‹ L'Arabie contemporaineChapitre 21 sur 32 · Traduction de M. Barbier de Meynard, p. 290, 2S2 et · texte numérisé non relu

Traduction de M. Barbier de Meynard, p. 290, 2S2 et

est négligée. Arrivés dans la plaine et en approchant 4e la montagne d'Arafat, les pèlerins se dispersent pour chercher le lieu de leur campement. Les dévots passent la nuit en prières. A l'aube, deux coups de canon appellent les fidèles à la prière du matin. L'Arafat a plus d'un mille de circuit ; il s'élève à environ deux cents pieds au-dessus dii niveau de la plaine. On aperçoit à l'horizon les pics bleuâtres des montagnes de Taïf, où, suivant la tradition, la glace est éternelle. Après midi, on doit se purifier par l'ablution complète. A trois heures de l'après-dlner a lieu un sermon auquel on est tenu d'assister, sinon de l'entendre, pour avoir droit au titre de pèlerin (hadji). C'est en souvenir du sermon que Mahomet, monté sur sa chamelle, prêcha de ce lieu, deux mois avant sa mort.

Le prédicateur est ordinairement le cadi de la Mecque. Il est monté sur un chameau à Timitation de Mahomet. Quelquefois, le prédicateur lit son discours. Il est d'usage qu'il pleure. Le sermon est interrompu et suivi du cri ; a Fais de nous ce que tu voudras, ô Dieu, fais de nous ce que tu voudras! )^ Les tentes ont été levées et les pèlerins qui ont commencé à se mettre en marche avant la fin du sermon, partent sans ordre quand le soleil se couche, au milieu des décharges de l'artillerie et de la mousqueterie, à la lueur des torches. Au bout) de deux heures , on s'arrête à Mezdéfilé pour y passer la nuit.

Le lendemain, qui est le troisième jour, les pèlerins sont encore éveillés avant l'aurore au son du canon, et le cadi fait un nouveau sermon devant la mosquée de Mezdé-

filé. Ce sermon est moins long que celai de la veille, et aux premiers rayons du soleil les pèlerins se dirigent vers la vallée de Muna, où Ton arrive une heure après. C'est là que le diable apparut à Adam, qui lui jeta des pierres. Tous les pèlerins font de même suivant un usage consacré par Mahomet, mais déjà pratiqué par les Arabes avant rislamisme. Ce sont de petits cailloux de la grosseur d'une fève, qui doivent avoir été ramassés dans la vallée de Muna. Ensuite a lieu regorgement des victimes qui est obligatoire et destiné à rappeler le sacrifice d'Abraham que la tradition place en ce lieu. La tête de l'animal doit être tournée du côté de la Kaaba et le sacrificateur dit, en lui coupant la gorge : « Au nom de Dieu très-miséricordieux, 6 Dieu suprême! » Ce sont des brebis, des vaches ou des chameaux, dont le nombre varie suivant la fortune ou la dévotion de chacun. Les pèlerins restent encore deux jours à Muna, où ils répètent la cétémonie de jeter des pierres au lieu où le diable a apparu à notre premier père. Ils retournent ensuite à la Mecque.

C'est alors qu'ils doivent faire la visite solennelle à la Kaaba. La maison sainte est un petit édifice quadrangulaire, de 18 pieds de long sur 14 de large, avec une hauteur de 40 pieds. Elle est couverte d'une étoffe qui se renouvelle tous les ans au moment du pèlerinage, suivant un usage antérieur à l'islamisme. La Kaaba se trouve au milieu d'une vaste cour de même forme, de 250 pas de long sur 200 de large, close de murs et garnie à Tintérieur de grands cloîtres à plusieurs rangs de colonnes. En

entrant sous ces galeries et dès qu'on peut apercevoir la Kaaba, on se prosterne quatre fois pour remercier Dieu et saluer Tédifice. On s'avance ensuite vers la Kaaba en passant sous la porte du salut, et en se dirigeant vers la pierre noire qui est située à l'un des angles et à Texte rieur. Après quatre prosternations, on baise la pierre, et, s'il y a trop de foule, on se contente de la toucher de la main droite. Les musulmans n*adorent pas la pierre noire comme on le dit vulgairement. Voici, d'après le code Moultéka^, la cause de la vénération de cet objet : «L'Etre suprême ayant demandé à toute la légion des êtres spirituels : Ne suis-je pas votre Dieu? tous répondirent : Ouij vous Vêtes. Ces paroles furent déposées dans le sein de la pierre noire par l'Éternel lui-même. »

Après le baisement de la pierre commence la cérémonie appelée Touaf^ déjà pratiquée par les Arabes avant l'islamisme. Elle consiste à faire sept fois le tour de la Kaaba, le côté gauche tourné vers l'édifice. A chaque tour, on baise de nouveau la pierre ou l'on la touche.

Le pèlerin s'approche ensuite du mur même de la Kaaba, entre la pierre noire et la porte. Il étend les bras, appuie la poitrine contre l'édifice, et, dans cette posture, debout, il demande pardon à Dieu de ses péchés.

La Kaaba même s'ouvre trois fois par an , une heure après le lever du soleil : on y pénètre par un escalier

\, Cité par Chauvin-Beillard , p. 49.

mobile, car la porte est située au-dessus du sol. Dans rintérieur, le pèlerin se prosterne quatre fois à chacuu des coins et récite des prières; lorsqu'il a fini, il doit appuyer contre la muraille ses bras étendus , y appliquer aussi la figure et réciter plusieurs prières dans cette position. L*intérieur de la maison de Dieu ne présente aucune particularité remarquable.

Le pèlerin va ensuite au puits Zem-Zem qui est dans rintérieur de la colonnade et isolé : il y prie et en boit Teau autant qu'il le peut. Il se fait aussi un sermon de* vant la Kaaba.

Après être sorti de Tenceinte consacrée, le musulman se rend aux deux élévations appelées Safa et Merwa dont il est fait mention au 1S3® verset du chapitre de la Vache, et où, suivant la tradition, erra Agar de l'une à l'autre jusqu'à ce que lange Gabriel eût fait jaillir la source de Zem-Zem pour désaltérer Ismaïl. Là, les bardes des Arabes idolâtres célébraient les actions de leurs ancêtres. Mahomet leur ordonna d'y substituer les louanges de Dieu. Le pèlerin y prie en se tournant vers la Kaaba^et va sept fois de l'une à l'autre . Cette cérémonie s'appelle le S aï.

La dernière cérémonie est la visite à VOmra^ qui est situé à une demi-heure de la Mecque. C'est un lieu où Mahomet allait faire souvent sa prière du soir. On s'y prosterne quatre fois, on récite des prières et l'on revient à la ville en chantant à haute voix : « Fais de moi ce que tu voudras, ô mon Dieu, fais de moi ce que tu voudras. » Le pèlerin doit s'acquitter encore une fois du ToKofeiàn

Saï^ se faire raser la télé, après quoi il se dépouille définitivement de rihram.

Le pèlerinage est terminé. Le pèlerin a dû donner de nombreuxpourboiresexigés impérieusement, quelquefois à l'aide du bâton, et dont la valeur varie suivant la fortune apparente du pieux taillable. Il y a encore d'autres cérémonies, des prescriptions minutieuses , qui sont plus ou moins observées : peu de pèlerins les connaissent toutes. C'est peut-être le lieu de faire remarquer que Tislamisme est une des religions les plus supertitieuses et les plus formalistes, une de celles qui attachent le plus d'importance à ce que tel rite déterminé soit accompli dans tel lieu et de telle manière, où Ton honore le plus les endroits consacrés, les tombeaux, où il y aie plus de prescriptions relatives à la toilette, à la nourriture, etc. Aussi est-ce à tort que, se prévalant du principe du monothéisme qui est, en effet, essentiellement philosophique, mais dont les musulmans ne peuvent revendiquer ni la découverte, ni le privilège, on considère l'islamisme comme plus rationnel que les autres religions. Pour en revenir aux minuties du pèlerinage, ajoutons que chacun est libre de faire ce qu'il veut et comme il le veut, sans être exposé à une remontrance et sans exciter de scandale.

On peut en résumé réduire à huit les cérémonies obligatoires : 1*" revêtir l'irham ; 2* assister au sermon à l'Arafat; 3** assister au sermon de Mezdéfilé; 4** jeter soixante-trois pierres au diable à Muna ; S"* exécuter le sacrifice sanglant dans le même lieu ; 6*^ faire la visite dans l'intérieur du

temple; V exécuter la promenade entre le Safa et le Merwa; 8^ visiter TOmra.

Après le retour du mont Arafat , le séjour à la Mecque est de dix jours. Puis on se rend à Médine. Ce n'est pas obligatoire pour mériter le titre de hadji; mais par suite du sentiment qui porte les Arabes et les autres musulmans à honorer même indiscrètement les saints, la visite de Médine est aussi appréciée que celle de la Mecque. Les Mogrébins, en particulier , sont très-attachés à cette dévotion : ils y sont aussi attirés par le tombeau de Timan Malek, fondateur de celui des^ quatre rites orthodoxes auquel ils appartiennent. Les nègres, peu monothéistes de leur nature, ont un vrai culte pour Mahomet.

A la Mecque , les pèlerins ont vénéré , comme leurs ancêtres idolâtres, le temple d* Abraham et subsidiairement le lieu où Mahomet est né et a fait ses premières prédications. A Médine, les musulmans visitent la ville où leur prophète s'est retiré quand il a été obligé de fuir la Mecque et où son corps est enterré. Le tombeau est dans un édicule qui se trouve au centre d'une grande mosquée. Les tombes d'Abou-Becker et d'Omar sont auprès. On dit qu'un cénotaphe y attend Jésus, fils de Marie, après une nouvelle apparition sur la terre. Les cérémonies sont très-simples. Purifié par une ablution complète , après avoir fait plusieurs prosternations et récité certaines prières, le pèlerin se place à une lucarne ouverte sur le tombeau , étend les bras et adresse à Mahomet cette invocation : c( Salut à toi, Mahomet ; salut à toi, prophète de Dieu. » Il récite quel-

ques-uns des surnoms du prophète et chacun est précédé du a salut à toi! » Il demande ensuite son intercession dans le ciel en mentionnant ses parents et amis. Il ajoute : a Détruis nos ennemis ; que les tourments soient leur partage! » Les mêmes cérémonies se répètent devant d'autres lucarnes qui laissent voir les tombeaux d'Omar et d'Abou- Becker. Inutile de dire que ces deux lucarnes ne sont pas visitées, à moins de contrainte, par les Persans et par les autres musulmans de la secte des chiites, qui ne reconnaissent pas la légitimité des premiers successeurs de Mahomet.

La dernière station est au tombeau de la lille du prophète, où le pèlerin adresse une prière à Fatime l'Éclatante.

Gomme à la Mecque , la grande mosquée est gardée par des eunuques. Leur chef est un très-grand personnage : il porte le titre d'altesse (sadetkous). Toussoun pacha, le fils de Méhémet-Ali et le premier vainqueur des wahabites, lui baisait la main toutes les fois qu'il le rencontrait.

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