‹ L'Arabe tel qu'll est: études algériennes & tunisiennesChapitre 35 sur 74 · DIVORCE, VEUVAGE · texte numérisé non relu

DIVORCE, VEUVAGE

Le divorce autorisé par la loi musulmane est très fréquent, on pourrait même dire trop fréquent, chez les indi gènes d'Algérie. Les femmes arabes excitées souvent par leurs familles, cherchent, par tous les moyens possibles, à obtenir le divorce afin d'avoir plus de libertés et aussi une plus forte dot.

Les jeunes veuves arabes n'éprouvent jamais une grande douleur lors du décès de leur époux et elles aussi sont très heureuses de ne plus être surveillées et d'agir à leur guise. Ne trouveront elles pas, quand elles le voudront, un autre mari ?

La femme divorcée (methalka) et la veuve (hadjala) ont beaucoup plus de latitude que les femmes mariées; elles sont absolument libres de leurs actions, circulent à visage découvert et mènent une existence des plus mouvementées.

Fort souvent elles installent une tente près de la de meure de leurs parents et, au su et au vu de tous, elles y reçoivent leurs adorateurs ; leurs pères et frères ne se feront, du reste, aucun scrupule de profiter des bénéfices réalisés par les déportements de leur fille ou sœur.

Vêtues de vêtements aux couleurs voyantes et aspergés d'eau de cologne, lubin, lavande ou autre, la tête surchargée d'un turban énorme, la figure grossièrement fardée, les joues et les lèvres rouges de carmin, les sourcils noircis de medda, le cou entouré d'un ou plusieurs colliers de pièces d'or et aussi d'un collier fabriqué avec divers parfums : ambre, benjoin, musc, mis en pâte et coupés par petits morceaux, des bracelets aux bras et des anneaux aux pieds, les femmes divorcées ou veuves tiennent une

vraie cour d'amour, où les indigènes viennent parader et

raconter leurs hauts faits.

Souvent les jeunes arabes risquent leur vie pour elles

en allant voler la nuit afin de pouvoir leur offrir un cadeau ;

c'est à celui qui déploieia le plus d'audace, essuiera le plus

de coups de feu assommera le âHieux d'un coup de deb-

bouzses adversaires, afin de complaire à Thadjala (i). Le nombre de rixes, de batailles de coups de feu et de

couteau qu'occasionne la présence d'une hadjala dans un douar est considérable. Il ne se passe pas de jour sans que des discussions avec force horions aient lieu, et bien souvent l'autorité judiciaire ou administrative n'est jamais inforniée en raison de la qualité des coupables, qui sont généralement fils des principaux notables du pays.

La vie licencieuse d'une hadjala n'émeut nullement ses. parents ou voisins; ses amies continueront à la voir comme antérieurement et tout le monde aura pour elle la même considération que si elle était un modèle de vertu.

Cette inconscience générale, cette tolérance outrée, cette négation de toute morale ne se comprennent pas, surtout chez un peuple éminemment religieux, ayant toujouis le nom de Dieu et du Prophète à la bouche et affichant une pruderie excessive dans la conversation et toutes les circonstances ordinaires de la vie.

Chez lesOulad-Naïl, que certains touristes, désireux de montrer leur savoir, appellent bien à tort, les Ouled !!! le métier de prostituée est de tradition. Les jeunes filles se répandent dans les villes : Alger, Blida, Boghari, Djelfa, Laghouat Bou-Sâada. Biskra, etc., y restent jusqu'à la réalisation d'une petite fortune qui leur permette de s'installer dans leur pays et de s'y marier.

(i) Le mot hadjala s'applique indistinctement aux femmes veuves ou divorcées.

Quelques unes, comme Farfara, à Biskra, Randja, à Blida, Sultana. à Boghari, réellement belles, ont allumé de nombreuses passions chez des indigènes et ont eu aussi certains succès dont elles se glorifiaient, auprès de jeunes officiers ou fonctionnaires trop épris des choses d'Orient.

La fameuse Farfara, aujourdliui décédée, s'enorgueillissait d'avoir été photographiée, un sabre dans les mains, par Courtellemont. dans son Algérie Artistique^ et aussi d*avoir été la cause d'une bataille sanglante entre les spahis et les arabes de Biskra I

Chez les Oulad-Abdi, de la commune mixte de l'Aurès» il en est de même ; comme la Nailïa, TAbdaouia va dans les villes chercher fortune et revient au pays natal lorsqu'elle estime avoir assez amassé. Deux villages de la tribu précitée ont cependant des mœurs plus austères; ce sont : Tagoust et Nara. dont les femmes mènent l'existence ordinaire des femmes arabes.

Dans la tribu même des Oulad-Abdi, les femmes divorcent quatre cinq et six fois, et dans les intervalles qui séparent le divorce du nouveau mariage elles ont une conduite qui est loin d'être vertueuse I

Les Azriat (i), nom donné aux femmes galantes par les Oulad-Abdi, ne sont pas reléguées dans un quartier spécial; elles sont réparties dans tout le village. Dans chacun des villages suivants : Amentane, Menaa, Bouzina, Chir. Oum-er-Rekha, Baali, Nouader, Teniet el-Abed, TIets, Larbâa de rOuad-Abdi il y a un grand nombre d'Azriat qui vivent, sans aucune gêne, dans leurs familles.

Les parents ne trouvent rien d'extraordinaire à la singulière façon de procéder de leurs filles; du teste la tenue de la maison ne subit aucune modification l'hospitalité y est complète et le père et la mère sont toujours très heureux de l'arrivée d un étranger quelconque, sachant bien qu'ils retireront profit de cette visite.

(i) Du berbère Thazrith (divorcée).

Les Abdaouïat sont ordinairement très jolies; quelquesunes même ont une réputation de beauté bien établie et l'on en signale qui ont, par leur afcendant« plongé dans UD état voisin de la démence plusieurs de leurs adorateurs ! Aldjia, la fameuse € Reine de TAurès », n*a-t elle pas inspiré une passion assez forte pour faire effectuer, par un de ses galants, un chemin muletier partant de Baali et allant jusqu'à Aris, poste où se trouvaient les autorites françaises ?

En présence de cette démoralisation profonde l'autorité a voulu y remédier en interdisant la prostitution libre et en parquant les Azriat, mais la population entière des villages s'y opposa, prétextant que cette mesure nuirait à l'abondance des récoltes ! I

Lorsqu'on voulut les poursuivre, les Azriat se marièrent toutes et quinze jours après elles divorçaient. Force fut donc à l'autorité de laisser faire ce qu'elle ne pouvait empêcher.

Les Azriat de TOuad-Abdi se remarient en hiver et divorcent au printemps ; cette particularité s'explique par le mauvais temps très dur en hiver dans TAurès et qui empêche les visites des galants. Les Azriat ont^ussile pain assuré pendant le mauvais temps et en été elles sont, étant libres, dispensées de travailler.

Lorsqu'une Azria a un enfant, elle cesse sa vie de dé- ''auches, demeure avec son mari, sans chercher à divorcer. Mous ne voulons pas ici faire le moraliste, mais n y ^Urait-il pas lieu d'engager ^es magistiats musulmans de 'a région aurasienne à n'accorder le divorce qu'avec circonspection ? Il nous semble que sans atteindre le statut F^^r^onnel on pourrait, par une série de mesures progressives, arriver à enrayer ce mouvement beaucoup trop pro ^oncé des divorces.

Il n'est pas inutile de dire que sur la population de l'Au- ^ès, qui comporte vingt-six mille habitants, il y a chaque

année environ mille divorces et conséquemment autant de nouveaux mariages I

Une diminution des divorces amènerait fatalement une amélioration notable dans la criminalité qui, dans l'Aurès comme dans les autres pays, n'est due, pour la plupart des cas, qu'aux questions de femmes, et l'idée de famille ne pourrait qu*y gagner.

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