ISA ,- A - • T
iHi L'ARABIE HEDRBOSB.
Les Alsaonas font la chasse, non senlement aax serpeBts, comme nous Farons dSt, mais anx scorpions. Comme ils en consomment beaucoup 4ans leurs exercices, ils sont obligés d'en recruter quand la marchandise leur manque. CTest la nuit que se tait la chasse. On rencontre dans toutes les rues des villes où il y a des Aïsaousfi des bandes de ces hommes qui se promènent arec de longues perches surmontées de torches enflammées. Avec ces torches, ils éclairent les murs des maisons et en font tomber les scorpions. Le scorpion tombe, ils lai présentent la main, le scorpion monte dans leur main. De leur main, il passe dans leur bonnet ou dans leur chemise, où il va joimlre ses camarades. Il va sans dire que le scorpion ne les pique pas; ou bien, s'il les pique, ils n*y font guère attention.
Ces scorpions sont destinés à être ayal& en séance publique. Les mangeurs de scorpions procèdent ainsi: ils tirent la langue ; ils mettent le scorpion sur leur ftmgue, puis ils ravalent comme ils feraient d'une pilule.
l'aiabie heuheusk. iS3
P»daDt la chasse aux scorpions, les chasseurs i^nt ea général suivis de tambourins, de tambours de basque el de fifres. Ils font un bacchanal affreux.
Outre les fêtes musulmanes recommandées par le Coran, ils ont, couHne nous Tarons dit, leurs séances particulières ; de plus, des séances extraordinaires. C'est dans ces séances extraordinaires qu'ils se font mordre par les leffâas. Alors, ils mangent aussi du feu et avalent des scorpions. Ces séances sont des réunions oùIes Âïsaouas se rassemblent de tous les points.
J'ai souvent cru et je crois encore que ces hommes ne sont rien autre chose que les Assassins modernes, et que leur grand maître est le successeur du Vieux de la Montagne. .
Cest dans cette persuasion que, dans mes voyages, j'ai eu de fréquentes relations avec eux. Pavais acquis parmi eux une asse2r grande influence. Dans un moment donné, j'eusse pu utiliser cette influence au profit du gouvernement français. Je suis sûr que,' rien que dans la régence de Tunis, il y a plus 'de quarante mille Aïsaouas.
434 l'arabib heurbuse.
Outre les Aïsaoaas qui font la chasse des scorpions au dehors» il y a les Psylles qui font la chasse des serpents à l'intérieur. Ces Psyltes yont dans les maisons, regardant, furetant, flairant, et annonçant aux propriétaires des susdites maisons, avec une inquiétude toute philanthropique, qu*ilsont chez eux des serpents.
En général, le voisinage des animaux rampants est peu apprécié.
Les femmes qui se sont amusées à jouer avec eux» à commencer par Eve et à finir par Cléopâtre, ont été assez mal récompensées de leur familiarité.
Il en résulte donc que, quand un Psylle en réputation a déclaré qu'une maison est hantée par un ou plusieurs de ces reptiles, en général, on le fait venir, et on lui donne pour chaque serpent, plus ou moins gros, — on sait qu'en fait de serpents les'plus petits sont quelquefois les plus dangereux, — on lui donne par chaqtie serpent une vingtaine de piastres; plus l'animal lui-même, qui| à partir de ce moment, entre dans le sac du charmeur et fait partie de son corps de ballet.
l'AEABIB HEURKU8B.' 4S5
Plusieurs fois, le doyea des Psylles d*Aboo-Arich, nommé Abd'AUah, avait loamé autour de ma forteresse. Il flairait portes et fenêtres» et secouait la tète <l*uu air qui n*ayait rien de rassurant pour mes hôtes. Des bruits sinistres me revinrent de plusieurs côtés. Le bruit courait que la forteresse était infestée de serpents. J'avais, dans mes investigations, trouvé beaucoup de mille-pieds. J'avais aussi rencontré boa nombre de scorpions, nUais pas le plus petit aspic II en résultait que je doutais fort de la perspicacité d'Abd'Allah.
Cependant, cédant aux instances de tnes amis, je me décidai à faire venir Sidi-Abd'AUah.
C'était un homme d'une cinquantaine d'années. Il portait le turban vert des descendants de Fatime. Son vêtement était une grande chemise noire, serrée autour du corps par une ceinture de corde en poil de chameau, n avait l'air grave qui convient à Tétat qu'il exerçait. H me salua en croisant ses deux mains sur sa poitrine, et en s'inclinant devant moi frès-profoodément
4S6 L'AftAilB H£URKUSK.
Puis il attendit que je Finferrogeasse.
«--> Je t*ai fait venir, lui dis-je, parce qu^on prétend <Iti*il 7 a ici, dans la forteresse, force serpents. Abd*Allah prit le vent et flaira à plusieurs reprises. Puis gravement :
— nyMa^ditHa.
— Ahlilyena.
-Oui.
— En es-tu bien sûrT
n me regarda d*une façon qui semblait dire :
— Quand je rajQ5rme, est-ce qu'on peut en douter ? Je vis que j'avais blessé la dignité du doyen des
Psylles^
— Je te crois, lui dis-je avec un air de vénération simulé dont tl fut la dupe.
Dans mon for intérieur, f en doutais beaucoup.
— Non-seulement je sais quil y en a, poursuivit Abd'Allah, mais je puis dire à peu près quel en est le nombre.
Puis il flaira une seconde fois. Et à chaque aspiration il ajoutait :
L*AIIABIE HEUREUSE. 4S7
— li y efn a un, il y en a deux, trois, quatre, cinq, six au moins.
Au sixième il s'arrêta.
— Diable 1 fis- je.
Cette exclamation semblait exprimer un doute.
— Si tu ne me crois pas, dit-il, je me retire. Et déjà il s'éloignait, après m'avoir jeté un regard qui signifiait :
— Je t'abandonne à ton incrédulité. '
— Reste, Abd' Allah, m'écriai-je ; ne prends pas mon étonnement, mon admiration pour un manque de foi en tes paroles. ^
— Je reste, me répondit-il.
— Et tu te charges de détruire les serpents qui sont dans ma forteresse f lui demandai-je.
— Je les appellerai, et ils viendront.
— Je voudrais bien voir cela.
— Tu vas le voir.
Ceci se passait dans ma salle h manger.
Abd*Allah sortit, et alla quérir ses compagnons iMte dans la cour. Trois hommes entrèrent derrière
128 l'arabib hburbuss.
lui. Ces trois hommes s'assirent en cercle, mirent leurs tambourins entre leurs, jambes, emplirent leur bouche d'herbes odoriférantes, et se mirent à crier:
— Allah I Allah! Allah!
Tout en criant ilslangaient des bouffées d'haleine parfumée. Pendant ce temps, Abd*Mlah faisait entendre un certain sifflement qui avait pour but de le mettre en rapport avec les reptiles.
La chose ne fut pas longue.
Elle dura trois ou quatre minutes à peu près sansrésultat véritable. Hais, au bout de ce temps, je commençai à voir descendre des murailles et sortir de dessous les meubles une vingtaine de scorpions qui» obéissant à l'appel d'Abd' Allah, venaient à lui de tous les coin3 de la salle.
Cette étrange procession [commença de m'ébranler dans mon incrédulité.
Il y en avait qui descendaient le long de la muraille, d'autres le long des buffets, d'autres enfin le long des rideaux de la fenêtre. Si bien qu'un moment
* L^ARABIE HEUREUSE. f29
H me sembla qu'il les appelait et les faisait venir da dehors; c'était à craindre de voir la salle envahie par tous les scorpions d'Abou-Arich. Vraiment, il y avait à frémir d*avoir osé manger dans une pareille chambre.
Tous les scorpions vinrent à Abd'Allah comme les moutons viennent au berger, mieux encore, car le berger a souvent besoin des chiens pour rassembler son troupeau, tandis qiCAbd*Allah semblait attirer les scorpions comme l'aimant attire le fer.
Tous les scorpions venus, Abd'Allah les ramassa à pleines mains et les mit dans un sac de peau de bouc.
— Vois-tu ? me demanda-t-il.
— Je vois.
— En crois-tu tes yeux, au moins ?
— Je vois des scorpions, et même beaucoup; mais je ne vois pas de serpents encore.
— Eh bien! doute encore, si tu veux, répondit Abd'Allah, je saurai bien te forcer à reconnattre ma puissance. Tu vas en voir des serpents.
Et il se mit de nouveau à siffler, tandis que ses
430 l'aEÀBIë HEU|t£U3]|.
compagnons redoublaient leurs boufEâes d*air et criaient désespérément :
— AllahlAUahlAllahl
En effet, à mon grand étonnement, un sifflement à peu près pareil à celui d*Àbd'Âllah se fit entendre.
— Commences-tu à croire maintenant? me dit le doyen des charmeurs.
Je ne répondis pas: je tâchais de savoir d'où était parti le sifflement qui avait répondu hses sifflements à lui.
— Ah I tu as vu des scorpions et tu n'as pas m de serpents encore 1 Eh bien! regarde I ajouta-t-il en me désignant du doigt le dessous d'un bahut.
J'apergus un serpent de quatre pieds de long, qui, la tête haute et déroulant ses anneaux verts et jaunes, s'avança vers Abd' Allah, et Abd'AIlah riait comme un esprit puissant qui a pitié d'un simple mortel.
Puis, il me dit :
— Eh bien 1 vois-tu maintenant?
— Certainement, je vois.
VkwjkMW SKumivffi. 131
— Et tBBe crois pas, pentétce?
— Je crois.
Je reconnus l'espèce du reptile : c'était toiqoiiis le fameux cobra-capello» le tisAa» des habitants du Caire. Abd'Allah le prit sans faQon par le ooo, et allait le fourrer d^anssa peaa de bouc» quand je le rédamâi*
— Un instant ! dis-je. ^
— Quoi? dfflnaada Âbd'Allah.
— Ce serpent était bien chez moi.
'— EstH» que tu ne l'as pas vu, bien tm?
— Fort bien, mais tout ce qui est chez moi estb moi. Fais-moi donc le plaisir, an lieu de mettre le serpent dans ton sac de peau, de le mettre dans ce bocal.
Et je présentai à Abd'Allah un bocal d'esprit de vin qui attendait dans un coin quelque curiosité zoologique.
— Mais... dit Abd'Allah.
— n n'y a pas de mais^ répliquai*je; le serpent était chez moi, donc il est à moi ; en outre, je le paye trente piastres. Prends gardel si tu fais des difficultés
432 l'ARABIB HEURBU8E.
pour me le laisser, je te dirai qu'il n)étaii pas là, que tu Fy avais mis d'avance, et qu'il n'est venu que parce qu'il est apprivoisé.
— Oh I c'est trop fort I s'écria Abd' Allah.
— C'est comme cela, lui répondis-je avec flegme. Abd'ÀUah, avec 'humeur, fit glisser sans dire mot le serpent de ses maips dans le bocal.
J'étais tout prêt, avec un bouchon et une ficelle. Le bouchon fut assujetti sur le bocal, et le serpent^ malgré ses bonds et ses sifflements, fut contraint de demeurer dans son nouveau domicile.
— Y en a-t-il encore I demandai-je.
— Il y en a, dit Abd'Allah.
— Hé bien 1 voyons.
— Certainement il y en a encore, continua le doyen, qui ne voulait pas avoir la honte de s'avouer vaincu, et tu mériterais bien qu'on te laissât en si mauvaise <;ompagnie; mais tu irais dire que je t'ai menti.
— Je pourrais bien le dire et le croire.
L*AftABIB HEO^ftBUfE. 433
Les bouffées d*air, les sifflements et les cris d'Allah recommencèrent. Un second serpent, mais mdns gros que le premier, sortit de dessons on sirir, et se dirigea directement vers Abd*Allab.
Je pris un second bocal.
— Bon! dis-je, cela va me faire la pure.
Abd'Allah fit la grimace, mais il était pris, il n'y
avait pas à répliquer. Força lui fut d'abandonner le second serpent comme le premier.
La cérémonie de l'introducfon du reptile dans le bocal achevée,
— Y en a^t-il encore? demandai^.
— Non, pas ici.
— Ou en sens-tu?
Le Psylle se tourna du c6té de Tatelier.
4di L>IIÀJBI£ HBUKEUSfi.
— J'en sens un là, me dit-il.
C'était dans Tatelier.
T- AUons-y alors, répondis-je.
Je pris un bocal sous ctiaque bras, j'en mis deux autres sous les bras deSélim, et je passai dans Tatelier. 11 y en avait un effectivement.
Celui-là, c'était probablement un serpent tourneur : il 3*était réfugié sous le tour*
Malgré la répugnance bien visible d'Abd*AIlah pour s'en emparer, un instant après il ' était dans le bocal.
— Là I Maintenant, demandai-je, y en a-t^il encore ?
— Il y en a encore, dit en soupirant Abd'Allah.
— Eh bien I je les veux; où sont-ils.
— Il y en a trois d^s la cuisine, répondit tristement le Psylle.
— Bon 1 ûs-je, cela fera bien ma demi-douzaine. Allons à la cuisine.
Au premier appel, un serpent sortit de dessous la fontaine que m'avait donnée Hussein. Abd'AUab,
L'ARAiriB HEUREUSE. fSS
après raroir quelques instants remué dans;8e8 mains, finit enfin par le mettre dans te quatrième bocal, mais en roulant des yeux font à fait désespérés.
— Allons ! allons I dis-je, du courage, il me faut ma demi-douzaine.
— Décidément, ta es un gâte-métier f s'écria AW- Allah.
Le charmeur de serpents s'^avoua vaincu, et, pour sauver les ^eux derniers, atirait consenti à se perdre de réputation à mes yeux.
J*eus pitié du bonhomme, et lui donnai cent roupies, n les mit dans sa poche, maisr en murmnrant avec un profond regret :
— Qualïe serpents qui dansaient si bien f cela valait mieux que c^t talaris.
Pour le consoler, je lui promis le secret.
Vous voyez comme je le lui garde.
Nous avons dit que la fSte de TAîd-el-Kébir [la grande fitt] durait trois jours pour les riches et cinq jours pour les pauvres.
Le troisième jour, un peu avant ITieurc de la prière,
\i6 . L'ARABIB HEURBIJSK.
un Arabe Bédouin demanda à me parler. Sélim Fannonça ; il ne le connaissait point, ne se rappelait pas ravoir jamais vu. Seulement, à son costume, il avait cru reconnaître qu'il^ venait de la montagne. J'ordonnai qu*on le fit entrer.
— £s-tu bien El-Hadji-Âbd*el-Hamid? medemanda-t-n.
— Ouï, c'estbien moi, répondifr-je; que me veux-tu?
— J'ai à te parler, mais k toi seul.
. Sans attendre que je lui fisse signe, Sélim sortit. Je jetai un regard rapide sur mon homme. Il était complètement hâlé par le soleil ; il portait un fusil & mèche suspendu à son épaule, le turban de corde serrant une vieille sommada sur ses tempes et une blouse de toile bleue fixée à sa taille par un simulacre de ceinture. Il portait à son autre épaule un sabre court et un petit bouclier toui:né. La blouse était sans manches et laissait les bras complètement nus. Un de ses bras portait la cicatrice d'une balle ; une balafre lui séparait en deux le nez et la joue. Bien certain que j'étaisThomme à qui il avait af-
L*AmABIB HBUmBUSB. • 137
faire, il déposa son f asil sur le plancher et s'anil sur ses talons en face de moi.
Plusieurs biOets pendaient aox cordons de sa sommada. Il en détacha nn qn*il me présenta. Les autres avaient sans doate leur destination.
— Hadji, dit-U, Toici de la part d'Abd*el-Mâdc.
Je pris virement le billet. (Tétait en effet une lettre de notre fugitif.
Il me disait :
» Âbd'el-Hélek, fils d*Aboa-Taleb, chérif et goovemeur de Hodâda,
« Au très-honoré, très-puissant, très-précieux, trèsvénérable Sid-El-Hadji-Abd*el-Hamid-Bey.
» Que le salut soit avec toi, avec toutes les miséricordes et toutes les bénédictions de Dieu I
» Je fai confié autrefois mes relations amoureuses avec Quemar. Mon oncle et mon père s'étant refusés à me la donner pour femme, et sa tribu étant également hostile à nos projets, je l'ai enlevée et transpopfée, le premier jour deFAïd-el-Kébir, parce que je ne
pouvais pas renoncer à elle, et qu'il était écrit qu'elle serait à moi.
» NcTOulant pas rentrer à Abou-Arich, ne pouvant pas rester dans une tribu hostile, je me suis retiré k Mineschéd, au milieu de tribus qui me regardent comme un ami et comme un frère, et qui m'ont ao-, cueilli de manière à ne me laisser aucun doute, si j'avais besoin de leur concours pour me protéger et me défendre.
:» C'est donc du milieu des douars du pays de Kohlân que je viens te demander des nouvelles de ta chère santé, car je ne cesse de penser à toi et de faire des vœux pour ton succès et pour ton bonheur.
» Pour ce qui me concerne, et sachant tout Tlntérêt que tu me portes, et ne pouvant mieux me confier qu'à ton savoir et à ton influence auprès de ma famille et de mon oncle Hussein surtout, je te prie de leur faire part de Tendroit où je suis retiré et des causes qui m'ont fait choisir cette retraite provisoire ; j'espère, parce qu'avec ton concours je ne saurais penser que mon oncle e( mon père aient l'intention.
L'AEiCBrE HEUREUSe. 439
quant à ma destinée, de lutter contre ce qui était écrit. » Toilà tout ce que, pour le moment, f avais à te faire savoir.
> Salut de la part de celui qui espère en la bonti du Suprême Donateur.
» aod'el-mélbe, » fils d*Abou-Taleb, fils d^Ali.
» Que Dieu te protège 1 Amm. p
n était évident que cette lettre m'était écrite pour que j'en fisse part au chérif. J'invitai le courrier à attendre ma réponse, et je sortis en le recommandant à Sélim et à Hadji-Solîman. Dix minutes après, j'étais chez le chérif. On allait se mettre à la prièrcr.
Je fis la prière avec lui, puis, après la prière, profitant d'un instant où il n'était entouré par personne.
— Sidî, lui dis-je, f ai reçu une lettre de ton neveu. Et je la lui donnai.
— C'était donc cela que te voulait le Bédouïn qui est entré chez toi?
— (Tétait cela.
UO l'arabie hburbusb.
Comme le jour baissait, il fit apporter une cire et lut. Sa physionomie resta la même» et il m*eût été impossible, la lecture faite, de dire quelle impression elle avait produite sur lui. U revint à moi, et, sans prononcer aucune parole, me rendit la lettre. On dtna comme d'habitude.
Après le dîner, le chérif reçut ses visites habituelles ; Yachya vint, ainsi qu'Âbou-Taleb.
Je vis Yachya le prendre à part, et lui aussi, communiquer au chérif une lettre dont il prit lecture. Comme à moi, il rendit la lettre sans rien dire.
Lorsque toutes les visites étrangères se furent retirées, et qu'il ne resta plus que le chérif, Abou-Taleb, Yachya et moi, il dit à son frère :
— Eh bien ! j'ai des nouvelles de ton fils 1
— Moi aussi !
Et alors il remit en communication au chérif une troisième lettre. Le chérif la lut comme les deux premières.
Puis :
— Qu'il ^t enlevé une femme dont il est amou-
' L*ARABIE HEUREUSE. lit
reux, le malheur n*est pas granc}, mais qu*il ait enlevé cette femme à une tribu hostile, là est le mal.
— Hais, hasardai-je, cette tribu n'est pas tellement importante que tu doives Ven préoccuper à ce point.
— Importante ou non, reprit le chérif, elle a déjà fait une razzia sur les tribus de Sabbé&h. Il y a eu des morts et des blessés. Moi aussi, j*ai des nouvelles!
— Maintenant, demanda Abou-Taleb, que veux-tu faire ? ch&tier cette tribu ou te montrer clément envers elle ? ^
— Il y a eu du sang répandu, répéta le chérif ; qui payera le prix du sang ?
— Moi, s'il le faut, dit Abou-Taleb.
— La question n'est pas seulement une question d'argent, elle est encore une question de dignité.
— Sidi, tu es un homme sage, lui dis-je, tout bon conseil vient avec la réflexion. Remets la chose à demain. Chacun de nous songera cette nuit, et t'apportera sa pensée, si toutefois la tienne ne suffit pas.
— Oui, répondit le chérif, mais, dès ce soir, il faut
envoyer du renfort sur les points qui, danç une lutte, -' pourraient être trop faibles.
Puis appelant Mansour :
— Que deux mille Kobaïls, dit-il, marchent arec toi vers le Djebel-Orra et Sabbéâh, qu'on n'entre pas sur lesfterres des voisins, mais qu'on les châtie vigoureusement s'îïs entrent sur les nôtres 1
Fuis rappelant Mansour, qui s'éloignait sans même répondre.
— Que mes hommes ne tirent pas les premiers, dit-il.
Il revint à nous.
Abou-Taleb l'entraîna dans un coin du divan. Les deux frères parlèrent bas pendant cinq minutes.
— n n'est point besoin d'attendre jusqu'à demain pour la question de l'enlèvement, dit tout haut et après un instant de réflexion le chérif ; l'enlèvement est tout pardonné. Mais reste la question de la tribu. Écrits à mon neveu que c'est une affaire de tribu à tribu. Si celle cfiez laquelle il s'est réfugié veut faire les démarches, je les appuierai. Recommande-luî une
l'ababie heubeuse. 4A3
grande prudence dans le cas où les hostilités seraienl commencées entre les Kohlans et les Bégams. Quant au reste, Dieu y pourvoira.
J^avais obtenu plus que je n'espérais. Je rentrai chez moi, où je trouvai mon messager. Je lui donnai une lettre pour Âbd*el-Mélek, je lui remis dix tala^ ris, et il me promit qu*Abd'el-Mélek aurait la lettre le surlendcjmain.
n avait à peu près cinquante lieues à faire, il venait d'en faire cinquante : il était venu & pied et s'en retownait à pied.
Les cQurses que font les courriers arabes [sayars) sont inimaginables.
J'ai vu de ces courriers, dans un cas pressé, partir d'Alexandrie le matin et arriver au Caire le soir. Il y a cinquante à cinquante-cinq lieues du Caire à Alexandrie. Us emportent pour toutes provisions une petite outre de beurre liquide et une petite outre d'eau, quelques dattes et une poignée de zamièh (c'est de la farine d'orge qu'ils font griller). Mélangée aux dalles et liée avec du beurre, cela devient une espèce de
m L*ARABIE HEUREUSE,
chocolat très-nourrissant, dont ils font des boulettes.
Le messager porte une clochette sur sa tête. La clochette indique le caractère sacré du messager. On ne tue jamais un messager.
Pour arriver à faire ces courses immenses, ils ne marchent pas, ils trottent toujours du même trot, et portent derrière la tête, à la manière des ours, un b&ton court qui, en leur écartant les bras, aide à la respiration. '
Quand le courrier vient de la montagne et tient à garder son fusil, il se sert de son fusil en guise de bftton. Si la course est très-longue, ils*arrête, selon la longueur de la course, une ou deux fois; mais jamais pour autre chose que pour renouveler ses provisions. 11 ne dort pas, ou plutôt, comme le prétendent les Arabes, il dort en marchant.
Dans la nuit, je fus réveillé par Sélini. Il avait clé avisé par les gardes qui tenaient le bas de la citadelle.
Le chérif faisait le signal. Je me jetai à bas de mon cadre et courus à la forteresse. Il m'attendait couché sur sa terrasse. x
-- Eh bien I me dit-il, ce que f avais préia est arrivé, on est en plein combat.
— Comment cela? lui demandai-je.
— J*ai des nouvelles. Cinq ou six de mes Kobails ont été tués, on a incendié deux dou&rs et enlevé les
femmes.
L'enlèvement des femmes était ce qui compliquait surtout la situation.
— T puis-je quelque diose? lui demandai-je.
—Pour le moment, non ; mais que penses-tu qu'il
faille faire?
— Assembler qudques pierriers et de la cavalerie.
— Tu es donc d'avis que j'en use avec rigueur ?
— Cest mon avis. Tu n'obtiendras rien de ces gcns-là sans les effrayer.
— L'ordre est d^à donné à deux cents cavalier^ de monter à dieval. Je vais faire charger sur des chaflieaux une douzaine d'espingoles.
— Ne crains-tu pas les gens de l'Assir ?
— Je leur ai déjà envoyé un courrier pour m'assuter de leur neutralité à défaut de leur concours, et
146 l'arabie «buiieuse.
j'ai envoyé deux de mes plus beaux chevaux à Ait.
— A qui vas-tu donner le commandement de ton artillerie et de ta cavalerie?
«^ A mon neveu Farih.
C'était, comme soldat et comme courage person»* nel, un des hommes les plus distingués, après Afad'ei- Mélek, de lentourage de l'émir. C'était le fils de Haçan, son frère aîné, auquel lui, Hussein, avait succédé dans le principalat d'Abou-Arich.
Une heure après, Farâh ^rtait à la tête (te deux cents cavaliers, de cinquante chameaux pertant las uns rartilto*ie de campagae du chêrif, les autres les munitions de guerre, et de vingt^cinq artilleurs turcs et arnautes.
Le lendemain, Sélim m'annonça un homme que j'avais connu à la Mecque. C'était un mograbin du côté du Maroc. Il avait été au service de l'Égypie, à celui de Turki-Bil-Mès et à celui d'OsmaiMPacba. I) se nommait Ibrahira-Aga, et pouvait avoir de cinquante à cinquante^cinq ans.
C'était un véritable condottiere, portant sa recom-
l'arabib heureuse. 147
mandation sur son visage : une énorme balafre lui coupant le visage en deux, avec des amulettes au cou, des amulettes aux bras, des amulettes partout; son Coran dans sa sabredache brodée en or.
n commandait quatre cents Amantes, et, mécontent de son inaction dans le Hedjaz, il venait offrir ses services au chérif Hussein, et voulait me prier d'être son intermédiaire. L'offre ne pouvait venir en meilleur temps.
— Dans combien de temps tes hommes peuvent-ils être ici ? lui demandai-je.
— Par terre, il leur faut quinze jours ; par eau, le temps qu'il plaira & Dieu.
Xe Vent était nord-est et par conséquent excellent.
— Attends-moi ici, lui dis-je.
Mon cheval était toujours sellé le matin ; en deux minutes je fus chez le chérif. Je lui dis de quoi il était question et le secours que le hasard nous envoyait.
— Connais-tu l'homme T me dit-îl.
— Ouï.
— Me réponds-tu de lui?
— Autant qu'un homme peut répondre d'un autre homme. ' -
— Combien demande-t-il de solde?
— Je n'ai pas été jusque-là avec lui, ne sachant pas quelles pouvaient être tes intentions.
-^ Je donnerai la nourriture des hommes et des chevaux, je fournirai le café, le tabac, les souliers, un vêtement pour l'hiver et un pour l'été.
— Et en argent?
— Je leur donnerai huit paras par jour.
C'était à peu prés un sou de notre monnaie.
— Et tu veux que pour huit paras par jour ils se fassent tuer?
— C'est ce que je paye à mes Kobaïls.
— Tes Kobaïls sont tes Kobaïls, tandis que les Ar^ nautes appartiennent à eux-mêmes, et, n'étant pas forcés de servir, ne se loueront qu'à de bonnes conditions.
— Combien demandent-ils donc?
— Je t'ai déjà dit que je n'étais entré dans aucun
l'arabib heureuse. . U9
détail, mais, si tu veux être bien servi, il faut bien payer.
— Je donnerai seize paras.
C'était deux sous. Jamais Hussein n*avait donné une pareille somme.
— Je yais f envoyer le capitaine, tu termineras avec lui.
Un quart d'heure après, Ibrahim-Aga était chez le chérif. Le même jour, ils traitèrent pour un an. Le chérif payait deux sous par jour par homme, trentecinq francs quarante centimes par an, année musulmane, bien entendu. Seulemrat il remplaçait les chevaux tués.
La solde devait être payée à la fin de chaque mois.
Le commandant {binbachi) était, lui, engagé à raison de trois roupies par jour (six francs soixante et quinze centimes] ; le capitaine, à raison de deux roupies (quatre francs cinquante centimes) ; les lieutenants, à raison d'une roupie et demie; les souslieutenants, à raison d'une roupie ; les chaousses, à raison d'une demi-roupie; enfin, les onbachiSf les
commaDdiaDts de dix, les décurions antiques, nos ca» poraux modernes, à raison d*un quart de roupie.
Tout cela eût été assez convenable si tout le monde eût touché la solde promise. Mais Targent devait passer par les mains dlbrahim-Aga, qui achetait à son tour ses hommes comme on Tachetait, lui; et il est probable qu'il s'arrangea de manière à gagner sur chaque homme, sinon les deux tiers, au moins la moitié.
On envoya immédiatement à Confonda un messager sur un dromadaire, avec ordre de faire venir sans retard les hommes à cheval paar terre, et de fréter un bâtiment pour ceux qui étaient démontés»
Ibrahim-Aga abandonnait le service d'0sman4^a cha, parce que, depuis trois ans, coUih:! avait, oublié de lui payer sa^ solde. *'
La mesure que venait de prendre le chérif ffiussmn était prudente.
On apprenait des nouvdiles fâcheuses de la révtilfte, piusiairs douârs avaient été brûlés par les hmimn d'HusseSa, RBOisFarâh avait été tué. 0* wnii eu ce»
L'aRABIE HEUHfiUSE. ISI
détails par une escorte qui ramenait cinquante ou soixante prisonniers. Parmi ces prisonniers se trou-^ yaient quelques hommes de qualité qui pouvaient être très-utiles quaad on en serait à la question de la paix. Malheureusement on n'en était pas là.
Les hommes d'Hussein avaient enlevé, puis, selon les ordres reçus, .relâché les femmes.
La tribu dans laquelle s'était réfugié le jeune Abd'el^ Mélek avait été attaquée à son tour, et, Abd'el*Mélek en tôte, avait repoussé l'attaque.
Peut-être, après une cinquantaine de morts, une centaine de blessés et autant de prisonniers, y avait-il aussi grand désir de paix du côté des adversaires que du côté du chérif Hussein, mais, en pareil cas, c'est à qui ne fera pas lès premières avances.
Les révoltés avaient essayé d'amener à leur cause deux alliés, le cheik de TAssir et l'imam de Sana.
L'imam de Sana avait accueilli avec empressement leurs propositions, étant hostile à Hussein.
Quoique hostile aussi m fond, le cheik de l'Assir avait résisté et s^était posé en médiatsur. II avait de
son côté envoyé des courriers à Hussein, et lui avait fait la proposition de lui fournir un contingent de deux ou trois mille hommes pour dompter les rebelles, avec lesquels il fallait en finir une bonne fois.
En effet, ils jouaient le rôle de la chauve-souris de la fable.
Placés sur les frontières de FAssir et de la principauté d'Abou-Arich, quand ils étaient en guerre avec Hussein, ils se réfugiaient sur le territoire de FAssir. Mais, quand Ait voulait les soumettre au tribut, ils se réfugiaient sur le territoire de Hussein.
Le ohérif Hussein avait accepté la proposition avec d'autant plus d'empressement que l'influence du chef de l'Assir était réellement plus grande sur les tribus que la sienne propre. Tout avait donc été convenu entre eux.
L'imam de Sana, de son côté, toujours prêt aux hostilités contre Hussein, avait envoyé aux révoltés deux mille hommes et des munitions. Il en résulta que le chérif fut obligé de prendre la chose tout à fait au sérieux. Il écrivit à chacun de ses frères de lui ea-
voyerleur\ contingent. Quelques jours après, quinze ou yingt mille hommes étaient réunis à Sabbé&h.
Le chérif alla en personne se mettre à leur tête. Il ayait avec lui son fils, les chérifs de Moka, de Taês, de Zébid et de Djézan. Le chérif Hamoud suivait en amateur. Il va sans dire que j'étais là, près du chérif, à sa disposition pour toutes les éventualités.
L'événement avait fait traînée de poudre, comme on voit.
Au bout de trois semaines, le chérif, ses troupes personnelles, ses Amantes, ses alliés de l'Assir, les tribus de Kholans qui avaient pris fait et causé pour Abd'el-Mélek, présentaient, disposés en triangle autour des tribus révoltées, les Kholans à Test, les gens de l'Assir au nord, et les gens du chérif à l'ouest, un effectif d'une trentaine de mille hommes.
Les révoltés, en réunissant tous leurs efforts, pouvaient en opposer seize ou dix-sept mille. Hais ils avaient un auxiliaire puissant et qui balançait l'inégalité du nombre. C'étaient les montagnes de l'Wadi- Nedjéran. Les révoltés s'y étaient retirés comme dans
4SI L'ARABIE HEURIVSH.
vUk. cirque, fls s'en ébmçaient la mnt poar leors razzias.
Les Arabes m générai ne cherchent pas les> combats de Boit, maîs^lears razzias se font toujours la naît. Pour faciliter les razzias, ils envoient des édairears, deux, trois^ cinq, dix. Ces éclairenrs attirent l'attention des chiens-. Ils se mettent tout nus pour se glisser le plus près possible du douâr. Us sont appuyés par dix ou vingt, trente hommes à cheval.
Ledonâr se porte vers les faux assaillants. Pendant cetempS) du cdté opposé, la véritable attaque a lieu et la razzia se fait.
Dans ces attaques, les femmes jouent un grand rôle. Surprises, elles se font des armes de tout ce qui leur tombe sous la main.
J'en ai vu. en poussant des cris efltajants, charger les eavaU»^ avec des tisons enflammés qui faisaient cabrer et fuir les chevaux. Mais il va sans dire que sï les hommffis^n^arrivent pas promptement à leur se<coura^ ou si les hommes n'ont pasété assez nombremc p(Mir laisser vne garder elles succombent malgré leur
l' ARABIE RBUKBUSE. 455
résistance. Alors oh les force* à livrer troupeaux, ai;gent, bijotix, tout ce que possèdent leurs maris» tout ce qu'elles possèdent elles-mêmes. Puis, quand elles Dût tout livré, on les enlève.
On a vu que le chérif Hussein avait fait relâcher ceDes que ses hommes avaient enlevées.
Nous étions campés, avec le fort de Farmée, dans la plaine de Boghâfa, pays de Sahan. On comptait attaquer le lendemain.
Hussein, après le souper, me demmâsi mon avis sur la manière dont je concfuirais l'aftaqtre. Je lui de* mandai: la permission de visiter d*abord les localités . Il m'olDUt son flis pour faire avec Inf la reconnaissance.
Je pris cent chevaux, et, vers huit heures du soir, ajant devant moi des édaireors à pied, précédés exxir mJ^neB de chcmafr et de këbargis ^ e'est4i-dire de vojaots et d'espions, je m'engageai Ams fespëcé de désert qui s'étend depuis Bogfaifa jusqu'à Minesebéd«
J'appelle cette localité désert par extension, parte que je ne tronepas d'antre sot peur la désigner •
456 l'arabie hburbuss.
Le sol se compose de dunes de sable parsemées d'une qua ntité d*oasis de nabacks, de tarefs et de gommiers qui peuvent servir d'embuscades aux tirailleurs. Cette contrée est parcourue, non-seulement ^ar toutes les fractions de l'importante tribu des Kholans, mais encore par la tribu moins importante des Bégams. Ce& deux tribus, en paix habituellement, n'étaient brouillées que par la circonstance.
Ce désert sépare les possessions de l'imam de Sana^ l'Haschid-U-Bekil, du Wadâa, que réclament tantôt le cheik Ait, tantôt l'émir Hussein.
Nous allâmes jusqu'à Dobian. Nos éclaireurs allèrent jusqu'à Sftad. Tout cet espace était libre. Je revins vers minuit.
Le chérif m'attendait.
J'expliquai au chérif qu'il me paraissait important de garder le piussage qui conduisait du Wadfta à FHaschid-U-Bekil, attendu que, puisque les révoltés avaient un appui chez l'imam de Sana; c'était chez * l'imam de Sana qu'ils tenteraient de se réfugier. Pui;5, je lui donnai le conseil d'attaquer les révoltés sur
trois points, tout en conservant une résenre de cinq on six mille hommes.
Des messagers partiraient cette noitHoiême pour combiner, avec les gens de l'Assir et avec les cheiks des Kholans, une attaque pour le surlendemain, à la pointe du jour. U leur fallait bien la journée du lendemain pour se préparer.
Nous employâmes cette journée à garder tous les défilés et à disposer notre monde. Nous disposâmes une réserve de cinq & six mille hommes, qui ne devaient prendre part au combat que s*il était absolument nécessaire.
Le lendemain, au point du jour, nous nous engageâmes dans la montagne.
Les premiers plateaux franchis, nous aperçûmes, les hauteurs garnies d'Arabes avec leurs drapeaux et leur musique. Leur cavalerie gardait le défilé qui conduisait de l'autre côté de la montagne. Les deux frères du chérif Hussein, le chérif Ali et le chérif Heïderi avaient longé 1^ base et devaient se réunir avec deux mille cinq cents hommes aux Kholans.
4S8 L'Aft^BIfi- HEUREUSE.
L^eBgi^enoreiil'ComAenç» par quelqiies décharges de notre artillerie de montagne, qtfi, à^dosdeeha'nnaux, pouvait passer partout où. nous passerions ncniMiiénies. Elle avait du reste un avantage, c^est qctà, faiBWl plus grand bruit que la fusillade, elle devdât étte' eUDenduef de nos atUiés et leur donner le signal.
En effet, l'attaque commença sur les trois points indiqués.
On sait la manière de combattre des Arabes, leur attaque impétueuse, presque irrésistible, le danger de leur lutte corps à corps, là rapidité et le peu dé vergogne de leur fuite, l'a difficulté de les rallier.
Nous eûmes pendant deux heures que dura le combat un êchairtilïon de tout ce que nous venons de dire.
L'jkBABIB HEUnCVgl. 469
EBfln, vers 0D2e heures da matin, nous ytmes ttu cerlaiir trouble se manifester parmi les gens qui gat^ daitent le passage, et qui avaient déjà repoussé trois de nos attaques. Je crus- que le moment était venu de tent» r^fort rëritable. Je demandai à Hussein la néf cesBité de faire mes preuves devant tous ces hommes que peut-^tre un jcuF j'allais être appelé à commander.
Il me l'accorda.
Les Arnautes n'avaiem point eneore donné. J'allai trouver Ibrahim-Aga.
—Allons, lui dis-je,. c'est à notre tour! mfontre à Hussein ce que tes hommes savent faire.
—Tu es des nôtres? me demanda-t-îl.
—A moihs que tu ne veuilles pas de m^i pour compagnon.
Ibrahim-Aga se retourna vers ses hommes.
— / Allah! cria-t-il. En avant, an nom de Dieu l
Les Arnautes partirent comme une trombe. Cette première charge est celle que Ton peut appelçr la charge au fusil.
Au fur et à mesure que nos hommes se rapprochaient de leurs ennemis, ils se montaient la tête en les insultant de paroles, les appelant chiens, fils de chiens, porcs, etc. etc. Puis, arrivés à la distance de cinquante pas, le premier rang déchargea ses fusils et défila le long des flancs. Puis le second rang, puis le troisième, puis tous les rangs en firent autant les uns après les autres, si Ton peut appeler rang cette cohue armée.
Quant aux ennemis, ils profitaient de tous les accidents de terrain, rampant derrière les buissoi\s, s*abritant derrière les rochers, tirant tantôt isolément, tantôt par groupes de cinq, dix, quinze, vingt hommes.
Les uns comme les autres combattaient presque nus afin que, s'ils étaient tués et que leurs corps tom-
l'Arabie heureuse. 16t
bassent entre les mains de l'ennemi, l'ennemi n*eût rien à leur prendre.
Seul, je portais mon costume complet, et, comme il était facile, à mon costume et surtout k mon turban rouge, de me reconnaître pour un chef, j'eus bonne part des coups de fusil de Tennemi, dont aucun, par miracle, ne m'atteignit. ,
Je vis ce trouble que j'avais déjà remarqué chez eux augmenter sensiblement. Je compris que l'une ou l'autre des deux attaques avait l'avantage.
Je laissai les Amantes, que j'avais engagés avec l'ennemi, combattre ; puis, revenant vers Hussein entouré de ses drapeaux, je lui Ûs en deux mots part de ce qui se passait selon toute probabilité.
— Je crois, lui dis-je, que le moment est venu de faire charger tes fantassins et tes nègres. Tes nègres vont charger devant; fais-les soutenir par tes fantassins.
Il appela Mansour.
— Prends les nègres, di^il| et suis Abd'el-Hamid. Puis à ses frères :
16S L'AlbAaiB HEUREUSE.
^AlloDAi dit-il^ preDOz ehaeuo vos fantassins, et chargez.
Les^ trois ou quatre dkériis s'élancèrent à Finstant môme en tète de leurs contingents, tandis que les cavaliers noirs se réunissaient derrière Mansour. Le plateau était rapide, mais poiîit tellement que les chevaux ne pussent le gravir.
J'étais sûr d'eux et de Mansour. Ils n'avaient pas besoin d'encouragement.
Je courus au milieu des balles à Ibrahim-Aga.
•^Allons, lui dis-je, assez tiraillé comme cela. Le sabre à la maiUy ou les nègres vont avoir rhonneur delà jouirnée!
Ibrahim se re(puma, et vit en efifet les nègres qui partai^ol; au grand galop de leui% chevaux, tandis que derrière eux s'éiaxiçaieEit te^ fantaissixfô excités par la grosse caisse.
En un tour de main, il eut appelé à lui capitaine, lieutenants, sous-lieutenants, chaousses et onbachis. n leur montra chi doigt les nègres qui, montfe sur les 'magnifiques chevaux du chéfËF, étaient dSjlt à
I l'ajluik heurbuib. 463
moitié da plateaa. Ceax-<i comprirent ce que Ton attendait d'eux.
Le» officiers tirèrent leurs sabres. Les Amantes t^ jetèrent lears fasils derrière leors épaales, pitr^tla bride aux dents, leur sabre d'nne main, et l'un de leurs longs pistolets de Fautre.
L'émir Hussein dnt alors voir une belle ebose : cette charge de cayalerîe escaladant une montagne.
Beaucoup de cavaliers n'arrivèrent pas au sommety bien des chevaux revinrent en arrière à vide ou soir virent la charge sans cavaliers.
Maie on joignit Fennemi. Lk, au milieu des cris des femmes, eut lieu une affreuse mêlée.
Mais au bout de qudques instants nous eatendiÉ^es des cris qui semblaient venir du ciel, et, en levant la tète, nous vtmes te j^aÉeau supérieur occupé par les Kbolans ; ^e reconnus à leur tète le jeute cbérif Abd'el-Métek.
Les nôtres, à leur tour, reconaurent des idKés et poussèrent de grands cris*
Alor^, sur la pente rapide du coteau, descendit, p»-
reil à une ayalanche, le jeune chérif, à la tôte de trois ou quatre cents cavaliers. La course était si rapide, et fut si irrésistible, que nos révoltés n'eurent pas le temps de fuir. Ils furent heurtés, renversés, ouvert» par cette trombe d'hommes et de chevaux qui descendait de la nue.
Alors les Bégams et leurs alliés n'eurent plus même ridée de fuir. Chacun parmi eux songea à sa sûreté personnelle, et se laissa, pour ainsi dire, rouler sur la pente la plus proche de lui.
Amantes et nègres se mirent à leur poursuite. Moi| je courus au jeune prince; il me reconnut et m'ouvrit les bras. ^
—Allons, lui dis-je, viens annoncer la victoire à ton oncle. Il regarda autour de lui comme pour s'assurer qu'il ne donnerait pas une fausse nouvelle.
En ce moment, à six ou huit cents pas du champ de bataille, on entendit des coups de fusil vers le nord-est. C'était un gros de fuyards qui était allé donner dans les gens de l'Assir et qui était reçu par une fusillade.
l'arabie hburbusb. 465
— AUons 1 dis-je à Abd'el-Hélek.
^ Mais, demanda-t-il avec un reste d'inquiëtnde, crois-tu qu'il me recevra bien?
-^Je réponds de tout!
Nous partîmes au galop. A dix pas dç son oncle^ sans arrêter son cheval, le jeune homme sauta à terre.
Le chérif lui tendit la main.
Abd'el-Mélek prit cette main et la serra contre ses lèvres.
La paix était faite entre Toncle et le neveu.
Restait à la faire avec Tennemi.
n était midi, c'était l'heure de la moitié du jour, Salat-el'Dohorj le muezzin, qui était près du chérif, • commença de chanter à haute voix l'appel à la prière.
Alors, on , put voir un . spectacle étrange : vainqueurs et vaincus s'arrêtèrent, les vaincus dans leur fuite, les vainqueurs dans leur poursuite. Chacun se mit à genoux où il était, le visage tourné vers la Mecque, et, se prosternant quatre fois contre terre, commença de prier.
466 l'arabiv heureuse.
Les armes étaient restées à la portée de la main. Un musitlman ne prie pas ayee ses armes. A défaut d'eau on fit les ablutions avec du saUe. Le plus grand Alence régna aussitôt sur tout cet espace, si plein un instant aupara?ant de bruit et de tumulte. On n'entendait plus que la voix du muezzin. La voix semblait plus graife et plus solennelle que jamais, les circon^ stances lui prêtant leur gravité et leur solennité.
La prière dura un quart d'heure. Aux dernières minutes de la prière, les femmes parurent. Elles profitaient du temps d'arrêt qui suit toujours la prière, à quelque heure du jour qu'elle soit faite, pour apporter de l'eau aux combattants. Elles apportaient cette eau dans des peaux de bouc goudronnées & l'intérieur. Chacun but. ,
Une espèce de hurra annonça la reprise des hostilités.
Mais, au même moment, au sommet de la montagne, apparut une jeune fille, montée sur un dromadaire blapc et portant à la main une branche de palmier. C'était la paix en personne sous les traits
l'ajiabie heuabuste. 467
de la fille du c^eik des Kholans, accompagnée de plusieurs notables de la tnim. Il est dosage, je l'ai dit, qu'un jeune homne aille au devant de cette messagère de la paix. Le chépif se touîr na de imm cOté. Je compris qu'il désirait mon avis, et me rapppo^aî dehii.
— Tu vois? me dit-il.
— Oui, répondisie, je vois que si tu veux, b paix est faite.
— Que me conseilles-tu?
— Ne la désirais^ttt pwf
— Oui.
— Eh bien?
— Mais qui vaisr-je envoyer au devant de cette jeune fille? Tu sais qu'il est d'usage que celui qtfon envoie en cette occasion devienne l'époux de celle qu'il reçoit.
— Quelle est cette jeune fille? demandai-je à Abd el-Mélek,
— La fille du eheik des Kbolans, répondit-il.
— Estelle noble? est-elle belle?
168 l'arabib heurbuse.
-* Elle est brillante comme une étotte, et comme nous elle descend du Prophète.
Je me retournai vers Hussein.
— Tu as entendu? lui dis-je.
— Oui.
—Veux-tu sérieusement et sincèrement la paix? Il réfléchit un instant
— Je la veux sérieusement et sincèrement, dit-il.
— Eh bien ! lui dis-je, envoie-lui ton fils.
— Monfilsl
— Ce sera répondre grandement et dignement à Thonneur qu*on te fait.
— Mon fils a déjà deux femmes.
— n a le droit d'en prendre jusqu'à quatre. D'ailleurs, réfléchis.
—Il est inutile que je réfléchisse, dit-il ; tu as raison.
Et il appela son fils.
— Hussein, lui dit-il, va recevoir cette jeune fille.
Le fils du chérif tressaillit : tous ceux qui entendirent cet ordre inattendu regardèrent Fémir avec étonnement.
L*ARABIB HEUREUSE. 469
— Hais, mon père, dit le jeune homme, vous savez que celui qui irpi au-dèvant de celle jeune fille doit devenir son époux?
— Je le sais.
—Et vous renouvelez Tordre que vous m'avez doifné?
—Je ne puis faire trop d'honneur à la tribu qui a donné Thospitalité au fils de mon frère.
Il était prêt à obéir. Hussein désigna quatre notables pour accompagner son fils. Parmi eux se trouvait le cadi. Une douzaine de nègres et deux eunuques servaient d'escorte au jeune chérif et aux notables qui marchaient derrière lui. A l'instant même, et comme par enchantement, le combat, qui venait de reprendre, cessa sur tous les points. Pas un coup de fusil ne retentit.
'470 l'akabib hburkdsb.
Le jeune homme 'et son escorte traversèrent le champ de bataille tout jonché de cadavres nus. Aussitôt tombé, TArabe est dépouillé, soit par son ennemi, soit par son ami. Il n'est pas besoin qu'il soit mort pour cela.
Arrivée aux deux tiers de la montagne, l'escorte s'arrêta. Le jeune chérif continua son chemin seul: la jeune fille s'avança de son côté. Sur le point culminant de la colline, ils se trouvèrent ea face l'un de l'antre. A dix pas de. distance, Hussein arrêta son cheval, la jeune fille son dromadaire.
— Vierge, dit le jeune chérif, que demandes-tu T
— Je demande la paix.
— Au nom de qui la demandes-tu?
— Au nom d'Allah et de ma patrie.
— Quelle est ta tribu?
L*AKABIS HKirmKUSE. 171
—La triba la plus noble et la pins poûsaote de la
contrée.
— Gomment la nommes-to?
— La Iribn des Kholans.
— La tribn des Kholans est notie phis fidMe alliée. Sois la bienvenfle.
La jeane fille alors tendit sa branche de palmier an jenne homme. HusseSn, qni airait pn Toir nne jeone fille de la plus grande beauté, fit faire un bond à son cheval, et, rapide comme Tédair» se troaia à portée de sa main, n reçot la branche»
— Que Dieu t'entende, Ini dit-il, carnous-mémes nous ne désirons que la paix, et moi, personnelkmeat, je désire la paix et Falliance !
Et, lenrant la brasmhe de palmier e& l'air :
. — Il y a trêve, cria le fils du chérif .
Puis appelant un des eunuques de sa suite :
— Ifdfunae mon père, Itti* dit-il, que je recondnis la vierge de la paix dans sa tribn, et que là j^attendrai ses ordres.
L'emuique alla porter cette réponse an chérif. Ce-*
Mi l'arabib heureuse.
lui-ci envoya des courriers pour suspendre les hostilités sur tous les points. Abd*el-Mélek, renvoyé à la tribu des Kholans, fut chargé de dire au cheik que les conférences pour la paix seraient établies dans sa tribu à partir du vendredi suivant. Les bases arrêtées, le chérif viendrait non-seulement les ratifier luimême, mais encore cimenter par de nouveax liens Tunion qui depuis si longtemps existait entre la tribu des Kholans et lui.
La vierge delà paix rentra chez son père. Le jeune Hussein reçut rhospitalitéchezun des notables; mais tous les notables contribuaient pour leur part à cette hospitalité.
Dans toute autre circonstanbe, il eût logé chez le cheik des Kholans, le chérif Ibrahim; mais dans la situation présente, et devant épouser la jeune Ouarda (Rose}, c'était le nom de la fille dlbrahim, il ne pouvait convenablement loger chez son beau-père.
Au reste, tout en ayant Tair de faire une concession, le chérif Hussein se créait une puissante alliance. Soit qu'il fût attaqué, soit qu'il attaquât, les Kholans
l'arabie hsureusb. 473
pouvaient lui fournir un contingent de cinq à six mille combattants.
Chacun se retira dans son camp. La trêve était proclamée. Hais, chez les Arabes, le plus petit incident peut faire rompre une trêve. On se tint donc sur la défensive.
C'est une chose bien simple qu'un camp arabe en temps de guerre. De grandes pièces d'étoffes fixées sur des pieux forment les tentes des chefs. Ces tentes ont de loin la silhouette d'un énorme chameau. Les autres couchent à terre sur le sable dans leurs abbaies. On fait des feux pour combattre le froid, la rosée» les animaux féroces et les serpents, et tout est dit.
Les femmes et les enfants viennent faire des visites à leurs maris. Si les maris ne sont point au camp, c'est qu'ils sont suiç les champs de bataille. Alors, au lieu de cris de joie, ce sont des lamentations. Les femmes s'arrachent les cheveux et se déchirent les joues et le sein avec leurs ongles. Les enfants se contentent de pleurer. Souvent la recherche se continue jusqo'ààit
des heures assez avancées de la nuit. Rien de lugubrd^
Mt L*ÀRABIE HCURBUSB.
comme de voir ces femmes errer avec des gestes dése»^ pérés et pareilles à des fantômes, au miltea; de cesmort^ q4 , de ces blessés.
Il m^ssms dire que les hyènes et les chacals mêlent leurs pbûntes k celles qui s'élèvent de ce champ de mort. Cette fois, les reclierches ne purent durer qu'une nuk. Sur mes instigations, et dans la crainte de quelque épidémie,, le chérif avait donné Tordie d'entenrer les morts dès le point du jo»r. L'ordre fut exécuté^ BtnHseulement par les sujets de l'émir Hussein, mais encore par les différentes parties^ belli* gérantes. ,
Les fossoyeurs eurent alors à se disputer avec tes femmes. eelle&-ci ne voulaient pas renoncer aux ca»davres.de leurs maris. Yei^ sept heures du mali{i>, la funèbre cérémonie était terminée. Sur chaque grande fossenous fîmes un amas de pierres pour les sauve^ garder des griffes des hyènes et des chacals. Les notables furent transportés au village de Dohiau et enterrés dans le cimetière commun.
Le- vendredi suivant, comme il avait été ditj les
L'ARAAIE SE0REU8B. 475
plënîpotentiaiies se rénmrBnt ehezle chrfdes Hholaos, à Minescliid, sous la présidence d& celui-ci, Tieittaidi de soixant^-dixans. Âprès;aTok débattu les causes de> la guerre et les propositions de) la paix^ oa posa les< CQ^dÈtioiis de cette paix»
Ce fut ce vieillard qui dirigeala conférence avec une autoj^ toute patriarcale.
La principale résistance vint delà tribu des Béganui - et de la famille de Quemar.
— C'est vrai, dit le vieux conciliateur, lorsqu'il eut épuisé toutes les bonnes raisons qu'il avait à donner : Abd'eUtféldt a enlevé une 'jeune fille lie votre tribu.; c'est un acte répréhensible, qui méritait sans; doute une réparation aa point de vue de l'bomieitii, mala, cette rèparatioB, le chérif l'a donnée en permetfaat le mariage d'un jeune bomme de tesnte extraction avcNS une jeune fille du peuple; et puis d'aitteurs... c'était écrit
A cette raison, il n'y a dlialHtude jkas rien h répondre; répondre serait mAne une faute, pres^tm* sacrilège, au point de vue de la fatalité musulmane.
n6 l'arabie heureuse.
Restait à discuter les CQnditions des réparations matérielles/, les indemnités dues pour les razzias et le prix du sang. Quant h la dot de la femme, on ne s'en préoccupa point, laissant cela à la générosité du ché^ rif, qui ne pouvait manquer de faire grandement les
Il va sans dire que le jeune Hussein et son cousin Abd*el-Mélek, quoique n'assistant point au congrès, usèrent largement de leur influence. Au bout de huit jours, toutes les conféreiyces furent terminées. Le chérif, pour prix du sang, fit grAce aux Bégams de leurs contributions, qui depuis trois ans n'étaient point payées. ^
Pour les razzias, on nomma des arbitres chargés d*estimer les dégâts et les indemnités à allouer de part et d'autre', moyennant quoi les alliés sa jurèrent foi et alliance éternelles, sauf ratification du chérif Hussein, qui, nous l'avons dit, s'était réservé cette faculté, et auquel on n'eut garde de la discuter, vu l'honneur qu'il faisait aux Kholans en venant chez eux.
LARABIE HRURRU8R. 477
Les conférences arrivées à ce point, le chérif fat informé qu*on n'attendait plus que sa présence. Il partit dans la nuit, et le lendemain matin fut à Mines* chéd. Vingt-quatre heures après, toutes les conditions étaient mises par écrit et scellées des cachets des chefs et des notables.
Alors les fêtes commencèrent. Au milieu de ces fêtes, eurent lieu les mariages d*Abd'el-Hélek avec la belle Quemar, et^u jeune Hussein avec la vierge de la paix. Il est inutile de dire que le chérif Hussdn, chargé des cadeaux de noces, se surpassa en cette occasion.
Le retour se fit par petites étapes, et les fêtes nous suivirent tout le long de la route. Chacun était heureux et satisfait du dénoûment de cette aventure, qui avait failli mettre en feu toute la principauté d'Abou- Arich.
. J'avais remarqué pendant tout le retour une recrudescence des bons sentiments du chérif Husseia et de •
sa famille vis-à-vis de moi. Tachya, le thermomètre de ses bonnes grftces, ne m'avait pas quitté. L'eu-
478r lVrabic hje;i^bbusk.
nuque Stansour ue perdait pas une occasion de me faire sa révérence. Il était évident que Ton avait sur moi certaines vues dont je ne me rendais pas compte. Mais chez les Arabes il ne faut jamais interroger ; il' faut attendre.. Savoir att€^re est une des sciences de rOrient.
Le soir, après la prière^ Sélim m'annonça la visite d^Yacbf a. Je me doutai que nous allions entrer dans la sphève des éclaircissements. Je fis un signe de tâte à Sélim,. et Yachya fut introduit, Sa figure, ordinaîremmi riante, ce sbir-là presque joyeuse, avait vm caractère particulier. Ses petits yeux, brillants corome des escàrboucles sous ses sourcils grisonnants, se fixaknit sur moi, bienveillants comme toujours, mais interrogateurs.
Après le Salam-»*leïkum â*usage, je lui fis signe de prendre place près de moi. Il s'accroupit, tira sa taba^ tière)âe sa ceinture, m'offrit une prise de tabac que je refusai, en prit une, là huma voluptueusement, tout cela sans dire une parole, et remit la tabatière dans sa poche.
— Eh bien ! me dit-il, par la grâce de Dieu tout s'est bien tarminé.
Je fis un signe approbatif .
— Je quitte le chérif, continua-t-îl.
Second signe de ma part.
— Nous nous sommes longuement entretenus de toi.
— Leohérifestmonpère, répondis-je en m'iûclinant.
Yachya sourit d'un singulier sourire.
'—Je pense que tu dois être satisfait, dit-il, de tous ses bons traitements.
— Je senisdifScile, répondis-je, car ils ont, et bien au delà, dépassé mes mérites.
— Eh bien! iLveut faire pour toi davantage qu'il n'a fait encore.
— Que pourrait-il faire de plus?
— T'attacher à lui d'une façon indissoluble.
— Comment cela?
— En Ralliant à sa famille.
Je le regardai.
— Oui, dit-il, et puisque nous sommes sur ce chapitre, je vais te faire une confidence, convaincu que je suis que tu ne me trahiras pas. Comme tu le sais, le chérif a plusieurs .enfants.
— Oui, deux garçons.
— * Deux garçons et cinq filles.
— Eh bien?
— £h bien 1 il désire te donner en mariage une de ses filles.
Je restai impassible.
— Je ne puis te dire laquelle, continua Tachya, mais ce que je puis te dire, c*est qu'elles sont toutes belles. Je pense que si le chérif te fait quelque ouverture ou t'en faitlaire, tu ne les repousseras pas; ce serait une insulte de ta part, insulte qui pour toi aurait probablement de très-graves conséquences.
— C'est un grand honneur, en effet, que me fait l'émir, répondis-je à Yachya. Seulement, je dois te dire tout d'abord que mon intention a été de me fixer, non pas dans TTémen, mais à Bagdad. L*Yémen était ma route, le chérif Hussein était sur cette route; il
était ran^i de mon ami le chérif Soiiman-ben-Abd'Allah-Ëbné-Fehet; j*ai pensé que je pouvais, dans un séjour près du chérif Hussein, lui rendre quelque service ; je me suis en conséquence, et sans autre projet, arrêté à Abou-Arich.
Maintenant un mariage est un événement qui change souvent tout le cours d'une vie, surtout dans les circonstances où celui dont tu me parles se présente. J'y réfléchirai mûrement, quoique je ne dusse pas peutêtre m'en préoccuper, tant que l'émir ne m'aura point iait faire d'ouverture officielle.
— Réfléchis bien ; l'ouverture n'est pas officielle, % c'est vrai, mais elle est faite par un ami qui ne voudrait pas te tromper.
— Aussi est-ce à un ami que je vais répondre, mon cherTachya.
C'est un dangereux honneur que celui que vous me proposez là, et ih>n ne devient pas impunément le gendre d'un émir. D'abord sa fille est un espion introduit dans la famille; puis, sous prétexte de sa naissance, elle vous impose toutes sortes d'obligations ; II. 11
ionteaotontéda oAté delà femme» auoiBedn côté da mari; on ii*a pks uae femsie, ûa a im maitre; on n'est plus époux, on est esdave. Faites maînteiia&t, mon cher Yacfaya, )a part du défaut d'éducation gui Ja soumet à tous les préjugés, et ne tous étoanez pins des subites disparitions des gendres de certains pachas, de <oertains émirs.
^ Tu n'as rien à craindre sous ce rapi)ûrt : le chérif t'aime tant qu'il te préfère à ses propres enfants.
«~- Pins ce n'est pas tout. Tu sais que je suis musulman de conviction, mais Français de naissance ; eh bien! en France, nous avons l'habitude de connaitro nos femme;s avant de les épouser; nous étudions, nonseulement leur visage, mais encore leurs qualités et leurs défauts, et, malgré toutes ces précautions, à peine sur trois mariages un seul tient-il la moitié de oe qu'il a promis. Je suis loin de me révolter contre les usages de ce pays, mais je te déclare que jamais je n'épouserai une femme sur laquelle je n'aurai pas de
donnée certaine.
— Tu sais que la voir et lui parler sont des choses
l'aMABIS BBUfttBSI. MB
impossibles; étudier sm candtoe l'esl eneon ftie» plus; maifti écoate: rémir fa mmfjé moBiaÛÊnt.
— Hafia?
—OmIHafza était dans le haiem. Habajervait toute la iamiUe» comme sttwnt lesAbfanœSytaaaitt c'est-à-dire dans la condition de lémmei seMviDl destinées à devenir les épouses da matM. làterroge Hafza.
— Hafza m'aime» je croîs, e^ quoique la Jalousie soit raie en Orieat, elle peut toe jalouse et par conséquent létre injuste.
— Hafza sera reconnaissante des èonlis <p» les filles du chérif ont eues pour elle.
— Alors nous tombons dans rineosTénienl opposé : Hafsa, par reoûonaissance, peut wm Dure uft éloge eatagéré de ses andeoaes mattreiees, et le désappointement seoi d'autait pins cmel que l'éloge auM ité plue grand.
Tadiya secoua fat léle.
— Je vms, dit-il, que c'est d'avance un parti pris» Mais réfléchis à une diose, c'est que, d'un moment à
484 L*ARABIE HEVft&USE.
Fautre, le chérif peut te faire la proposition que je viens de te faire moi-même. Ne croisrtu pas qu'aucun danger n*est plus grand que celui du refus?
— Le chérif Hussein est un homme d'un grand esprit ; quand je lui dirai mes raisons, il les comprendra, je Fespère.
— Sans doute, s'il se trouvait seul intéressé dans la question. Mais, l'ouverture faite, cela deviendra une affaire de famille. Songe aux ennemis que tu te feras.
— Mais toi, qui as de l'influence sur le chérif et qui te d)s mon ami, empêche qu'il m'en parle, et dis-lui franchement que tu m'as sondé, et que je ne me sens pas digne d'un pareil honneur.
Tachya secoua la tête.
— On a de l'influence sur les grands, et sur les grands Arabes, quand on dit comme eux. Si le chérif a bien arrêté ce projet dans son esprit, il ne m'écouterapas, et, en insistant pour te défendre, j'encourrais moi-même sa disgrétcé. Sa volonté est un ordre, et j'aime mieux me conserver, , pour te soutenir en cas de besoin.
L*AftABIB HEUBBU8K. 485
— Conserye^loi, Tachya. ..
— Aa reste, si c'est écrit, ta 0*7 échapperas pas. -^ Je donte que cela soit écrit.
— En tout cas, Hadji, te yoilà prévenu. Seulement, tu ne sais rien ; si le chérif on un des membres de sa famille te parle de ce projet, fais l'étonné.
— Sois tranquille.
— Je comprends ta position ; compte sur moi.
— J'y compte, Tachya.
Yachya se retira. Demeuré seul, je restai un moment profondément inipiieL L'impression avait été d'autant plus désagréable, que mes souvenirs me rappelaient différents mariages du même g^re qui avaient assez mal tourné.
La facilité avec laquelle, en Orient, un chef se débarrasse de l'homme qui le gêne est devenue proverbiale, et si je ne gênais pas Hussein, au contraire, je devais évidemment gêner ses frères, qui, me jalousant déjà comme étranger, devraient naturellement me ^jalouser bien autrement quand je serais de la famille.
Puis il y avait la question wf^ise. Les Anglais me savaiônt m s&twke d'Hussexu. Ils deviBaîaut, par les services que je lui avais fendus^ ceux que^ je^ pouvais lui nttdre »6Qre. J^éèais bien antreoieat tei^iereiix en ^(Hiaiitsaoi gendre.
Puis en&i^ fl y atvait la patrie et la famille, aux** quelles il fallait dire adieu, tandis qi^, ùams tool ce que j'avais SeûI j«Bnine4àv j^avais étë dit igé surtcmt par rameur de la patrie et de la famflle. Or, une fois msiié^ «t mané à la fiHe du. dkérif, il fattait dire adîmà mafemme, à naesen&oilsv à ma mè»v à tau fimioa.
£tr je l'aTOU0,.ait feAd de tùnÊLcêsk & j af&il nae certaine curiosité, plus qu'une curiosité ; un AMr* de pénitcer dans ce labyrinthie: de mystères fémiains: qui tost ea Acabie le eAté poétique d^ la vie. Moa caiaetèreentraflrenant vm potts^ait aux avantities âai^gi^lauaes. f étais» smw oe rapport,, nsm ^aanbaît.
Je isésoLos àom de m'ififonner auprès éd ohmi Abyœiae. Mais encom fallaithii m'infoigBaer aveu ptm^ dence. L'Abyssine ne m'avait-elle pasété donnée dan&lr
i/aMABIB ■KUftBCSB. MT
baÉdem'espîiMiiieitQiiisaîtsidIeiieiewiailpisnmple de toutes mes actions an chérif Hassan? Pins dTtaM fois, en eifet, eHe avait demandé à revoir ses aEndenaes maîtresses, et je l'avais fait condnire an barem du chérif par^un de mes euasqaes.
Je montai donc auprès d'elle.
Quant à la jalousie dont j'avais manilèslé la cfamte à Yachya, c'était bd cas pen frobMe. Qn'dne Circassienne, «n'uiie Gémrgienne, qu'on» Persane, qu'une Arménienne, qu'une Grecque, élevée an rang d'épouse, soit quelquefois jalouse, c'est chose rare» mais c'est cependant chose qui airive^ Hoia ^l'une nègres^ ou qu'une Abyssine esclave» habituée i se soumettre sans réflexion à toutes les voleatét du matire, ail ridéed'étre jalouse, e^élût presque impossible. Néanmoins, je comptais ne me fier à eUe fae tout juste.
Je rabardai cofluna d'habitude. Je lui tendis ma main qu'elle me baisa. Toute femme en OrienI» qu'elle soit esclave, oaa4Mifoioe ou épatise, baise la main du mari, qu'elle traile de sidi, mettre.
Je m'assis sur mon divan, et elle se coucha à mes pieds.
— Hafza, lui dis-je, es-tu contente de moi ?
— * Oui, maître, bien contente.
— Es-tu heureuse de m'appartenir ?
— Bien heureuse.
Elle se mit à pleurer.
— Pourquoi pleures-tu? lui demandai-je.
— Voudrais-tu donc me renvoyer, maître?
— Moi?
~ Pardonne I j'avais peur.
— Rassure-toi, Hafza.
Elle me baisa les mains et se mit à sourire. Sourire d'orientale, qui est si charmant.
— Alors, si tu crains de me quitter, tu ne voudrais point me trahir?
— Jamais.
— Que t'a-t-on recommandé lorsqu'on t'a envoyée chez moi?
— D'obéir à toutes tes volontés.
— C'est le chérif qui t'a dit cela ?
— Oui.
— Mais, dans le harem, les femmes et les filles, que font-elles dit?
— Elles m'ont fait la même recommandation que le maître.
— Et leurs recommandations n'ont porté sur aucun autre sujet ?
— Elles m'ont donné des conseils pour te plaire.
— Et depuis, lorsque tu es retournée pour les voir, ^elles ne Vont rien dit?
— Elles savent que je t'aime, et elles n'ont fait que stimuler mon amour pour toi.
—Voyons, rappelle-toi bien, ne t'ont-ellesfait aucune question sur... mon intérieur... ma manière de vivre?
— Jamais elles n'ont eu besoin de me faire ces questions. J'étais heureuse, et je leur racontais mon bonheur.
— Me connaissent-elles? m'ont-elles vu à travers leurs moucharabies?
— Elles t'ont vu et te connaissent parfaitement, même au bain, à la prière et dans ton harem.
— Comment ont-elles appris tous ces détaibt
— Pac tes eimaques.
— Combien le chérif a-t-il de femmes?
-^ Quati»,. dont une e&l mâu<raBt;&^.
— Combien a-t-il de filles?
— Giiui» dooi uoa est mariée au chef il Haçan, de Loheïa.
-^ Comoaents'apprilent le» quatre autres?
~ FatbBiâ;^ c-est Vatgaée; la secondfi s'appellei Kadidja; la troisième Âli ma et la qustrâèaie ZmalK
— Qodâge oirt^ltes^î
— Je ne sais pas.
— SoiUrdlôs jolies?
•~ L'alDée: est mairquée^ ùb petite véiîole^ la seconde aune taid sur Tœil, b troifiiëioie e6t sui^rbe», la quatrième est encore toute jeuiie, mais cependant elle a rage de se marier.
*- Laquelle ie$ quatre t'a fait le plua de questions sur moi?
-^Aiima».
— Que t'^t-^lle denauMadé?
l'amabib ■bvebuse. 1M
--Sil4HùlMHi.
— Et encore?
— Si ta étais brave.
— Qiielflias4ar^BioT
— Que pour la bmié je poa?ais lai en lépondf»; 91e penr Ion ooarage, elle povfait ooMolter sm père. * •
— Maintenaiit, détaîlle-moi k beanté d'Alima. EUe fafait des qnestîQBe «r nai, je pais bien t'en fiôfesareHe.
— Alima est bluicbe cemme da lait, ses chevMix sont longs et neîrs, ses yeox sont non al grands^sea soprcils se réunissent ao-âesaos da nez» ses db sont loags oHnme cda, — eft elle ma mtmtttk la pramière pbBlange ds son petit doigt; — son bost est élasév son nez est droit, sa bondie petiia, ses diola sant angnîiqaes,. eUe a de petits pieds, de palftaa naia$, des boK bien bils^ et la taîHe 1
— TiDilà pour le pbysifBe* — Qoa wni4ii savoir?
— Jb mx eonsattre soft earacttM.
— Elle est gaie, elle est bonne» charitable, courageuse.
— Que sait-elle faire?
— Elle brode, elle joue du luth, elle sait faire les p&tisseries, elle sait distiller les essences, elle sait confectionner les confitures, elle sait soigner les fleurs!
— Comment passe-t-elle son temps?
— Elle fume, elle soigne sa toilette, prend son café, des bains, danse et regarde les passants par ses m oucharabies, se teint les yeux avec du koFeuU les ongles des pieds et des mains avec du henné, et se fait des bonnets de sequins.
C'était, comme on le voit, au point de vue arabe, une grande travailleuse qu'Alima et qui pouvait prétendre à infiniment mieux que moi.
Mais était-ce Alima que Ton me destinait, ou bien la petite Zeinab, car je ne supposais pas qu'il pût entrer dans les intentions du chérif de me donner Fathma la grêlée ou Kadidja la borgne? je devais supposer qu'il réservait celles-là pour les placer en famille.
l'aMABIS HBURSQ8K. IM
lacooTersatioD, malgré la résolution bien prlao do n'épouser ni Fnne ni l'autre des filles du cbèrlf , avait cependan^un énorme intérêt pour moi. On ne s'étonnera donc point que, trouvant mon Abyssine si bien disposée à^répondre âmes questions,ije nem'anitassa pas en si beau chemin.
Je passai donc d'Âlima à Zeinab.
— Et la plus jeune? lui demandai-Je.
— Elle peut avoir dix ans.
— N'ai-je pas entendu dire qu'elle était de eou* leur?
— Oui.
— Bon ! et comme le cbérif lai-méme est mnlitre, elle ne doit pas être d'une éclatante blanebeur.
— Alors, moi, qui suis encore plus ooiie qu'i^; tu ne m'aimes donc pas?
— An oonfnire, lui dis-je, j'ai toujours beaucoup aimé les femmes au letnt foncé.
— La fiHedu dàérifest très-jolie. JSHe est ea outre la iMen^ifliée du père.
— Elà quoi s'oe6upe4<eUe^ ceUe^f
né^ L*AR^l» llE¥li£.US£..
— Me 6'oociipe d6 sa toAeO» conune^ sa sœur, jo«e dvdarJkoQka ett danse meFreiHenseinent.
— Alors, eHe* est aussi cmpietteqH'AKmaT'
•^ lion, ses goûte SODÉ beaueovp plus simfiies^; elto estmam orgimlleiue, pins charUable eneore, plas douce et plus charmante dans ses rdations.
— Eh bien ! voyons^ continaai-je. Si> par hasard le chérif me proposait une de ses flUes cadettes» soit Alima, soit Zeïnab, laquelle pense^tu qm soit la plus convenable pour moi?
Sous sa couleur cuivrée, je vis rougir Hafza. Ehftt, après un moment de réflexion :
— Si' j'arois à choisir, dit-elle, je préférerais fit plus jeune. La blaiiche est plus belte, mois la mulâtresse esl; meillBuoe;
Alors, à son tour, après m'avoir negardé un instant auraorhéaitatioa:
— Pourquoi me fai9>ta toutes ce» qpieslfoasf ma ddmanda4rellâ; Taorailnm taitqàdqm propasitîanT
— Directement, non ; indirectea^nt, ank
— Eh bienl écoiitermoi, di^dte,. etimis (pia je
parlo fieioft umn cœur. S'il m'est pe«mi& de douer un am à buqd maître^ c'est de a'épauser ni Tune vi l'autre.
— Tu ne parles point, par jalausie, Haf za?
£lle.seeoua la tête.
— Je parle par dévouement, et je te dis : Seigneuar,. laderBière d6s Bédouines da la plus pauvre des- tribus ta vaudra mieux qu'une, des Allas da cbiSri£« dont ta ne seras pas le mari, mais Tesclave.
Je la regardai. '
— Mais comment faire pour te tirer de là? contiqua-t-elle en frappant ses mains Tune dans l'autre; car s'il est décidé dans l'esprit du chérif et dans celui' de son harem de t'allier à sa famille, il n'y aura pas imxfên pour toi d'y écbajpper.
— Si j'étaisArabeouTurc, la cbx)ee serait peut-éire vraie» maïs je suis Français^ et U me considérera» je l'espèce^ comme ua Français.
lUa secoua eacone la tête-
— Tu seras empoisonné^ dit-elle.
-^ Maig.toi« Ittidemaadai-je» ne pôursais^u, la pype*
-mière fois que tu iras dans le harem, savoir quelque chose, soit directement par toi-même, soit par tes sœurs d'Abyssinie?
~ Ohl si fait, et non-seulement je saurai quelque chose, mais encore, sois tranquille, je veillerai sur toi.
La conversation avait lieu dans la nuit. Ce n'était pas rheure pour Hafza d'aller au harem. On remit la visite au lendemain.
Le lendemain, vers dix heures, je fis conduire Hafza à la forteresse d'Husseïn par les eunuques.
Quand on va au harem, ce n'est point, on Ta vu,
pour y faire une simple visite, c'est pour y passer une