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EL ALADJI
^I^^N donnant le type du luthier arabe, El aladji, nous |»jibj< n'avons nullement l'intention d'établir un parallèle PJ^JH quelconque entre lui et les luthiers européens. Notre homme ne saurait rivaliser ni avec les Vuillaume, Ruzet, Cherpitel, ces rois de l'industrie mirecourlienne, ni avec les Pleyel, Bord, Erard.ces facteurs de pianos si renommés.
Lui-même n'a, du reste, aucune prétention, son atelier est d'une simplicité remarquable et les instruments qu'il fabrique, ainsi que ceux qu'il vend Font très primitifs.
Cest dans la rue Saussier de Kairouane que se trouve la demeure du luthier. II habite là une petite boutique, étroite, à plafond bas, dont le sol est surélevé de soixante centimètres au- dessus de la chaussée.
Tout autour de la petite salle sont appendus aux îpurs, des lots de chacun des instruments suivants : Derbouka, sorte de tambourin fait en terre, Kesba flûte en roseau, Zokra hautbois, Gnibri petite guitare à deux cordes dont la caisse est faite d'une écaille de tortue recouverte d'un parchemin, Tobal tambour.
Sur une petite étagère, dans un coin, un Kanoune, espèce de harpe dont les soixante quinze cordes sont fixées sur une petite caisse en bois.
Dans le coin opposé, deux clarinettes de fabrication eu-
ropéenne sont simplement placées à terre. Ces deux instrunients sont les seuls qui ne soient pas arabes, aussi sont ils là, relégués dédaigneusement, couverts de poussière, attestant par l'abandon dans lequel ils se trouvent, le peu de cas que Ton fait à Kairouane des instruments trop compliqués I
Comment ces clarinettes sont-elles venues échouer chez El aladji r* Il serait curieux de savoir par quelles vicissitudes leurs propriétaires ont passé, et malgré soi, on se prend à songer aux « aventures d^un joueur de clarinette » d*Erckman-Chatrian.
Une petite table qui sert d'établi et de comptoir au luthier, obstrue complètement l'entrée de la boutique, empêchant ainsi le client de pénétrer. C'est bien oriental l
Sur cette table pêle-mêle, des outils, des flûtes arabes, du fil de fer, des vis, des manches de gnibri, des écailles de tortue, des cornes évidées.
Assis à la Turque, derrière son établi, El aladji répare un instrument que le soleil intense de Kairouane a endommagé.
Les instruments que le luthier vend le plus sont les flûtes, les petites guitares, les hautbois, \vs tambourins. Il vend aussi des petites cornemuses fabriquées avec des peaux de chèvres et de petites cornes percées de trous pour le doigté et dont l'extrémité forée également est munie d'une petite languette qui laisse échapper un son doux et plaintif.
En outre, le luthier utilise aussi les débris de roseaux qui lui proviennent de la fabrication de> flûtes, il en confectionne des plumes à écrire (Klum). Comme dans la ville sainte de Kairouane les lettrés abondent, il les écoule facilement.
Cette clientèle, jointe à celle des Boumezioued, joueurs de cornemuse, Benadria, tambourinaires, Zammar, flûtistes, Zakkar, joueurs de hautbois et autres artistes suffisent à El aladji pour vivre doucettement sans grande fatigue.
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SEGUIAT-EL-LEBEXB
Le flanc nord du Djebel Dira, montagne haute de i,8io mètres qui domine Aumale, laisse échapper une vingtaine de sources qui irriguent des prairies très riches en fourrage, sur lesquelles les propriétaires du pays entretiennent de nombreux bestiaux. La richesse de la région lui a valu de la paît des indigènes le nom de Seguiatel-Lebene(le ruisseau du lait aigre).
Ils expliquent ce nom ainsi : Lors de la domination romaine, les habitants élevaient sur le Dira, de magnifiques troupeaux de vaches. Ces vaches fournissaient, en raison de l'abondance et de la qualité des pâturages, une telle quantité de lait^ que ce liquide descendait par un ruisseau jusqu'à la base de la montagne. Les Arabes vont même jusqu'à indiquer le lit de ce ruisseau.
MOUL-CHOUÏEF
A mi côte de cette même montagne du Dira, un misérable gourbi recouvre les restes d'un merabet appelé par les indigènes Moul Chouïef.
Lorsqu'au printemps les pluies se font par trop attendre , les indigènes d'Aumale et des Oulad-Drisb, font une collecte, achètent un bœuf et se rendent en pèlerinage sur le tombeau du merabet afin qu'il intercède auprès du Tout- Fuissant.
Des tambourinaires, des flûtistes , précédent le cortège jouant à qui mieux mieux de leurs instruments bruyants et accompagnant les chants religieux.
Les drapeaux des Aïssaoua et autres confréries, viennent ensuite, portés par les Khouan, puis la masse des fidèles suivie de tous les galopins arabes qui espèrent bien attraper un peu de viande au moment du repas religieux.
Lorsque le cortège est parvenu à Moul Chouïef , le bœuf est abattu, vidé, dépouillé, partagé selon le rite musulman, puis il est cuit et enfin distribué aux assistants. De généreux donateurs ont aussi apporté du couscouss pour augmenter le menu et satisfaire ainsi tous les appétits.
Le repas est naturellement précédé et suivi de nombreuses prières dans le but d'attirer sur les récoltes, la bé~ nédiction du ciel. Puis la descente de Moul Chouïef s'opère dans le même ordre.
Les chants religieux, les coups donnée sur les benaders (tambourins) sont bien un peu plus accentués en raison de l'excitation produite chez les exécutants par l'abondante nourriture absorbée, mais enfin, la manifestation se calme, les drapeaux religieux sont remisés chez les Mokaddim et chacun rentre chez soi, heureux d'avoir assisté aux rogations de Moul-Chouïef.
SIDI MANSOUR GUECHI
A dix kilomètres d'EI Arrouch, sur la route de Bône, on voit le tombeau de Sidi-Mansour, originaire des Beni- Guecha et qui était un religieux très respecté des indigènes.
Les Arabes lui attribuent naturellement de nombreux miracles, mais il est surtout renommé pour les maux terribles qu'il fait tomber sur ceux qui prêtent un faux serment près d3 sa tombe.
On raconte que deiix adjoints indigènes des douars Hazabra et Khandek-Asla de la région de Jemmapes furent punis pour avoir menti lors d'une prestation de serment sur la tombe de Sidi-Mansour, le premier se cassa Tavantbras» le deuxième eut sa récolte brûlée et Tincendie s'éten dit dans tout le douar qu'il administre.
On rapporte aussi l'histoire d'un turc qui, ayant amené son adversaire à comparaître devant le tombeau de Sidi- Mansoûr et voyant que ledit adversaire mentait, lui déchargea son espingole dans le dos, disant : « Il faut aider Sidi- Mansour. )>
KOUACHIA
Entre le Djebel Guerioune et le Djebel Portas d'Aïn- Mlila, dans les Oulad Gassem, existe une coupure que les indigènes appellent Fedj Bousadia. Cette coupure a donné naissance à la tradition suivante :
Une vieille merabeta, originaire de la fraction Kouachia du douar Oulad-Achour, revenait d'Aïn-Fakroune et il lui fallait pour arriver chez elle, contourner le massif du Guerioune ; harassée de fatigue, et ne voulant pas faire un long détour, elle résolut de séparer la montagne en deux, elle donna un coup de pied sur le sol et immédiatement il se produisit une brèche par laquelle elle passa.
A sa mort la merabeta fut enterrée près de cette brèche et les indigènes assurent qu'à la suite de rensevelissement, un olivier poussa subitement près de la tombe. Une dizaine d'autres oliviers auraient aussi poussé à proximité de la dite tombe.
Depuis que la fameuse merabeta est enterrée sur ce point, les indigènes lui ont donné le nom de Kouachia. Ils viennent souvent en pèlerinage sur la tombe de la sainte femme et manifestent leurs sentiments religieux par un tremblement de tout le corps à la façon des membres de la secte Chadlia. Ils prétendent que lorsqu'à lieu la zerda, l'olivier qui est situé près de la tombe de la merabeta, s'agite et frisonne également !
Les indigènes de la mechta Kouachia des Oulad-Achour se font enterrer près de la tombe de la merabeta.
BIR MERAZA
Dans le douar Oulad Belaguel, le puits dit Bir Meraza, serait d'une profondeur insondable, les indigènes prétendent qu'au fond de ce puits qui contient une très grande quantité d'eau, il y a une pierre en forme d'entonnoir recouverte d'une dalle. Cette dalle empêcherait l'eau de jaillir hors du puits et préserverait ainsi le pays d'un« inondation.
SIDl HAMIDA
Ce merabet qui habite aux environs de Bône a une grande réputation de sainteté auprès des crédules indigènes. Ils affirment qu'il peut être arrosé d'eau bouillante sans avoir la moindre brûlure I
DJEMAA TERAÏ-BEN-HAMLA
Cette mosquée est une petite construction arabe, cour verte en tuiles, qui a été édifiée au dessus du tombeau de Teraï-benHanila, dans la fraction Oulad Anane du douar Oulad-Aziz d'Aïn-Mlila.
Ce merabet qu; existait à Pépoque où Mohammed Ichakeur bcn Abdalla était bey de Constantine (1813) avait une réputation d'homme sage et de savant.
Le bey précité étant venu lui rendre visite, aurait été changé en femme par le merabet. puis il lui aurait rendu sa forme primitive,
Pour le récompenser, Mohammed Tchakeur lui attribua une grande superficie de terre.
Tout autour de la Djemaa Teraï ben bou-Hamla, existe un vaste cimetière où les indigènes sont heureux d'enterrer leurs mort'.
SIDI AMARA-BtN-BOU-DIAR
Ce religieux habite près de la g&re du Nador dans la tribu des Nbaïl sur la ligne ferrée de Bône à Guelma. Comme il est de la secte des Rahmania, il voulut imiter le grand chef de cette confrérie Si Mohammed ben bel Kassem.
Il prétendit, tout comme son maître, avoir arrêté un train en marche, en étendant simplement la main dans la directionde la locomotive. «C'était, disait il, afin de m « permettre d'effectuer la prière de l'Acer. »
On le voit la version de Sidi-Amara ne diffère de celle
de Si Mohammed ben bel Kassem. que par le remplace Dient du pied par la main.
Les Arabes des Nbaïl sont persuadés que l'assertion de leur merabet est exacte.
EL HàDDàD
^v/À^^ forgeron arabe, el addad (de haddid fer) se ren-
contre dans presque toutes les localités algériennes. Dans les départements d'Alger et d^Oran, il est ordinairement d*origine marocaine, dans celui de Constantine, il est d'origine locale suivant la région.
Le forgeron marocain possède souvent une musculation et une taille remarquables, on ne peut s'empêcher d'admi rer la vigueur de ses membres. Le ton brun de tout son corps sur lequel viennent s'incruster les petites parcelles de charbon qui voltigent dans sa forge, lui donnent absolument Taspect d'un bronze et Ton songe involontairement en l'examinant, au modèle parfait qu'il pourrait faire. Le regretté Henri Regnault avait bien raison en allant chercher au Moghreb les sujets de ses compositions, ils ne laissaient rien à désirer au point de vue plastique.
Les haddadine du département de Constantine ressemblent à tous les indigènes du dit département, beaucoup sont d'origine kabyle et ont le type berbère bien caractérisé.
Dans la ville même de Constantine, tout une petite rue du quartier arabe est habitée depuis fort longtemps par la
corporation des haddadine. Ce quartier, qui n'a pas encoi été touché par la pioche du démolisseur, a gardé la physii nomie qu'il avait antérieurement à la prise de Constantioe.i
Le tapage assourdissant que font ces disciples de Vulcai en frappant sur leurs enclumes, a éloigné de ce quartier industriels des autres professions. Cet éloignement est f( compréhensible et Ton ne peut blâmer ces derniers d'avoif soustrait leur tympan au vacarme effroyable qui règne toute la journée dans la rue des haddadine.
Les forgerons arabes ont installé leurs forges dans des pe tits locaux dont le sol est très en contrebas du niveau de la rue. Chaque atelier est dirigé par le patron (El maalem) et comporte ordinairement deux ouvriers et un jeune apprenti.
Ce dernier tire mélancoliquement la chaîne qui met en mouvement le soufflet et s'empresse, dès que la marche de cet instrument n'est plus utile, d'aller s'asseoir dans un coin. H n'imite pas en cela, nos apprentis forgerons européens qui ont toujours quelque chose à faire. Il est vrai qu'en Algérie il fait si chaud surtout près d'un fourneau!
Lorsque le fer est rouge, c'est aux ouvriers et au patron de frapper à tour de bras. La vue de ces trois hommes, aux i traits accentués, noircis par la fumée, dont on ne voit que le torse, travaillant dans une sorte de trou, s'agitant à qui mieux mieux dans cette pièce étroite, noire, donne assez l'impression de diables employés à une occupation infernale.
Les haddadine de Constantine, comme du reste tous les forgerons arabes des villes, ont peu à peu abandonné les instruments primitifs dont ils se servaient avant notre arrivée et les ont remplacés par des outils perfectionnés; le gros soufflet, l'enclume, les marteaux, les pinces sont, en effet, de fabrication française.
Les forgerons arabes réparent les socs de charrue (seka), les petites pioches, haches (gadoume, chattabia), etc., etc. Ils affûtent aussi les faucilles en les appliquant sur une
corne de bœuf et les rayant avec un ciseau à frord de façon à les garnir de petites dents.
Lorsque les pièces ont reçu la fo.rme réclamée, un ouvrier les termine en les battant à froid sur une petite enclume. Le bruit que produit cet affineur n*est pas pour rien dans le concert épouvantable deshaddadine et l'on peut dire qu'il fait très bien sa partie.
Les bénéfices retirés par el haddad ne sont pas élevés ; 1 aciérage d'un soc .ne coûte guère que soixante-quinze centimes et s'il s'agit d'une petite pioche, il n'est plus perçu par le forgeron que vingt ou vingt cinq centimes.
Indépendamment du forgeron qui habite les villes, il y a aussi leiorgeron ambulant qui se transporte sur les marchés afin d'y exercer sa profession ; il est ordinairement propriétaire d'un mulet qui lui transporte sa tente en toile blanche, son enclume, son soufflet, ainsi que les menus outils et le charbon de terre.
Le forgeron ambulant n'est pas aussi progressiste que j son collègue des villes, il se sert souvent d'outils très pri- ' mitifs. Dans nos pérégrinations en pays arabe, nous avons vu des haddadine se servir d'un vieux canon de fusil en guise de soufflet ; ce tube transmettait l'air de leurs poumons jusqu'au foyer. On se demande comment ils pouvaient consentir à s'époumonner ainsi toute une journée I D'autres haddadine sont un peu plus avancés, ils ont un soufflet confectionné tout simplement avec une peau de chèvre munie dans sa partie supérieure d'un morceau de bois et à laquelle est adapté un tube en fer. Le morceau de bois est fixé longitudinalement sur la partie supérieure de la peau et sert de poignée au forgeron.
Pour actionner ce curieux instrument, qui est simplement fixé à terre, el haddad n'a plus qu'à opérer des mouvements de pression de haut en bas ; pour cette manœuvre, il se lient, naturellement accroupi. Lorsque le fer qu'il s'agit d'aciérer est rouge, le forgeron, toujours accroupi, lui donne la forme qu'il désire sur une enclume de faible
dimension. S'il est nécessaire, afin de parfaire la pièce, d'employer U lime, notre artiste, sans changer de position, pince le fer dans un petit étau et, en maintenant cet instniment avec les orteils, arrive ainsi à apporter la modification projetée, on comprend qu'avec de tels moyens il n'arrive qu*à faire des objets très imparfaits.
Nous avons vu aussi des haddadine ambulants qui possédaient un soufllet un peu plus perfectionné que celui qœ nous venons de décrire.
C.e soutllet, fabriqué par eux est composé de deux carcasses en til de fer affectant la forme cylindrique et recouvertes de peaux. Ces deux cylindres, accolés Tun contre l'autre, prennent l'air extérieur par deux petites ouvertures et le renvoient par deujc tuyaux qui se réunissent en on tube central dirigé sur le foyer ; ils sont fermés à la partie opposée aux tuyaux par une planchette circulaire munie d'une poignée.
Le souftlet fixé à terre est manié ordinairement par un entant qui pousse alternativement le fond de chacun des cylindres dans la direction du foyer.
(Quelques haddadine exercent en même temps la profes- Hion de maréchal ferrant, mais le plus souvent les deux professions sont bien distinctes, le forgeron ne répare que IcsH outils et le maréchal ferrant s'occupe exclusivement de lu farrure des chevaux
A propos de profession de maréchaMerrant (semmar) il y u ausHi des indigènes qui. sans enclume, sans soufflet, ferrent les chevaux sur les marchés ; leur matériel n'est pas considérable : ils n'ont qu'une certaine quantité de fers, de clous et un marteau. Les animaux qui ont besoin de chaussures, leur sont amenéN, et sans s'inquiéter ni de la forme, ni de la grandeur du pied des animaux, les maréchaux arabes leur fixent des feis tout préparés qui n'ont qu'un tort, c'est d'être épais comme une grosse feuille de papier et mal faits. 11 est vrai que le prix de quatre fers est de deux francs et qu'à ce compte on ne saurait être exigeant.
Les indigènes ont conservé le souvenir de Sidna Daoud (David), qui aurait, selon la légende, forgé la première cuirasse ; malgré ce souvenir, le métier de forgeron n'est nullement estimé parmi les Musulmans. Ils le considèrent comme tout à fait dégradant. Aussi les Arabes des Haracta et des Mahatla, pour indiquer le mépris qu'ils professent
vis-à-vis du haddad, récitent-ils les vers suivants :
La pierre verte de la rivière
Est mêlée à celles sans valeur.
La fille du patron forgeron
S'avance. Ne t'approche pas, reste là-bas.
Ton origine est celle d*un patron forgeron, Frappe ton corps de coups, Achète une enclume et une tenaille, Epuise-toi,. démène- toi à travailler.
Fréquente le forgeron, tu gagneras de la suie. Fréquente le parfumeur tu gagneras la bonne odeur.
Le brave forgeron n*est pas, comme on le voit, en grand honneur parmi les Musulmans. On se demande pourquoi les Arabes méprisent si fort el haddad. Serait ce parce qu'il travaille î Peut-être.
Méitcxnt |IopuUtrf 3rabf
Les Arabes n*ont qu'une seule et même médecine, elle n'est nullement compliquée et c'est bien elle que Ton peut appeler populaire. En effet, ce ne sont pas les nouveaux produits qui encombrent les officines arabes, ni les récentes méthodes qui inquiètent les médecins indigènes.
A côté de remèdes simples, pris dans les végétaux ou les minéraux, les indigènes se servent de talismans qui ont, à leurs yeux, plus de vertus que tous les médicaments réunis et même que toutes les opérations qui ont rendu si célèbres nos excellents chirurgiens I
Un petit bout de papier, sur lequel sont tracés, avec une encre composée de safran et d'eau, de petits carrés renfermant des caractères arabes (toujours le mot Allah y figure) constitue le talisman. Ce papier, soigneusement plié et cousu dans un petit sachet de cuir, sera placé à la tête ou sur la partie malade du patient.
Il n'y a aucune règle pour Temploi du talisman et quelquefois , selon rinspiration du theb'b, le malade devra l'avaler, pour être guéri de la maladie dont il est aff^ecté.
Indépendamment des amulettes, les indigènes ont une foi profonde en la science de leurs médecins ; ils acceptent tout ce que ces ignorants leur déclarent et leur prescrivent et souvent les pratiques les plus cocasses, les traitements les plus baroques , pour lesquels sont employés des insectes, des reptiles, des animaux, doivent être suivis par eux.
Les Arabes acceptent aveuglément tout ce que leur débitent les médecins, sans aucun étonnement : les génies, les exorcismes, les incantations, les pèlerinages, les talismans, les remèdes les plus étranges, toute la lyre y passe !
Aussi les médecins indigènes ne sont-ils jamais embarrassés et ne connaissent nullement la consultation ; jamais
un thebib arabe n'hésite à diagnostiquer, jamais il ne fait appeler un confrère, sa science lui suftit.
Si le malade ne guérit pas, ce qui, on le pense bien, arrive presque toujours, il ne s'eflfraye pas et se borne à déclarer que : « Dieu n'a pas voulu accorder la guJrisoii. ;§>
Cette facile réponse est, du reste, acceptée très philosophiquement par les parents du malade qui ne récriminent jamais et acceptent, avec un même fatalisme, une même résignation, les coups que leur porte la destinée ou les accidents provenant de l'ignorance du médecin.
Nous ne donnerons ici, vu le cadre restreint de nos études, que quelques traitements qui nous ont paru curieux et qui sont couramment employés par les indigènes des départements d'Alger et de Constantine.
Au cas où le lecteur désirerait avoir des renseignements plus complets, il pourra consulter utilement l'ouvrage de M. le docteur Bertherand, d'Alger : De la Médecine arabe,