‹ L'aquarium de chambreChapitre 4 sur 44 · CHAPITRE I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I INTRODUCTION

Ce livre est destiné aux jeunes « naturalistes » qui, avec raison, préfèrent, à l'aride classement de cadavres raccornis, l'observation des animaux vivants et l'étude de leurs mœurs.

L'observation de l'animal vivant est, en effet, bien plus captivante que l'étude de l'animal mort; je reconnais qu'elle est beaucoup plus difficile. Si, pour la faciliter, on cherche à garder, près de soi, quelques sujets en captivité, il est rare qu'on puisse le faire sans modifier plus ou moins le milieu dans lequel on les fait vivre — surtout s'il s'agit d'animaux terrestres ou aériens — ; cela les trouble et amène des changements dans leurs habitudes. Il est, en outre, difficile de les observer sans les déranger.

Il n'en est pas de même pour les espèces qui vivent dans Teau — milieu spécial, isolé de toute influence atmosphérique.

Dans l'aquarityn de chambre, les animaux sont dans des conditions à peu près semblables à celles dans lesquelles ils se trouvaient dans la nature, dans les marais ou les fossés où ils vivaient. Seules, les espèces habitant l'eau courante ou la pleine eau des grands lacs, ne supportent pas facilement la captivité. En outre, l'eau étant diaphane.

et les animaux, qui y vivent, ayant, eux-mêmes, souvent un corps transparent, l'observateur a toute facilité pour les observer, sans les troubler d'aucune manière. Sa présence, en effet, n'amène aucune modification dans le milieu ambiant, quand, au moyen d'une loupe, il observe un animal se mouvant, à son gré, librement, dans l'eau ou sur les parois du bocal.

Si l'on ajoute encore, à cela, le fait que l'aquarium est absolument sans odeur; qu'il a un effet décoratif dans la chambre, comme un bouquet toujours frais; que son entretien n'exige aucun soin et n'entraîne aucune dépense; on comprendra l'intérêt et les agréments qu'apporteront son organisation et l'étude de ses habitants.

Les animaux qu'on trouve dans nos eaux douces sont, en général, peu connus du public. Us ont été beaucoup moins vulgarisés que ceux qui vivent dans la mer; pourtant il y en a d'aussi beaux. La larve du Corèthre, le Mésostome d'Ehrenberg, la Plumatelle, pour ne citer que les plus communs, valent les plus beaux animaux marins.

Beaucoup de ces animaux ont été découverts, admirablement étudiés et décrits, par les naturalistes du XVIIIi^e siècle, les Réaumur, les de Geer, Swammerdam, Rœsel, etc., etc. Mais ensuite, ils furent à tel point négligés et oubliés que, lorsqu'il y a quelques années, Ross et Manson démontrèrent que la transmission de la malaria se faisait par l'intermédiaire des Anophèles, on découvrit alors que la lai've de ce Diptère était une des plus communes d'entre les lai-ves qui vivent dans nos eaux douces, et, j'ajouterai, une des plus intéressantes. Décrite déjà en 1818 par Meigen, elle avait été si bien oubliée qu'elle fut, pour ainsi dire, redécouverte.

Mais le naturaliste, qui désire étudier cgtte faune de nos eaux douces, se trouve d'emblée arrêté par un obstacle; c'est le manque d'ouvrage, un peu général, lui indiquant où et comment il doit chercher et, surtout, lui permettant de donner un nom aux animaux qu'il a recueillis et qu'il se propose d'étudier.

Ce sont ces difficultés, que j'ai ressenties moi-même lorsque je me suis mis à cette étude, qui m'ont engagé à réunir, en un livre, les renseignements que j'ai pu me procurer avec peine, et mes propres observations.

Toutefois mon intention n'est pas de décrire la faune de nos eaux douces. Je compte surtout étudier les animaux que l'on peut facilement observer en Aquarium de chambre. J'indiquerai leur habitat, leurs mœurs, la manière de se les procurer, où, quand, comment il faut les chercher, et les diverses observations biologiques que l'on peut faire sur eux.

Je ne m'occuperai, cependant, pas de ceux d'entre eux qui sont déjà suffisamment connus — comme c'est le cas par exemple, pour tous les vertébrés — ; ou, du moins, je serai fort bref à leur égard (par exemple pour l'écrevisse).

Il en sera de même pour les animaux qui sont tellement rares que leur trouvaille est exceptionnelle (par ex. : la Cristatelle, l'Apus).

Je négligerai aussi ceux qui sont de si petite taiUe qu'ils sont invisibles à l'œil nu. C'est pour cette raison que je passerai presque sous silence l'embranchement des Protozoaires et la classe des Rotifères; l'étude de ces animaux nécessite un outillage et des connaissances que, seul, le spécialiste possède.

En revanche, les chapitres concernant les Insectes seront de beaucoup les plus longs et les plus complets. Les insectes aquatiques, et surtout leurs larves, constituent, en effet, la plus grande partie de la faune de nos eaux douces et ils en sont la caractéristique ^; ils seront en outre les hôtes les plus habituels de notre aquarium.

Je signalerai, en passant, les animaux qui peuvent être rencontrés, ou capturés, par le hasard des pêches, et qui, quoique ne pouvant vivre en aquarium, sont cependant intéressants à différents points de vue.

Dans les descriptions, je parlerai principalement des formes extérieures et de la grosse anatomie qu'on peut aisé-

^ Il n'y a que quelques rares insectes marins.

ment étudier à l'œil nu ou à la loupe. Car ce livre est destiné surtout aux jeunes naturalistes débutants, qui désirent observer des animaux vivants, et non aux zoologues professionnels qui étudient plutôt Thistologie et l'anatomie microscopique d'animaux morts.

Du reste, je me suis efforcé d'éviter les descriptions. J'ai cherché, autant que possible, à les remplacer par des figures. Celles qui sont originales, c'est-à-dire dessinées par moi, d'après nature — et ce sont de beaucoup les plus nombreuses — portent ma signature. Celles qui ne sont qu'une copie d'une figure tirée d'un autre ouvrage, ne sont pas signées et leur auteur est, en général, indiqué.

Chaque figure est accompagnée d'une échelle, permettant de calculer l'agrandissement. Souvent le lecteur constatera — particulièrement pour les larves — que les dimensions de l'animal, données dans le texte, ne corresrespondent pas à celles de l'animal figuré, indiquées par l'échelle du dessin. Cela provient de ce que, dans le texte, j'ai, en général, indiqué la taille qu'ont les larves, lorsque celles-ci ont atteint leur développement complet; tandis que, souvent, les figures représentent des larves qui n'ont pas encore atteint leur développement maximum, ou même des larves venant d'éclore.

Il est, en effet, plus facile d'étudier S et surtout de dessiner au microscope, un animal de petite dimension qu'un animal dont la taille dépasse 1 à 1,5 centimètre.

Avant de terminer cette introduction, je désire faire une dernière observation.

Je me rappelle fort bien quel respect et quelle considération j'avais, dans ma jeunesse, pour les Réaumur, les Huber, les Dufour, les Fabre et autres naturalistes, capables d'avoir vu tout ce qu'ils racontaient. Emerveillé, en moi-même je pensais : « Qu'ils sont forts ces gens ! faut-il être habile et savant pour pouvoir faire toutes ces obser-

ï Le corps des jeunes larves est, en pfénôral. l)eaucoup plus transparent que celui dos larves adultes.

vations ». Et, volontiers, je m'imaginais que, pour voir ce que ces « savants » avaient vu et raconté, il fallait « comme eux » être exceptionnellement doué et posséder des instruments précis et coûteux.

Cette erreur est assez répandue ; Huxley Ta déjà signalée^:

« Bien des personnes, dit-il, semblent croire que le terme de science désigne une chose différente du savoir ordinaire,

il n'y a cependant aucune raison de séparer le domaine

de la science de celui du sens commun,.... la science n'est pas autre chose que la plus haute expression du sens commun. »

Donc, quiconque est doué seulement d'un vulgaire « bon sens » peut, à son tour, voir ce que les naturalistes ont vu et décrit. On n'a pas besoin, pour cela, d'avoir un « esprit scientifique » spécial; mais il faut se donner la peine d'essayer de voir et observer ce que l'on voit sans parti pris.

Celui qui se donnera la peine d'essayer de voir tout ce qui est indiqué dans ce livre sera étonné de la quantité de faits intéressants qu'il pourra observer, presque sans quitter sa chambre et sans être obligé d'utiliser des instruments coûteux*. En outre, la somme de connaissances réelles en « histoire naturelle » qu'il aura acquise ainsi, presque en jouant, sera considérable. Car — et il faut le répéter — l'histoire naturelle n'est pas — ce qu'elle est malheureusement devenue pour quelques-uns— l'aride classement de cadavres ratatinés ; ou bien une espèce de chimie de laboratoire, où l'animal n'est étudié que coloré artificiellement et débité en coupes ; ou encore l'énoncé et la discussion de théories, plus ou moins hypothétiques, résultant souvent d'un excès d'imagination *.

1 Huxley. UErrevisse, Paris. 1880. Pages 1 et .i.

2 Une simple loupe, d'un pouvoir grossissant de 10 diamètres (cofit 12 à 1") francs, environ), suffira dans la plupart des cas.

3 Tout au plus peut-on accorder à ceux qui s'occupent de ces «sciences accessoires de l'Histoire naturelle » le nom de zoologues.

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Non; la vraie Histoire naturelle est une science de faits et d'observations. C'est l'étude de la vie et des mœurs des animaux, observés, autant que possible, dans le milieu et dans les conditions où ils se trouvent dans la nature.

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