‹ L'Arabe tel qu'll est: études algériennes & tunisiennesChapitre 37 sur 74 · DÉCÈS, ENSEVELISSEMENT, DEUIL · texte numérisé non relu

DÉCÈS, ENSEVELISSEMENT, DEUIL

Lorsqu'un musulman sent sa fin approcher, il doit prononcer la chehada (attestation, .profession de foi) qui consiste à prononcer la formule : « La Allah, ila Allah Mohammed raçoul Allah » il n'y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète.

Cette attestation n'est jamais omise par les Arabes et bien souvent ils la prononcent à la moindre indisposition, afin d'être bien en règle avec les prescriptions islamiques, lorsque la mort vient les surprendre.

Si le malade ne peut articuler une parole et qu'il ait encore sa connaissance, il élève l'index vers le ciel faisant ainsi connaître qu'il affirme Tunité du Maître des mondes.

Lors des derniers moments du moribond, les parents se tiennent auprès de lui, s'efforçant de le rassurer sur son état.

Dès que le décès est constaté, les lamentations des parents commencent, les femmes gémissent sur un ton plaintif en vantant les qualités du défunt ou de la défunte et se déchirant le visage avec leurs ongles.

En Kabylie, dans beaucoup de tribus, les femmes se contentent de pleurer et de se désoler.

Pour bien manifester leur douleur, les hommes et les femmes arabes, forment le cercle en dehors de la tente ou de la maison dans laquelle se trouve le décédé et tous poussent des gémissements pendant un quart d'heure ou vingt minutes. Cette scène se renouvelle huit ou dix fois avant l'enterrement et aussi pendant sept jours.

Lorsque dans une famille indigène on apprend la mort d'un parent et que, vu la distance, les membres de la dite

famille ne peuvent se rendre aux obsèques, ils effectuent les mêmes pratiques : chants religieux et complaintes exaltant le caractère du défunt.

Dans les Oulad Meriem du département d'Alger, nous avons assisté à une scène de désolation bien différente de celle que nous relatons plus haut. A la suite de la mort d'un enfant, les femmes, ses parentes, s'étaient réunies autour d'une guessaa (plat en bois) retournée sur laquelle elles frappaient avec un bâton et à tour de rôle. A chique coup, une femme prononçait une lamentation ou invocation et était immédiatement imitée par sa voisine. C'était une suite ininterrompue de phrases dites sur un ton plaintif, douloureux, d'une émotion réelle et scandée par les coups frappés alternativement en cadence Cette scène dura une demi-heure.

Les musulmans qui meurent à La Mecque ou sur le chemin de la ville sainte, sont considérés par leurs coreligionnaires comme beaucoup plus heureux que les autres. L'ardent déiir du musulman est de mourir dans le pays où est enterré le prophète Mohammed.

Les- arabes ferment les yeux des morts, leur contiennent le menton par un foulard que l'on noue sur la tête, et leur assouplissent par des flexions progressives les articulations des membres, afin de faciliter la lotion funéraire. Il arrive quelquefois que les paupières du défunt s'entr'ouvrent : les indigènes prétendent que c'est un signe indiquant qu'un membre de la famille ne tardera pas à mourir.

L'ensevelissement a lieu deux ou trois heures après le décès. Le cadavre est d'abord lavé soigneusement^ les mains, puis tout le corps et enfin la tête ; ensuite on verse à grands flot*^ de l'eau sur le côté droit du corps, puis sur le côté gauche.

Dans le sud, lorsqu'il n'y a pas d'eau (ce qui arrive sou« vent) on pratique la lustration pulvérale.

Après que le corps est lavé, on introduit dans le nez et les oreilles du décédé du camphre pulvérisé, du safran et du coton imbibé d'essence de roses. Puis le cadavre est vêtu de vêtements neufs en colonnade, la tête est enveloppée d'un turban dont une extrémité couvre la figure et il est placé dans une grande pièce de cotonnade cousue en manière de sac et qui enveloppe complètement le corps de la tête aux pieds.

Lorsque c'est une jeune fille qui est morte, indépendamment du camphre et des autres parfums, on lui teint les pieds et les mains avec dn henné, on lui enduit les sourcils de meddâ (sorte de pâte dans laquelle entre de la noix de Galle et de l'oxyde de fer), et les lèvres sont rougies de carmin.

La jeune fille est vêtue de ses plus beaux vêtements, parée de ses bijoux et placée dans le linceul recouvert d'une gaze verte qui rappelle la couleur du paradis. Les Arabes appellent la jeune fille ainsi parée : Aroussa el Mekabar (la mariée des tombeaux).

Le cadavre ayant été lavé et habillé, il est procédé au

convoi; si le champ de repos est éloigné, le cadavre y sera

Porté sur un brancard fait de deux grandes et deux petites

Perches reliées entre elles et placé sur un mulet ; si le cime

^ière est proche, il y sera transporté â l'aide d'un tellis ou

^*un tapis soutenu par huit ou dix porteurs.

Les parents et amis du défunt suivront à pied le convoi ^ui, dans les villes, est précédé de chanteurs religieux appelant les bénédictions divines.

La sépulture est ainsi creusée : d'abord une première fosse, puis, au fond, une deuxième fosse plus petite, destinée à recevoir le cadavre. Celui-ci, apporté au bord de la sépulture, est étendu dans la petite fosse sur le côté droit et la hce tournée du côté de l'Orient. La tète repose sur un petit tas de terre et les interstices sont remplis également de terre. La petite fosse est recouverte de dalles, puis la grande, qui est au-dessus, est comblée complètement. Les

Kabyles placent à côté de la tête du défunt un couteau destiné à le préserver des mauvais génies..

Après les prières dites par Timam, les assistants lettrés jettent dans la sépulture trois fois plein leurs deux mains de terre en disant : i" Vous en avez été créés 2" Nous vous y ferons retourner, y Nous vous en ferons sortir de nouveau.

La fosse comblée, il est placé au-dessus deux pierres, une à la tête, l'autre aux pieds, si le décédé est un homme ; trois pierres, une à chaque extrémité et une au milieu, si c'est une femme. Dans certains cimetières les pierres sont remplacées par des morceaux de bois grossièrement sculptés. La cérémonie terminée, les parents reviennent chez eux et préparent à manger pour tous les gens ayant accompagné le convoi.

Le deuil chez les indigènes dure deux ou trois mois. Durant le premier mois, les visites de condoléances sont ^rès nombreuses, et leb parents sont tenus d'assurer la nourriture à tous les visiteurs.

Le deuil consiste à ne pas se laver le visage, et à conserver de vieux vêtements pendant deux ou trois mois sans les nettoyer. Il n'est admis que pour honorer les décès des hommes. La mort des femmes et des enfants n'entraîne pas le deuil.

Les indigènes prétendent que « TÂnge aux questions» vient après l'enterrement auprès du défunt pour l'interroger sur son passé, sur ses actions. Si lesdites actions ont été bonnes, il ira au Paradis; si, au contraire^ elles ont été mauvaises, il ira en enfer.

Lorsque les parents du mort sont riches, ils font faire par un thaleb, afin d'éviter au défunt les questions indiscrètes de l'ange, un talisman qui répo(idra en son lieu et place, ce talisman est placé sur le front du défunt entre les deux yeux.

ECH CHOUOUACHI (1)

Iâ fabrication des chouachi était il y a peu de temps encore, une des industries la plus prospère de Tunis, la moitié des habitants s'y livraient. Actuellement il existe dans la capitale de la Régence de 70 à 80 ateliers qui occupent de nombreux chououachia ; malheureusement la concurrence autrichienne, qui a déjà porté un si rude coup à celte industrie, arrivera bientôt à la ruiner complètement et les Algériens, comme les Tunisiens, ne seront plus coiffés que de produits confectionnés par les sujets de François Joseph. Il serait bien à désirer qu'une maison de France se mette à la fabrication des chouachi ; il nous semble que nos ouvriers chapeliers pourraient arriver à s'initier rapidement à la confection de la chéchia et rivaliser ainsi avec la fabrication étrangère.

Les chououachi tunisiens sont organisés en corporation dirigée par un aminé élu par eux et relevant du Cheikh Médina, Président de la municipalité de Tunis.

Les aminé des diverses corporations constituent le tri-

(i) Fabricant du bonnet rouge appelé chéchia, qui sert de coiffure aux musulmans.

bunal de TOrf, sorte d'assemblée qui 'juge les contestations entre patrons et ouvriers, les chououachia ont donc un représentant dans ce tribunal.

La chéchia que les tunisiens appellent kalabouche est d'abord tricotée par des femmes au service du chououachi. Les tricoteuses emploient à cet effet de la laine blanchie et filee venant d'Australie, elles sont payées au poids et gagnent fort peu d'argent. Les chouachi ainsi tricotées ont: les petites, vingt-neuf centimètres de hauteur sur trentetrois centimètres de diamètre; les grandes, trente-six centimètres de hauteur sur quarante six centimètres de dia mètre.

Les chouachi tricotées sont expédiées par centaines à El Batane (Le foulon) près de Tebourba, à quarante kilomètres de Tunis, c'est dans cet établissement qu'elles sont soumises à la préparation du feutre au moyen du savon.

Cette transformation se paye à raison de quarante cen times la livre. Avant de mettre les chououachi tricotées en contact avec le savon, elles sont enduites d'huile d'olives.

Les chouachi, une fois feutrées, diminuent de volume, elles n'ont plus que vingt-quatre ou vingt-sept centimètres de hauteur, sur quatorze ou dix-huit de diamètre.

Après le feutrage les chouachi sont apprêtées par le chardon à bonnetier ou à foulon (kardhoune), plante bisan nuelle qui croît en un seul endroit de Tunisie, à El Aléa, près de Bizerte.

Le chardon à foulon est cylindrique, légèrement coni que, dans sa partie supérieure, long de six à sept centimètres et d'un diamètre de degx à trois centimètres. Il est garni de nombreuses aspérités de six à huit millimètres, très dures, formant peigne sur toutes les parties du cylindre. Pour manœuvrer le kardhoune, les Tunisiens enfilent dans sa tige un axe en bois appelé Bat-idour.

Puis vient la teinture qui donne à la chéchia la couleur

rouge; les teinturiers employent comme matières tinctoriales : le kermès, l'alun, le tartre et la noix de galle et sont payés à raison de soixante centimes la livre. La tein-' ture des chouachi se fait à Tunis et à Zaghouane.

Après avoir été teinte, la chéchia doit encore être lissée par le chardon, cette opération est payée à raison de dix centimes par chéchia.

Lorsque ce lissage est terminé, les chouachi sont soumises à la « Brincha »> presse en hois munie de deux grosses vis et de plusieurs plateaux sur lesquels les chouachi sont étagées et comprimées.

Indépendamment du bonnet dit Kalabouche, il se fabrique aussi à Tunis la chéchia dite madjidi ou skandri (d'Alexandrie), ayant la forme conique et se vendant spécialement pour TEgypte. Il n'existe à Tunis que trois ou quatre ateliers fabriquant cet article spécial.

Les fabricants de chouachi tunisiens ont tous leur marque de fabrique, ils ne vendent ces bonnets qu'en gros et demi-gros. Les plus petits sont vendus trente-six francs la douzaine, les grands quarante-huit francs.

Au détail, chez les marchands non fabricants. )a chéchia se vend de six à quinze francs, suivant la qualité et la grandeur.

Les chououachia de Tunis expédient leur marchandise dans tout le nord de TA Trique : Maroc, Algérie, Tunisie, Tripolitaine et même jusqu'à Constantinople.

La chambre de commerce de Tunis et le Gouvernement de la Régence, qui s'inquiètent tant du progrès de 1 industrie locale tunisienne, ne devraient pas perdre de vue la question importante de la fabrication des kalabouche.

Cette industrie, naguère très prospère, est, comme nous* 1® disons plus haut, fort menacée par Timportation des produits autrichiens.

Cependant, avec Texcellente laine et la main d'œuvre ^^nisiennes, il doit être facile de créer une ou plusieurs usines pouvant rivaliser avec l'Autriche.

Il est grand temps d'y songer^ si l'on ne veut voir disparaître, à très bref délai, le type intéressant du chououachi.

4fiji^

Moeurs^ i^abttuIreB^ Msaqts et €outumts arabes

LA SFBBALA

Dans un but de dévotion^ certains musulmans forment le vœu d'entretenir aux abords d'un chemin, d'une rue, d'une place, une sebbala.

La sebbala consiste en un grand vase' rempli d'eau, destinée à rafraîchir les passants, une tasse ou un petit récipient est placé à proximité du vase. Tout le monde peut boire à la sebbala sans être astreint à donner une rémunération.

Quelquefois, la sebbala est simplement une outre remplie d'eau et accrochée à portée de la main. A Tunis, Sousse, Kairouane et dans presque toutes les villes tunisiennes^ on rencontie des sebbalat que de fervents musulmans entretiennent avec soin, espérant ainsi, gagner plus sûrement le chemin du Paradis.

En Algérie, la sebbala tend à disparafître en raison des bornes fontaines installées dans la plupart des localités.

Le philanthrope Richard Wallace en installant ses fon-* taioes publiques avec gobelets en métal, ne se doutait probablement pas que son innovation existait depuis un temps immémorial en pays musulman.

ÉGORGEMENT d'uN MOUTON '

Lorsqu'un arabe égorge un mouton, il doit dire les paroles suivantes avant de faire pénétrer la lame du couteau dans la chair de l'animal : « Bism Allah ou Allah akbar, » Au nom de^Dieu et Dieu est grand I

Lorsque l'abatage du mouton est effectué pour célébrer . «El aïd el kebir », (la grande fête), l'invocation suivante, doit être prononcée : « Au nom de Dieu, Dieu est grand !»

L'oblation est licite et bonne, d'après la tradition de notre seigneur Brahi m, l'ami de Dieu. Dans ce monde une offrande, dans l'autre une monture.

Les Arabes ont conservé le souvenir du fameux sacrifice d'Abraham comme du reste de beaucoup de faits relatés dans l'ancien testament.

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