LES SENTIMENTS DES PELERINS
Burckhardtet Burton, une impression de respect religieux quand on se représente Téloignement et la diversité des pays d'où sont venus les hommes rassemblés en ce lieu.
A la nuit, on allume des lampes à la lueur desquelles les pèlerins font leur procession autour de la Kaaba. Aux jours ordinaires, la foule s'écoule vers neuf heures ; la mosquée devient alors silencieuse. Ce n'est plus qu'un lieu de méditation et de prières pour les pèlerins pieux qui y restent en petit nombre.
Maïs, au dernier jour du Ramadan, la fêle dure toute la nuit. Des milliers de lampes suspendues aux arcades et les lanternes de chaque pèlerin donnent à la mosquée un aspect éblouissant, dénature à produire une grande impression. Un habitant du Darfour arriva à la Mecque cette dernière nuit du Ramadan , après un long voyage à travers des déserts stériles. En entrant dans l'enceinte illuminée, et à la vue de la Kaaba couverte de son voile noir, le pèlerin fut saisi d'une telle crainte religieuse qu'il tomba la face contre terre et resta longtemps en adoration. Enfin il se releva, répandit d'abondantes larmes, et, dans son émotion, au lieu de réciter les prières du rituel, il cria à haute voix : «0 Dieu, prends mon âme, car ceci est vraiment ton paradis ! »
Les pèlerins meurent en grand nombre à la Mecque. Lorsqu'ils se sentent gravement'atteints, ils se font transporter à la grande mosquée et s'établissent sous la colonnade pour que la vue de la Kaaba les guérisse, ou pour avoir la consolation de mourir en contemplant la maison
tA TROISIEME PARTIE.
de Dieu. Un Grec, que le hasard avait amené là, aida Barckbardt à assister un pauvre pèlerin qui s'était traîné dans le voisinage de la Kaaba, afin, disait-il^ de rendre le dernier soupir dans les bras du prophète et des anges. Il fit entendre, par signes, qu'il désirait être aspergé de Teau du puits Zem-Zem. Pendant que les deux Européens lui rendaient ce service, le pauvre Mogrébin expira tranquillement.
Un mot, en terminant, sur la famille Méhémet-Ali, dont nous avons déjà signalé la présence au pèlerinage de 1814. La femme du vice-roi d'Egypte, après avoir accompli les cérémonies delà Mecque, se rendit à Médine pour visiter le tombeau du prophète et pour voir son fils Toussoun qui y commandait. A son arrivée, elle passa la plus grande partie de la nuit dans la mosquée à faire ses dévotions : elle se retira ensuite dans la maison qu'elle devait habiter et qu'elle avait choisie dans le voisinage du temple. Toussoun-pacha lui fit alors une courte visite ; mais en se retirant afin de la laisser reposer, il ordonna qu'on étendit lui tapis dans la rue. Pour témoigner de son humilité et de son respect, il dormit tout le reste de la nuit sur ce tapis, à la porte du temple et devant le seuil de sa mère.
Que faut-il conclure de ce qui précède sur les sentiments intimes des pèlerins? Si l'on tient compte des difficultés de la route et des dangers auxquels les musulmans se sont exposés, on reconnaîtra que, pour le plus grand nombre d'entre eux, le pèlerinage est réellement un acte de courage et de foi. Il nous reste à étudier quels en sont les résultais moraux et matériels.
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