‹ L'Arabe tel qu'll est: études algériennes & tunisiennesChapitre 26 sur 74 · REMÈDES CONTRE LA RAGE · texte numérisé non relu

REMÈDES CONTRE LA RAGE

Lorsqu'un indigène a été mordu par un chien hydrophobe, les membres de sa famille s'eflforcent de tuer le chien afin d'avoir le foie de l'animal qui doit constituer le remède contre la rage. Le foie est cuit et le malade doit le manger.

Dans le douar Méida de Sédrata, les membres de la famille Laraimïa de la Mechta Chabet el Klekh Sghira ont une réputation bien établie de guérisseurs de la rage. La médication employée par eux n'est pas très compliquée ; elle consiste à faire manger au malade des pains confectionnés avec de la farine dans laquelle un Laraimïa quelconque a craché sept ou huit fois. En outre, une prière est écrite sur un papier et remise au malade qui doit la porter dans un petit sachet de cuir.

Dans le douar Aïo-Snob toujours de Sédrata, les membres de la famille des Blalta emploient le même remède,

lorsqu'un indigène, mordu par un chien enragé, leur est amené.

Le marabout Sidi Abderahmane ben el Hafis. Mokaddeni de la secte des Rahmania, qui réside près de Dréa, jouit d'une grande notoriété comme médecin.

Pour Phydrophobie, voici en quoi consiste le traitement qu'il emploie ; il écrit une prière sur un piipier, puis il trempe ce papier dans un vase rempli d'eau et lave les caractères qu'il vient de tracer. Ensuite, il invite le malade à boire ce liquide.

Les indigènes ont grande foi en ces divers traitements, ils affir«nent, avec un grand sérieux, que ces pratique» sont infaillibles et ils les préfèrent de beaucoup au traitement rationnel de Pasteur ! î

REMÈDE CONTRE l'ÉPILEPSIE ET AUTRES ACCIDENTS NERVEUX

La nechra (sacrifice) est une pratique des plus répandues chez tous les indigènes du nord de l'Afrique pour combattre l'épilepsie et autres maladies nerveuses

Les différents détails de cette pra-ique doivent être rigoureusement observés, si l'on veut obtenir une guérison certaine.

Voici la façon dont procèdent les indigènes : si la personne malade est un homme, on égorge une poule si c'est une femme, c'est un coq qu'il faut tuer.

Au moment de regorgement, le sang de la volaille est soigneusement lecueilli et mis de côté avec les plumes.

Puis cette volaille est cuite comme pour un repas ordinaire. Après la cuisson, elle est placée sur un plat dans un endroit élevé de l'habitation, sur un meuble quelconque ; les lumières sont alors éteintes, et, pendant une heure, personne .ne touche au mets, afin de permettre aux Djejioun (génies) de consommer un peu de la nourriture se trouvant dans le plat.

Ensuite la famille du malade mange la volaille, en ayant

bien soin de ne pas toucher à la tête, ni de broyer les os des pattes et des ailes du volatile.

Ces os et la tête sont précieusement conservés et placés dans une marmite en terre (bourma) dans laquelle se trouvent déjà les plumes et le sang de la volaille, ainsi qu'une petite quantité d'orge.

Un membre de la famille doit alors prendre cette marmite et la placer, le matin de bonne heure, sur un chemin.

Lorsqu'il transporte la marmite, il ne doit ni retourner la tête, ni répondre à un appel qui lui serait adressé. Il dépose dévotement le récipient sur le chemin en proférant le traditionnel « Bism Allah» (au nom de Dieu).

Dès que cette marmite sera cassée par un individu quel • xonque, homme, femme ou enfant, la maladie quittera immédiatement le malade et ce sera celui qui aura brisé la marmite qui en sera affecté.

BOUSAÀDIÂ

^*ES mères arabes, afin de faire cesser les pleurs ou cris de leurs petits enfants, les menacent en leur disant : « Tais toi, voici Bousaâdia qui arrive » ;le marmot se tait alors subitement.

Quel est donc le personnage qui cause un si grand effroi aux poupons indigènes? C'est le nègre qui est tout à la fois chanteur, danseur, mime, musicien et se rend sur tous les points d'Algérie, principalement dans le département de Constantine, villes, villages, hameaux et même dans les simples mechta pou:' exercer sa curieuse profession : c'est Bousaâdia, la terreur, le croquemitaine des petits enfants arabes.

Son costume est fort bizarre, comme on va le voir. Il est coiffé d'une chéchia sur laquelle sont cousus de nombreux ornements: d'abord une tête de chacal, de renard ou de lynx, puis des petites glaces rondes, des coquillages, des dents de sanglier, le tout surmonté d'une vieille queue de cheval ou de mulet. Voilà pour la coiffure

Quant à ses vêtements, ils se composent d'une gandoura, d'un pantalon arabe et d'une sorte de casaque aux couleurs

voyantes, rouge ordinairement Celte casaque qui lui couvre le torse est ornée, de ci, de là. de boulons en cuivre, de vieilles plaques de ceinturon, de cordelettes de diverses espèces, de rubans fanés, de grelots, le tout d'une propreté très relative.

Les reins sont serrés d'une ceinture en cuir, faite d*upe vieille bretelle de fusil. Cette ceinture, qui entoure la taille du Bousaâdia par dessus la gandoura, fait ressembler cette dernière à. une sorte de jupon court.

Le nègre, pour se donner un aspect plus effrayant ou plus comique, suspend à sa taille des peaux desséchées de ratons, chacals ou renards.

Comme instrument de musique, le Bousaâdia porte sur la hanche un tambour primitif dont la caisse est en bois et la peau ornée de figures grossières tracées avec de la paie de henné.

C'est sur ce tambour que le nègre fait le bruit a-.sourdissant qui attire autour de lui tous les galopins Jl le frappe d'une seule baguette recourbée (chenekal) tenue de la main droite et aussitôt après, la main gauche, soutenue par le tambour, frôle légèrement la peau d'âne

Bousaâdia est presque toujours accompagné d'un âne qui transporte non seulement son mince bagage et son tambour, mais encore lui même. Le malheureux animal reçoit plus de coups de bâton que de poignées d'orge, et son maître, ne se souciant pas de sa nourriture, il.y pourvoit en mangeant le long des chemins^ les brindilles qu'il peut attraper.

La figuresimiesque, les contorsions du nègre, son costume étrange et sa musique infernale ne lui attirent pas les sympathies de la race canine, les braves toutous des villes françaises, en le voyant, le poursuivent d'aboiements répétés tout en ayant soin de se tenir à une respectueuse distance de cet être fantastique.

Dans l'intérieur, les vilains chiens arabes, plus féroces et toujours affamés, s'acharnent souvent après les maigres mollets du nègre et il est alors obligé de livrer de vrais

combats à ces enragés afin de ne pas sentir leurs terribles crocs.

On comprend très facilement que les petits enfants fran çais et arabes, redoutent le Bousaâdia, son accoutrement, ses grimaces atroces^ le ton noir de sa peau, sa danse sauvage, ne sont pas faits pour rassurer les bambins habitués aux cajoleries de leurs parents.

La représentation que donne en plein air le nègre, consiste en un petit chant, toujours la même phrase jnusicale, accompagnée de bruit de tambour et de danse.

Nous n'avons pu saisir de ce chant que les mots suivants:

Nabi Mostepha : Prophète Mustapha,

Salam alik : Salut sur toi.

Baba Mansour :^ Père Mansour,

Rasoul Allah : Envoyé de Dieu,

la Babana : O notre père,

Rasoul Allah : Envoyé de Dieu,

la Moulana * O notre maître.

La danse est d'abord lente, le nègre lève successivement en cadence chaque pied, puis le mouvement s*accentue et la dan«e devient plus agitée. Ce sont alors des voltes effrénées, z^tc accentuation du bruit du tambour et contorsions de tout le corps. Puis le nègre tourne longuement sui un pied, s'accroupit et. finalement, s'arrête.

Pour élargir le cercle de garçonnets de dix ï quinze ans qui suivent toujours notre artiste, ce dernier exécute une série de petits bonds comiques, contractant affreusement son visage, faisant une grimace horrible en ouvrant démesu rémeni la bouche.

Lorsqu'il veut obtenir la récompense de ses pitreries le nègre choisit dans l'assistance l'indigène le mieux vêtu, il danse, chante et bat du tambour devant lui. jusqu'à ce que l'auditeur, ennuyé plutôt que charmé, lui accorde un sou ou deux, en rougissant de sentir fixés sur lui tous les regards des spectateurs qui Tobligent ainsi à s'exécuter.

Lorsque le Bousaâdia aperçoit un arabe généreux cher-

^^er dans son porte-monnaie, il augmente alors ses conversions, se rapproche plus du donateur, se rapetissant, V^ujours dansant et ouvrant la bouche, nouvelle sébile, Pour recevoir la pièce qui lui est offerte.

Il emmagasine ainsi facilement*, sans en être gêné, plusieurs pièces de dix centimes, tel un singe se bourrant les bajoues de nourriture.

Chaque nouveau don illumine ce visdge imberbe, luisant et provoque chez le nègre des bonds exagérés auxquels s ajoute un remerciement qui se manifeste par des inclinaisons de tète et un son mal. articulé.

Les nègres qui font le métier de Bousaâdia sont ordinairement jeunes, les vieux n'ont plus l'pgilité nécessaire, leurs articulations ne sont plus assez souples ils sonf obligés de casser les pierres sur les routes et ont ainsi une vie moins mouvementée.

Le Bousaâdia est originaire du centre de l'Afrique : Haoussa, Bambara, Bornou, Congo, Soudane. D'un caractère doux, il est heureux de' vivre en Algérie, à l'abri des coups de cravache des négriers qui désolent son pays, et où la nourriture est bien supérieure au peu substantiel millet dont on est nourri dans le continent noir.

Néanmoins, le nègie en Algérie ne progresse pas, en hiver, le climat, principalement celui des Hauts-Plateaux, ne lui est pas favorable et chaque année beaucoup de malheureux négrillons sont emportés par une affection de poitrine quelconque.

Son tempérament s'accommode mieux de 1 Extrême - Sud, où il y a peu ou pas d'hiver ; il est là dans des conditions climatériques bien plus favorables, et sa noire figure, sur laquelle ne mord pas le soleil, est alors épanouie et respire la santé.

genre de celle occasionnée par l'emploi de l'huile de croton.

Le thapsia est également employé dans la médication

française ; c'est le docteur Reboulleau, de Coostantine, qui

Va vulgarisé.

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