‹ L'Arabie contemporaineChapitre 25 sur 32 · INFLUENCE MORALE DU PÈLERINAGE · texte numérisé non relu

INFLUENCE MORALE DU PÈLERINAGE

Je demande la permission de ne pas me senrir du mot fanatisme^ qui n'a pas, par lui-même, un sens bien net et qui, en ce qui concerne les Orientaux, s'emploie pour exprimer des sentiments très-complexes et trèsvariés. Je ne dis pas que le fanatisme n'existe pas en Orient, mais seulement qu'il ne faut pas le voir où il n'est pas. Ce que nous voudrions faire remarquer, c'est qu'en certaines circonstances, on a appliqué ce nom odieux à un sentiment qui recevrait ailleurs une qualification tout autre et quelquefois favorable. Tel est, par exemple, le sentiment qui porte souvent les Orientaux à résister à la prépotence des Européens considérés plutôt comme des dominateurs étrangers, comme des rivaux, comme des hôtes incommodes que comme des chrétiens. Il faut être juste avant tout : faisons donc la part des griefs plus ou moins intelligents et avouables, qui prennent souvent l'expression même du fanatisme, mais qui n'ont pas véritablement leur source dans le sentiment religieux.

- D'où provient cette confusion? Ëyidemment de ce que la loi civile, comme la loi religieuse, dans les pays musulmans, émane ou est censée émaner du Coran. Menacer l'organisation existante dans une société composée de musulmans, c'est, aux yeux de cette société, attaquer l'islamisme, commettre un sacrilège. Un conservateur dans l'ordre politique et social est un croyant. L'amateur du changement , le progressiste est regardé comme un libre penseur, un libertin^ ainsi qu'on disait au siècle de Louis XIY , et même comme un impie. Mais il n'est pas nécessaire d'être chrétien pour tomber sous cette accusation.

Aux yeux des janissaires, le sultan Mahmoud, le com^ mandeur des croyants était un ghiaour, un destructeur de l'islam. La môme qualification était appliquée par les nobles beys de la Bosnie au sultan Abd-ul-Mejid quand on a tenté d'appliquer le tanzimatdans cette province. Pourtant on ne doit donner ni à ces janissaires ni à ces beys Tépithète de fanatiques, mais reconnaître que c'étaient simplement des gens qui, dans l'ordre terrestre, défendaient ce qu'à tort ou à raison ils considéraient comme leur droit et comme la justice absolue. De même, si les Arabes traitaient quelque part les chrétiens comme nous avons vu qu'ils traitent les Persans à Médine à cause de leurs chapeaux pointus et de leur haine contre les premiers califes, on ne manquerait pas de crier au fanatisme, à la haine des musulmans contre les chrétiens qui portent des chapeaux ronds. Remarquons aussi en passant que les Arabes de la

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