‹ L'Aquitaine avant et jusqu'à l'époque de César: Introduction: Origine du nomChapitre 2 sur 5 · Origines des Ibères · texte numérisé non relu

Origines des Ibères

La dispersion des peuples loin du berceau postdiluvien de l'humanité, ce grand événement que l'Ecriture a caractérisé sous le nom de confusion des langues, à Babel, ne fut pas le résultat d'un fait unique et instantané : pendant des siècles, il ne cessa de s'opérer des migrations de plus en plus lointaines divisées elles-mêmes par des étapes variables quant au temps, quant à l'espace parcouru, enfin, quant aux modifications linguistiques et sociales qui en furent la conséquence ou le motif déterminant. La séparation se fit par zones irrégulières : le Nord à la race Japhétique; le Centre aux Sémites; le Sud aux Chamitcs, dans toutes les directions.

Japhétdens. — Parmi les fils de Japhet se trouve Javan, dont la famille occupe les îles (contrées maritimes), c'est-à-dire la Grèce et les pays de la Méditerranée (1). Ils étaient de grands navigateurs, la tradition ne l'a point oublié (2); leurs neveux actuels sont encore les premiers marins du monde (3). Tarsis désigne l'une des branches de la famille de Javan : les descendants de ce patriarche traversèrent la Méditerranée, franchirent le détroit nommé plus tard les colonnes d'Hercule et s'établirent sur le prochain rivage de l'Océan, à Tembouchure

(1) Genètt, X. 15. L'aatear ajoute qu'ils parlaient diiïërentes lanfaes. (3) llli robur et sos Iriplox

Circa peclus erat, qoi fragilem traci Commisit pelago ratem,

Primas

Audax lapoti ^nas. Horace, Odetf i, 3.

(3) Les Grecs et lee riverains orientaai do l'Adriatique.

du fleuve qui devait s'appeler le Bétis; ils fondèrent Tarsis, la Tartesse des Grecs (1); ils peuplèrent la Turdétanie dont les habitants, après la conquête romaine, montraient avec orgueil une histoire en vers remontant à une antiquité fabuleuse (2). Cette migration paraît être antérieure au xxviii* avant notre ère (3).

On a voulu rattacher les populations de l'Espagne à Tubal, autre fils de Japhet, dont seraient descendus les Ibères d'Asie (4). Par une conséquence qui semble résulter de l'identité du nom, les premiers habitants de la Péninsule seraient venus des bords de l'Araxe. Mais il est bon d'observer que le nom d'Ibères est bien moins ancien en Asie qu'en Espagne, et que les riverains de l'Araxe étaient désignés autrement à l'époque où ils auraient pu émigrer vers l'Occident et à des époques bien postérieures (5). Le système est donc des plus insoutenables : ces montagnards ne furent jamais qu'un très petit peuple qui ne fit point parler de lui (6) ; si, toutefois, ils

(1) Les origines des noms compris dans le présent récit seront données au $ solvant, Etymologies et preuves,

(2) Six mille ans, selon Strabon, m, 1. Ils parlaient une langue différente de celle des antres Ibères.

(3) J'adopte la chronologie la plas large» basée sur les Septante, confirmée par le texte samaritain et par Joséphe. Les rédacteurs des livres sacrés n'ayant pas eu l'intention de préparer les calculs de la science moderne, on doit prévoir des lacunes évidentes dans le texte hébreu, très probables dans les Septante eux-mêmes, mais d'ailleurs d'une importance relativement médiocre dans ce dernier texte.

(4) Joséphe dit que les descendants de Thubal ou Thobelliens se nommaient, de son temps, Ibères. Uist, des Juifs, i, c. 6. Il les place entre les Mèdes et les Cappadociens qu'il nomme Mosoch.

(5) Au vii« siècle, les descendants de Tubal sont au môme peint et ont le même nom, entre les Grecs {Jonim) et les Mosoch (Cappadociens ou Moscovites); Exéchiel, xxTii, 13. Hérodote les appelle Sapires. Xénophon, qui avait traversé leur pays, les désigne sous le nom d'Hespéri tes, dont l'explication se trouvera ci-après. Le nom d'Ibères n'apparatt que dans le i^r siècle avant notre ère, à l'occasion des conquêtes de Pompée.

(6) Je démontrerai plus tard que le nom d'Ibérie est dû à la position géographique des contrées. Il est vrai que, dans le Caucase, il y a un fleuve Arhagus, l'Araxe ou Phase, et dans l'Espagne une rivière Aragus, l' Aragon. Mais l'identité des noms de lieux, pouvant tenir aux causes les plus fortuites, n'a de valeur qu'autant qu'elle s'appuie sur l'histoire. Que prouve une pareille homonymie ? Autrefois, on attribuait aux héros de Troie, en Asie, la fondation de Troyes en Champagne.

Dans cet ordre d'idées, il ne faudrait pas oublier les Tihareni^ dont le nom n'est

détachèrent vers TOccident une colonie, si les Basques y prirent leur origine, ce qui ne s'appuie sur rien, à vrai dire, il n'en faudra pas moins convenir que la place qu'ils ont pu réellement occuper est beaucoup plus modeste que celle que la science contemporaine se plaît à leur attribuer.

Berbères. — Les Chamites se massent de la Méditerranée au golfe Persique, la discorde les sépare en divers sens. Une partie d'entre eux, établie d'abord en Arabie, d'autres venant de Chanaan, traversent l'Egypte, l'Ethiopie, la Lybie et atteignent les dernières limites de l'ouest (1). Ils occupent l'Afrique, de la Mer Rouge aux Colonnes d'Hercule, puis ils passent le détroit, et il s'établit un courant continu au profit de l'Espagne (2); il est probable que ce dernier pays, dont les anciens se plaisent a faire une terre de délices, les attira fortement : l'immigration, commencée au moins vers le xxv* siècle, se prolongea indéflniment. Faute d'autre nom, Varron et Pausanias nomment Ibères les premiers envahisseurs de l'Espagne qui peuplèrent ensuite la Sicile, la Sardaigne et la Corse (3).

Perses. — Dans le xxm* siècle avant notre ère, les Phéniciens se portèrent des rivages du golfe Persique sur ceux de la Méditerranée où ils se fixèrent (i); ce mouvement est coupas sans rapport avec celai des Ibères. Ceux qui les disent Scythes lear attribacnc l'usage de la couvade connu des Basques. Apollonius de Rhodes, Àrgonaulet, ii; Nymphodore, Fragments des petits poètes grecs» ii, — Xënophon les place sur les bords de la mer Noire, entre Trôbisonde et Colyore : Retraite, v.

(1) Ibn-Rhaldoun, Histoire des Berbères, Alger, 1852, i vol. in-4«; traduction par M.doSlano, 4 vol. in-B^, t. i, Dynasties des Berbers, selon l'orthographe du traducteur.

{%) Le détroit n'est point de date récente, comme quelques-uns l'ont prétendu; mais peut-être fut-il jadis plus resserré; en tout cas, les communications toujours faciles se prêtèrent un passage, comme il résulte d'une antique tradition qui veut qu'un pont ait relié les deux rivages: Ibn-Kbaldoun, ouv. cité.

(3) c In universam Hispaniam, M. Varro pervenisse Iberos, et Persas, et Phœni- » cas, Celtasque et Pœnos tradit. » Pline, Hist, nat,, lu, 1. Des Ibères, venus d'Espagne, colonisèrent la Sardaigne longtemps avant la guerre de Troie; Pausanias, X. Quant à la Sicile, voir ci-après ligures.

(4) Eusèbe, Prépar, Evang, i.

temporain de celui que la tradition a caractérisé sous le nom d'expédition d'Hercule au pays des Hespérides, ce qui signifie expédition, en occident, des orientaux adorateurs de Melcarth (1). Salluste, écrivant d'après les documents en langue punique laissés par le roi Hiempsal, nous apprend que ces orientaux étaient surtout Perses, Mèdes et Arméniens, qu'ils se rendirent par mer en Afrique, puis passèrent en Espagne; que là Hercule fut tué, ce que j'entends signifier que son expédition fut arrêtée, et que les débris de son armée ayant regagné le sol africain, les Perses se fixèrent sur les bords mêmes de la mer (2). Nous les y retrouvons, en effet, sous le nom de Pharusiens,* du temps de Pline qui établit leur identité (3).

Ce qui en resta surtout dans l'imagination populaire, ce fut l'introduction du cheval, dont la première mention, qui ne se sépare point de celle des Perses, a donné lieu au mythe de Persée : seulement, les Grecs ont brouillé tous ces souvenirs et rapproché les dates (4).

Phéniciens. — Hercule ou Melcarth dont le culte avait été apporté de l'Orient, comme on vient de le voir, demeura la personnification historique des Phéniciens; il est donc probable que ceux-ci faisaient partie de la grande expédition des Hespérides. Plus tard, lorsque Tyr eut enlevé à Sidon sa prospérité et son commerce, les Phéniciens se mirent à sillonner la Méditerranée; peu soucieux de conquêtes territoriales, limitant leurs établissements aux stations maritimes d'où ils pouvaient exploiter les produits de chaque contrée, ces hardis navigateurs fondent trois cents comptoirs sur les rivages de la

(1) Jastin, XVIII, 3.

(9) Salluste, guerre de Jugurtha. — Isidore de Séville, Origines, u, 2.

(3) « Pharusi quondam Persœ comités Hercolis ad Hesperidas teodeatis. > Pline, Hist, nat.t, T. 8.

(4) Clément d'Alexandrie, Stromat I. — ApoUodon, Bihlioth. II.— Hérodote II, 91 et passim. — Diodore de Sicile, V. — Pausanias II. — Ovide, Métam, VII. — Platarqae, Sertorius, III.

Méditerranée. L'Espagne, contrée abondante en métaux, ne fat pas négUgée : le Phénicien y rencontra le Berbère pour lequel la communauté d'origine et la diversité des aptitudes lui donnait une grande propension. Dès le xvi* siècle, Gadès s'élève sur le territoire de Tharsis (1); loin d'arrêter les migrations africaines, l'établissement phénicien les favorisait, en attirant des populations dont celles-ci avaient des liens d'origine ou d'idiome, dont celles-là subissaient leur domination sur le rivage opposé, dont les dernières enfin ne cherchaient qu'aventures; de même, au moyen âge, les Berbères ne cessent d'envahir l'Espagne, sous l'impulsion des Arabes (2); les Phéniciens exploitèrent successivement tous les pays occupés par les Ibères : l'Espagne, et les trois grandes îles, Sicile, Sardaigne, Corse.

Celtes. — Un courant en sens opposé, par le Nord et par les Pyrénées occidentales, conduisit les Celtes en Espagne. Ce mouvement, qui dura des centaines d'années si même il ne se continua pas jusqu'aux époques historiques, paraît être postérieur au xvr siècle avant notre ère (3). Je l'attribue à ces pressions qui, partant des grandes plaines de l'Asie, jetaient, les unes sur les autres, les populations barbares. César luimême arrêta un de ces déplacements qui portait les Helvètes sur les bords de la Garonne, et qui aurait refoulé au-delà des Pyrénées des populations trop faibles pour défendre Théritage de leurs pères (4).

L'Espagne était en mesure de tenir tête à l'étranger: aussi la lutte fut-elle longue. Une supériorité incontestable dans les

(]) Trois siècles après Utique, deux siècles avant Carthage^ dont la fondation est fixée à cinquante ans antérieurement à la guerre de Troie, de 13i0 à 1233 avant J.-C, celte dernière date proposée par Appien.

(3) Les Espagnols ne s'y sont pas trompés; ils nomment « Moros » ceux que nous appelons à tort « Arabes >. Les Berbères formèrent toojonrs la presque totalité des immigrants. Les Almoravides, entre autres, portaient sur le visage le /ilAani ou voile bleu dont se servent encore les Touaregs.

(3) Les Celtes ne vinrent qu'après les Tyriens, Strabon, m, 4.

(4) César, guerre des GauleSf i, 12-26.

combats ne suffit pas anx Celtes qui furent obligés de transiger (1) : il arrivait fréquemment, en effet, que vainqueurs et vaincus partageaient le même toit; ainsi se forma la race mixte des Celtibères. Elle occupa le nord-ouest de TEspagne; tous les pays du centre arrosés par le Douro, le Tage et le Guadiana, en un mot le bassin espagnol de TAtlantique; en sorte qu'on a pu dire avec raison que tout le littoral de TOcéan, depuis le Nord delà Gaule jusqu'à Gadès, était occupé par les Celtes (2); il en résulte aussi que c'est bien par les Pyrénées occidentales que se firent les invasions (3).

Ligures et Sicanes. — L'invasion des Celtes, en atteignant les bords du Bétis ou Guadalquivir, à peu de distance des colonnes d'Hercule, les mit en présence des Ligures. D'où venait ce peuple? On répond qu'ils étaient originaires des montagnes au pied desquelles coule le Guadiana, et qu'ils s'appelaient Li-gor ou lUgor, ce qui, en basque, signifierait « ville haute » (4). On aurait évité cette étymologie erronée si l'on eût observé que le latin ligures n'est qu'une forme corrompue sur laquelle on ne peut fonder de dérivation (5). D'ailleurs, il n'y a pas de peuple primitivement originaire d'Espagne, et si la doctrine de la pluralité des races était soutenable, ce n'est point à ce pays qu'on pourrait l'appliquer.

Dans la mythologie, qui est aussi de l'histoire, ligur est le fils de Phaéton, lequel n'est autre que Phlhah, personni-

(1) Diodore de Sicile, 1. 1, 5. — Appien, guerre d'Etpagne.

(2) Eratosthéne dans Polybe, xxxiv, fragm. — Hérodote, 1. ii, 33; 1. iv, 49. — Strabon, 1. m, c. 3, comprend, dans la description de la Lusitanie, tous les montagnards da nord-oaest auxquels il reconnaît, en outre, des mœurs analogues à celles des Celtes : Artabres, Cantabres, Astnres, etc., jusqu'à la frontière des Vascons.

(3) M. Am. Thierry, Eût. des Gaulois, i.

(4) Humbold, Am. Thierry, etc.

(5) La forme primitive est Ligus, employé par les Latins et traduisant le grec Atyyjç'j les Romains, ne pouvant dire Ligues ont prononcé Ligures. On sait que l'admission des formes grecques, dans le latin, ne date que des deux derniers siècles avant J.-C.

fication de l'Egypte {gai'phthah, vallée de Phthah), identique à Phert, fils de Cham, frère de Misraïm, habitant d'Ammon (1); et à FEpaphus des Grecs (2). L'Eridan, où se noya Phaéton, est placé par les anciens en Espagne, en Gaule, en Italie (3). On ne saurait mieux indiquer la marche des Ligures du Nil aux Apennins.

Les Ligures étaient des Berbères : leur nom en grec était Ligyes, d'où les Romains ont fait Ligu-res.

Il existait, dans leur première station connue, une ville nommée Ligysticè, voisine de Tertesse; à côté, un lac ligystique (4). Or, Avienus, qui écrivait sur des documents écrits en punique, ne dit pas ligystique, mais bien LibysUqiœ (o). Il faut inférer de là que ce que les Grecs écrivaient Ligyes était écrit par les Carthaginois liôye^, c'est-à-dire Libyens (6). Les Romains disaient aussi Libici et Libyci i^owr Ligures ÇJ). Mais ce nom était punique, phénicien, et il différait du vrai nom Berbère. Peut-on espérer de retrouver celui-ci?

Ptolémée signale un peuple qu'il nomme Lebatai, en Lybic; Corippe appelle Languentan, Languatan, et Ilagvaten une tribu du même pays; les Arabes disent Lauatah; la véritable prononciation berbère est Ilouaten ou fils de Loua et habitants du désert de Barca (8). Ces faits, qui ne peuvent pas laisser de doute, nous donnent une double solution : 1** ou, b, g permutaient en passant d'une langue à l'autre;

(1) GBiiisB, X, 6. — s. Jérdme nomme les Libyens Phutei.

(2) ÂpoUodore, i.

(3) Pline, Hùt, nat.f xxxvii, 9. — Deoys d'Halic. met l'Eridan aax Pyrdnét's; — et la date au xviii» siècle.

(4) Etienne de Byzance, Lfxicon.

(5) Scd insolam

Tartessns amnis à Libystico Laça

Fer operta lapsus nndoqae ablapsu ligat.

Fest. Avien. Ora maritima.

(6) L'erreur des Grecs peut provenir d'une confusion entre 1rs termes Loubim, Libyens, et laeytm, barbares, employés par les Phéniciens. — c Atque ubi Libys Alebionis frater, à quo Ligures postmodô vocati fuerunt...» Natalis Cornes, vu, 1.

(7) Tite-Live, xx, 35; xxi, 38.— Pline, m, 17.

(8) Ibn Khaldoun, Hist du Berbères, 1. i, p. 231 et suiv.

2" Les lAgures sont des Libyens, des Louata, des llouaten. Leurs mœurs justifiaient cette origine (1).

Cliassés de leurs terres, les Ligures refoulèrent à leur tour les Sicanes et firent une longue station dans ribérie propre ou pays en deçà de TEbre : Strabon les signale comme anciens habitants de cette contrée sous le nom à'/glètes (2); franchissant, enfin, les Pyrénées orientales, ils se fixèrent sur les côtes du golfe de Lyon, en Ligurie.

Les Sicanes s'établirent dans Tîle de Trinacrie et lui donnèrent leur nom jusqu'au moment où ils furent refoulés par les Sicules (3).

Grecs. — Ce peuple n'exerça pas une grande influence sur les destinées de l'Espagne, mais ses écrivains contribuèrent à la faire connaître, et il est indispensable de savoir ce qu'ils en ont dit pour juger sainement de l'origine des noms attribués aux hommes et aux choses du pays.

Les colonies provenant de Troie peuvent être classées dans l'ordre des légendes fabuleuses. D'après Hérodote, les Grecs n'avaient aucune connaissance de l'Espagne avant l'an 640, ou les Samiens parvinrent, pour la première fois, sur les côtes de la Tartèse (4). Au siècle suivant, les Phocéens, appelés sans doute par ceux de leurs compatriotes qui s'étaient déjà fixés à Marseille, reconnaissent le pays et font alliance avec son roi (5). C'est en Catalogne que naissent leurs principaux établissements.

(1) Caton, dans Servins, ^neidey xi, appelle les Ligures < latrooes, insidiosi, Diendaces, fal laces. » Cervantes dit des Maures : c embelecadores, falsarios y chimeristas. > Voir l'intéressante description donnée par M. Am. Thierry, Hist, des Gaulois, t. II, p. 15 et sniv.

(2) Strabon, m, 4. — Etienne de Byzance dit Glètes En berbère, l't initial est la marque du pluriel; de Ligy à Iglif la transition est facile par métathôse; êtes est la terminaison donnée par les Grecs des établissements voisins.

(3) Thucydide, Yi, 2. —Hérodote, vu, 170. — Denys d'Halic.

(4) Hérodote, iv, 152.

(5) Hérodote, i, 163. C'était aux temps de Cyrus, vers 540 avant J.-C.

Mon illustre maître et ami, M. l'abbé Bargôs, dont les connaissances sont la plus hante expression de la science moderne, en fait de choses de l'Orient, a démontré

Carthaginois^ Romains. — Après la raine de Sidon, surtout à la suite de celle de Tyr, Carthage accapara le commerce des Phéniciens; elle s'attribua leurs établissements; puissance politique et guerrière, elle entreprit des conquêtes territoriales. Rome s'en inquiéta, comme l'avait déjà fait Alexandre de Macédoine; elle intervint sur tous les points et commença par chasser les Carthaginois de la Sicile. En Espagne, à une époque où elle n'y possédait rien, Rome s'efforça d'arréler les progrès de Hamilcar : par un traité, qui fut le quatrième de ceux qu'elle conclut avec Carthage (1), elle stipula que le cours de l'Ebre serait la limite des deux ambitions rivales. Cependant, Hamilcar avait fondé Barcelonne (2); Hasdrubal, son successeur, créait Carthagène, et « tout était carthaginois au-delà de l'Ebre (3). » Annibal brise les traités et soumet toute la péninsule; on sait quel fut le résultat définitif : les Romains se substituèrent partout aux Carthaginois. Toutefois, leur conquête ne fut entièrement achevée que par Auguste, dans sa campagne contre les Cantabres, l'an 25 avant J.-C.

En résumé, les éléments de la population de l'Espagne, antérieurement à l'époque de César, sont les suivants, par ordre d'importance numérique probable :

Les Berbères d'Afrique, sur la majeure partie du territoire;

Les Celtes, à l'ouest et au centre;

Les Phéniciens, Carthaginois, Grecs, Japhétiens antiques, sur les côtes;

Les Romains, sur un petit nombre de points;

Les Basques, les Perses et divers.

dès longtemps que Marseille, fondée par des Gaulois, oecopée ensuite par les Phëniciens, a été prise, enfin, pas les Phocéens, qui s'y filèrent en l'an 600 avant J.-C. Temple de Baal, à Marteille, 1847, gr. in-8o.

(1) Polybe, III, 5.

(%) Conjecture do Marca, Marca Hispanieaf Paris, 1678, in-fol., p. 150. Le nom se rapporte pent-rèlre à la racine barakh bénir, plutôt qu'à la famille Barca. Ausone l'appelle punica Bareino. Hamilcar aurait eu à peine le temps de la fonder, et elle devait remonter à une époque antérieure.

(S) Tite-Live, xii, 5.

S 3. — Preuves ètsrmologiqaes.

Les traces matérielles des diverses nationalités qui ont successivement foulé le sol de TEspagne sont bien difQciles à saisir: les injures du temps, la brutalité des hommes en ont détruit la majeure partie; le peu qu'il en reste fut à peine l'objet des recherches de la science. La tradition, de son côté, étant très insuffisante, c'est à la philologie qu'il faut demander des preuves; mais, comme les peuples, les langues se sont successivement remplacées, et les noms les plus anciens ont disparu devant des formes ou des radicaux relativement modernes. Essayons, toutefois, de réunir ce qu'il y a de plus frappant.

Une méthode trop facile a permis de trouver en tous lieux les vestiges du basque; un travail du même genre en sens opposé ne prouverait rien : J'écarte donc tout ce qui n'a point l'appui de l'histoire et je limite aux noms propres de peuples et de lieux la recherche de ces antiquités.

Japhétiens. — Tharsis fut un nom d'homme, puis successivement de famille, de peuple, de pays, de fleuve, de ville. Etabli en Espagne, ce peuple parlait une langue particulière qui n'était pas celle des autres Ibères : Qu'en est-il resté? on l'ignore. Quant au nom même, les hébraïsants en donnent l'explication, et ils en ont le droit, parce qu'il remonte à la langue dont l'hébreu, plus que tout autre idiome, a conservé les éléments (1).

On sait que les flottes combinées d'Hiram et de Salomon se rendaient, tous les trois ans, à Tharsis et qu'elles en rapportaient de l'or, de l'argent, de l'ivoire, des singes, des paons et du corail (2). L'école teutonique a cru trouver, dans

(1) ThartehUeh signifierait c meurtrissani, contondant » c'est-à-dire fort et violent.

(3) Roû (III delà Vnlgate) x, n. —II. ParaUp. ix, 21.

ces indications, la preuve trop nécessaire de l'existence du sanscrit au x* siècle avant notre ère; pour cela, il a fallu supposer : 1" Que Tharsis était dans Tlnde (1); 2° que les notns des objets ci-dessus étaient non-seulement hindous, mais sanscrits. Cette modeste antiquité n'a pu même être prouvée.

En effet, Tharsis est à l'ouest et non à l'est de la Palestine : pour s'y rendre, ou s'embarquait non pas à Esiongaber sur la mer Rouge, mais à Jaffa sur la Méditerranée, comme nous l'apprend le prophète Jonas (2). Deux siècles plus tard, Ezéchiel signale Tharsis comme étant le marché des métaux communs, tels que le fer, l'étain et le plomb, qui sont toujours venus de l'ouest et jamais de l'Inde (3). St Jérôme ne s'y est point trompé : il traduit « Tharsis » par « les Carthaginois.» Quant aux quatre mots désignant l'ivoire, les singes, les paons et le corail, ils ne viennent pas du sanscrit, et l'antiquité de cet idiome pédantesque reste plus que jamais douteuse (4).

De Tharsis, les Grecs firent Tartesse, qui désigna le pays, le fleuve et la capitale (5) : les Romains prononcèrent Tertessus. On en tira aussi Tourtes, nom de peuple, transformé plus tard en Turdutes et Turdetans (6); il faut y rattacher aussi les Thersites que Polybe énumère parmi les soldats détachés en Afrique par Hannibal (7). Enfin, on trouve dans certains

(1) M. Lassen, Inditche aller tumtkunde, i, p. 538 et s. — M. Max-M aller, leoturu on science oflang.^ 1. 1, p. 207.

(3) Jonas, i, 3. L'Océan atlantique était alors plein de baleines et de cachalots, qui furent pins tard l'objet des pèches des Cantabres.

(8) Exéchiel, xxvii, IS. — L'Espagne était, dans l'antiquité, le grand marché des métaux. V. Pline, P. Mêla, Solin.

(4) Des quatre nkots, deux seraient tout au plus tamoul et malabar, tous sont a»surément douteux. L'éléphant, les singes, le corail, étaient très communs en Mauritanie; le paon est originaire de Samos. Saumaise. Exercit. in Solin, i, 40; Àpollodore. — Enfin, les Aryas auxquels on fait parler le sanscrit n'avaient point franchi l' Indus à celte époque: observation due à M. Hewit Key, The sanskrit lang,

(5) La permutation du s en I est des plus fréquentes dans les langues orientales et en grec.

(6) Artémidore, dans Etienne de Byzance, Lexieon.

à) Polybe, III. 7. Cette forme se rapproche de l'original.

auteurs Carpeia et Carpessus (1); de là peut-être le nom de peuple Carpetani, Carpesii et celui de Calpe, Tune des colonnes d'Hercule que Strabon place auprès de laTartesside (2).

Plus tard, ces noms furent remplacés par ceux de Gades et de Bétique, en ce qui concerne la contrée sud-ouest de l'Espagne. Ils ont pu, d'ailleurs, désigner toute la péninsule et ses habitants, par une extension de langage analogue à celle qui porte les Arabes à se servir du mot d'Andalousie dans le même sens (3).

Berbères. — Ibn-Khaldoun, qui a longuement discuté la question de l'origine de cette race, d'après de nombreux documents arabes aujourd'hui disparus, conclut en ces termes : « Les Berbères sont les enfants de Chanaan, fils de Cham, » fils de Noé, ainsi que nous l'avons déjà énoncé en traitant » des grandes divisions de l'espèce humaine (4). Leur aïeul » le nommait Mazigh, leurs frères étaient les Gergéséens, les » Philistins; etc. (5), » l'assertion est trop exclusive : à côté des descendants de Chanaan, il y avait un grand nombre de tribus provenant d'autres Chamites; il y avait des Sémites aussi. Mais la langue était unique : St Augustin en rend témoignage, et malgré l'état actuel de corruption des dialectes, on voit qu'il avait raison (6). Du reste, le nom de Berbère est étranger à cette langue : il n'est autre que le mot barbari, appliqué par les Romains aux indigènes et adopté par les Arabes.

(1) Paasanias, vi, 9. — Âppien, y, 30. — Etienne de Byzance, Lexieon. — Àmasaeos, trad. de Pausanias. Qaelques-uns ont cra à une confasion avec Carteia^ ciaprès.

(2) Strabon, m, c. 2. — Polybe, m, c. 4. Kapreo-toe.

(3) Poar les Arabes et les Berbers contemporains, AndaUss est Espagne et Andalousie; Andalessif andaloa et espagnol. Ce nom paraît être emprunté à celui des Vandales,

(4) Il s'agit des Prolégomènes^ autre ouvrage d' Ibn-Khaldoun.

(5) Ibn-Khaldoun, ouvr. cité.

(6) € In Africà barbarà, gentes in unâ lingnâ plurimas novimus. » De Civ, Det, XVI, 6.

Le nom de Mazigh se retrouve dans ceux des Maxyes, MazyceSy Mazuces, 3Iazaces, Maxitani, Masmsenses, conservés par divers auteurs de l'antiquité (4); il est intact dans Amazigh, dénomination actuelle d'une partie de la population du grand désert d'Afrique (2).

Les noms de provenance berbère doivent être nombreux en Espagne; mais plusieurs tauses en rendent très difficile la reconnaissance : les Berbères n'ont laissé aucun monument historique connu^ et à travers quarante siècles, leurs noms défigurés par les étrangers ont perdu leur physionomie primitive. En suivant la méthode de l'école basque, en s'attachant à la seule analogie des sons, en comparant les désignations de peuples et de villes avec les premiers venus' des verbes, des substantifs communs et des prépositions ou autres éléments du discours, on trouverait certes dans le dictionnaire berbère de quoi expliquer toute la géographie de l'Espagne; mais je fais un travail consciencieux : je citerai des noms propres, qui ont au moins une portée historique :

Astures, Asturiam. — A comparer avec les peuples d'Afrique, Auslur, Austuriani (Ammien-Marcellm, Corippus).

Bargusu. — Les Bergliouata vivent aux lieux où Ptolémée place les Bakaualai, l'itinéraire les Bacuetes, les inscriptions es Baguâtes.

Cantabri. — Cantauriani, Cantom-ani, en Afrique (3).

Icositani; médailles, Icosarm. — Icosium, Alger.

Ligures, déjà expliqué.

Oretard. — Ourtin, Ourdhin, etc. Un grand nombre de

(1) Hérodote, is, 191. —Etienne do Byzance. — Justin, viii, 6. — Saétonc, vi, SI. — Claudicn, Paneg. ad Stilicon, — Ammien-Marcollin. — Némésien. — Corippus, Johannide,

{%) Amaxigh, plariel Imaxighenf et plas souvent Imouchagh; féminin îamacheghi, valgairemcnt lamac/ieÂc. Dans le dialecte tamacbck, a initial est le signe du masculin singulier, t initial celui du masculin pluriel, I initial et final celui du féminin.

(3) Les Cantabrcs étaient fortement mélangés de Gaulois; dans la fusion, les

noms anciens ont fréquemment survécu, parce que c'éudent ceux du pays; — atti, signe du collectif ou pluriel.

tribus berbères ont des noms commençant par Our. Il en était déjà ainsi du temps de Ptolémée : Ouetroneis, Ourbikai, à comparer avec Urbiaca (1).

Sedetani et Vaccœi. — Zêta, Vacca, villes d'Afrique (2).

Tithes. — Tithouan, Tétuan, au Maroc. Justin rapporte une tradition d'après laquelle la guerre des Titans aurait eu lieu dans Tangle sud-ouest de TEspagne, au pays de Tartesse (3).

Vingt noms commençant par i signe du pluriel masculin, autant par t, signe du féminin.

Perses. — S'étant fondus dans le reste de la population, ces immigrants ont laissé peu de traces locales; mais leur souvenir vit dans le nom même de TEspagne, « pays des chevaux (4). » Les Perses dont il s'agit étaient les premiers cavaliers, et l'imagination populaire, fortement impressionnée de leur étrange apparition, leur assura l'immortalité dans les mythes de Persée, de Bellérophon et des Centaures. D'ailleurs, la Perse paraît être la patrie primitive du cheval, ou du moins le point où il s'est d'abord multiplié (5).

A ce titre, aucun pays ne fut plus célébré que l'Espagne : les anciens ne savent, comment exprimer la vigueur, la rapidité, la générosité de la race; en disant que les cavales y étaient fécondées par le vent, les plus graves auteurs croient annoncer un fait extrêmement certain (6). Un grand nombre de noms propres de FEspagne a cette même origine (7).

(1) Our, fils — ara, enfant, pi. araoueni d'où, par redoublement, rour fils; ould pour ourt, fille.

(2> César, guerre d'Afrique^ 68, 74.

(3) Justin, XLiv, 4.

(4< Àspj cheval, entre dans la composition d'Hystaspo. On sait que ce mot a proproduit le grec innoç et le latin equiu.

(5) Fars, Farst5(an;para5cft, cheval et cavalier, d'une racine signifiant ongle creux, sabot. Comparez centaure avec cantabref etc., ci-dessus.

(6) Varron, De re rustica, ii, cl. — Columelle, De re r. vi, c. 27. — Virgile, Georgiq ni, v. 273. — Pline, Hist. nat,, iv, c. 22; viii, c. 42; xvi, 25. — Solin. Polyhist, 23. — Justin, xliv, 3.

(7) Hispalis, Ispaster, Ispaturgi^ Aspis qui cesse d'être basque. Il y avait d'ailleurs un Aspis près do Carthage, en Afrique.

Bochart a proposé un autre système d'après lequel TEspagne serait le « pays des lapins (1); » le lapin y était fort abondant, si même il n'en était originaire. Hérodote parle des belettes de la Tartese qui étaient peut-être le même animal (2); Polybe décrit, mais à F occasion de la Corse, le lapin alors inconnu de Tantiquité classique (3).

Phéniciens. — Tyriens et Carthaginois. — Depuis Eichhorn, on donne le nom de Sémitiques à un groupe de langues qui ont entre elles une grande affinité et qui sont: le cananéen, Varaméen, V arabe, V éthiopien; Técole teutonique a dit que ceux qui les parlaient étaient des Sémites, et c'est une erreur.

Le cananéen est la langue qui se parlait en Canaan au temps où Abraham vint en ce pays et substitua cet idiome à Taraméen qui était la langue de ses pères. Les dialectes en sont : Yhébreu, qui est le plus parfait et le plus ancien do tous; \o phénicien, connu par de nombreux monuments épigraphiques; le philistin, le moaJbile, V ammonite dont il reste des traces; enfin le punique. L'araméen a pour dialectes le chaldaïque et le syriaque.

Or les Cananéens, les Phéniciens, les Philistins, les Chaidéens, les Ethiopiens, une partie des Arabes sont des Chamites; par conséquent, la qualification de sémitique est ridiculement fausse; elle n'est appUcable qu'aux Hébreux, aux Syriens, aux Nabathéens (habitants primitifs de la Babylonie) et à une partie des Arabes (Joctanides et Ismaélites); par contre, elle est vraie des Perses et de quelques Grecs (Dorions) malgré leurs idiomes « aryens » ou « indo-germaniques, » comme on les appelle dans le jargon contemporain.

Il ressort de là que les systèmes de races basés sur les lan-

(1) Bochart, Pkaleg et Canaan

(2) Hérodote, iv, 192.

(3) € Vu de loin, le l.ipin ressemble auli«nro; en réalilt^ la fi^'urc ot l« goûtdtffé- » reat. > Pulybe, 1- xii: Kovv(x).o»', cuniculus. Voir la dissertation de Saamaise, InSolin, c. 23, p. 199, 1869, in-fol.

gaes sont erronés, et celui de Hambold est aussi peu soute-

nable que ceux de MM. Renan et Max-Muller.

Les Phéniciens, qui étaient des Cananéens, parlaient la langue de ceux-ci, identique à celle des Hébreux (sauf certains détails provenant généralement de la continuité de leurs relations commerciales avec la Chaldèe). Les Phéniciens, disje, conservèrent plus ou moins longtemps dans leurs établissements leurs moeurs et leur idiome; Tinscription de Marseille, antérieure au vr siècle, est en très bon cananéen (I).

En s'établissant en Afrique, les Phéniciens y portèrent leur langue, qui prit le nom de punique dans la bouche des Romains, comme ils étaient eux-mêmes appelés Pœni, par suite d'une variation de la lettre initiale de leur nom (2). Le punique diffère peu du phénicien et de Thébreu, et les différences qu'on y remarque tiennent surtout à des variantes d'orthographe qui laissent intacts les éléments essentiels de l'idiôme : vérité constatée par St-Augustin et St-Jérôme, dans le temps où cette langue était parlée, également reconnue par la science contemporaine (3). On peut donc dire, qu'au temps de leur prospérité, les Carthaginois parlaient hébreu. Annibal et ses compatriotes auraient lu la Bible à Uvre ouvert.

Parmi les noms d'origine phénicienne ou punique dont la constatation est ici de quelque utihlé, il faut citer :

Ibérie. — « IIebe)% » région ultérieure, extrême, à Topposite (4); telle était la situation de l'Espagne par rapport à

(1) Voir les divers travaux de l'abbé Barges sur cette question : Temple de Baal, 1847, in-8o ; Inscription phénicienne de Marseille, nouvelle interprétation, 1858, in-4'»; Inscription, oie, nouvelles observations, in-d».

(2) La lettre dite phé se prononce tantôt p et tantôt p-h.

(3) « I^lœ linguœ (hebrœa etpunica, non multùm inter se differunt. » St-Àugustin, Quest. sur les juges, vu, 16. — « Tyrus et Sidon, in Phœnices littore, principes » civiiales. Quarum Carthagocolonia. Unde et Pœni, sermone corruplo, quasi Phœni » appellantur, quorum lingua linguœ hebreae magna ex parte confinis est. » St-Jérômc, In Jeremiam, v, 25. — M. l'abbé Barges, Mémoire sur trente-neuf nouvelles inscriptions puniques, Paris, 1852, p. 27.

(4) llcbher, a regio scu pars uitorior, trans alium locnm sila,» les exemples sont très nombreux dans la Bible, quelques-uns portent le nom de l'espace formant la

— ao —

la Phénicie. Les Grecs adoptèrent ce terme, comme désignant les côtes de la Méditerranée, Tautre rivage étant connu depuis trop peu de temps, dit Polybe, pour avoir reçu un nom (1). Les Romains en restreignirent l'application à la région située au nord de TEbre, région qu'ils nommaient aussi « Hispania citerior. (2) »

Contrairement à une opinion en vogue chez les anciens, les fleuves tiraient leur nom de celui de la province : il en fut ainsi quant à TEbre : Iberus signifle « fleuve de Tlbérie; » il était le principal des cours d'eau de la côte est, et son nom diffère peu du mot cananéen (3). Une confusion du même genre a pu s'établir avec le mot Herebh qui désigne les pays occidentaux (4).

Bétique, Bétis. — L'origine de ces deux noms est dans « Beiih'Melkarlh. » Le temple d'Hercule et, par abrévia- « tion, Beith » le temple, parce que cette région contenait le sanctuaire sacré du protecteur de la nation, édifice fameux dans nos souvenirs classiques par le serment d'Annibal (5).

Le fleuve avait reçu des Grecs le même nom que la province.

séparation, entre antres : hebher haïamt « le pays au-delà de la mer. » Des mss. de Justin et de Lucain portent Hiher, Hiberus; au surplus, la lettre h est ici de cottvention, le son de la lettre orientale âin étant intraduisible dans les langues européennes M. Boudard, Numismatique ibériennp, p. 67, objecte qu'an rapport de Charax, les Grecs trouvèrcut le nom d'Ibérie déjà adopté; cette observation estsâat valeur : lorsque les Grecs sont arrivés en Espagne, lo nom avait, en effet, pliitiews siècles de date; il n'était pas carthaginois, mais phénicien.

(1) Polybe, l. III, c 7. An lieu d'océan, il dit : c la grande mer. »

(2) Dans la langue politique et dans celle des affaires, le nom latin de ''Kirptfat est « Hispania; » celui d' « Jberia » emprunté aux Grecs est employé par imitateurs, surtout en poésie.

(3) labaL fleuve, peut avoir fait confusion avec Iber. Toutefois, ce mot était usité.

(4) M. l'abbé Barges veut bien me rappoler le mol herebh, l'occideot, U Vespera, Hesperia, d'où viennent les noms de l'Europe et de l'Krèbe. Il y «mH méthathèse . herebh, hebher.

(5) Beith, habitation, maison, temple. L'inscription phénicienne do MarteîUd menée par ces mots : c lieith-Daal » temple do Baal. — L'élymologie el-< appartient i &1. l'abbé Barges.

Tartessus (4); les indigènes disaient Certis et Percés (2).

Godets, Gadeira. — Peu de villes eurent un aussi grand nombre de noms que celle que nous appelons Cadix : Tharsis, Tm*tesms, Gades, Gadeira, Gaddir, et même Carteia.

La forme grecque, qui est Gadeira, dont les latins firent Gadir, en se rapprochant du punique, est expliquée par les anciens : « Rempart, fortification (5) » . Gades signifie la « ville sainte (4) » • Ces noms ont été successivement appliqués à des localités situées, soit enterre ferme, soit sur les îles voisines.

Il existe un dissentiment au sujet de Carteia : les uns la considèrent comme la môme ville que Gades (5); les autres en font un point différent, voisin, mais plus rapproché du détroit (6). Dans tous les cas, ce mot signifie « la ville » et comme le dit Mêla, c'était Thabitation des Phéniciens venus d'Afrique (7).

Hippo. — Pline mentionne en Espagne neuf villes dont le nom comprend ce mot différemment composé, car il ne va jamais seul; les monnaies et divers auteurs en signalent plusieurs autres. M. Tabbé Barges explique ce terme par « forêt »> Hippo-regius, en Afrique, la forêt royale (8). Les

(1) Arislole, MétéoroL i, 13. — Paasanias, vi, 19. — Àppien, v, 30, Carpessus\ voir S 2.

(2) Tite-I'ive, xwiii, 22. — Etienne de Byzance. Certis parait être analogue à Carteia ci-aprés. Percés passe pour une forme corrompue.

(3) TaSséjoa, < Sœpc, Septum »; Pline, Hesychius, SoHn.

Pœnus namque locum gadir vocatundique septum.

Festus Àvienus, Gader, enceinte, mur, murailles. Quant à Gadtr, synonyme de Tartessus, v. Salluste, Hist. II, fragments.

(4) Qadesch, saint, sacré, surnom de Dieu; aujourd'hui chrétiens, juifs et musulmans appellent ainsi Jérusalem , en arahe.

(5) c Carteia à Grsecis Tartessus dicta. » Pline, m, 1. — César, guerre d'Espagne, 32, ne s'explique pas suffisamment.

(6) Saumaise, exereitationes tnSoh'n, c. 23 et 24; il s'appuie principalement sur Mêla.

(7) Qarthj forme punique; qereth, qiritahei qireahf giriak^ la Tille. Qartk'hadaseh, TiUe neuve, Carthage.

(8; Habh et avec Taffixe, habhon^ hebhaf obscurité, ténèbres, forêt épaisse. Plusieurs noms, à forme plus éloignée, Sisapo, Ilipaj etc., ont la même origine. Les monnaies donnent Ilipo eilliponensis pour Ilipa; Àcinipo avec le 6 phéAicieu touroô à droite, Boudard, numismat, ibériennef p. 27.

latins, souvent plus conformes au punique, disaient Vibo, Vibo Valentia, dont les Grecs flrent Hlpponium dans le Brutium (1).

Gorgoris et Habid, anciens rois de la Bétique dont Justin a raconté la légende (2). Ils étaient peut-être de race berbère; dans ce cas, les historiens de nationalité phénicienne auraient tranformé leurs noms : le premier signifle « immigrant », le second « serviteur, opérateur, transformateur » ce qui est en rapport avec leur rôle historique (3).

Beleia, Belitani, BUbilis, — Bel, ville (4).

Celtes. — L'élément celtique est tellement évident, en Espagne, que Humboldt lui-même s'est donné la peine de le faire ressortir (5). Je n'insiste pas sur un point qui est hors de doute et plus considérable encore qu'on ne veut bien le dire.

Grecs. — Leur part est moins considérable; cependant, il faut admettre à leur actif :

AmpuriaSy Emporium, marché, comptoir, port sur la Méditerranée fondé par les Phocéens ou les Marseillais.

Bases, Rhoda, dont l'origine est attribuée aux Rhodiens.

Sagonte, dont le nom est tenu pour une corruption de Zacynthe (6).

Galice, Gallœci, Callaici; les Grecs faisaient remonter l'origine de ce peuple à Teucer, fils de Télamon, l'un des héros du siège de Troie : une fraction portait le nom grec d'Amphiloclii (7).

(1) Sanmaise, ouvr. cité, p. 201.

(2j Justin, XLiv, 3.

(3) Gner, pèlerin, immigrant, venant do rjonr, par redoublement Gorgoris. Oq peut rapporter i\ la môme source le nom de Geryon, l'un dos rois do cotte i>artie de l'Espagne. — Habid, de hebhcdh, qui se prononce habd dbd) lorsqu'il est composai; dans le cas présent, il est pour Ilabd-Melkarth, llamilcar.

v'4) Bâcle; Bel-Lamcadœ dans la 3'i< tunisienne, M. l'abbé Barges. [If (^motre fur trente-nruf nouvelles inscr. pun.], Paris, 185-2, p. 21-22.

(5) Ilumboldl, Recherches^ etc. , p. 75 et passim.

{6) Tite-Live, xii. 7.

(7) Justin, XLiv, 3.

Carthaginois. — Leurs origines se confondent avec celles clés Phéniciens.

Romains. — Les noms qu'ils ont laissés en Espagne se trouvent dans tous les auteurs.

§ 4. — Des Origines basques en Espagne.

Appuyée sur Thistoire, la philologie donne à un certain nombre de noms géographiques de l'Espagne une origine bien différente de celle que leur attribuent ceux qui ont fait de la langue basque le dépôt général des souvenirs des pays méridionaux.

A regarder de près ce qu'il en est, le système de l'école teutonique n'a de scientifique rien que la simple apparence, et je m'étonne qu'on s'y soit laissé prendre.

Le procédé favori de cette prétendue pliilologie repose sur un simple rapprochement de sons dénué de tout lien logique; rien n'y démontre la dépendance réciproque des mots et des idées, ou leur relation avec les objets à exprimer. Le sens des termes ne compte pas, les conditions locales sont entièrement négligées : wr veut dire « eau, » mais il signifie aussi « ville » et « hauteur; » on n'a d'autre embarras que celui du choix : qu'un dérivé se présente, si ce n'est pas ville, c'est eau, et si ce n'est ni ville ni eau, c'est hauteur, lorsque peut-être sur les Ueux, il n'y a ni hauteur, ni eau, ni ville. Dans ces conditions, la première langue venue fournittous les éléments de démonstration qu'on veut bien y trouver.

Si l'on se donnait la peine de discuter par le menu ce commode système, il en resterait, en vérité, peu de chose.

On élaguerait d'abord les nomenclatures de sons dont le basque ne fournit aucune explication, et qui ne figurent là

que pour faire nombre.

On supprimerait ensuite tous les noms d'origine celtique ou étrangère en général, les douteux, ceux dont j'ai démontré la provenance.

Il n'en resterait plus alors qu'un petit nombre dont les suivants seraient utilement soumis à discussion :

AsPE. — «La ville &^Aspis (Itin. Anton. 404) porte aussi un » nom entièrement basque qui lui vient sans doute de sa » situation dans un bas-fond, car Aspi, dont dérivent en » dialecte biscayen les adjectifs aspija et aspicua, signifie, » d'après Astarloa, placé en bas, au-dessous. Larremendi en » fait, par un changement d'orthographe, la préposition » Azpian. Les noms de la même catégorie sont Aspavia » (Auctor incertus de bello Hisp., 24) et Aspaluca (Itin. » Anton., 453), dont la terminaison rappelle à Wesseling le » latin lucus. J'y verrais plutôt le basque leuca qui forme » beaucoup de composés (1). »

Or, Aspis n'est pas nécessairement basque : il existait une Aspis près de Carthage d'Afrique (2), une ile A' Aspis dans l'Archipel grec, une du même nom dans la mer d'Antioche (3).

Quant aux localités appartenant à l'Aquitaine, je ne vois pas qu'elles soient situées dans des bas-fonds : le pas d'Aspe, à l'entrée de la vallée, a une altitude de 1676™, tandis que le port de Gabedaille, qui est placé à quatre ou cinq kiloniëtrès, est bien moins élevé, 4320". Aspaluca, aujourd'hui Accous, est à 448"*. La vallée elle-même est assurément au-dessous de deux montagnes; mais on se demande pourquoi elle mériterait, plus que toute autre vallée, la qualification de bas-fond.

(1) Homboldl, Recherches, xvii, p. 39. — Ed note, il dit, aa contraire, que, d'après Astarloa, Àspi indique l'état d'an corps qui se trouve pressé sous on aiilre. En réalité, savent-ils ce qu'ils veulent?

(2} Polybe, 1. 1, c. 6.

[3; Pline, 1. 1?, c. 13, et 1. v, c. 31.

Calagurris, — Voici un intéressant échantillon de la méthode teutonique (1) :

« CcUaguris Fibularensis chez les Vascons, et Calaguris » Nassica chez les Ilergètes (Pline, i, 142). Les épithètes » latines sont prises du genre d'industrie des habitants. La » dernière peut se rapporter au basque. Calamua signifie » chanvre, et aussi jonc, roseau, employés à la confection » des nasses (nassa). Pour Fibulœ, l'explication est moins » sûre (Caton, de Re Rustica, c. 31). C'était peut-être une » espèce de roseau dont on Se servait pour tressser des cor- » beilles (2). »

On croit rêver : — Calamua n'est point d'origine basque; c'est le latin calamiis, emprunté lui-même au grec calamos dont se servaient Aristophane et Hippocrate. — Nassa, s'il est basque, fut d'abord latin. Mais Humboldt a falsifié le texte : Pline n'écrit pas « Nassica, » épithète de ville; il dit « Nascici, » nom ethnographique de peuple, de tribu, tandis que Calagurntani, qu'il emploie en même temps, est l'épithète désignant la localité qu'habitaient ces Nascici (3). — Fibula, mot latin, n'a jamais signifié roseau, mais bien agrafe, crochet, et par extension, Uen, ce qui est le sens employé par Caton (4). Enfin, Pline dit « Eibularenses » et non Fibularenses (5). Ainsi se trouve réduit à néant tout cet appareil d'origines fantastiques.

Iria, et par corruption, ilia, illi, il, ur, ville, celui de tous

(1) Je ferai observer que Humboldt n'a pas atteint le degré de haute fantaisie d'Erro et de quelques contemporains; c'est pour cela que je le cite. Ainsi, M. Boudard trouve à Turdetanie le sens de < cabane de porc, » aux Sardons près d'Uerda, celui de «fourche bonne; » Erro a des dérivations non moins ridicules : les Cerritant sont des fabricants de scies, » les Cosetans sont « la terre de la faim, » etc.

(2 Humboldt, Recherches, etc., p. 27.

(3) Ex colonia Calagurritanos qui Nascici cognominantur. Pline, m, 3.

(4) Fibula, agrafe, fibule, ce qui s'attache à la lisière du vêtement, diminutif de fibra; /ifcra, féminin de fiber, qui est sur le bord; /»6er, pour fin-ber, de /înt», bord, lisière, et 6er. terminaison primitivement fort employée en latin.

,5} « Calagurritanos qui Éibul^'enses cognominantur. » Pline, m, 3.

les mots basques dont on a le plus abusé. « On ne saurait, » dit Humboldt, méconnaître Torigine basque des noms dé-

» rivés de iria, qui signifle ville. Ce mot est aussi écrit iirîiflr, » et a bien pu devenir, par la fréquente conversion de r en Ir » ilia et ulia (Astorloa, Ajwl., p. 232, 247) (1). »

Je défie qu'on prouve par un exemple moderne qu't/i, en composition, signifle ville, et puis il y a compétition d'origine. En phénicien, en punique, en hébreu, ville se dit : ir, irah. Du phénicien et du basque, quel est le prêteur, quel est Fauteur de l'emprunt ? La question est résolue avant que d'être posée. En basque, iria n'a pas de racine; en hébreu, il en a une (2); or, les villes ne sont pas de ces choses primitives dont le nom n'a point de parentés. D'ailleurs, les Phéniciens avaient des villes depuis deux mille ans lorsque les Basques couchaient encore sur le sol de leurs chaumières isolées. Les Berbères ont aussi emprunté le nom phénicien, bien que la forme qu'ils ont adoptée paraisse plus éloignée que celle du basque (5). Ainsi, plusieurs des noms que Ton rapporte à ce dernier idiome doivent venir d'autre part.

Iliberri. — Ordinairement expliqué « ville neuve (4).» Mais voici des médailles d'Iliberris portant llibar; en voici avec Hbarakhm qu'on veut alors nous faire accepter pour « ville de la vallée, »ce qui est apparemment la même chose (5). Or, Ilbarakh, en phénicien, signifie : « Dieu Ta l)éni, » forme qui revient à « béni de Dieu, » et m {im) est la marque du pluriel

(1) Hamboldt, Recherches, p. 26.

(3) Our et ir (avec l'aspiralion particulière du âin\ veiller, faire la garde; d'où ir, camp, lieu gardé, ville, cité.

(3) Àgherem, cumpasé comme il suit : a, initial du substantif masculin qui n« s'écrit pas (le nom est écrit gh-r-m ; gh p<>ur d [ghain pour (iin, Chaghamba poor Chaàmba), d'après la tendance des Berbères à renforcer les aspirations, les deax lettres n'en faisant qu'une dans l'hébreu et l'arabe. Ce mot coirespond donc a ér-m, ir-m, qui est la transcription berbère du cananéen frim, villes, le pluriel d'aue langue passant souvent au singulier dans une autre.

(4) Berri est égyptien, neuf, nouveau.

5} M. Boudard, Numismatique ibérique, p. 8] et suiv.

dans la même langue (1). Dans Polybe, Iliberri devient un fleuve; dans Pline, c'est un peuple.

Plusieurs médaiHes portant, à la fin des noms, la terminaison kriy khn, khm, M. Boudard propose de lire co-en, ce qui en basque signifie « de, des. » Nedhnakn se traduirait en renversant : « des de Narbonne. » Cette invention n'a pas été accueillie par M. de Charencey qui a fait observer qu'il serait plus simple de lire ken, qui est la marque du génitif pluriel (2). Ainsi on aurait « des Narbonne » pour des gens de Narbonne. Mais, ailleurs, le même savant a écrit : « le A: » pourrait bien être ici non un signe de génitif pluriel, mais » la finale archaïque du nominatif de ce nombre. Nous » avons mentionné, dans les Mémoires de la Société de nu- » mismatique de 1867, la découverte faite par S. A. I. le » prince Bonaparte de cette forme archaïque encore au- » jourd'hui subsistante dans quelques localités (3).»

C'est, en effet, un nominatif : A: est l'aspiration phénicienne h prononcée à la manière berbère, kh {Mokhammed pour Mohammed); n, signe du pluriel ou collectif en berbère, transforme le nom de lieu en nom de peuple, selon le génie de la langue qui n'a pas d'adjectif (4).

Iturria. — C'est le celtique lur; delà Durius, Taras, Admis et Aturis, etc.

Malaca. — C'est, nous dit-on, « un pur nom basque avec » la terminaison de lieu en aca,y> qui vient « de lHàlcarra, » côté de montagne, » et ce qui le prouverait, c'est que inaida signifierait colline (5). Où trouverons-nous Malaca? Dans les montagnes? Ne l'y cherchons pas, elle est ailleurs.

(1) Construction fréquente en hébreu : Johanan, Jehovab fait grâce, Jean.

(2) M. de Cbarencey, la langue basque et les idiomes de l'Oural, 2^ fasc. Mortagne, 1866, in-8".

(3) M. de Cbarencey, Recherches sur les noms d'animaux domestiques, etc., chez les Basques, dans les Actes de la Société philologique, 1869.

(4) Voir le S suivant.

(5) Ilumboldt, Recherches, xvu, p. 46.

Malaca est lui pur nom phénicien signifiant littéralement la « royale, » historiquement la cité de Molekh, renfermant le temple de Moloch, ce terrible dieu auquel les Phéniciens sacrifiaient leurs enfants; d'où est venue la fable de Saturne (1). Pline rappelle « Suel-Malacha. » Si la leçon était exacte, cela pourrait signifier « la jetée royale ou de Molekh,» en raison de travaux du port. (2). Le même auteur la nomme seulement « 3falacha, » lorsqu'il dit qu'elle était en face de Siga, sur la côte d'Afrique (5).

Malaca n'est autre que Malaga, ville célèbre par ses vins et son commerce; port de mer sur un petit golfe où il n'^y a ni montagne ni rien qui justilie la prétendue origine basque.

La même racine phénicienne a produit le mot Imilcè employé par Silius Italicus, comme désignant l'épouse d'Annibal, et que Humboldt croit être un nom propre de femme plutôt punique qu'ibérique (4). Imilcè est un nom commun qui signifie littéralement « la reine, » et par extension, l'épouse du chef, du souverain (5).

Nava, Navarra. — Ceci est tout à fait digne d'attention. Astarloa, voulant donner fétymologie (hi nom de la Navarre, commence par l'écrire iXabarm, ce qui lui permet de procéder à la décomposition ci-après : na plane, be bas, ar homme, a pronom ou article, soit « Thomme de la basse plaine. » On ne s'attendait guère à voir la Navarre métarmorphosèe en homme; aussi cette combinaison, qui ferait la joie de fécole contemporaine, est-elle modifiée par Humboldt, dont le système n'est pas moins curieux :

d' Malakh, rc'gncr : d'où melek, roi; Molekh, Moloch, ie roi du ciel; malkah, rcino.

\!i) Pline, III, l; salai, lorrasscr, en raison do travaux faits au fort.

3) Pline, V, •>.

(4) Silius Italicus, m. v. 100.

5' Ha malkah qui peut se prononcer hf-melkch. Il n'est point douteux que llannibal n'eilt le titre de roi. Les Espagnols, par ce motif, voulurent lo donner à Scipion. Tite-Live, xxvii, 11).

» N(wa, dit-il, signifie plane, plaine, et même (selon la » remarque judicieuse du Dictionnaire de la Bibliothèque de » Paris) plaine voisine d'une montagne. Ce mot est encore » usité dans un grand nombre de ses formes. Il existait très » probablement du temps des Romains et avec le même sens, » car Ptolémée (ii, 6, p. 42) parle d'une ville de Flavionava, » chez les Paresikes, très près de la Biscaye actuelle. Non

* loin, on trouve encore le port de Navia. En espagnol, le » mot a gardé le même sens, comme l'atteste le nom du fa- » meux combat livré aux Maures, Tan 1212 de Jésus-Christ, 9 en las Navas de Tolosa. Arra est une terminaison très

* fréquente des mots basques, et Navarre peut s'expliquer n ainsi : Plaine attenante aiix Pyrénées (1).»

Voilà qui est joli, et Ton n'a qu'à se tenir tranquille. Eh bien ! nava n'a jamais, en espagnol, signifié plaine ni plane, et la Navarre est un pays à cheval sur les Pyrénées, dont la partie française dite Basse est fort accidentée, comme chacun sait, et dont la partie espagnole ou Haute l'est encore davantage. Pampelune elle-même est à une altitude absolue de 42(>", et Tudèle, sur la frontière et de l'autre côté de l'Ebre, atteint encore 233™. Le fleuve Navia, dans les Asturies, est un gave dont le cours suit une vallée. Mais les pays où l'on parle le basque ne sont pas ceux où se trouve le plus souvent le terme nava.

Transportons-nous à la Sierra-Morena, qui est une chaîne de montagnes courant de l'est à l'ouest, au nord du Guadalquivir. C'est sur le versant méridional de cette chaîne que se trouvent les fameuses navas de Tolosa que les historiens Arabes appellent liisn-el-akabab, le fort des colUnes, et qui se nomme aujourd'hui Puerto del Rey. Ce n'est ni une ville, ni une plaine, mais un défilé, un port comme on dit dans les Pyrénées, un col s'il faut s'exprimer comme dans les Alpes, enfin un passage sur un sol élevé entre deux montagnes :

(l; Humboldt, Recherches, Yi, p. 17.

l'altitude en est de 740 m., Tolosa, est un village situé audessous; à 30 kil. à Test, encore dans les montagnes, se trouve un village de Las Navas. Tout ce pays est situé sur la ligne de partage des eaux qui s'échappent dans toutes les directions.

Mais c'est dans les provinces d'Avila, de Salamanque et de Tolède dans le pays des anciens Carpetans, non loin des montes Carpetatios, que l'on rencontre le plus souvent le terme nava : ainsi Nava hermosa sur la ligne de partage des eaux dans les monts de Tolède, beaucoup plus haut que la ville qui est située elle-même à 450 m. plus haut que Talavcra, 450 m; à 50 kil. de l'une et de l'autre (1). — Las Navas de Esterai, à 10 kil. plus loin. — Nava redmida, nava redmidillo. Las Navas EqtiUla, de S. Antonio, navales, navatalgaro, navahmguilla, navalpei^al de Pinares, navalmora de Mata, à 300 m., et cinquante autres, toujours dans les montagnes. On trouve aussi nava en plaine, mais rarement.

A tout prendre, nava signifierait montagne plutôt que plaine : ainsi, il y a une sierra de nava del Rincon, chaîne de nava du coin, ainsi nommée parce qu'elle est située au confluent du Bullaquc et du Guadiana. La partie de la Sierra- Morena qui s'étend à l'est de Puerto del Rcy se nomme monk Navalazarra.

Les dictionnaires espagnols traduisent nava par campagne, champs; mais, en réalité, ce mot n'a plus aucune signification en espagnol : c'est un de ces termes tombés en désuétude, perdus pour la conversation ordinaire, mais consentes par la géographie, comme cela arrive dans tous les pays et pour toutes les langues. Du reste, le mot n'a de radical ni en espagnol ni en basque, parce ([u'il est phénicien et qu'il signifie « p&turage » (2); on comprend alors pourquoi on trouve : naoaâe^

(1: A 30 kil. au nord d'i4racena, il y a une antre naxia hermosa» (3) Savahj s'établir, habiter; d'uu navah, habitation et pâturage, station 9 * pasteurs.

lle}j, hormma, ahnora, (VEstena, de S. Antmiio, de Tolosa, (Me, cl pouniuoi ces localités soûl situées daus toutes sortes de positions, sur la montagne, dans la plaine, au bord des fleuves et de la mer. Navarra peut vouloir dire « pays de pâturages» ou des pasteurs, d'autant plus que si arra est une terminaison basque, ara est uu terme phénicien, cananéen, mais à désinence syriaque, qui veut dire « terre, pays, territoire, patrie, » et même métaphoriquement « population » (1).

Zaldia. — Pendant le siège de Toppide des Sotiates, Crassus eut à combattre une troupe attachée à la personne du chef indigène qu'on a appelée soldures et solidunes (2). L'école basque croit ces noms identiques à zaldan, cavalier, de zaldia, cheval, et dun, possesseur (3). Les compagnons d'Adcantuannus auraient ainsi constitué une vraie chevalerie, et cette institution fameuse au moyen âge serait due à l'Aquitaine, spécialement au pays des Sotiates abondant en chevaux.

Une première difficulté, c'est que le nom signifie « dévoués » et non pas cavaUers (4); la seconde objection résulte de ce que zaldia, cheval, est d'origine plus moderne :

« Zamaria est le cheval, spécialement bête de somme; c'est » le bas-latin sagmarius, bête de somme, du grec (ray^xa^tov, » d'où l'italien samaro, une mule. Il existe, autant qu'il me » souvient, un dialecte du mot de Marseille, saumo, qui a la » même étymologie, et désigne soit la mule, soit le cheval de

(1) Erets, ères que les Syriens pronoDçaienl arah par suite d'une permutation de lettres familière à leur langue, dit Buxtorf. On sait que, habitant au milieu des Syriens, les Phéniciens avaient adopté un grand nombre de leurs locutions qu'on retrouve dans les monuments épigraphiques.

(2) < Cum DC devotis, quos illi soldariof adpellant. » César, Guerre des Gaules, lu, 22. — Nicolas de Damas, dans Athénée, vi, qui donne à solidunes U même signification de « dévoués. »

(3) Arabe, dou, possesseur; dou'l qarnaïm, le possesseur des deux cornes, Alexandre le Grand.

(4) Voir, ci -dessus, la citation de César et de Nicolas de Damas.

» somme. Nous verrions volontiers dans zaldia, le cheval de » trait, une apocope pour zaïnaldia ou zamardia. Ainsi, » euskualdun, basque, est pour euskuara-dun, lui-même pour » euskalerriadun, avec adoucissement du r en / (littéralement » possesseur de Veiiskalerria, c'est-à-dire du pays où Ton parle » Veskuara). Citons encore zamcddun et zaldun, cavalier, » pour zamari'dun (littéralement possesseur d'un cheval » (1). M. de Charencey conclut de là que le cheval fut d'importation récente chez les Basques, le mulet étant surtout commun dans les montagnes espagnoles-

En berbère, mulet se dit sei^doun.

Lettre f. — Bien que je n'aie pas l'intention d'entamer une discussion sur la langue basque, je dirai un mot d'une lettre dont Humboldt a signalé l'absence. « Rigoureusement, » dit-il, le basque n'admet pas de f; mais souvent le h et le » p se changent en f, comme dans apaldu et afaldu. Âstarloa » pense que le f ne se trouve dans aucun radical basque(2).» L'auteur fait ensuite remarquer que cette lettre n'existe dans aucun nom de lieu, autre que ceux qui ont été importés par les Romains (3).

Il ne faut pas en conclure que la langue basque ait couvert l'Espagne. Les noms de lieux de la Gaule offrent la même particularité : pas un seul de ceux que César a rapportés ne contient la lettre f.

D'un autre côté, cette lettre était inconnue des Orientaux, Cananéens, Sémites et autres. L'hébreu, le chaldaïque, le grec même n'ont point de f; ils emploient une consonne qui se prononçait p ou p-h, selon les cas qu'il serait trop long d'énumérer ici. Dans l'antiquité, les Romains seuls ont une f, et cette lettre occupe dans leur alphabet une place singu- Uère; on voit qu'elle y est une corruption du h, en sorte que

(l) M. de Charencey^ Recherches sur les noms d'animaux, etc. Paris, 1869. (S) Humboldt, Recherches, viii, p. 30.

(3) Humboldl, Recherches, ix, p. 21.

les Espagnols et les Aquitains sont logiques lorsqu'ils ramènent le f au h, ce qu'ils font toujours. Dans les temps modernes, les Orientaux, Arabes et Berbères ont adopté le f, mais en même temps, ils ont perdu le p (et le p-h), car leur /■ n'est que la transcription pure et simple du p (et du p-H). Ainsi, ce que Astarloa et Humboldt donnent comme une particularité du basque est tout simplement la règle générale de l'Antiquité. Tous les noms espagnols où le p se trouve, et même parfois le h et le v, peuvent être rapprochés des noms berbères en /*, des cananéens ou grecs en p-h ou p.

J'ai démontré combien on avait exagéré la part du basque dans la formation des noms de lieux en Espagne. J'ai établi aussi : 1* Que le nom i' Ibères est une désignation géographique n'entraînant aucun lien de race et d'origine, aucune conséquence ethnographique; 2** Que tous les Ibères ne sont pas des Basques. Les Basques sont des Ibères. On prétend qu'ils ont une origine à part, antérieure à toutes les autres en Espagne; mais il faut prouver ce fait. Leur langue a des formes grammaticales qui lui sont propres, c'est-à-dire qu'on n'a pas encore ramenées à un autre système; c'est déjà une présomption. Quant au dictionnaire, on sait aujourd'hui que « la » moitié peut-être du vocabulaire basque a été empruntée » soit au latin, soit au provençal, soit à l'espagnol (1);» l'autre moitié est loin d'être originale, et divers idiomes peuvent y reconnaître leur bien : c'est une étude à faire. * Aux époques historiques, on trouve les Basques renfermés dans un périmètre peu étendu : je crois que c'est une pure rêverie que de les chercher dans le midi de l'Espagne. Humboldt reconnaît que la Lusitanie échappe à son système : on peut en dire autant de tous les pays occupés par les Celtes. En réalité, c'est au pied des Pyrénées occidentales qu'on doit

(1) Hamboldt, Recherches, âxxtii, p. 118.

admettre remploi du basque, plus étendu peut-être autrefois qu'il ne Test aujourd'hui. Lorsque les peuples celtiques s'établirent en Cantabrie, ils trouvèrent sur les lieux Tusage da basque, ou l'ayant reçu plus tard, ils finirent par Tadopter; il leur a survécu sans paraître avoir jamais obtenu les honneurs d'une langue officielle.

César mentionne les liens d'amitié ou de parenté qui unissaient les Aquitains avec les peuples limitrophes de l'Espagne (1). Mais, après s'être exprimé d'une façon générale, il spécifie et ne nomme que les Cantabres (2); ce terme désigne, on le sait, une confédération de petits peuples diŒ&rents des Vascons de la même époque. Les Cantabres étaient en partie des Celtes, qui avaient conservé les mœurs de la mère-patrie (5). En admettant qu'une population euskarienne vécût au milieu d'eux ou sous eux, il semble qu'à i l'époque de César c'est en tant que Gaulois d'origine que les ] Cantabres volèrent au secours de leurs frères les Aquitains; J les peuples moins mélangés d'éléments celtiques, tels queks ^ Vascons, prirent à la lutte une part moins importante, rt qui n'a laissé aucune trace.

Plus tard, au vi* siècle de notre ère, les noms avaient j changé de portée, et les Vascons, envahisseurs de rÂquitaine, 1 n'étaient plus seulement les habitants du cercle de Pampelune, mais aussi ceux du Guipuzcoa et de la Biscaye. Mais je m'arrête, les épociues modernes ne rentrant pas dans le cadre que je me suis tracé.

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