CHAPITRE XXIX LES INSECTES {Suite
Hyménoptères et Thysanoures.
Les Hyménoptères.
Ces Insectes, jusqu'à ces derniers temps, n'étaient pas considérés comme ayant des mœurs aquatiques et, de fait, à l'état d'imago, aucun d'eux ne vit dans l'eau — sauf, peut-être, Prestwichia.
Mais il y a des Hyménoptères qui, à l'état d'imago, excursionnent dans l'eau et qui peuvent y séjourner un temps relativement long. Ils entrent dans cet élément, probablement dans le but d'y chercher des oeufs ou des larves, pour y déposer leurs propres œufs.
En revanche, plusieurs y passent toute leur vie larvaire, à l'état de parasite; ils y effectuent leurs métamorphoses et ils ne sortent de l'eau qu'à l'état d'imago.
Comme nous pouvons en trouver dans le produit de nos pêches ou qu'il peut en apparaître inopinément dans notre aquarium — pour peu que nous y ayons déposé la ponte d'un insecte aquatique, dont les œufs se trouvaient infestés — je vais donner quelques renseignements sur quelquesuns d'entre eux.
h'Agriotypus armatus fut le premier Uyménoptère signalé comme ayant des mœurs amphibies. On le trouve, un peu partout, dans l'Europe centrale.
En 1869, Siebold observa que la larve de TAgriotypus était parasite des nymphes de certains Phryganidés. On
face ventrale
face dorsale
Fia. 169. — Larve de VAgriotypus arm<Uus.
admet donc que la femelle pénètre dans l'eau pour pondre. Mais Fœuf de l'Hyménoptère n'éclôt que lorsque la larve de la Phrygane s'est enfermée dans son étui, pour y effectuer ses métamorphoses. La larve de l'Agriotypus dévore alors la larve de Phrygane et se transforme en nymphe. C'est
dans cet état, dit-on, qu'elle passe l'hiver, elle ne se transformerait en imago que le printemps suivant.
J'ai récolté, pendant les mois d'août et de septembre, des étuis de Phryganidés (Silo?) contenant des larves d'Agriotypus et voici ce que j'ai observé :
Au commencement d'août, on trouve dans les étuis de petites larves; puis, au milieu du mois, on trouve des larves déjà grandes et bien développées (fig. 169); dès les premiers jours de septembre, les larves sont transformées en nymphes. A partir du mois d'octobre, les étuis contiennent des imagos complètement développés, mais immobiles.
Fig. 170. — Etui de nymphe de Phryganidé, parasité par l'Agriotypus.
Si l'on sort délicatement de son étui un de ceux-ci, il se met à bouger, à étendre ses pattes, à lisser ses ailes puis à marcher. Et il peut vivre plusieurs jours.
Ayant conservé quelques étuis de Phryganidés dont la larve avait été infestée par l'Agriotypus, j'en ai ouvert, à six semaines d'intervalle environ, pendant le cours de l'hiver; j'ai toujours trouvé à l'intérieur des imagos qui étaient dans l'état indiqué ci-dessus. Mais, dès la fin du mois de mars, les imagos bougeaient dans l'étui.
Je suppose donc que, dans la nature, l'Agriotypus passe la mauvaise saison, non pas à l'état de nymphe, mais sous forme d'imago, en état de torpeur. Ce n'est qu'au printemps, lorsque l'eau se réchauffe, que l'insecte s'éveille et quitte sa prison.
Les étuis de Phryganidés dont les larves ont été para-
sitées par F Agriotypus sont facilement reconnaissables ; ils sont pourvus, à Textrémité antérieure, d'un prolongement papyracé, en forme de lanière, long de 15 à 20 nmi. — parfois, il peut atteindre une longueur de 36 mm. (fig. 170). On ne sait à quoi il sert et on ignore qui l'a fabriqué.
En 1863, Lubbock décrivit le Polynema natans. C'est, de tous les Hyménoptères dits « aquatiques », celui qu'on trouve le plus souvent cité et figuré dans les livres; cependant, il n'a été que rarement observé et il est mal connu.
Je n'ai jamais rencontré le Polynema natans; mais j'ai observé une espèce voisine, parasite des Agrionides, dont on trouve les représentants, souvent en grande quantité.
C'est un Hyménoptère microscopique, tout juste visible à l'œil nu ; il appartient au genre Anagrus.
Il a, de même que Polynema, les ailes pourvues de longs cils ; mais l'abdomen est sessile et non pédicule, comme c'est le cas chez ce dernier Hyménoptère.
Je ne l'ai jamais vu nager en se servant de ses ailes, ainsi que le fait Polynema, à ce que dit Lubbock. Mais il naît dans l'eau et il peut y vivre quelques heures. Il gagne ensuite la surface, en marchant contre les végétaux ; il grimpe sur un corps qui émerge et s'envole. Souvent aussi, on le voit voleter ou marcher sur la surface de l'eau.
Si nous déposons dans l'aquarium un fragment de feuille de Nénuphar ayant des œufs d'Agrionides \ nous aurons bien des chances de voir apparaître quelques-unes de ces minuscules petites guêpes. On peut, parfois, les observer dans l'eau, lorsqu'elles marchent contre la face inférieure de la feuille; mais, le plus souvent, on les verra, posées sur la feuille, hors de l'eau.
lOn trouve les œufs des Agrionides, à la fin de Tété, fichés dans le parenchyme, à la face inférieure des feuiUes du Nénuphar. Ils apparaissent comme de petits traits brun-pougeâtres, longs tout au plus d'un millimètre, rangés en séries parallèles (voir chapitre XXIII). Il faut toujours, quand on veut conserver un fragment de feuille de Nénuphar, le prendre le plus grand possible, parce que, s'il est de trop petite dimension, il pourrit et les œufs, fichés dans ses tissus, meurent.
Lubbock observa encore et décrivit un autre minuscule Hyménoptère : Frestwichia aquatica (fig. 171).
De tous les Hyménoptères qui ont été trouvés dans Teau, Prestwichia est celui dont les mœurs sont le plus franchement aquatiques et qui, de ce fait, a subi le plus de modifications.
Fig. 171. — Prestwichia aquatica Ç .
Le mâle est privé d'ailes; la femelle en a, mais elles sont petites et comme atrophiées (fig. 171).
Prestwichia n'a, je crois, jamais été observé hors de l'eau. En revanche, il peut demeurer des jours entiers dans cet élément ; Heymons l'y a vu rester cinq jours de suite. Il nage au moyen de ses pattes, qui sont longues, mais qui
n'ont pas subi de modifications en vue de cette fonction ; ou bien, il marche contre les végétaux submergés.
Cet Hyménoptère n'a, depuis Lubbock, été revu que par peu de naturalistes et toujours pendant les mois de juillet et d'août. Sa biologie est mal connue ; toutefois on sait qu'il se développe aux dépens des œufs de Ranâtre, de Dytique et d'Aphelocheirus. D'un seul de ces œufs peuvent sortir plusieurs Hyménoptères.
Ces dernières années, depuis que l'attention des naturalistes a été attirée sur ce sujet, on a signalé plusieurs
Fio. 172. — Diapria (?) nageant au sein de l'eau.
Pour avoir plus de clarté, nous n'avons représenté, sur la figure, que les
membres du côté droit de Tinsecte.
Hyménoptères à mœurs amphibies. Il est probable qu'il en existe beaucoup ; mais c'est un chapitre de l'entomologie encore tout nouveau et dont la systématique est extrêmement ardue.
La taille de ces Hyménoptères est, en général, supérieure à celle de Polynema, d'Anagrus ou de Prestwichia; le corps de plusieurs d'entre eux atteint une longueur de 2 à 2,6 mm.
Je ne signalerai que deux de ces insectes.
L'un est intéressant parce que, de tous les Hyménoptères amphibies que j'ai eu l'occasion d'observer, c'est celui qui nage le mieux; l'autre, de taille assez considérable, est
commun et est facile à élever; ses mœurs aquatiques n'étaient pas encore connues.
Le premier appartient au genre Diapria. J'en ai trouvé plusieurs exemplaires, mâles et femelles, au mois de juillet, en explorant, avec un filet fin, une mare à peu près desséchée, dont le fond était abondamment garni de végétation.
J'ai conservé ces Hyménoptères, dans Teau, pendant plusieurs heures. L'un d'eux resta même immergé pendant vingt-quatre heures consécutives. Tantôt ils nageaient, très gracieusement, avec leurs pattes postérieures, pourvues de cils natatoires (fig. 172) ; tantôt ils marchaient au fond de l'eau ou se tenaient cachés parmi les plantes submergées.
Fig. 173. - Pupariam de VHydrellia modesta, à l'intérieur duquel on voit un Braconidé presque entièrement développé.
Ils sortirent ensuite de l'eau et vécurent encore quelques jours, pendant lesquels je les vis se promener sur la surface ou voleter contre le couvercle de l'aquarium ; puis ils périrent. Le corps de ces insectes, non compris les antennes, est long de 2 mm.; les antennes, elles, ont environ 1,5 à 2 mm.
Le second de ces Hyménoptères rentre dans la tribu des Braconidés ; sa larve vit au dépens de celle d'un Diptère, l'Hydrellia modesta (voir chapitre XXVH).
L'Hydrellia pond sur les feuilles du Potamogeton, lorsqu'elles surnagent, et ses larves vivent sous l'épiderme de la feuille. L'Hyménoptère dépose son œuf dans ces larves, mais celui-ci n'éclôt et sa larve ne se développe que
lorsque celle de THydrellia s'est transformée en puparîum.
On trouve communément ces pupariums, du printemps à l'automne, sous Tépiderme des feuilles du Potamogeton. Leur longueur atteint 3 à 3,6 mm. Ils sont de couleur jaunebrunâtre ; mais leurs parois sont transparentes. Lorsqu'ils contiennent un Hyménoptère, on voit celui-ci bouger dans l'intérieur (fig. 173). Quand l'Hyménoptère a achevé son développement, il perce la paroi, en la rongeant, et sort ; il conserve adhérant à son corps une partie de Tair qui était contenu dans le puparium. Grâce à cet air, il s'élève comme une bouée et atteint la surface de l'eau, sur laquelle il se trouve posé et sec (cas des corps non mouillables). H s'envole aussitôt.
Cet Hyménoptère ne passe donc sous l'eau que son état larvaire et il le passe même, si je puis m'exprimer ainsi, non pas dans l'eau, mais dans ime caissette remplie d'air (le puparium) . En effet, dans les vingt-quatre heures qui suivent le moment où la lann« de l'Hydrellia s'est transformée en puparium, celui-ci se remplit d'air, et c'est seulement alors que l'œuf de l'Hyménoptère éclôt.
Les Thysanoures.
Les Thysanoures constituent une petite famille aberrante qu'on ne sait trop où classer. Ce sont des Insectes de très petite taille qui sont privés d'ailes, pendant toute leur vie. Us présentent donc la particularité de ne pas avoir de formes larvaires, ni de métamorphoses, puisqu'ils ont d'emblée leur forme définitive. Ils muent fréquemment et, chaque fois, augmentent de taille.
Les Thysanoures sont répartis en trois familles: les Campodeidés, les Poduridés et les Lépismidés. Nous n'aurons à nous occuper ici que des Poduridés,
Environ septante à quatre-vingt espèces de cette famille habitent notre pays. Ce sont des animaux peu connus, qui vivent cachés dans les endroits obscurs et humides } on les
trouve dans les caves, dans les détritus au bord des eaux, sur la végétation des rivages, quelquefois sur la terre humide ou la neige fondante, et même dans les crevasses des glaciers. Quelques-uns d'entre eux, appartenant à sept ou huit espèces, sont dits « aquatiques », quoiqu'ils ne soient aucunement organisés pour vivre dans l'eau et qu'Us ne diffèrent en rien des espèces terrestres. Mais ils aiment à se promener sur la surface de l'eau; certains peuvent y demeurer indéfiniment, sans en être incommodés. Ces espèces, à mœurs aquatiques, appartiennent aux trois genres : Podura, Isotoma et Sminthurus.
Mais, de tous ces animaux, le plus commun, le plus connu, et, en même temps le plus aquatique et le plus facile à conserver en aquarium, c'est Podura aquatica. C'est donc de cet insecte que nous nous occuperons plus particulièrement.
Podura aquatica est un petit animal, court et trapu, dont le corps atteint ime longueur d'environ 1,5 millimètre (fig. 174). Sa couleur générale est noire ; mais les pattes et les antennes sont teintées de brun-rosé. La peau est molle; elle présente de nombreuses rides, transversales sur le dos, longitudinales sur les côtés; elle est en entier revêtue de poils hydrofuges espacés. L'animal est donc « non mouillable ».
Lorsqu'il est posé sur la surface de l'eau, aucune région de son corps n'y adhère, cela lui permet une très grande mobilité. D'autre part, sa taille est si petite et son poids si faible, que la surface ne fléchit pas sous lui et ne forme aucune ride, même lorsqu'il saute.
La tête est vaguement triangulaire. Sur la face supérieure, il y a deux groupes de petits yeux, situés au fond de deux dépressions, réunies l'une à l'autre par un sillon transversal. Les antennes ont quatre articles ; elles sont courtes et épaisses. La bouche est à la face ventrale ; elle est peu apparente. Elle est recouverte par deux lèvres de peau hydrofuge, semblable à celle du reste du corps.
Quand l'animal veut manger, il commence par écarter ses lèvres. Les pièces de la bouche, qui, elles, sont mouillables^ peuvent alors saisir les petites particules humides, dont Podura se nourrit. La conformation de la bouche est mas* ticatrice. La tête est réunie au thorax par un cou court et peu apparent.
FiG. 174. — Podura aquatica.
a. face dorsale, la fourche est étendue en arrière; h. face ventrale, la fourche
est repliée contre le corps.
Le thorax a trois segments; chacun est pourvu d'une paire de pattes ventral es. Celles-ci, courtes et assez dodues, ont plusieurs articles ; elles sont terminées par un ongle, long, aigu et acéré.
L'abdomen est composé de six segments, peu distincts, semblables à ceux du thorax. Le dernier segment est terminé par trois tubérosités, charnues et globuleuses, situées à la face ventrale. Elles sont disposées en triangle et l'anus est au milieu.
La Podure aquatique — comme, du reste, la majorité des
Poduridés — possède, à la face ventrale de rabdomen, un organe, en forme de fourche. Celle-ci est insérée par sa base à ravant-demier segment; les deux dents sont dirigées en avant et sont appliquées contre l'abdomen. Lorsque l'animal est mort ou anesthésié, la fourche, au lieu d'être repliée sous l'abdomen, est étendue en arrière, à la suite du corps. H en est de même sur les» dépouilles de mue.
C'est au moyen de cet organe, qui, brusquement, se porte en arrière et frappe l'eau, que la Podure fait des bonds de plusieurs centimètres de hauteur et de longueur.
Au milieu de l'abdomen, entre les deux extrémités de la fourche, se trouve l'organe dit « adhésif » ; il a la forme d'une courte trompe bilobée.
L'insecte, comme nous l'avons dit, a son tégument entier, au plus haut degré « non mouillable » ; il ne peut donc adhérer à la surface de l'eau, ou à im objet humide.
Si cette propriété procure à la Podure une grande facilité pour se déplacer et sauter sur l'eau, elle l'empêche, en revanche, de s'immobiliser sur la surface.
L'animal, dans ces conditions, est à la merci du moindre souffle d'air. Mais, lorsqu'il fait saillir cette trompe, les deux lobes de celle-ci s'écartent; leurs faces internes, qui étaient accolées l'une à l'autre, et qui sont mouilla- Ues, s'appliquent sur la surface de l'eau et y adhèrent, retenues par l'attraction capillaire.
On peut facilement étudier le fonctionnement de cet organe, en examinant à la loupe, les Podures, lorsqu'elles marchent contre les parois du bocal couvertes de buée. Si l'on essuie le verre, pour enlever l'humidité, ces petits animaux ne peuvent plus y adhérer. On les voit sauter contre les parois, essayer de se retenir avec leurs griffes, puis retomber à l'eau.
Tandis que, lorsque le verre est enduit de buée, les Podures y marchent tranquillement, retenues, ainsi qu'on peut l'observer, par cet organe adhésif, entièrement déployé.
Dans la nature, on trouve les Podures aquatiques un peu partout sur les eaux stagnantes (ou à très faible courant) ; elles sont le plus souvent réunies en société assez nombreuse. Ces agglomérations résultent plus du hasard, ou de causes fortuites, que d'un besoin de sociabilité, en vue de travaux communs, comme c'est le cas chez les Hyménoptères*
Les Podures se trouvent réunies ensemble, parce qu'elles ont été poussées par le vent du même côté ^de l'étang; ou parce que la nourriture y est plus abondante; ou, tout simplement, parce qu'elles sont restées et se reproduisent là où une ponte a été déposée une première fois.
Les Podures se nourrissent de débris végétaux et d'algues microscopiques, qu'elles broutent contre les corps flottants, ou à la surface de l'eau.
Ces insectes ne restent pas toujours posés sur le liquide. Quand on les observe dans la nature, on les voit se promener et sauter, indifféremment, autant sur la terre du rivage et sur les végétaux riverains, que sur les corps flottants ou sur l'eau elle-même. Dans l'aquarium, ils aiment beaucoup à se promener contre les parois de verre, quelques millimètres au-dessus de la surface de l'eau, et, de préférence, du côté qui reçoit la lumière. Mais il est rare qu'ils s'éloignent de plus d'un centimètre ou deux de la surface de l'eau, sur laquelle ils retournent à chaque instant.
Les Podures muent fréquemment ; leur dépouille devient toute blanche. Ces peaux conservent leur propriété d'être « non mouillables » et flottent longtemps intactes. On peut, parfois, au printemps, observer que la surface de petites pièces d'eau, où il y a beaucoup de Podures, est à tel point couverte de leurs dépouilles qu'elle en paraît blanche, comme si elle était saupoudrée de farine. Ces peaux sont toujours fondues sur le dos. On constate, en outre, qu'elles sont criblées de petits orifices et que l'appareil saltatoire est étendu en arrière.
La Podure vit bien en aquarium et s'y reproduit.
Je n'ai jamais observé les œufs. D'après Nicollet, ils sont à peine visibles à l'œil nu (1/6 de mm.) ; ils sont blancs ou bruns ; ils sont déposés sous les pierres du rivage, ou, quelquefois, ils flottent sur l'eau.
On trouve des Podures pendant toute l'année. Il est probable que, lorsque l'eau gèle, elles se réfugient dans la mousse du rivage et y passent la mauvaise saison en état de vie ralentie ; si on laisse geler l'eau du bocal où on les conserve, elles s'engourdissent et gisent, comme mortes, immobiles sur la glace. Au dégel, elles recommencent à bouger.
Cependant, j'ai observé, par im jour de beau soleil, en hiver (6 février), sur une petite carpière, gelée depuis plusieurs semaines, des Podures se promenant en grand nombre, près du bord, sur un petit espace d'eau libre, de quelques centimètres carrés, où, fortuitement, il n'y avait pas de glace.
FiG. 175. — Sminthurus sp.
a, face dorsale, la fourche est élendue en arrière ; b. face ventrale, la fourche
est repliée contre le corps et l'organe adhésif est évaginé.
Les Isotomes ressemblent beaucoup aux Podures ; mais, chez eux, l'abdomen est plus allongé ; la lapgeur des segments augmente du premier au sixième.
Les Smvnihures, en revanche^ ont des caractères très particuliers. L'abdomen n'a que trois segments; il est constitué, presque en entier, par le premier, qui est énorme et globuleux; les deux derniers sont tout petits (fig. 175).
L'organe adhésif est formé par deux tentacules, minces et longs, recouverts d'un enduit muqueux. L'animal peut, à volonté, les étendre ou les rétracter dans son corps soit chacun séparément, soit les deux ensemble.
Les antennes sont longues et coudées.
Les Isotomes et les Sminthures sont, de même que les Podures, pourvus d'un organe saltatoire.