L'EAU
membrane liquide reste tendue dans le trou d'une aiguille qu'on retire de Teau. Dans ce cas, la larve arrivant à la surface, n'entrant pas en contact avec l'atmosphère, les forces capillaires d'attraction seraient sans action sur elle, et elle ne pourrait renouveler sa provision d'air. La nature a prévu cette difficulté et y a paré. Elle a muni la larve d'un tubercule, garni de poile raides hydrofuges, dominant la cupule respiratoire (fig. 1, c). Ces poils sont destinés, lorsque
FiG. 1.
la cupule arrive à la surface, à empêcher la fâcheuse pellicule de se former; comme quand, avec une aiguille, on crève une pellicule d'eau de savon tendue dans un cerceau. Chez la larve des Culex, les phénomènes sont à peu près semDlables. La cupule respiratoire est formée de plusieurs valves, soumises à la volonté de l'animal. Ces valves sont munies d'un poil rigide, destiné, lors de leur ouverture, à déchirer la pellicule d'eau, qui pourrait subsister.
La capillarité permet encore d'expliquer quelques phénomènes, que nous pourrons observer à la surface de l'eau dans un aquarium. Lorsque deux corps flottants sont tous deux mouillés par l'eau, ou sont tous deux non mouillés par l'eau, il se produit entre eux une vive attraction, dès qu'ils s'approchent l'un de l'autre ; ils se précipitent l'un vers l'autre et restent accolés. Mais, si l'un des corps est raouillable et l'autre non mouillable, ces deux corps se repoussent.
Voilà pourquoi nous voyons les petites bucliilles flottantes et certains insectes, morts ou vivants, se réunir et
L*A0UAR1UM DE CHAMBRE î3
former des amas qui, en général, viennent s'appliquer contre les parois du bocal — le verre étant comme eux mouillé par l'eau. Tandis qu'au centre de la surface se trouve ime autre amas, formé d'insectes appartenant à d'autres espèces, de petits Crustacés, et d'autres corps qui, comme eux, n'étant pas mouillés par l'eau, se sont agglomérés ensemble, et, repoussés par tous ^es autres corps et par les parois du bocal, restent au milieu.
Enfin, la capillarité explique encore pourquoi, dans les pays où règne la malaria, on répand un peu de pétrole sur l'eau des mares, pour détruire les larves des moustiques.
Lorsque ces larves, venant à la surface, ouvrent leur cupule respiratoire, non mouillable par l'eau, le pétrole qui, lui, peut la mouiller, l'envahit, et l'animal meurt asphyxié ^
iJe renverrai le lecteur qui désire étudier plus à fond l'influence des phénomènes capillaires dans la biologie des animaux aquatiques, à un article sur ce sujet, qui a paru en 1910 dans les Annales de Biologie lacustre (pages 89-188).
Quoique ce livre doive spécialement traiter de l'histoire naturelle des animaux aquatiques, nous sommes obligés d'en consacrer un chapitre aux plantes :
1) Parce que, — comme nous l'avons déjà expliqué antérieurement, — un aquarium ne peut subsister sans plantes, et 2) parce que, pour pouvoir récolter et élever les animaux que nous étudierons, il faut un peu connaître les plantes sur lesquelles ils vivent et dont beaucoup se nourrissent.
Les plantes aquatiques peuvent être classées en trois groupes :
a) Les plantes franchement enracinées au fond de l'eau, mais dont la plus grande partie émerge, exemple : les roseaux;
b) Les plantes non enracinées, flottant librement à la surface, exemple : les Lemma ;
c) Les plantes submergées, flottant au sein de l'eau. La plupart ont des racines, il est vrai peu importantes, exemple : le Myriophyllura ; cependant quelques-unes en sont complètement dépourvues, exemple : l'Utriculaire et le Ceratophyllum.
n nous est impossible de paiier de toutes ces plantes, cela nous mènerait trop loin. Nous laisserons complètement
de côté toutes celles de la première catégorie, comme les roseaux, les iris, les nénuphars, etc., ainsi que celles des autres catégories qui n'ont pas d'intérêt pour nous, soit par le fait de leur rareté, soit parce qu'on ne peut les conserver dans un aquarium. Nous ne parlerons pas non plus des algues ; l'étude de ces végétaux est assez compliquée, elle est du ressort d'un spécialiste, habitué à l'usage du microscope.
Nous nous contenterons d'étudier quelques-unes seulement des plantes, choisies parmi celles que nous pourrons facilement trouver et conservet, et nous signalerons les particularités biologiques qu'on pourra observer sur elles, soit dans la nature, soit dans l'aquarium.
L'eau présentant des conditions physiques toutes particulières, les végétaux qui habitent ce milieu ont dû se modifier de façon à pouvoir s'adapter à vivre dans cet élément.
Nous allons rapidement indiquer quelles sont ces modifications :
1) La composition chimique des eaux douces et les con^ ditions physiques qu'elles présentent étant relativement constantes, — les mêmes sur toute la terre, — et ces eaux étant, en outre, moins influencées que l'air par les variations thermométriques, il en résulte que les plantes aqua* tiques, — vu le peu de variabihté du milieu dans lequel elles vivent, — ont, en général, une distribution géographique très étendue ^ C'est parmi elles que se trouvent les quelques plantes qui sont répandues sur presque toute la terre, exemple : Lemma, Potamogeton.
2) En outre, ces plantes, pour la plupart, sont vivaces. Les rameaux flottant près de la surface, seuls, périssent en hiver; mais les tiges qui se trouvent dans la profondeur subsistent pendant toute l'année.
3) Par le fait de la densité de l'eau, les plantes qui vivent dans son sein, sont suffisamment supportées par cet élément pour n'avoir pas besoin de tissus fermes de soutien.
* Il en est de même, quoique à un moindre degré, pour les animaux invertébrés « aquatiques » (c'est-à-dire «non amphibies»), habitant les eaux douces.
Les plantes aquatiques submergées sont, pour ainsi dire toutes, souples, flexibles, molles ; lorsqu'on les sort de l'eau, elles s'affaissent sur elles-mêmes. En revanche, elles ont leurs tissus criblés de canaux et d'espaces lacunaires, remplis d'air. Celui-ci est utilisé par la respiration ; il sert aussi à diminuer le poids spécifique de la plante, de façon à ce qu'elle puisse flotter au sein de l'eau.
4) Les racines sont courtes, non ramifiées ; elles sont privées de radicelles et de poils absorbants. Elles ne sont plus utilisées pour l'absorption de l'eau et des différents sels nécessaires à la nutrition de la plante ; elles ne servent, pour ainsi dire, que d'organes de fixation. Chez certaines plantes, elles disparaissent même complètement.
L'absorption se fait uniquement par les feuilles, par osmose à travers l'épiderme, qui est fort mince chez ces plantes.
5) D'autre part, chez les plantes submergées, les stomates disparaissent ^
L'échange, — nécessaire pour la respiration, — entre les gaz dissous dans l'eau et ceux contenus dans les tissus de la plante, se fait, par osmose aussi, à travers l'épiderme.
Or, l'eau contient beaucoup moins d'oxygène que l'air et, en outre, la lumière, indispensable pour la décomposition de l'acide carbonique, est beaucoup affaiblie par son passage dans l'eau.
1 Lorsqu'une partie de la plante est immergée et l'autre partie hors de Teau, l'aspect et la structure des feuilles diffèrent beaucoup suivant le milieu dans lequel elles se trouvent. On cite toujours, comme exemple de ce cas, la Renoncule aquatique, dont les feuilles aériennes sont entières, à bord arrondi, tandis que les feuilles submergées sont extrêmement découpées.
Chez les plantes à feuilles flottantes (Lemma et Nympheae), la face supérieure de la feuille qui, seule, est à l'air, conserve des stomates et, dans ce cas, les deux faces de la feuille différent beaucoup l'une de l'autre. Chez les plantes dont les feuilles sont presque toutes submergées et dont quelques-unes seulement flottent à la surface (Potamogeton), les feuilles ne diffèrent pas d'aspect, mais celles-là seules, qui flottent à la surface, acquièrent des stomates.
Poui' pouvoir supporter le surcroît de travail qui résulte de tout cela, la feuille fend à augmenter sa surface de contact avec Veau. Les feuilles des plantes aquatiques (submergées) sont en général minces, allongées, déchiquetées et nombreuses.
6) L'absorption se faisant par toute la surface de la plante — et non par un organe spécial : les racines, — Q en résulte que des tiges, détachées du reste de la plante, continuent à vivre, à prospérer et à croître, puisqu'elles ne cessent pas d'absorber.
Ce phénomène a une très grande importance pour nous. En effet, c'est grâce à lui que nous pouvons conserver dans notre aquarium, pendant des mois entiers, un simple fragment de plante aquatique, et que nous verrons celui-ci se comporter comme s'il était en parfaite santé et dans des conditions tout à fait normales.
7) Ce fragment isolé se trouve, du reste, dans des conditions tout à fait naturelles ; car on peut dire que, dans la nature, les plantes submergées se reproduisent surtout par fracture spontanée de leurs tiges, par marcottage.
Les plantes aquatiques submergées, — sauf quelques espèces isolées qui se sont adaptées à fleurir sous l'eau, — ont, en effet, besoin, — lorsqu'elles veulent se reproduire par voie sexuelle, — d'élever leurs fleurs au-dessus de la surface, afin que le transport du pollen puisse être favorisé par le vent, ou par les insectes, ou qu'il se fasse par flottaison.
Mais, vu la difficulté que ces plantes ont à envoyer jusqu'à la surface quelques-ims de leurs rameaux pour les faire fructifier, beaucoup d'entre elles perdent l'habitude de se reproduire sexuellement par floraison, surtout si elles se trouvent en eau profonde ou dans un courant rapide. Elles ne le font alors qu'exceptionnellement, et pas même chaque année.
La plante, dans ces conditions, se contente d'une reproduction par marcottage. Ses tiges croissent avec exubérance par l'extrémité et produisent, en outre, de fréquents ra-
meaux latéraux et quelques racines adventives. En revanche, elles meurent continuellement par la base, qui pourrit au fur et à mesure. Ces plantes se trouvent donc en état de continuelle transfonnation ; elles sont donc toujours jeunes.
Les tiges étant en général longues, minces, délicates, il leur arrive à tout moment d'être brisées. Mais cet accident n'est qu'un phénomène normal dans la vie de la plante. Le rameau détaché continue à vivre comme si rien ne lui était arrivé. Chez les plantes pourvues de racines (Potamogeton, Myriophyllum) il émet quelques racines adventives, se fixe et constitue une nouvelle plante.
Nous allons étudier, à présent, quelques-unes des plus connues des plantes aquatiques de nos contrées.
Le Potamogeton natans est peut-être la plante aquatique submergée la plus connue du public. C'est elle qui constitue ces amas de végétaux serrés, garnissant le fond des lacs, des petites rivières à courant lent, ou des étangs. C'est une plante très répandue, on la trouve à peu près sur tout le globe.
Le Potamogeton natans présente plusieurs particularités intéressantes. Ses feuilles, par exception, n'ont pas les formes déchiquetées que nous avons signalées comme propres aux plantes aquatiques submergées (fig. 27). Ce fait, et quelques autres, ont amené les botanistes à supposer que les Potamogetons étaient des plantes, primitivement terrestres, en train, actuellement, de s'adapter à la vie aquatique. Si, chez le Potamogeton natans, la forme extérieure des feuiUes n'est pas modifiée, celles-ci sont du moins fort minces et leur structure intime ressemble à celle des feuilles submergées. Du reste, chez les autres espèces de Potamogetons, les feuilles tendent à s'allonger et à se déchiqueter.
Les Potamogetons sont fixés au sol par des rizômes, desquels partent des tiges feuillées longues et flexibles, qui poussent d'une manière exubérante. Lorsque l'eau dans
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laquelle croissent ces végétaux, est profonde, la plante ne-se reproduit que végétativement (par marcottes) et toutes ses feuilles sont dépourvues de stomates. Mais, si Teau est peu profonde, quelques rameaux atteignent la surface et quelques feuilles deviennent flottantes; elles acquièrent alors des stomates sur leur face supérieure, en contact avec Tair. En outre, la plante élève, au-dessus de la surface de Teau, quelques tiges qui porteront des fleurs, lesquelles assureront la reproduction par graines.
En hiver, toutes les parties de la plante qui sont vers la surface meurent; mais les tiges qui sont dans la profondeur, ainsi que les rhizomes, subsistent. Au printemps, la plante recommence à pousser; toutefois sa fonction chlorophyllienne — décomposer l'acide carbonique, en retirer le carbone et dégager l'oxygène — ne reprend que lorsque la température de l'eau atteint 12 degrés.
Dans les petits ruisseaux à courant lent, où l'eau est souvent très calcaire, les feuilles du Potamogeton sont, parfois, recouvertes d'une sorte de crasse terreuse. Cela provient de ce que les feuilles — grâce à leur chlorophylle — absorbent l'acide carbonique du bicarbonate de chaux dissous dans l'eau. Ce sel, alors, se dissocie et le calcaire, qui entre dans sa composition, se dépose contre la feuille. Le même phénomène s'observe sur les feuilles d'autres plantes aquatiques, entre autres sur celles de l'Elodea.
Les Potamogetons servent de retraite à une quantité d'animaux. C'est en cherchant parmi ces plantes que nous ferons les pêches les plus fructueuses.
Je ne recommanderai pas le Potamogeton comme plante d'aquarium. Ce végétal a un aspect lourd et peu gracieux ; ses feuilles sont trop grandes ; elles occupent trop de place et gênent la vue.
Le Myriophyllum est une plante à feuilles nombreuses, pennatipartites — c'est-à-dire dont les découpures sont arrangées de la même manière que le sont les barbes d'ime plume. Elles sont disposées en verticilles, assez rapprochés
les uns des autres ; chaque verticille est composé de sept feuilles.
Les Myriophyllums sont fixés au sol par des racines; mais leurs tiges, extrêmement longues et souples, s'élèvent jusqu'à la surface. Cette plante ne fleurit que rarement — pas toutes les années — ; elle élève, dans ce but, une tige, hors de l'eau. Les fleurs sont fort petites et peu visibles, elles sont situées contre l'axe de la tige.
Les tiges du Myriophyllum sont fragiles et se brisent facilement ; mais elles continuent à vivre isolées ; souvent elles produisent quelques racines adventives et se fixent.
Le Myriophyllum, en général, meurt en automne; cepen» dant la plante ne disparaît pas en -entier. Sur quelques tiges, les feuilles qui en constituent l'extrémité s'agglomèrent, et se condensent en un bourgeon spécial — appelé hibema^le. Ces bourgeons ont souvent la dimension d'une fève. Lorsque la tige pourrit, ils se détaichent; ils tombent au fond de Veau et y passent l'hiver. Au printemps, ils recommencent à pousser et, rapidement, deviennent un rameau. Celui-ci produit quelques racines adventives, il se fixe et constitue une nouvelle plante.
Le Myriophyllum dégage beaucoup d'oxygène et il le fait même à l'obscurité. A ce point de vue, la présence de cette, plante dans l'aquarium est précieuse. Lorsqu'on observe un rameau de Myriophyllum, on voit, souvent, à l'endroit où celui-ci a été détaché, des bulles de gaz s'échapper continuellement et monter en chapelet à la surface de l'eau. Ce gaz est l'oxygène provenant de l'acide carbonique décomposé par la chlorophylle.
Nous savons que la fonction chlorophyllienne n'a lieu qu'en présence de la lumière et, d'autre part, nous constatons que certaines plantes (Myriophyllum, Ceratophyllum, Elodea) contiiment, pendant plusieurs heures, à dégager des bulles d'oxygène, après qu'on les a mises à l'obscurité.
On admet que, chez ces plantes, l'oxygène s'accumule dans les tissus sous une certaine pression.
Alors — quand bien même la plante n'en fabrique plus
— il continue à s'échapper lentement par toutes les ouvertures accidentelles.
Le Ceratophylliim est une plante complètement aquatique; elle n a aucune racine; en outre, elle fleurit, et la fécondation a lieu sous Veati, (cas très rare).
Les fleurs, situées à l'aisselle des feuilles, sont monoïques. Comme aspect général, le Cératopbyllum ressemble au Myriophyllum. Il en diffère par ses feuÛles, qui sont découpées d'une façon dichotomique, en forme de cornes de cerf, au lieu de l'être à la façon des barbes d'une plume. La feuille est divisée d'abord en deux et chacune de ces moitiés, à son tour, se partage en deux, et ainsi trois ou quatre fois de suite.
On trouve les Ceratophyllums surtout au fond des eaux claires; ils nous ont cependant paru moins communs que les Myriophyllums. Ils persistent en hiver ou, parfois, produisent des hibemacles.
Les Lemnas (vulg. lentilles d'eau) sont ces petites plantes nageantes qui recouvrent quelquefois la surface entière de certaines pièces d'eau, comme d'mi tapis vert. Il y en a plusieurs espèces. Nous nous occuperons spécialement du Lemna minor qui est l'espèce la plus commune chez nous et qui, du reste, est cosmopolite.
Si nous examinons de près une de ces plantes, nous verrons qu'elle est composée de deux parties : 1" une partie verte — qu'on appelle la feuille — qui flotte sur l'eau et 2<>une racine qui, fixée à la face inférieure de la feuille, s'enfonce dans l'eau. Disons tout de suite que la partie verte, flottante, n'est pas une vraie feuiUe ; elle doit être considérée, plutôt, comme étant une tige modifiée. Cette tige est aplatie horizontalement et— cas rare pour un phanérogame
— elle est toujours dépourvue de feuilles, mais, parfois, rarement il est vrai, elle produit une fleur.
La face supérieure de cette tige est verte ; elle est pourvue de stomates. Elle sert à l'absorption de l'acide carbo-
nique et aussi pour la respiration. La face inférieure est beaucoup plus pâle; ses tissus renferment des espaces lacunaires, qui ont pour fonction de conserver une certaine quantité d'air, destiné à faire flotter la plante.
La racine des Lemnas présente aussi plusieurs particularités intéressantes; comme elle pend librement dans l'eau, l'étude en est facile (fig. 179).
Elle nous montre d'abord les caractères des racines des plantes aquatiques, submergées ou flottantes. Elle est relativement courte et grosse; elle ne se ramifie pas; elle est privée de radicelles et de poils absorbants. Enfin elle laisse voir admirablement la coiffe terminale.
On sait que les racines des plantes ne s'allongent que par la prolifération des tissus qui forment leur extrémité même. Pour que cette partie délicate ne soit pas blessée, elle est coiffée d'une sorte de bonnet qui l'enveloppe et a protège. La racine, au fur et à mesure qu'elle croît et s 'allonge, pousse en avant d'elle cette coiffe, qui, comme le ferait un coin, écarte la terre au devant de la racine et fraye im passage à celle-ci, tout en protégeant son extrémité. Il faut supposer que, chez le Lemna — dont la racine pend librement dans l'eau — la coiffe sert de protection contre la morsure des animaux aquatiques.
La racine des Lemnas a une double fonction. Elle contribue évidemment à l'absorption ; mais elle sert, en outre, d'organe stabilisateur, destiné à maintenir la plante en équilibre, lorsqu'elle flotte à la surface de l'eau. Cette racine présente encore la particularité— très rare chez les racines — d'être parfois colorée en vert par de la chlorophylle.
Ainsi que nous l'avons signalé, les Lemnas fleurissent parfois, mais rarement. Les fleurs, que l'on observe surtout au mois d'avril, poussent directement sur la tige aplatie flottante et sont fort petites. Elles ont subi le maximum de simplification possible. La fleur 5 ^st réduite à une simple étamine et la fleur 9 à un carpelle.
Les Lemnas se multiplient surtout par scissiparité. La
partie flottante de la plante — donc la tige — se ramifie dans son plan; elle produit des bourgeons latéraux qui, rapidement, se séparent, se dissocient les uns des autres, poussent une racine et forment une nouvelle plante.
Une plante de Lemna se dédouble, en moyenne, tous les six jours. Il en résulte que, du printemps à l'automne, la descendance d'un seul sujet est d'environ 32 000 plantes.
On ne trouve les Lemnas que dans les pièces d'eau qui ne sont jamais à sec, car le dessèchement fait périr ces plantes.
En automne, poussés par le vent, les Lemnas s'accumulent sur les rivages et périssent en grand nombre. Cependant, il subsiste toujours quelques plantes ou seulement quelques bourgeons — c'est-à-dire des fragments de tiges de petites dimensions, non encore pourvus de racines — qui réussissent à passer l'hiver. Au printemps, ils recommencent à végéter et, en peu de temps, vu la rapidité de leur multiplication, ils recouvrent de plantes toute la surface de l'eau. Chez quelques espèces de Lemnas, les bourgeons produits en automne tombent au fond de l'eau et y passent l'hiver ; ils remontent à la surface au printemps suivant.
On peut mettre des Lemnas dans l'aquarium, mais quelques unités seulement. Ce n'est, en effet, pas une plante utile ; elle ne contribue pas à oxygéner l'eau. S'il y en a un trop grand nombre, elle est môme nuisible, car elle empêche la lumière de pénétrer dans l'eau et elle gêne les animaux qui viennent à la surface pour respirer.
Dans la nature, les pièces d'eau dont la surface est envahie par cette plante ont une faune, en général, peu variée et peu abondante.
Ij Utrictilaria vulgaris. — De toutes nos plantes aquatiques, rUtriculaire est peut-être la plus intéressante ; c'est, en tous cas, une de celles que les naturalistes ont le plus étudiées.
Comme c'est le cas pour le Ceratophyllum, l'Utriculaire
n'a aucune racine. Cette plante flotte librement, le plus souvent vers la surface, mais, quelquefois aussi dans la profondeur — quand l'eau est bien éclairée.
L'Utriculaire n'est point rare dans nos marais ; elle est cependant moins fréquente et moins abondante que le Myriophyllum. L'aspect général de la plante est délicat et élégant. Les feuilles sont assez espacées les unes des autres; elles sont découpées en languettes minces et allongées.
Ce qui a rendu l'Utriculaire célèbre — si je puis m'exprimer ainsi — ce sont les organes particuliers — appelés utricules — qu'on remarque sur ses feuilles.
Ces utricules sont des sortes d'ampoules creuses, remplies de liquide, et fermées par un clapet; elles résultent de la transformation de quelques-uns des lobes de la feuille. Les plus grands atteignent un diamètre de trois millimètres. Tous ces utricules sont orientés de la même manière ; leur ouverture est tournée du côté de l'extrémité de la tige.
Lorsqu'un petit animal (le plus souvent un crustacé entomostracé) vient à se promener sur le clapet qui ferme l'ouverture, l'utricule subitement se dilate un peu, le clapet s'ouvre et l'animal se trouve aspiré dans l'intérieur. On peut, expérimentalement, provoquer ce phénomène en déposant sur le clapet un petit copépode, à moitié écrasé pour l'immobiliser.
Le clapet se rappliquant automatiquement sur l'ouverture, l'animal capturé ne peut plus ressortir ; il ne tai'de pas à périr.
On admet que la plante absorbe les produits résultant de la décomposition de ces animaux et s'en nourrit.
Les utricules, suivant les auteurs, ont encore une autre fonction tout aussi importante.
A certaines époques, beaucoup d'entre eux, dit-on, se remplissent de gaz et servent à la plante de flotteurs ; ils élèvent ceUe-ci vers la surface.
Quoique cette opinion soit classique, je la crois cependant erronée.
46 L* AQUARIUM DE CHMABRE
Le gaz que Ton observe, parfois, dans certains utricules est, à mon avis, de Fair qui s'y est introduit, accidentellement, au moment où l'on tirait la plante hors de l'eau. Lorsqu'on sort de l'eau un rameau d'Utriculaire, on entend une sorte de grésillement produit par l'entrée de l'air dans les utricules, qui, à son contact, fonctionnent comme lorsque un petit animal les provoque. Les plantes qui n'ont jamais quitté l'eau ne renferment, en efifet, pas de gaz dans leurs utricules et elles flottent tout aussi bien.
A l'opposé des plantes que nous avons étudiées jusqu'à présent, l'Utriculaire fleurit assez souvent — en juin — et se reproduit par graines. Les fleurs, placées à l'extrémité d'une petite tige, relativement rigide, se trouvent à quelques centimètres au-dessus de la surface de l'eau. Elles sont hermaphrodites, de couleur blanche et de dimension moyenne. Après la floraison, le rameau florifère rentre dans l'eau.
L'Utriculaire persiste pendant l'hiver, si celui-ci n'est pas trop rigoureux. Mais, en outre — comme nous l'avons signalé pour le Myriophyllum — il se forme souvent, en automne, à l'extrémité de quelques-unes des tiges, des bourgeons hivernaux, de forme sphérique, appelés turions. Ceux-ci, lorsque la tige meurt, deviennent libres et continuent à flotter sur Veau. Ils passent ainsi l'hiver et, au printemps, se développent rapidement.
C'est du moins ce qu'on lit dans les livres et ce que l'on observe dans Taquarium. Mais, « dans la nature », les choses ne m'ont pas paru se passer tout à fait ainsi. En automne, les tiges de l'Utriculaire meurent et pourrissent, sauf le turion, qui, seul, reste vert et vivant à leur extrémité. Le poids de la tige pourrie entraîne celui-ci au fond de l'eau, et il y passe l'hiver. Au printemps, en avril, le turion se développe en une tige. Le poids spécifique de celle-ci devenant de plus en plus léger au fur et à mesure qu'elle croît, il arrive un moment où elle monte vers la surface, en conservant à sa base, un long filament noir, reste de la tige poiUTie de Tannée précédente.
L'Utriculaire est donc une plante d'aspect élégant, intéressante à observer, et qui dégage passablement d'oxygène.
Pour toutes ces raisons, sa présence est, pour ainsi dire, obligatoire dans Taquarium.
Les Mousses, — Quoique, par leur port, les mousses ressemblent à des phanérogames, ce sont cependant des cryptogames.
La structure intime de ces végétaux est extrêmement simple; leurs tissus ne sont formés que de cellules; ils ne possèdent ni fibres, ni vaisseaux. Les mousses n'ont pas de racines. Les tiges ne sont, en général, pas fixées au sol ; elles sont simplement posées dessus ; elles meurent continuellement par la base et s'accroissent par le sommet.
Nous trouverons dans nos eaux douces trois sortes de mousses : la Fontinalis, les Hypnums et les Sphagnums.
La Fontinalis antlpyretlca est une jolie plante qui vit surtout dans les eaux courantes. Ses tiges, qui parfois acquièrent une longueur de près d'un mètre, sont caractérisées par leur axe dur, presque ligneux, quoique souple (fig.81).
Les « feuilles »^ sont disposées en spirale, au nombre de trois par tour.
Pour que la Fontinalis puisse fructifier, il est nécessaire que le ruisseau dans lequel elle vit soit un certain temps à sec.
Mais, le plus généralement, cette mousse se reproduit selon le mode des plantes aquatiques submergées, par détachement de quelques-uns de ses rameaux qui vont se fixer plus loin.
La Fontinalis est la plante qui convient le mieux pour un aquarium. Elle y pousse fort bien ; son port est élégant,
1 Les « feuUles » des mousses ne sont pas de vraies feuiUes ; elles n'ont de ces dernières que l'aspect extérieur, mais pas la structure intime. Ce sont des expansions de la lige. Elles sont constituées par une seule couche de cellules : elles ne possèdent ni nervures, ni tissus différenciés.
et — avantage inappréciable — elle continue à végéter et se porte aussi bien en hiver que pendant le reste de Tannée. En outre — second avantage — les tiges, en général, adhèrent au caillou sur lequel elles rampent, cas exceptionnel parmi les mousses. Or, sans trop de ^difficultés, on trouve des cailloux de petit volume pourvus de jeunes plantes de Fontinalis.
Si Ton met une de ces plantes dans l'aquarium — lestée par le caillou — elle reste sur le fond ; mais les tiges s'élèvent et flottent en divergeant jusqu'à la surface.
La plante constitue ainsi un escalier naturel, qui permet aux animaux non nageurs de passer du fond à la surface et inversement. En outre, l'aspect de la plante est tout à fait normal ; elle a l'air d'avoir naturellement poussé au fond de l'aquarium.
On trouve les Hypnums dans les eaux stagnantes et les Sphagnums dans les marais.
Ces mousses forment parfois un épais tapis au fond de Teau ou sur les rivages. Leurs tiges, pourrissant continuellement par la base, s'accumulent et contribuent à former la tourbe. Il n'y a aucun avantage à mettre ces mousses dans l'aquarium, sauf en hiver, quand, parfois, on a de la peine à se procurer d'autres plantes.
Du reste, en cas de pénurie momentanée de' plantes aquatiques, on peut parfaitement bien utiliser, comme plante d'aquarium, quelques tiges de la mousse terrestre, qu'on trouve dans les prés humides. Cette plante, en qualité de mousse, n'a pas de racines et elle supporte fort bien la submersion.
Nous voulons encore, dans cette courte étude des végétaux aquatiques, signaler un organisme, très intéressant par sa biologie, et qui fait, pour ainsi dire, la transition entre le règne végétal et le règne animal.
Les végétaux les plus inférieurs rentrent dans la classe des Thallophytes. Ils n'ont ni feuilles, ni tiges, ni racines-
Ils ne sont composés que d'un thalle, c'est-à-dire d'un organe rudimentaire à organisation des plus simples; il ne contient ni fibres, ni vaisseaux; il n'est constitué que de ceDules et, quelquefois, d'une seule cellule.
Les champignons sont des Thallophytes privés de chloi-ophylle. Ils sont donc obligés de vivre aux dépens des végétaux vivants (parasites), ou aux dépens des «orps morts (saprophytes). Leur thalle est habituellement caché dans la terre ou dans les tissus des corps aux dépens desquels ils vivent. Il peut avoir les formes les plus diverses ; parfois, le plus souvent, il est filamenteux (mycélium), d'autres fois il a la forme d'un cordon (sclérote).
Ce que le public nomme champignon, n'est qu'une partie du champignon; c'est l'appareil reproducteur qui se développe, à certaines époques, sur le thalle invisible, uniquement pour former des spores, reproduire la plante et la disséminer au loin. De même que, chez la Tulipe, la fleur - qui provient d'un bulbe invisible, enfoui dans la terre — n'est qu'une partie de la plante et n'apparaît que pour reproduire celle-ci.
Toutefois, certains champignons inférieurs n'ont pas d'appareils reproducteurs apparent ; les spores se forment sur le thalle lui-même. Et, chez certains d'entre eux, chez les Myxomycètes, le thalle est un corps amorphe, mou, non limité par une membrane, par conséquent éminemment déformable ; il porte le nom de plasmodie.
Les plasmodies de certaines espèces peuvent atteindre de grandes dimensions (comme la paume de la main, chez Fuligo); elles sont en outre, mobiles. Elles se déplacent lentement, pour ainsi dire en rampant, à la surface des corps. Nous voyons donc que, par leur bi<^ogie, elles ne diffèrent en rien des animaux inférieurs. Elles vivent, en général, sur les végétaux pourris ou à l'intérieur de leurs tissus; on en trouve, par exemple, sur les roseaux morts, amassés contre le rivage.
Si donc nous mettons dans l'aquarium quelques fragments de roseaux pourris, nous pourrons voir des plasmol'aquarium de chambre 4
L AQUARIUM DE CHAMBï?E
Fia. 2. — Plasmodie de Myxomycète rampant.
modies y apparaître — quoique ces organismes soient plutôt rares — et, en rampant, s'étendre, en forme de dentelle, contre les parois du bocal.
Ces plasmodies sont fort intéressantes car — grâce à leurs grandes dimensions — elles pennettent d'observer facilement les phénomènes intimes de la vie du protoplasma ^ qu'on ne peut autrement étudier que sur les orga-
1 On appelle protoplasina la su))stancc vivante dont ost compost'c la <.*ellule.
nismes microscopiques les plus inférieurs — les amibes — et seulement au moyen de lentilles ayant un puissant grossissement.
Admettons que nous ayons la chance d'introduire dans notre aquarium une plasmodie, voici ce que nous observerons :
Un matin, par hasard, nous constatons contre la paroi une tache blanchâtre réticulée, dont le diamètre peut at-
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FiG. 2 bis. — Plasmodie de Myxomycète.
teindre 1 à 2 centimètres et dont le contour est assez net au moins d'un côté.
On ne peut mieux comparer sa forme qu'à celle d'un fragment d'ime feuille pourrie dont il ne resterait que les nervures et, seulement près du bord, quelques parcelles de parenchyme (fig. 2 bis, C).Enlevons avec la pointe d'une aiguille un morceau de cette plasmodie et mettons-le, pour l'examiner, dans un verre de montre, rempli d'eau, disposé à l'abri de la lumière.
Le fragment détaché s'est de suite contracté et a pris la forme d'un petit grumeau blanchâtre opaque. Mais, si, sans le toucher, nous le regardons une ou deux heures plus tard nous constaterons qu'il s'est fixé au verre et que, de tous côtés, autour de lui, s'étend comme une auréole de tissu transparent à contour déchiqueté (fig. 2).
Pour pouvoir mieux Texaminer, plaçons le verre de montre et son contenu sous l'objectif d'un microscope.
Nous observerons alors que l'organisme est parcouru par des courants continuels — surtout dans les nervures. Les fines particules qui constituent la plasmodie fuient le côté d'où vient la lumière et se dirigent vers le côté le plus obscur. Elles forment par leur réunion de véritables courants qui cheminent dans tout l'organisme. Celui-ci tend donc, par ce fait, à s'atrophier d'un côté et à augmenter de l'autre. C'est par ce procédé que la plasmodie se déplace. En effet, le bord contre lequel les particules s'accumulent s'épaissit de plus en plus et s'étend en glissant lentement en avant, comme le fait un amas de boue qui coule; tandis que la partie opposée de la plasmodie s'atrophie de plus en plus et se résorbe petit à petit (voir fig. 2 et fig. 2 bis, C qui représentent des plasmodies se déplaçant dans la direction indiquée par la flèche). C'est ce qu'on appelle le m<ynvement amihoïde.
La plasmodie change donc incessamment de forme et se déplace très lentement; ces modifications sont cependant visibles, d'heure en heure, à l'œil nu. En 24 heures, l'organisme peut prendre successivement les différents aspects que nous avons figurés en A, B, C, D, E, F, sur la figure 2 bis.
Les plasmodies peuvent ramper contre les végétaux ou contre les parois du bocal (B, C) ; parfois elles prennent la forme d'un gâteau et flottent à la surface (F) ou bien elles se fixent contre les parois, un peu au-dessus du niveau de l'eau ou au ras de la surface (D, E). Ces plasmodies se reproduisent par scissiparité.
Je n'ai eu qu'une fois la chance d'en voir apparaître dans mon aquarium; elles y ont vécu et s'y sont reproduites pendant une quinzaine de jours; puis elles ont disparu.