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CHAPITRE II L'AQUARIUM

Je donne le nom d'Aquarium de chambre knn aquarium de petite dimension, dont l'eau ne se renouvelle pas et n'a pas besoin d'être fréquemment changée. Il vit, pour ainsi dire, sur son propre fonds, comme un petit monde isolé. Il est de petite dimension ; un bocal en verre bien transparent, à large col, pouvant contenir 100 grammes d'eau, et même moins, suffit. Ces petits aquariums — très utiles pour observer les animaux que l'on veut étudier à part — sont souvent ceux qui se maintiennent le mieux et qui durent le plus longtemps.

Cependant, pour pouvoir conserver plusieurs eiiimaux ensemble, et étudier comment ils se comportent les uns avec les autres, il est indispensable d'avoir quelque chose de plus vaste.

Je laisse de côté tous les aquariums qu'on trouve dans le commerce ; ils sont souvent trop grands et de formes extravagantes ; leur entretien est trop compliqué. Ce qui convient le mieux, c'est un simple bocal en verre, pourvu d'un couvercle, et pouvant contenir quatre à cinq litres ; c'est là une bonne dimension, qu'il est préférable de ne pas dépasser.

Après avoir nettoyé le bocal, on le remplit aux trois quarts d'eau pure. On dépose ensuite, sur le fond, une

couche de sable fin, d'environ un centimètre d'épaisseur — sable lavé préalablement plusieurs fois à grande eau — puis on installe une plante. Celle qui m'a paru le mieux convenir, c'est une mousse aquatique, qu'on trouve dans les ruisseaux, fixée aux pierres; c'est la Fontinalis antipyreiica. Cette plante a le grand avantage de se maintenir en parfait état pendant l'hiver. Mais, pendant le reste de Tannée, beaucoup d'autres plantes aquatiques peuvent convenir.

Il faut, autant que possible, tâcher de trouver une Fontinalis fixée à un petit caillou et déposer celui-ci sur le sable, dans l'aquarium. Il servira de retraite à une foule de petits animaux et, en outre, il immobilise la plante, dont les tiges s'élèvent vers la surface.

Il est très important que quelques tiges, au moins, atteignent la surface, et même flottent en partie sur celle-ci ; car il y a beaucoup de petits animaux (Pamus, divers HydrophUidés) qui ne peuvent pénétrer au sein de l'eau que s'Us trouvent un corps contre lequel ils puissent marcher. Dans le cas contraire, ils flottent indéfiniment à la surface et finissent par périr. D'autres animaux, en revanche, l'Argyronète, par exemple, ou la larve de l'Hydroûs Caraboïdes, utilisent ces plantes, dans de certaines circonstances, pour sortir de l'eau une partie de leur corps. Si le bocal est de trop petite dimension pour permettre cette installation, on peut procéder autrement. Dans ce cas, je fixe à un petit flotteur en liège une branche de Fontinalis suffisamment longue pour que, ainsi suspendue à la surface, elle traîne cependant sur le fond par son extrémité. Elle constitue de cette manière un escalier naturel qui permet aux animaux non nageurs (par exemple aux Lymnées) de passer du fond à la surface de l'eau et vice versa.

Du reste, comme qu'il en soit, il n'y a pas de mal à mettre, suivant la grandeur de l'aquarium, une ou deux rondelles de liège, flottant librement sur l'eau. Les animaux aiment quelquefois à se fixer contre, dessus ou dessous, comme ils le font, dans la nature, avec les corps flottants qu'ils rencontrent.

Il faut avoir soin, aussi, de mettre sur le sable quelques petits morceaux de tuf, ou des débris de coquilles, pour procurer des gîtes aux animaux. Beaucoup d'entre eux étant lucifuges, c'est pour eux une nécessité de trouver des recoins obscurs où ils puissent se cacher pendant le jour. Quelques fragments de feuilles pourries serviront au même usage et, en outre, fourniront de la nourriture.

Il n'est pas indispensable que l'aquarium soit couvert ; mais l'usage m'a montré que cela était préférable. L'eau se conserve mieux; elle se salit moins et ne s'évapore pas. Un couvercle, en outre, empêche l'évasion de divers animaux aquatiques qui, parfois, sortent de l'eau la nuit.

Si aucun corps n'émerge (sauf les flotteurs de liège ou l'extrémité des quelques tiges qui atteignent la surface de l'eau), on peut couvrir l'aquarium d'un couvercle rigide et imperméable. Mais, si le bocal ne contient que peu d'eau et s'il y a des végétaux (surtout de la mousse), ou des corps facilement corruptibles (bois) au-dessus de la surface de l'eau, il est indispensable que l'air — saturé d'humidité — qui les entoure puisse se renouveler. Dans ce cas, il faut couvrir l'aquarium d'une simple mousseline ; sinon tous les corps qui émergent sont envahis par la moisissure.

L'aquarium, ainsi aménagé, est prêt à recevoir ses liabitants.

J'ai dit, plus haut, qu'il n^était pas nécessaire de renouveler fréquemment l'eau. Le fait est exact ; et ce n'est pas un des phénomènes les moins intéressants que l'aquarïum de chambre nous permette d'étudier. En effet, comme un petit monde à part, il doit se suffire à lui-même. Les animaux végétariens mangent les plantes ; ils sont dévorés par les carnivores qui, en outre, se mangent aussi entre eux. Tous produisent, par leur respiration, de l'acide carbonique, et, par leurs déjections, différents corps qui, tombant au fond, forment un détritus, lequel, à la fin, se résout en ammoniaque et en nitrates solubles dans l'eau.

Ces corps, ainsi que l'acide carbonique, sont, au fur et à mesure de leur production, repris par la plante, qui s'en l'aquarium de chambre 2

nourrit et les transforme en de nouveaux tissus. En outre, celle-ci, au moyen de sa chlorophylle, décompose l'acide carbonique et met en liberté l'oxygène qui en fait partie. Celui-ci remplace celui que les animaux ont consommé.

Les animaux et les plantes ont donc besoin réciproquement les uns des autres pour vivre. Des animaux, mis dans un aquarium où il n'y a point de végétaux, meurent rapidement intoxiqués ; de même un rameau de Fontinalis (ou d'une autre plante) mis, seul, dans un bocal d'eau pure, languit, jaunit et pousse fort mal. Tandis que celui qui est dans l'aquarium habité — malgré qu'il soit dévoré en partie par les animaux — croît avec exubérance. Il pousse même d'autant mieux que, sans nous en douter, nous lui fournissons indirectement de l'engrais quand, parfois, nous mettons dans l'aquarium quelque matière nutritive pour alimenter les animaux. Or, on est forcé de le faire, si l'on veut que ceux-ci se portent bien et prospèrent. Il faut, de temps en temps, donner aux végétariens un petit fragment de leur plante préférée : Nénuphar, Potamogeton, Utriculaire ou autre. Il est bon, aussi, de mettre parfois dans l'aquarium des pontes de Diptères ; par exemple, celle du Chironome, qu'on trouve le plus facÛement. Les jeunes larves, au fur et à mesure qu'elles éclosent, servent de nourriture aux animaux qui peuplent l'aquarium. De temps à autre (disons tous les quinze jours) un petit fragment — gros comme une tête d'épingle — de blanc ou de jaime d'œuf cuit dur, contribue à alimenter la petite colonie. Comme résultat final, tout cela, une fois mangé, se transforme en engrais dont la plante profite.

Les végétaux ne dégagent de l'oxygène que s'ils sont exposés à la lumière. On ne doit donc pas tenir l'aquarium dans un endroit sombre. Il faut cependant éviter, surtout si l'aquarium contient peu d'eau, qu'il ne reçoive directement les rayons du soleil; car l'eau s'échaufferait trop et les animaux périraient. Ceux-ci, en revanche, sont en majorité lucifuges ; ils fuient le grand jour qui les importune ; c'est surtout la nuit qu'ils bougent. C'est le soir, à la clarté

de la lampe, qu'ils se promènent le plus volontiers, et c'est à ce moment qu'on peut le mieux les observer. La plante, en tous temps, comme les animaux, dégage de l'acide carbonique, produit par sa respiration. Le jour seulement, grâce à la fonction chlorophyllienne, elle remédie à cet inconvénient en mettant en liberté de l'oxygène. Des plantes, en trop grand nombre, augmentant inutilement la quantité d'acide carbonique contenu dans l'eau de l'aquarium, sont aussi nuisibles à celui-ci qu'un excès d'animaux.

n faut donc mettre peu de plantes et, en thèse générale, on peut admettre qu'il y en a toujours trop. Quelques branches de Fontinalis ou un seul fragment de tige de Myriophyllum long de 5 à 10 centimètres, suffisent pour oxygéner deux à trois litres d'eau.

Outre les plantes, il y a quelques animaux dont la présence est utile, parce que, de même que les végétaux, ils concourent à purifier l'eau de l'aquarium.

En premier rang, nous mentionnerons les Lamellibranches. Ces mollusques, pour respirer, font circuler un courant d'eau entre leurs branchies. Ils en profitent pour arrêter au passage les fines particules qui s'y trouvent en suspension ; ils les dirigent vers leur bouche et s'en nourrissent. L'eau de l'aquarium se trouve donc être, par ce moyen, pour ainsi dire continuellement filtrée.

Les Gastéropodes, eux, léchant et broutant sans s'arrêter les parois du bocal, les nettoient ; ils empêchent les algues microscopiques de s'y fixer ou d'y trop prospérer. Ce travail de nettoyage sera fait beaucoup plus minutieusement, si, à la place d'un ou de deux gros Gastéropodes adultes, on met dans l'aquarium une quantité de jeunes. Pour cela, il n'y a qu'à y déposer de temps en temps une ponte de Lymnée ou de Planorbe. Les jeunes, une fois éclos, se chargent de tout inspecter dans leur nouvelle demeure et de brouter les algues envahissantes ; ou bien ils servent de nourriture à d'autres animaux.

Enfin les Crustacés, surtout les petits Ostracodes, qui sont inoffensifs pour leurs compagnons de captivité, con-

tribuent, en se nourrissant de tous les détritus morts, à maintenir la propreté dans les bas-fonds de l'aquarium.

Ainsi aménagé, un aquarium peut, sans soins spéciaux, se maintenir fort longtemps ^ Lorsqu'il est établi depuis quelques semaines, c'est ce que j'appelle un aquarium en activité. Les animaux qu'on y met s'y acclimatent beaucoup plus vite et prospèrent mieux que si on les mettait dans un bocal d'eau pure ou dans un aquarium aménagé à l'instant. Ce milieu, en effet, se rapproche davantage de celui qu'ils viennent de quitter ; les algues revêtent déjà les pierres du fond et, parmi elles, circulent des infusoires et d'autres petits animaux. Les nouveaux arrivés trouvent donc, de suite, gîte et nourriture appropriés.

Tous les animaux aquatiques acceptent-ils de vivre dans de semblables conditions? Evidemment non.

Dans l'aquarium de chambre, on ne peut guère conserver que les animaux habitant les eaux stagnantes ou à faible courant, comme c'est le cas pour ceux qui vivent dans les étangs, les marais, les petits ruisseaux ou au bord des lacs.

En revanche, les animaux pélagiques, nageant en pleine eau — les Leptodora et les Bythotrephes, par exemple, qui habitent nos grands lacs — ne vivent que quelques heures en captivité. D'autre part, les animaux qu'on trouve dans les ruisseaux de montagne, à cours rapide — dont l'eau, froide, est riche en oxygène — en général, ne supportent pas ce changement de milieu. Mais il y a parmi eux de grandes différences suivant les espèces ; certaines, comme les Elmis, ainsi que leurs larves, vivent fort bien dans l'aquarium.

Enfin, d'autres animaux — qui ne peuvent vivre que si la profondeur de l'eau ne dépasse pas quelques centimètres — exigent ime installation un peu spéciale. C'est le cas, en particulier, pour les Branchipus, ainsi que pour certaines larves.

On utilisera, dans ce cas, un bocal plus large que pro-

1 Quinze à dix-huit mois.

fond. On y mettra, de même, du sable, un rameau d'une plante aquatique, un caillou rugueux, émergeant en partie, et une couche d'eau d'un ou de deux centimètres d'épaisseur.

Cet aménagement sera aussi avantageux pour faciliter la nymphose des larves qui sortent de l'eau à cet effet. Du reste, l'observateur reconnaîtra vite qu'un seul aquarium ne lui suffit pas, et il en installera plusieurs de dimensions variables. Il pourra ainsi conserver des animaux isolés ou avoir des colonies diversement composées.

Enfin, il est préférable de mettre dans l'aquarium, principalement des animaux de petite taille.

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