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CHAPITRE XXX tE8 MOLLUSQUES

Les Mollusques sont caractérisés par un corps mou, non segmenté, protégé, chez la plupart d'entre eux, — et, en tout cas, chez tous ceux que nous aurons à étudier, qui habitent les eaux douces — par une coquille.

Celle-ci est sécrétée * par un repli de la peau — appelé vc manteau » — qui enveloppe le corps entier de l'animal ou seulement une partie de celui-ci* La plupart des Mollusques vivent dans la mer ; les formes terrestres et celles d'eau douce ne constituent qu'upe minorité.

On divise les Mollusques en trois classes : Les Céphalopodes, les Gastéropodes et les Lamellibranches. Ces deux dernières classes, seules, ont des représentants vivant dans l'eau douce.

Les Gastéropodes.

Les Gastéropodes sont appelés ainsi parce qu'ils ont un pied ventral, au moyen duquel ils rampent. Ils sont, en

1 Tandis que ce que Ton appelle, souvent par erreur, « coquille », chez certains Crustacés, n*est que la carapace, qui, parfois, il est vrai, ressemble tout à fait à une coquille bivalve. Mais elle n'est pas produite par une sécrétion ; elle est constituée par un repli de la peau, ellemême, qui est durcie.

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généra], pourvus — du moins toutes les espèces qui habitent nos eaux douces — d'une coquille unique.

Lorsqu'on place cette coquille la pointe en haut et l'ouverture tournée vers l'observateur, on constate que, chez la plupart, l'ouverture est à droite; ces coquilles sont dites a dextrorsum ». Chez quelques espèces seulement, l'ouverture se trouve être à gauche; ces coquilles-là sont dites « sinistrorsum ».

Certains Gastéropodes sont pourvus d'un opercule, fixé à la face dorsale de la partie postérieure du pied. Il sert à fermer la coquille, lorsque l'animal s'y rétracte. Il a souvent la forme d'un disque aplati, en forme de spirale ; il est de nature cornée ou, quelquefois, calcaire. Les Gastéropodes pulmonés en sont toujours dépom-vus.

La coquille des Gastéropodes varie beaucoup suivant le milieu où vit l'animal; elle varie suivant la composition chimique de l'eau, l'abondance de la nourriture, la sécheresse plus ou moins prolongée. C'est une rareté que de trouver deux coquilles absolument semblables, quoique appartenant à des représentants de la même espèce, si ceux-ci proviennent de localités éloignées l'une de l'autre.

Certains Gastéropodes vivent plusieurs années — de un à six ans, disent les auteurs. La croissance de la coquille s'arrêtant en hiver, on peut présumer l'âge de l'animal, par le nombre des lignes, dites de « croissance », qu'on remarque vers l'ouverture de la coquille.

Ces Mollusques respirent par poumons ou par branchies; celles-ci, en général, sont cachées dans la chambre branchiale. Toutefois, chez quelques espèttes, lès branchies peuvent être, à volonté, étendues au dehors (Valvata).

Les Gastéropodes pulmonés sont obligés de monter de temps en temps à la surface de l'eau, pour remplir d'air leur cavité pulmonaire. Mais, pendant les premiers temps de leur vie, les parois de cette cavité fonctionnent comme deâ branchies ; c'est-à-dire, qu'à la place d'introduire de l'air, l'animal fait circuler de l'eau dans la cavité pulmonaire. Dans de certaines conditions, les adultes, eux-mêmes.

continuent à employer ce moyen, si, par suite de diverses circonstances, ils ne peuvent plus se rendre à la surface. C'est le cas, par exemple, pour les Lymnées qui habitent le fond des lacs.

L'ouverture de la cavité branchiale ou pulmonaire se trouve dans le bord du manteau. Elle est, dans la grande majorité des cas, visible à l'extérieur, du côté droit de l'animal, sous la forme d'un orifice susceptible de s'ouvrir et de se fermer. Cet orifice est quelquefois situé à l'extrémité d'un court siphon; d'autres fois, il est contigu ou confondu avec l'anus.

Les Gastéropodes sont végétariens, ou plutôt omnivores. Leur bouche est pourvue d'une mâchoire et d'ime espèce de langue cornée, appelée rudulay avec lesquelles ils râpent, liment et rongent les corps, pour en détacher leur nourriture. Cet acte rend leur présence, dans l'aquarium, fort utile ; car, en rampant contre les parois, ils broutent la végétation qui s'y établit et ils les nettoient ainsi. La bouche est, quelquefois, placée à l'extrémité d une espèce de trompe ou de mufle.

Les yeux sont tantôt à la base, tantôt à l'extrémité des tentacules. Chez certaines espèces, on a observé que, lorsque ceux-ci avaient été coupés, ils pouvaient se régénérer, y compris l'œil. Le tentacule droit, quelquefois, sert d'organe aidant à l'accouplement.

Les Gastéropodes sont hermaphrodites ou à sexes séparés. Les œufs sont, en général, enveloppés d'une masse gélatineuse et fixés à des pierres ou à des végétaux. Les jeunes, pendant une partie de. leur période larvaire, nagent librement au moyen d'un organe cilié particulier, appelé vélum, formé par un repli du manteau.

Toutefois, chez les Gastéropodes pulmonés, cette phase larvaire n'existe pas, ou, du moins, elle se passe dans l'œuf. Les parois de celui-ci étant transparentes, on voit l'embryon, déjà pourvu de sa coquille, tourner continuellement sur lui-même, en nageant à l'intérieur de l'œuf.

Chez les jeunes individus, vu la transparence de la

coquille, on peut admirablement observer les pulsations du cœur.

Lorsque les Gastéropodes sont malades — quand, par exemple, ils ont été sucés par des sangsues — ils quittent leur coquille pour mourir. Ce fait explique, je pense, le grand nombre de coquilles parfaitement nettoyées, qu'on trouve dans les marais.

Les Gastéropodes ont des représentants dans la mer, dans les eaux douces et aussi sur terre.

On a réparti ces Mollusques en quatre ordres, dont deux seulement ont des représentants dans Les eaux douces. Ce sont :

Les Pulmonés, qui respirent par des poumons; ils sont toujours dépourvus d'opercule, destiné à fermer l'ouverture de la coquille ;

Les Prosobranches, qui respirent par des branchies ; ils sont souvent pourvus d'un opercule, fixé à la face dorsale du pied.

Les Pulmonés.

Nous mentionnerons les espèces suivantes, qui sont, dans nos pays, celles que l'on rencontre le plus fréquemment:

Les Lymnées, — On trouve ces Mollusques en grand nombre, dans les marais, les ruisseaux et les lacs. Chez ces animaux, comme nous l'avons déjà indiqué, la cavité pulmonaire est, dans quelques cas, utilisée comme cavité branchiale et l'eau y pénètre. Les yeux sont placés à la base des tentacules.

Les Lymnées — ainsi que quelques autres animaux — peuvent ramper sous et contre 1a surface de l'eau. Le poids spécifique de leur corps étant à peine supérieur à celui de l'eau, il suffit que les Lymnées dépriment faiblement leur pied, pour que leur corps flotte comme un bateau. En outre, par le fait de la tension capillaire, la surface de l'eau

adhère à toute la face ventrale du pied — qui est mouillable — et tend à retenir Tanimal.

Ces mollusques se nourrissent de végétaux aquatiques, entre autres de Lemna;'ils mangent aussi, volontiers, le pain et le blanc d'œuf cuit.

La ponte des Lymnées a la forme d'un long cordon gélatineux ; elle est fixée, en général, contre la face inférieure des feuilles des plantes aquatiques, surtout contre celles du Nénuphar.

n y a une dizaine d'espèces de Lymnées dans notre pays. L'espèce la plus commune, dont les représentants ont une grande taille, est la Lymnée stagnale; la coquille de ce mollusque atteint une hauteur ^ de six centimètres.

Une autre espèce intéressante est la Lymnée glutineuse ou Amphipeplea. Chez cet animal, la coquille est mince et transparente, elle a une hauteur de 10 à 15 millimètres. Elle est constituée, presque en entier, par le dernier tour seulement; son ouverture est grande. L'animal est gros, obtus, court, gélatineux. Le collier du manteau se replie sur la coquille et l'enveloppe. Les tentacules sont courts et larges.

Cette Lymnée vit dans les fossés ; elle se tient de préférence dans les eaux stagnantes et calcaires ; elle est de nature assez vive et bouge passablement.

Les Physa ont l'orifice respiratoire du côté gauche. La coquille, sinistrorsum, en grande partie constituée par le dernier tour, est haute de 8 à 10 millimètres; elle est, en général, recouverte, en partie du moins, par un repli du manteau. Les yeux sont placés à la base des tentacules, qui sont filiformes.

On trouve ces mollusques pendant toute l'année, sur les plantes aquatiques, dans les eaux pures; soit dans les sources, soit sur les parois des bassins, ou sur les bords

» On appelle hauteur d'une coquille, la distance qui sépare la pointe de la coquille du bord inférieur de Touverture.

des rivières. Us peuvent aussi ramper sous et contre la surface de l'eau.

Il y a deux espèces de Physa ; une seule présente un intérêt spécial. C'est la Physa fontinalis. Chez ce mollusque, le collier du manteau forme deux lobes, divisées en digitations minces et allongées; cellesci s'appliquent contre la coquille, qu'elles polissent continuellement par leur frottement (fig. 176). On trouve cette espèce en France; mais elle est rare au Midi.

Les Aplexa ressemblent beaucoup aux Physa. Comme c'est le cas pour ceux-ci, la coquille est sinistrorsum et luisante; mais elle n'est pas recouverte par le manteau. Une seule espèce d' Aplexa se trouve dans nos pays, c'est V Aplexa hypnorum (fig. 177).

Ce Gastéropode se tient de préférence dans les sources et dans les petites rivières à courant lent; il possède la particularité de pouvoir, à volonté, monter et descendre en pleine eau, pour aller du fond à la surface et inversement, sans avoir besoin, pour cela, de ramper contre un corps quelconque.

Fig. 176.

Physa fontinalis jeune, rampant contre la paroi d'un bocal. On voit les digitations du manteau appliquées contre la coquille.

Chez les Planorbes, la coquille est aplatie comme une assiette. L'orifice respiratoire, l'anus et l'ouverture génitale sont du côté gauche. Les yeux sont placés à la base des tentacules.

Quand on irrite ces mollusques, ils s'enfoncent profondément dans leur coquille, qui est relativement grande pour l'animal, et, souvent, ils laissent suinter un liquide qui contient du sang.

Il y a environ une vingtaine d'espèces de Planorbes dans l'Europe centrale; ce sont presque tous des mollusques de petite taille, qui ne présentent, pour nous, pas d'intérêt spécial.

Le Planorbe carné, seul, fait exception; chez ce mollusque, la coquille a un diamètre de 20 à 35 mm.; chez les jeunes, elle est un peu velue.

Les Planorbes se tiennent de préférence dans les eaux dormantes. On les trouve, pendant toute l'année, dans les marais ou les rivières tranquilles. Ils rampent contre les végétaux et aussi sous et contre la surface de l'eau.

Fio. 177.

Aplexa hypnorum, rampant.

Les Ancyles sont facilement Méconnaissables par leur coquille mince, aplatie, patelliforme, qui recouvre entièrement l'animal. Aussi celui-ci ne peut-il ramper que très lentement.

Il y a deux espèces d'Ancyles : A, lacustris et A, fluviaiilis, qu'on trouve, pendant toute l'année, dans les lacs et dans les ruisseaux.

Les Prosobranches.

Les Paludines ont une coquille de couleur brun-verdâtre et de forme lourde ; sa hauteur peut atteindre 30 millimètres. Elle est pourvue d'un opercule corné.

L'animal a un mufle saillant; il présente, en outre, de chaque côté, derrière le tentacule, une petite aile membra-

neuse. Celle du côté droit se recourbe en canal et sert à l'introduction de l'eau dans la cavité respiratoire.

Les Paludines sont des animaux lents et irritables ; au moindre contact, ils se laissent choir. Il y en a deux espèces dans nos pays.

La Paltidine vivipare est commune en France, mais elle manque en Suisse . Elle se tient dans la boue et les eaux stagnantes. Elle garde ses jeunes, dans son corps, pendant près de deux mois. Elle ne les met au jour, qu'un à la fois — environ trois en vingt-quatre heures — déjà bien développés et pourvus de leur coquille; leur taille, à ce moment, est d'environ un centimètre. Ils peuvent ramper sous et contre la surface de l'eau.

La Paludina fasciata qui n'est, peut-être, qu'une variété de la précédente, se trouve, elle, dans quelques parties de la Suisse.

Les Bithinia (fig. 178), par leur aspect général, ressemblent beaucoup aux Paludines ; mais ils sont beaucoup plus

petits et l'opercule de la coquille est calcaire. Les yeux sont situés à la partie postérieure dès tentacules. La bouche est à l'extrémité d'un mufle. Ces animaux vivent dans la boue et les marécages, où on les trouve même en hiver.

Les Yalvata, dont on connaît trois ou quatre espèces dans l'Europe centrale, habitent les marais et les lacs, où on les trouve pendant toute l'année; ils ne peuvent que ramper sur le fond ou contre les végétaux. Ils ont un

Fig. 178.

Bithinia tentaculata, rampant.

l'mm

mufle saillant; les yeux sont à la base des tentacules. Ces mollusques sont intéressants à observer, parce qu'ils font sortir de temps en temps leur branchie arborescente, surtout lorsque l'eau dans laquelle ils sont conservés est peu aérée. Un long appendice filiforme, contractile, mobile et revêtu de cils vibratiles, est inséré au bord du manteau, à côté de l'ouverture par laquelle sort la branchie ; on ignore son usage.

Chez Valvata piscinalis, le diamètre de la coquille atteint 5 à 7 millimètres. Ce Gastéropode, quoique répandu ne Europe, manque dans certaines localités. On trouve pluis communément partout l'espèce suivante.

Valvata cristata vit dans les marais ; sa coquille est plate comme celle des Planorbes ; elle a un diamètre de 3,5 milhmètres (fig. 179).

C'est un animal lent, paresseux, irritable, qui se laisse choir au moindre contact.

Les Bythineïla sont de tout petits Gastéropo(ies qui habitent les sources, les rivières et les lacs. On en a décrit une demi-douzaine d'espèces dans l'Europe centrale. La hauteur de la coquille varie, suivant les espèces, de 1 à 3 millimètres.

Chez la Néritine fluviatile, la coquille, à spire courte, est plus ou moins patelloïde; elle a la forme d'un bonnet phrygien. Son diamètre est de 8 à 9 millimètres. Elle recouvre à peu près complètement l'animal, lorsque celui-ci rampe. Ses parois sont minces, mais dures ; elles ^iG.m.- vaivata cristata,

, ' . , rampant contre la racine

sont omees de dessms en reseau. a un Lemna.

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La Néritine ne peut que ratiaper au fond de Feau ; elle se tient habituellement appliquée contre les pierres, comme le font les Ancyles. Ce Gastéropode est commun en France, dans les eaux courantes ; il manque en Suisse.

Les Vitrélla appartiennent à la faune souterraine et sont aveugles. On les trouve, quelquefois, dans l'eau des sources. On en connaît une vingtaine d'espèces dans l'Europe centrale ; leur taille n'atteint que quelques millimètres.

Les Lamellibranches ou Bivalves.

Les Lamellibranches sont des Mollusques dont les branchies sont en forme de lames et dont la coquille est composée de deux valves. Chez les espèces d'eau douce, ces deux valves sont symétriques. De même que chez les Gastéropodes, les coquilles sont sujettes à de grandes variations, suivant les localités dont elles proviennient.

Si nous regardons un de ces mollusques — la charnière étant placée en haut, et l'extrémité la plus obtuse de la coquille en face de nous — nous aiu:ons, en haut, de chaque côté, Y apex. C'est la région la plus élevée et la plus proéminente ; quelquefois même elle tend à se 'recourber au-dessus de la charnière ; c'est la partie la plus ancienne de la coquille, celle qui a été formée en premier. On donne le nom de bord antérieur à celui qui est en face de nous ; celui qui est placé en bas est appelé bord ventral ; celui qui est en arrière, qui correspond à la région plus ou moins allongée de la coquille, est appelé bord postérieur.

Habituellement, chez les Unies et les Anodontes, ranimai est enfoui, presque en entier, dans le limon ; il ne laisse dehors que l'extrémité postérieure. La région de la coquille, qui n'est pas enfouie, est souvent couverte d'incrustations calcaires.

Un moyen amusant de capturer ces animaux consiste à introduire l'extrémité d'une baguette entre les valves entrebâillées, dont le bord, seul, est visible hors du limon.

L'animal, surpris, refermant subitement ses valves, serre la baguette et, en tirant celle-ci, on amène le mollusque qui y reste fixé.

Les deux valves sont, parfois, simplement réunies Tune à l'autre, à la charnière, par un ligament élastique (Anodoutes) ; d'autres fois, elles présentent, en outre, des dentelures qui s'engrènent l'une dans l'autre (Unies.)

Le ligament tend à maintenir passivement les valves écartées. L'animal, lui, au moyen de muscles, soumis à sa volonté, peut les rapprocher ; quand il est mort, ou ânesthésié, les muscles n'agissant plus, les valves restent entr'ouvertes.

Les coquilles présentent, sur leur face externe, des lignes concentriques, dites lignes d'accroissement; elles ne correspondent, du reste, pas à des époques fixes. Durant l'hiver, et en temps de sécheresse, ces animaux s'enfouissent dans le limon ; ils y vivent d'une vie très ralentie, et, pendant ce temps, Taccroissement de la coquille s'arrête.

La face interne des valves est luisante, nacrée. Chez quelques espèces, on y trouve, parfois, des dépôts arrondis de nacre, appelés |)eWes; c'est probablement une production pathologique. On remarque une légère dépression à l'insertion des muscles qui servent à rapprocher les valves.

Siu* l'animal vivant, on voit tout le long du bord des valves, sauf vers la charnière, un repli de chair blanche ; c'est le bord du manteau. On donne le nom de mcmteau à une partie de l'animal qui enveloppe le reste du corps, comme la couverture d'un livre recouvre celui-ci. Le manteau est constitué par deux lames charnues, chacune appliquée, respectivement, contre la valve correspondante ; entre elles deux, se trouve le corps proprement dit.

Les deux bords du manteau sont libres (Unio, Anodontes) ; ou bien, ils sont soudés l'un à l'autre sur une plus ou moins grande longueur de leur bord ventral (Cyclas). Dans ce cas, ils restent toujours non soudés à deux régions au moins: à la partie antérieure du bord ventral, pour laisser sortir le pied ; et, au bord postérieur, devant les orifi-

ces cloacal et respiratoire. C'est le manteau qui sécrète la coquille.

On appelle pied, ce morceau de chair blanche qu'on voit sortir entre les valves, au tiers antérieur. H est soumis à la volonté de l'animal, qui peut le rétracter complètement entre les valves.

C'est au moyen de cet organe que le mollusque se déplace — il est vrai, assez lentement et lourdement — , en se traînant sur le limon, sur lequel, il laisse un sillon bien visible. Quelques Cyclas peuvent, par son moyen, grimper le long des plantes submergées et, même, contre les parois de verre de l'aquarium.

A la partie postérieure de l'animal — celle qui, pendant la vie, reste hors du limon — on voit, entre les valves un peu écartées, deux orifices. Le supérieur, dit a orifice cloacal », a, en général, ses bords lisses et unis. Dans l'aqua* rium, on peut facilement constater, chez les Unios, qu'il en sort un courant; parce que celui-ci met en mouvement, jusqu'à une distance de 10 à 12 centimètres, les particules en suspension dans le liquide.

L'eau, qui se rend aux branchies, pénètre par l'orifice inférieur, dit « orifice respiratoire ». Les bords de cet orifice sont, souvent, garnis de franges charnues qui fonctioiment comme une grille et arrêtent les corps trop gros qui pourraient s'y présenter.

Ce sont les mouvements des cils vibratiles, revêtant les branchies, qui produisent ce courant ; celui-ci procure à l'animal l'eau pure, nécessaire pour les besoins de sa respiration; en outre, les particules qui sont en suspension dans cette eau lui servent de nourriture. En effet, arrêtées à leur passage entre les branchies, ces particules sont dirigées vers la bouche, qui est située à la région antérieure du corps. Le mollusque les avale et les digère. Elles ressortent ensuite par l'orifice cloacal, à l'état d'excréments plus grossiers qui tombent au fond. Par ce procédé, les Lamellibranches contribuent à clarifier l'eau, en la filtrant

pour ainsi dire continuellement. Il est donc avantageux d'en mettre au moins un dans l'aquarium.

Le mollusque peut, à volonté, suspendre le mouvement de ses cils vibratiles et arrêter le courant; il peut même en renverser la direction. Si, par exemple, un corps trop gros s'est engagé dans l'orifice respiratoire, l'animal peut l'y arrêter et, en renversant le sens du courant, l'expulser.

L'orifice cloacal et l'orifice respiratoire sont quelquefois confondus, extérieurement, en une seule ouverture. D'autres fois, au contraire, les bords du manteau les prolongent en tormant deux tubes, d'inégale longueur, appelés siphons; le siplion respiratoire est toujours le plus long. Ce caractère permet de classer les Lamellibranches, suivant qu'ils sont pourvus ou non de siphon, en Siphoniens et Asiphoniens. Les premiers sont, en général, de taille moindre que les seconds.

Au point de vue biologique, nous n'aurons que peu d'observations à faire . Les Lamellibranches sont des animaux très apathiques. Leur intellect est probablement nul ; leur vie est purement végétative. Leurs sens doivent être assez obtus ; toutefois, ces animaux réagissent à la lumière. Si l'on interpose subitement un corps opaque entre un Lamellibranche bâillant au soleil et celui-ci, le mollusque, brusquement, rapproche ses valves.

Sauf chez les Cyclas, les sexes sont séparés. Les Lamellibranches sont ovipares ; mais les œufs sont déposés entre les branchies et ils se développent là.

Chez les Anodontes, il en sort une larve, qui ressemble à un petit bivalve ; elle est appelée glochidium. Toutefois sa coquille, au lieu d'être transversalement allongée, est plus haute que longue. Elle est composée de deux valves triangulaires, réunies par un de leurs côtés, et armées d'un crochet mobile à l'angle opposé. Le glochidium, en outre, est pourvu d'un byssus, c'est-à-dire d'une glande sécrétant une substance soyeuse qui, au contact de l'eau, durcit et se transforme en filaments.

Ces glochidiums restent, pendant tout l'hiver, entre les branchies du mollusque. Une fois le printemps venu (déjà en mars^), l'Ânodonte les expulse par le courant de sortie. Us tombent au fond de l'eau et les fils des byssus des différents individus, s'enchevêtrant les uns les autres, recouvrent le sol (ou les végétaux, s'il y en a dans le voisinage) d'un véritable réseau, auquel sont suspendus les glochidiums, souvent agglomérés en grappes. Ceux-ci restent absolument immobiles '; leurs valves sont à tel point écartées l'une de l'autre qu'elles se trouvent dans le même plan (comme le sont les deux moitiés d'un livre ouvert, posé sur une table) (fig. 180).

Si l'on touche, avec une aiguille, le corps d'un de ces glochidiums, on verra quelquefois celui-ci rapprocher subitement ses valves et rester cramponné à l'aiguille; mais si, au lieu de prendre une aiguille, on frôle l'animal avec un fragment de nageoire de poisson, c'est presque à coup sûr qu'on verra ce phénomène se produire '.

Si l'on met un poisson dans un aquarium où il y a un essaimage de glochidiums, on constatera, au bout de quelques heures, que plusieurs de ceux-ci se sont fixés à ses nageoires ou à son corps. On admet donc que, dans la nature, ils s'accrochent aux poissons, lorsque ceux-ci les frôlent en nageant. La peau du poisson, irritée, prolifère autour des glochidiums et les enveloppe.

La larve du Mollusque vit ainsi, pendant environ trois mois, en parasite. Au bout de ce temps, devenue adulte, elle quitte son hôte et tombe au fond de l'eau.

1 Pour avoir la chance d^obtenir, dans Taquariam, un essaimage de glochidiums, il faut donc récolter des Anodontes en février ou en mars.

Ils ne nagent pas, en écarlant et en rapprochant successivement leurs valves, comme le prétendent certains auteurs.

3 II m'a semblé que le rapprochement des valves était facile à provoquer, lorsque le glochidium était suspendu par son byssus. Mais si, pour une cause ou une autre, le glochidium gîl sur le sol, soa byssus étant rompu, le phénomène, quoique se produisant encore quelquefois, est cependant plus difficile à obtenir.

Les poissons sont absolument nécessaires pour ce stade larvaire ; dans les pièces d'eau où ils manquent, on ne trouve point d'Anodontes.

Chez les Cyclas (Sp^aerium et Pisidium), les jeunes ne sont pas expulsés à l'état de larves. Ils restent dans une poche

Glochidiums .

incubatrice et ne quittent leur mère que, pourvus d'une coquille, à l'état de petit animal semblable aux adultes.

Les Lamellibranches ont de nombreux représentants dans les eaux douces ; ils sont répartis en deux ordres : les Asiphoniens et les Siphoniens.

Les Asiphoniens

Les Unios sont caractérisés par le fait que, chez eux, la charnière est pourvue de dents. On trouve, dans l'Europe centrale, trois ou quatre espèces d'Unios ; ils habitent de préférence les lacs, les ruisseaux et les rivières tranquilles.

Une seule espèce présente un intérêt spécial, c'est la Margaritana, qui vit surtout dans les petites rivières et les ruisseaux à courant rapide ; toutefois cette espèce ne se trouve pas en Suisse. Les Margaritana produisent parfois des perles. Leur coquille est réniforme; Tapex est presque toujours excorié.

Chez les Anodontes, les valves n'ont point de dents à la charnière. Les représentants de certaines espèces atteignent une grande taille ; la coquille de YAnodonta Gygnea a, parfois, une longueur de 18 centimètres.

On connaît trois espèces d'Anodontes dans l'Europe centrale. Ces mollusques, dit-on, vivent plus de dix ans. Ils sont communs dans les marais, les ruisseaux et les lacs. Us sont souvent habités par des Hydrachna parasites.

Les Dreissena forment la transition avec les Sipho-

FiG. 181. — Spfaaerium sp.

«iens. Us sont pourvus de deux siphons indépendants Tun de l'autre.

Breissena polymorpha est une espèce orientale qui envahit actuellement TEurope, en remontant le cours des fleuves. On trouve ce mollusque en Allemagne et dans une ^ande partie de la France. Sa coquiUe a une forme caractéristique ; les valves sont un peu triangulaires ; elles sont longues de 3 à 5 centimètres. L'animal est pourvu d'un byssus.

Souvent, les Dreissena se réunissent ensemble, formant des agglomérations. Dans les pays où ils abondent, ces mollusques s'établissent jusque dans les conduites d'eau <iu'ils obstruent.

Les SiPHONiENs

Ces Mollusques sont, en général, de petite taille ; chez eux, les bords du manteau sont soudés sur une assez grande longueur.

Les Siphoniens ne sont représentés dans ïios eaux douces que par la seule famille des €yclas. Celle-ci renferme, dans nos pays, une trentaine d'espèces, réparties dans deux genres :

Les Sphaerium (fig.

J81) ont un siphon anal •et un siphon respiratoire. Ils se tiennent dans la boue, au fond des «aux stagnantes. En captivité, on les voit, parfois, ramper sous et contre la surface de Teau.

FiG. 182. — Pisidium sp.

Les Pisidium (fig. 182) n'ont qu'un seul siphon, le siphon anal ou cloacal. Le courant d'eau, qui va baigner les branchies, pénètre par Touverture destinée au passage du pied.

Ces mollusques rampent partout au fond des eaux; souvent on les trouve accrochés au chevelu des racines. Ils aiment la charogne pourrie et sont attirés par elle. En captivité, on les observe, parfois, rampant sous et contre la surface de Teau.

C'est dans ce genre que se trouvent les plus petits bivalves connus.

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