‹ L'Arabie contemporaineChapitre 29 sur 32 · CONDITIONS SANITAIRES · texte numérisé non relu

CONDITIONS SANITAIRES

la Méditerranée comme sur la mer Roage, il n'est pris aucune mesure pour que chaque bâtiment ne contienne que le nombre de voyageurs qui peuvent y être aménagés convenablement. Il en est de méine au retour, dans des circonstances encore plus défavorables à cause de l'épuisement produit par le pèlerinage. Or, il est connu que l'agglomération insolite d un grand nombre d'individus, même sains el dans un lieu sain, produit très-souvent des épidémies. À plus forte raison en doit-il être ainsi dans les conditions que nous allons continuer d'exposer.

Que le voyage se fasse par terre ou par mer, il y a aussi une absence à peu près complète de soins médicaux. Ëxiste-t-il au moins une autorité suffisamment respectée et armée pour faire prendre les précautions indispensables et qui s'en préoccupe? La Turquie et la Perse placent leurs caravanes sous des chefs assez bien payés; celle du Yémen est dans le même cas. Un certain ordre est observé dans la marche, dans les signaux de départ et d'arrivée. Mais veille-t-on à ce que les Emirs-Hadjis fassent les dépenses nécessaires pour se pourvoir d'un état^major suffisant et pour faire observer la discipline sanitaire? Le contraire est si bien la règle générale en Orient que nous ne croyons pas être injuste en restant à cet égard dans le doute.

En admettant que les circonstances qui viennent d'être rappelées n'aient développé dans les caravanes aucune épidémie , il faut aussi s'enquérir des lieux d'où les pèlerins viennent. Ceux qui arrivent de l'Egypte et de la

Turquie n'apportent généralement avec eux, grâce aux quarantaines, aucun germe dangereux. En est-il de même de ceux qui viennent des bords du Gange , par exemple, d'où le choléra paraît originaire, ou simplement de Ceyian ou de Bombay, où il règne presque continuellement ? Le gouvernement britannique prend-il au départ les précau* tiens nécessaires?

Voici les pèlerinsarrivés tant bien que mal dansleHedjaz. Je suppose que les arrivants de Syrie n'ont vu se développer parmi eux aucune épidémie typhique ou cholérique ; que le choléra ne s'est pas montré sur les bâtiments indiens ou qu'il a seulement atteint quelques malheureux dont les corps, pendant la traversée, ont été jetés pardessus le bord ; l'air pur de la mer a préservé les futurs hadjis. J'admets encore que le choléra ne régnât pas alors dans le Nedjd où il désole quelquefois les régions basses , pendant que les Persans traversent ce pays. Nous ne sommes pas quittes des influences pernicieuses.

Avant d'arriver au terme de leur course les pèlerins revêtent Tibram. Ainsi que presque tous les usages religieux des musulmans, c'est une ancienne coutume des Arabes idolâtres. Comme il n'est pas supposable qu'un peuple s'impose à lui-même des usages contraires à son climat et inutilement préjudiciables à sa santé, nous croirons volontiers que les Arabes ne courent pas de grands dangers à accomplir le pèlerinage, couverts seulement de deux étoffes blanches de laine ou de coton, sans turbans ni burnous. Mais lorsque Mahomet maintint cet usage, pré-

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Toyait-il qu'il arriverait à la Mecque des pèlerins habitués^ même sous des latitudes assez chaudes, à vivre continuel*lement dans les fourrures ? Il est certain que pour un habitant de Bokkara ou d'Ërzeroum, se dépouiller de ses vêtements chauds doit être fort pénible quand le pèlerinage a lieu en hiver, plus dangereux encore pendant l'été.

Les pèlerins sont revêtus de l'ihram. Ils approchent de la ville sainte. « Déjà, dit Burton, des cadavres d*ânes, de chevaux et de chameaux bordaient la route que nous avions à suivre. Ceux qu'on avait laissés mourir étaient la proie des vautours et des autres animaux carnassiers^ tandis que ceux qu'on avait égorgés étaient entourés par des bandes de pèlerins mendiants. Ceux-ci , toujours affamés, découpaient dans la chair des animaux abattus, de longues tranches qu'ils suspendaient sur leurs épaules, en attendant que la halte du soir leur permît de les faire cuire. »

A la Mecque les hadjis vont-ils trouver la salubrité ? Hélas, non ! Quand il s'agit des populations orientales , il faut d'abord parler de l'eau. L'eau des puits est si saumâtre que les Mekkaouis ne s'en servent même pour les usages culinaires qu'après l'avoir fait bouillir ; mais, pendant le pèlerinage, les pauvres sont obligés de la boire telle quelle. L^eau du puits Zem-Zem est intarissable , mais pesante et rendant la digestion difficile. D'ailleurs il faut payer assez cher pour s'en procurer en quantité. Il existe bien un aqueduc amené en ville par Zobéïde , femme du calife Haraoun-al-Raschid ; mais à l'époque du voyage de Burckhardt, il n'avait pas été nettoyé depuis cinquante ans et

ne fournissait qu'une quantité insuffisante d*une eau d'ailleurs assez bonne ^ Aussi les pauvres pèlerins demandaientils dans les rues un verre d'eau au nom d'Allah et entouraient-ils les boutiques où se débitait le précieux liquide, avec toute l'avidité du besoin , de ce besoin qui est une torture dont on ne saurait se faire une idée sous le climat tempéré de la France.

A la Mecque la nourriture est rare et de mauvaise qualité, les logements souvent insalubres. Les immondices, les ordures ne sont pas enlevées et restent dans les rues pour se convertir, suivant le temps, en poussière ou en boue.

L'excursion à l'Arafat est une nouvelle cause de pestilence. On se rappelle que dans la vallée de Muna, le pèlerin doit immoler une bête vivante. Les pauvres ne tuent aucune victime, mais les riches en offrent une grande quantité, quelquefois par milliers, comme nous l'avons déjà indiqué. Une partie de la viande est mangée sur place. Les Mekkaouis indigents en emportent le plus qu'ils peuvent pour le saler. Ce qu'il en reste , le grand-chérif

i . Au sujet de cet aqueduc, MM. Combes et Tamisier ont recueilli à Moka la tradition suivante : Les guerres continuelles avaient tellement épuisé les ressources d'Haraoun qu'il eût dû renoncer à son projet s'il ne se fût avisé d'un stratagème. Il avait avec lui quarante jeunes filles esclaves. Ayant loué quarante ouvriers, il leur donnait chaque soir une pièce de monnaie; mais, chaque nuit, les jeunes filles, par ordre du commandeur des croyants, s'arrangeaient de manière à soutirer aux ouvriers cette pièce de monnaie pour la reporter fidèlement à leur maître.

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