LE MARIAGE
Lorsque le mariage d'un jeune homme a été décidé, sa
mère^ en femme prévoyante^ s'inquiète du choix d'une bru, elle ne négligera rien pour savoir ce qu'elle est tant au physique qu'au moraU elle interrogera adroitement les voisines de la jeune fille, sur ses faits et gestes ses aptitudes aa travail, sa conformation, etc., etc., puis son choix arrêté, elle en fera part au chef de la famille et les pourparlers s'engageront.
Le père de la jeune fille est alors pressenti sur la somme que doit remettre le père du jeune homme à titre de dot. Cette somme sera plus ou moins élevée selon la situation, l'influence de la famille de la future et aussi selon la beauté de cette dernière.
Après de longs et interminables marchandages, la somme est enfin fixée ; cette fixation est très importante, car, en cas de divorce, ce qui est assez fréquent, la dot sera rem boursée au mari.
Les fiancés ne sont jamais consultés par leurs parents et ne sont pas autorisés à se voir, à se parler, avant le mariage. Les mariages arabes se contractent devant les gens âgés du douar ou de la tribu et aussi devant le cadhi. Dans certai • nés régions les indigènes n'effectuent cette formalité devant le cadhi qu*avec une certaine répugnance en raison des exigences du magistrat musulman, sous le rapport des honoraires qui lui sont dus. La contractation du mariage a lieu en présence des pères et mères des fiancés et sans que ces derniers soient présents, pui§ deux ou trois jours après, la célébration de la fête a lieu.
EL BAKHAR
h*^ANS les villes tunisiennes, il y a ordinairement un nègre : El Bakhar qui, n'ayant aucun métier, se munit d'un petit récipient en fer dans lequel il met quelques charbons allumés et diverses substances répandant une bonne odeur. Le récipient est suspendu à un court bâton, à l'aide de trois fils de fer, et le soudani circule en encensant les passants.
Cette façon déguisée de demander l'aumône est suivie par de nombreux nègres que Ton retrouve partout, à Tunis, Bizerte, Soussa, Kairouan, etc.
Ordinairement, très misérablement velu d'une vieille gandoura recouverte d'un burnous en loques, sans chaussure, El Bakhar se rend dans lés cafés maures et les endroits publics, balançant doucement sa mebakhera (encensoir).
Voici les appels qu'il lance pour implorer la charité des passants :
la msalli ala en-nebi :
ia kerim mta Âllah :
la el moumnine :
ala khater Sidi ben Hassen ;
ia el messelmine :
ala khater Sidi ben Arous :
ia Sidi Abdelkader £1 Djilani :
A celui qui prie pour le Prophète
ô généreux pourTamourde Dieu
ô les croyants !
peur Sidi ben Hassen
ô les musulmans !
pour Sidi be Arous
ô Sidi Abdelkader El Djilani.
Chaque vendredi El Bakhar se rend devant les giandes
mosquées, il attend la sortie des fidèles qui viennent d*en-
tendreTimame prédicateur, et sollicite la charité publique
en formulant toujours les mcmes invocations que ci-dessus,
Le malheureux Bakhar ne gagne pas beaucoup d'<n gent à
eucenserses coreligionnaires et nous doutons fort que la
maison Hachette le fasse figurer jamais dans son almanach
parmi les mendiants réussissant à faire fortune.
Quand il a ramassé six ou huit sous par jour, il se considére comme très heureux, conserve dix ou quinze centimes pour le renouvellement de sa provision de djaoui (benjoin), loubane deker (encens mâle), aoud-el komari (cascarille) et se nourrit avec le reste.
Pour son logement, El Bakhar n'est pas inquiet, un croyant trouvant toujours l'hospitalité chez un cafetier.
Beaucoup de Bakherine réussissent ainsi à traverser à pied la Tunisie, la Tripolitaine, l'Egypte et, se joignant à une caravane de pèlerins, parviennent à La Mecque.
Ils mettent quelquefois plus de deux ans pour effectuer ce long et périlleux voyage, mais toutes les peines, les fatigues, les misères, les maladies ne les rebutent pas.
Armés d'un incroyable courage, d'une persistance et endurance remarquables que n'explique que la foi dont ils sont animés, ils réussissent à vivre misérablement de longs mois, parcourant d'interminables distances et atteignent, enfin, la ville sainte, leur pieux objectif I