos. Deux gros troncs parcourent le corps dans toute sa longueur, distribuant de fines ramifications à la peau et aux organes. En arrière, ils aboutissent aux crochets déjà signalés ; en avant, vers la tête,
ils se terminent en cul-de-sac et par beaucoup de ramifications trachéennes.
Ces larves vivent sous Tépiderme des feuilles du Potamogeton. Elles décollent celui-ci, au fur et à mesure qu'elles
FiG. 157.
A. Puparium d Hydrellia modesta, va de dos, pendant qu'il se constitue. On constate que le corps de la larve loccupe presque en entier. Les trachées sont nettement visibles et elles sont toujours en relation avec les crochets terminaux. La région plus claire au milieu du dos est le vaisseau dorsal qu'on voit toujours puiser. Enfin on constate que la partie antéro-dorsale tend à s'aplatir. C'est cette région qui, plus tard, se détachera pour laisser sortir le diptère.
B. Le même puparium, vu par la face ventrale vingt-quatre heures plus tard. On constate que le corps de la larve s'est rétracté, a diminué de volume et se concentre vers la région antérieure. Les troncs trachéens ne sont plus visibles. Le puparium tout entier est rempli d'air, n conserve encore l'aspect général de la larve ; on voit, en avant, sous forme de cicatrice, la bouche et, en arrière, l'anus avec les deux crochets terminaux.
avancent, et creusent une galerie, en minant le parenchyme de la feuille, au moyen de leur crochet buccal. Elles n'avancent que fort lentement.
Au bout de quelque temps, elles se fixent au fond de
leur galerie, au moyen de leurs crochets postérieurs et se .transforment en puparium. Les parois de celui-ci étant transparentes, on peut observer ce qui se passe à l'intérieur.
Pendant les premières heures qui suivent cette transformation, on voit encore puiser le vaisseau dorsal et le puparium paraît plein. Mais, au bout de 24 heures environ, on constate que celui-ci change de couleur, par le fait qu'il s'est rempli d'air et que le corps de la larve n'en occupe plus que la partie antérieure (fig. 157).
Quand l'imago est formé, on le distingue fort bien, et, souvent, on voit bouger ses membres ou ses antennes.
Lorsque le moment de Téclosion est venu, la partie aplatie dorso-antérieure du puparium se détache et tombe ; la mouche s'échappe par cette ouverture. Elle sort en conservant autour de son corps une partie de l'air qui remplissait le puparium. Grâce à cet air, qui l'allège et le protège, l'insecte s'élève comme une bouée; il atteint la surface de l'eau sur laquelle il se trouve posé, en ayant le corps sec. Il peut s'envoler aussitôt \
Les larves de l'Hydrellia modesta sont très souvent infestées par un Hyménoptère de la tribu des Braconides. Mais l'œuf de celui-ci n'éclôt, et la larve parasite ne se développe; que lorsque la larve de l'Hydrellia s'est transformée en puparium. (Voir plus loin, chapitre XXIX.)
Ces parasites sont à tel point fréquents que, souvent, sur 10 ou 20 larves d'Hydrellia que Ton élève, on n'obtient que des Hyménoptères.
Il existe encore d'autres Hydrellias dont les larves ont des mœurs semblables.
La larve de VHydrellia alhicolUs vit dans le parenchyme des Lèmnas.
Celle de VHydrellia albifrons se trouve sous l'épidémie des tiges de l'Alisma plantago.
* Ce diptère a été déterminé par le diplérologue Prof. P. Stein, à Treptow a/R.
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La larve de VEphydra hrevipennis (fig. 158) vit sur les plantes aquatiques. Elle a été décrite et figurée par Gerte^ en 1883 (Verhand. des Vereins fur Naturw. Unterh^tung. Hambourg).
D'après cet auteur^ cette larve possédera la face ventrale de l'abdomen, une sorte de protubérance particulière,
pourvue d'un muscle spécial. Quand le moment de la métamorphose approche, la larve saisit et entoure avec ce mamelon la
FiG. 158. — Larve de YEïOiydra brevipennis, *îg® ^'un végétal;
d'après Uerke. puis elle se traos-
form en puparimn.
Lorsque les téguments durcissent, le puparium se trouve fixé.
Cordylurinae. — La larve de VHydromyxa Uveus a été décrite et figurée par Gerke en 1878 (Verhand. des Vereins fur Naturw. Unterhaltung. Hambourg).
Cette larve vit dans le parenchyme des feuilles du Nénuphar, dans lequel elle creuse des galeries. Elle a le même aspect et le même genre de vie que la larve de l'Hydrellia modesta, que nous venons de décrire.
Je n'ai, du reste, jamais observé cette larve, pas plus que celle de l'Ephydra.
Sciomyzinae, — On ne connaît que deux genres, parmi ces Diptères, dont les représentants ont des larves aquatiques. Ce sont les genres Sepedon et Tetanocera.
Les larves de ces Diptères ont ceci de particulier que l'extrémité antérieure de leur corps est semblable à celle des larves des Muscidés; tandis que l'extrémité postérieure se rapproche beaucoup de celle des larves des Tipulidés.
Larves des Sepedons (fig. 169). — On trouve ces larves,
flottant sur Feau ou accrochées parmi les végétaux sub« marges, dans les petits marais herbeux et sur les bords des ruisseaux à courant lent.
Le corps de ces larves (on connaît celles de trois espèces) atteint une longueur de onze à douze millimètres.
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Fia. 160. — Larve de Sepedon sp.
Ces larves sont apathiques; elles bougent peu. Cependant, en captivité, elles sortent, parfois, de l'eau et grimpent contre les végétaux ou les parois du bocal ; elles pénètrent aussi au sein de l'eau, en s'accrochant aux plantes.
J'ai observé que, souvent, leur tube digestif contient
Fio. 160. — Paparium de Sepedon.
une grosse bulle d'air. Cet air a, probablement, été dégluti intentionnellement; il contribue à faire flotter le corps.
Les larves des Sepedons présentent dans leur manière de nager une particularité biologique intéressante. Lorsqu'elle flotte à la surface et qu'elle veut avancer rapide-
ment, la larve replie Textrémité postérieure de son corps contre la face dorsale de celui-ci ; puis, étendant brusquement cette extrémité, elle en frappe l'eau ^ Ces larves se transforment en pupariums sans sortir de Teau ; ceux-ci ont un aspect très parti- ^ ' wim.'. culier,ils ressemblent plus à une
graine qu'à une chrysalide (lig. 160).
Ils ont la forme d'im boudin court et gros, dont les deux extrémités sont amincies; leur longueur atteint 7,5 millimètres. L'extrémité postérieure est recourbée vers la face dorsale ; elle possède deux stigmates, chacun situé sur un petit mamelon.
Chacun de ces stigmates est entouré d'une couronne de poils qui, lorsque le puparium flotte, forment deux cupules hydrofuges qui adhèrent à la surface.
Lorsque le puparium est hors de l'eau, ces poils s'appliquent contre les mamelons et ne sont pas apparents.
J'ai récolté les pupariums de ce Diptère, pendant le mois de juin, dans les mêmes conditions que les larves, et j'ai obtenu des imagos.
Les larves des Tetanocera (fig. 161), ressemblent à celles des Sepedons et se trouvent dans les mêmeîs conditions que celles-ci. Elles sont généralement de plus petite taille et les prolongements ventraux du dernier segment sont plus courts.
Ces larves sortent de l'eau pour se métamorphoser. On trouve souvent les pupariums dans la
1 Certaines larves de Tabanidés et de Tipulidés emploient le même procédé.
um^
Fig. 161.
Larve "de Tetanocera sp,
mousse du rivage. Ils ressemblent beaucoup à ceux des Sepedons ; toutefois ils sont plus petits et moins recourbés. En outre, ces pupariums ne flottant pas, les orifices stigmatiques postérieurs ne sont pas entourés d'une couronne de poils.
Les Empidés.
Ces Diptères, par leur aspect général, sont intermédiaires entre les Muscidés et les Culicidés. Les représentants de plusieurs genres de cette famille ont des larves aquatiques.
Larve de VHemerodromia praecatoria. Fall. (fig. 162). — J'ai trouvé cette larve, plusieurs fois, pendant les mois de février et de mars, dans le limon de petits ruisseaux.
iiriTTi.
Fig. 162. — Larve de l Hemerodromia praecatoria.
Son corps, à peu près transparent, atteint une longueur de six millimètres. D est effilé en avant ; mais il est, au contraire, arrondi et comme tronqué à l'extrémité postérieure. Il possède, à la face ventrale, sept paires de fausses pattes, rétractiles dans le corps et garnies de crochets. Cette disposition permet à la larve de circuler dans le limon, en fouissant comme une taupe.
Le système trachéen est clos. Les deux troncs latéraux se terminent, aux deux extrémités du corps, non pas à des stigmates imperforés, mais par un bouquet de fines trachées.
Une de ces larves a effectué ses métamorphoses, en captivité, au mOieu du mois d'avril. Elle ne s'est pas transformée en puparium ; elle a mué. Elle abandonna sa
388 l'aquarium de chabibre
peau larvaire et apparut sous la forme d'une nymphe très bizarre.
Cette nymphe est pourvue, de chaque côté, de huit longs tubes, sortes d'appendices filiformes, plus ou moins rigides et contournés. Leur longueur atteint les deux tiers de celle du corps de la nymphe ; ce sont, probablement, des trachéO'branchies.
Ces appendices sont insérés sur les côtés de l'abdomen; seuls, ceux de la première paire sont fixés au prothorax.
L'état de nymphe dura deux semaine^ \
Les CUnocera sont voisins des Hémérodromia. Leur larve vit dans les mêmes conditions, elle a les mêmes
Fio. 168. — Larve de CUnocera, d'après Miall.
mœurs et ressemble à celle que nous venons de décrire; mais, en plus des sept paires de faux pieds ventraux, il y en a une huitième paire, placée à l'extrémité postérieure du corps (fig. 163).
Les Tahanidés.
Les Tabanidés ou Taons sont de gros Diptères, à corps un peu déprimé. Ils sont suffisamment connus du public pour que nous n'ayons pas besoin de les caractériser davantage.
Leurs larves sont, en général, terrestres. Cependant, quelques-unes sont amphibies; elles vivent dans les dé-
* Le Diptère a été déterminé par le diptérologae Professeur Bezzi.
tritus OU la mousse des rivages, mais ^^
elles ne craignent pas, à l'occasion, ^
d'entrer dans l'eau. Elles y nagent / ^
même, au besoin, en frappant l'eau \
avec l'extrémité postérieure de leur (^^ \
corps, conune le font les larves des / . j
Sepedons.
Comme ces larves peuvent vivre dans l'aquarium — surtout s'il y a quelque corps émergeant, recouvert de mousse — nous en dirons quelques s, —
mots. \ ■''■ '■''"''^'^
Les larves des Tabanidés sont assez j. j
uniformes» Leur corps, d'aspect vitreux, est cylindrique, fusiforme, effilé, surtout à l'extrémité antérieure (fig. 164).
La tête est rétractile ; elle est suivie de trois segments thoraciques et de huit segments abdominaux. Chaque segment abdominal a, près de son bord antérieur, un bourrelet, plus ou moins marqué, qui fait le tour du corps. Sur ce bourrelet se trouvent huit tubercules, ou faux pieds. Il y en a quatre à la face ventrale, un de chaque côté et deux sur la face dorsale. Toutefois, le dernier segment n'a pas toujours des tubercules.
L'anus est situé à la face ventrale de ce dernier segment; à la face dorsale de celui-ci, il y a un court prolongement subconîque, rétractile, avec un stigmate à l'extrémité; c'est là qu'aboutissent les deux troncs trachéens.
Ces larves sont actives et carnassières. Elles se nourrissent de petits mollusques et, surtout, de larves de Tipulidés.
mi
Fio.
Larve de Tabanus sp.
Lorsqu'elles sont jeunes, les larves des Tabanidés sont de couleur blanchâtre ; mais, une fois adultes, elles sont marquées latéralement, et annelées, en foncé ou en noir.
Ces larves sortent de l'eau pour se métamorphoser; elles hivernent.
J'ai trouvé, fréquemment, pendant l'été, dans la mousse submergée, au bord des ruisseaux, des larves de Tabanidés qui atteignaient une longueur de 2,5 centimètres (fig. 164).
Les Stratiomydés.
Ces Diptères sont caractérisés par un abdomen élargi latéralement; les ailes reposent à plat sur sa face dorsale et n'arrivent pas à le cacher complètement.
On trouve leurs larves, pendant toute l'année, dans les eaux stagnantes. Elles ont une forme assez caractéristique. Leur corps est fusiforme, allongé, aplati; il est dépourvu de membres. Il est opaque, de couleur généralement foncée, souvent avec des taches ou des marbrures (fig. 166 et 166j.
La tête est rudimentaire. La bouche est pourvue d'une paire d'organes dentés, ciliés, que la larve fait continuellement sortir et rentrer. Ils se meuvent parallèlement l'un à l'autre, dans le sens de Taxe du corps. La larve s'en sert pour fouiller les détritus à la recherche des particules végétales qui constituent sa nourriture; mais elle les utilLse aussi pour progresser, s'en servant comme d'un crochet pour se tirer en avant.
L'extrémité postérieure du corps possède un organe remarquable. C'est une sorte de rosette, formée de soies fines et dentelées. Lorsqu'elle est ouverte, à la surface de l'eau, sa face inférieure, en contact avec l'eau, se comporte comme un corps mouillable et adhère à la surface; tandis que la face supérieure — en contact avec l'air — se comporte comme un corps hydrofuge (voir chapitre HE).
L'eau, donc, ne pouvant l'envahir, se déprime tout
autour et tend à l'attirer en haut. La larve reste suspendue à la surface, par sa rosette, et, les stigmates se trouvant au centre de celle-ci, elle peut respirer tranquillement. Lorsque la larve veut pénétrer au sein de Teau, elle doit
I lun-
Tî
FiG. 165.
Larve de Stratiomydé sn .
Fio. 166.
Larve de Stratiomydé sp.
faire im effort — soit en nageant (?) soit, le plus souvent, en s'accrochant à un corps quelconque — effort suffisant pour contrebalancer la force capillaire qui la retient.
Au fur et à mesure que le corps de la larve s'enfonce dans Teau, la rosette tend à se fermer ; lorsque tout contact
Fio. 167. — Puparium de Stratiomydé (yemoteltcs nigrinusîj. a. Puparium, vu par la face dorsale. — b. Partie antérieure du puparium, après l'éclosion, vue par la face dorsale. On voit la fente en forme de T par laquelle le Diptère est sorti. — c. Puparium ouvert, vu par la face ventrale; à lintérieur, la nymphe du Diptère.
avec Tatmosphère cesse, elle se ferme complètement Mais les poils, en se repliant, retiennent et emprisonnent une petite quantité d'air. La rosette prend alors vaguement la forme d'une poire ; son extrémité supérieure — constituée par l'extrémité des poils, accolés — forme une pointe.
Lorsque la larve remonte à la surface, celle-ci est abordée par cette pointe. Les poils qui la constituent ~ subissant sur leur face externe, mouillée, l'attraction capillaire — s'écartent, s'appliquent contre la surface de l'eau et la rosette tout entière s'ouvre et flotte comme nous l'avons indiqué.
L'anus est situé à la face ventrale, un peu en avant de la rosette.
Ces larves sortent de l'eau, en général, pour effectuer leurs métamorphoses; celles de quelques espèces, cependant, restent dans ce milieu. La peau de la larve durcit et se transforme en puparium; mais la nymphe n'occupe dans celui-ci qu'une petite place, à la région antérieure; le reste est rempli d'air (fig. 167).
Chez les espèces dont les larves ne quittent pas l'eau, le puparium flotte à la surface et, sauf sa nature cornée^ il ressemble à une larve morte; sa couleur est cependant plus claire.
C*est principalement pendant le mois de juin qu'on trouve ces pupariums flottant sur l'eau. Au moment de Téclosion, ils se fendent longitudinalement et transversalement à la face dorsale des premiers segments.
Parmi les Stratiomydés, les représentants des genres: Sratiomys, Odontomya et Némotelus ont des larves aquatiques. Celles-ci ont beaucoup de ressemblance entre elles ; elles ne se distinguent les unes des autres que par des caractères peu apparents.
Les Cécidomyes,
Les Cécidomyes sont des Diptères dont des larves vivent dans les tissus des végétaux; elles y déterminent, souvent, la formation d'excroissances particulières, appelées galles.
Dans notre tableau des Diptères, dont les larves sont, aquatiques, nous avons mentionné les Cécidomyes. Il n'y a cependant pas, à proprement parler, de larves de Céci-
domyes « aquatiques ». Mais les larves de certains de ces Diptères vivent dans les tissus de plantes aquatiques, souvent au-dessous du niveau de l'eau.
Nous n'avons, en général, pas parlé, dans ce livre, des larves qui vivent dans ces conditions-là, ne les considérant pas comme étant réellement « aquatiques » (chenilles scirpophages, larves de certains Curculionidés).
Si nous faisons une exception pour les larves des Cecidomyes, c'est à cause du fait que les galles, produites par les larves en question, sont situées, quelquefois, au-dessous du niveau de l'eau et peuvent être confondues avec les coques d'autres insectes aquatiques.
n n'y a, du reste, que fort peu de Cécidomyes dont les larves vivent dans ces conditions. L'espèce la plus commune — dont nous avons fréquemment trouvé les galles — appartient au genre Hormomya.
Lorsqu'on examine, à la fin de l'été, les Carex qui croissent au bord des ruisseaux, on aperçoit, parfois, à la base de quelques-imes de leurs feuilles, tout près du collet de la plante, des excroissances verdâtres, qui ont la dimension, et vaguement la forme, d'un grain de mil. Ces excroissances sont faiblement recourbées; elles n'adhèrent à la plante que par l'extrémité supérieure. Si l'on ouvre une de ces galles, on constate, à l'intérieur, une cavité oblongue dans laquelle se trouve une petite larve, dodue, de couleur blanchâtre ou rosée.
Lorsque, à la suite des pluies d'automne, le niveau de l'eau s'élève, toutes ces galles sont submergées. La larve passe donc l'hiver au-dessous du niyeau de l'eau, mais à l'intérieur d'une galle.
Au printemps, vers le mois de mai, lorsque le niveau de l'eau s'abaisse, on retrouve, fixées aux feuilles jaunies de l'année précédente, les mêmes galles, qui sont alors d'une couleur blanchâtre. Leur consistance est dure, sauf à l'extrémité supérieure, où une simple membrane clôt la cavité.
A ce moment de l'année, la galle contient une nymphe
de couleur brique. Celle-ci, lorsque le moment de la transformation arrive, rampe à l'intérieur de la galle, perfore la membrane et sort, par cette ouverture, la moitié antérieure de son corps. La peau se fend alors, au thorax, sur le dos, et le Diptère s'en dégage.
La dépouille nymphale reste accrochée dans l'ouverture, à moitié hors de la galle.
Le Diptère ne peut donc s'échapper que lorsque, l'eau ayant baissé, la galle se trouve à sec. Si l'on maintient les galles dans l'eau, on voit, quelquefois, la nymphe en sortir à moitié ; mais elle meurt sans pouvoir se transformer.
Souvent, on voit sortir de la galle — au lieu de l'Hormomya attendu — une quantité d'Hyménoptères parasites (Chalcidiens?).