‹ L'Arabe tel qu'll est: études algériennes & tunisiennesChapitre 32 sur 74 · LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

LA CIRCONCISION

La tehara (circoncision) est un des actes les plus impor- | tants de la vie arabe. Les Indigènes d'Algérie ne manquent \ pas, à l'occasion de cette pratique religieuse, de donner une fêle à leurs amis et connaissances. L'enfant arabe ne doit pas être âgé de plus de dix ans au moment de la circoncision.

Dans le département de Constantine, voici comment la cérémonie a lieu : le matin, de bonne heure les femmes invitées à la fête, parées d'étoffes aux couleurs voyantes, en ligne, serrées les unes contre les autres et couvertes d'un ou plusieurs grands voiles, se rendent à quelque distance de la demeure du père de l'enfant, afin de chercher la terre traditionnelle.

Suivies d'une bande d'enfants, elles marchent, dignes, d'un pas mesuré, chantant :

Nous avançons, avec ton aide,

O Dieu ! personne ne nous devancera.

De temps en temps les you-you stridents se font entendre alternant avec le chant précité.

Une vieille, armée d'un sabre, précède le groupe de femmes, à quelque distance en avant, l'air pénétré .de l'importance de sa mission. L'arme qu'elle porte est destinée à éloigner l'aïn le mauvais œil.

Les chants continuent jusqu'à l'arrivée sur le point où doit être prise la terre nécessaire à l'opération. Une guessâ (plat en bois dans lequel est fabriqué le couscous) est rempli de cette terre, puis le groupe revient en marchant toujours posément, et chantant la même phrase.

A l'arrivée près de la maison où se donne la fête, des coups de feu annoncent le retour des femmes, et au moment

où le groupe pénètre, une nouvelle salve le salue» A cette salve, répondent toujours les cris d'allégresse des femmes.

L'opérateur, qui est entouré de la plus grande déférence de tous les assistants, prépare avec toute la componction désirable la terre, la guessâ, et Tenfant est amené.

Encouragé par de nombreuses promesses, l'enfant, maintenu solidement par des assistants, ne peut faire aucun mouvement et l'opération est vivement faite.

Aussitôt, les benader, les kessab se mettent à jouer leurs airs les plus bruyants ; les you-you deviennent assourdissants, des vapeurs de benjoin, cascarille, encens envahissent et parfument le local ; les vieilles négresses s'emparent des petits mortiers en cuivre et de leurs pilons et s'en servent comme de cloches. Ce tapage étourdissant n'a pour but que d'attirer l'attention du jeune musulman et de lui faire oublier l'opération douloureuse.

Puis on apporte au néophyte un morceau de viande cuit-e avec lequel il doit frapper l'opérateur qui, bonassement, reçoit en riant les coups. Ensuite on lui fait mordre un. gros oignon !

La terre qui a servi à la circoncision est rapportée avec le même cérémonial ; la vieille porte sur sa tête la guessà contenant la terre, recouverte d'un linge blanc sur lequel est placé le sabre qui préserve du mauvais œil.

Puis le groupe de femmes, toujours serrées les unes contre les autres, chantant la même phrase sacramentelle et jetant aux vents leurs you you.

La remise de la terre effectuée, tout le cortèt»e retourne en chantant chez Theureux père et la fusillade salue encore une fois la rentrée des femmes.

Le côté matériel de la fête vient ensuiie : d'abord des flots de café remplissent toutes les tasses delà maison et, successivement, par groupes de quinze ou vingt, les invités savourent le kahoua puis un repas des plus substantiels leur est servi et ils ne manquent pas de faire honneur au couscouSj méchoui, tadjine, messemem et autres victuailles.

l'adolescencb

Après la circoncision, le jeune musulman livré à \\j^ même se laisse aller à ses instincts de petit sauvage. ^ passe ses journées à rouler avec tous les jeunes bergers <f ^ voisinage et ne tarde pas, à ce commerce, à être d'une dê-^ pravation rare.

Vers l'âge de quinze ou sei/e ans, notre gaillard va souvent au marché voisin, avec un ou plusieurs garçons de sod âge et s*il peut enlever un burnous à Tabassi qui en vend, ou décrocher une paire de souliers chez le Mzabi, il ne s'en privera pas.

Après avoir réussi plusieurs fois dans ses petits méfaits, vers Tâge de dix-huit ans il s*enhardit et se lance dans des opérations plus fructteuses. II se joint à d'autres jeunes malandrins plus expérimentés que lui qui lui indiqueront les bonnes manières pour enlever adroitement, un ou plusieurs moutons, des filets d*orge ou de blé, un cheval, etc., etc.

C*est la nuit surtout que les expéditions ont ordinaire raent lieu, mais le jeune filou ne dédaigne pas de. . travailler le jour si l'occasion s'en présente.

Les indigènes n'apprennent aucun métier à leurs enfants, ils se bornent à leur faire garder leurs troupeaux et labou rer, moissonner et battre. En dehors de ces travaux agricoles, de février à juillet, les arabes vivent dans l'oisiveté la plus complète. Les Français nouvellement arrivés sont toujours très surpris des dispositions à la paresse, à l'oisiveté que possèdent à un si haut degré les arabes I

Il est bien entendu que nous ne parlons que des indigènes du pays arabe, du cultivateur, et non des habitants des villes qui sont plus laborieux.

Vers l'âge de dix sept ou dix huit ans, le jeune arabe est considéré comme suffisamment mûr pour le mariage et son père s'occupe alors de lui trouver une compagne,

Page 1