‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 11 sur 40 · LIU · texte numérisé non relu

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De toutes parts, respirant le courroux et le regard étincelant sur son char qui roule avec impétuosité, s'élance, accompagné de Tisiphone et d'Alecto, le superbe et homicide Mars. Tantôt il agite son bras armé et terrible, tantôt il frappe son bouclier

1 II y a dans cet ters quelque touvenir de ranliquité, soit une rémiaiseeDce du soleil couvrant ta face pour ne pas voir le repas de Thyeste, soit du même astre cachant son disque derrière un sombre nuage pour n'être pas témoin du meurtre de César :

Ilte etiam exatincto miceralus Cmnn Romam, Ouum capul olxcura nilidum rerrugine texit, Impiaque cternam timueruot «tccula noclem. •

(Virgile, Geot'Ç.^ I, 466-468.)

On plutôt ne devons-nous pas reconnaître ici une imitation directe de Lucain, mo» dèle privilégié d^ErciUa et de tous les poètes espagnols au xvi* siècle, comme eelui du grand Corneille :

« Ip4e capul medio Titan quum ferret 0!jinpO( CondiJil ardentes alra caligine curnis, •* InvjlvUque urb.in Unebrii. genlrsqiie coegit Des^erare diero ; qualem fugienla per orlui fo\o Thyeste» noclem duxere Mjcemc. »

{Phrtrsdle, I, t3o-439.)

d'où jaillit réclair », et dans le cœur des braves et intrépidei combattants, il verse la colère, les transporU, la fureur et la rage ardente *•

L'un, lorsque le plomb lui manque, saisit un fragment de vergue'ou d'aviron; l'autre renverse le forçat • et lui enlève les

1 Ce terrible « e^odo fnlfcinoto, . qui figure ttnl de fol» chez les poêle» tncieo» âtec réRide de Palla», fait »ooger intoloniairem.nl tu bouclier qu Kscbyle, daa» uLe de il» tragédie» épique», met au br.» de Trdée, et qui iimne réfi^^U:

W ô<nrl*o« 41 T^

Erra ici »^aç, 371-37», édil. BoUéOWde, 1815.

On pourrait écrire un litre sur le» armure» célèbre» de» dieui et des béro». leur»

'rr^otet'etîale "^ l'accent de la plu» baute poé»le «.tique, et Virgile ne parle pa» atec plu» d'éclat du dieu de la guerre, lor»qtt'a le peint qui »e précipite avec «on lugubre cortège :

« Qualis apud gelidi qanm flninina concitai Hebri

Sanguineus MMon chpeo incrfpal, «Ique furenlca

Bell» mOTen» immillit equo» : ilU «quore tperto

AnU Kolos Zephyrumque foUiil : gémit ullini* puUu

Thraca pedum , circuraque alr« Fonnidinii ora,

!«,«.. ln.W>.,a.. .!« "miUiu., .p.nt.r. . ^^^ ^^ ^^^^

3 « Quien trabuca al fontado j lo defhierrt

Arrebalando el grUlo i la cadena. »

yrinlerling »ub»titue.â ce détail expre»»if un autre qui Td betucoap «oin. :

< Der rciftl die Haken aai den VTindcn, Wonit er um iich haut uad «Uchl. »

1-.. Tiir» d'ErciUa nou» rappellent qu'au milieu de ce» guerrier» qui combalUîent

comptés P»™' '•J"j;« i , „„e„«t et leur enlèMnl leur. fer. pour Irourer

".'.:!rr'î^^4u. noùX^^^^^^^^^^^^ " »••• '•» ""' " """•» "" ""•"".'" x«."*d. a" .îln ««». de. lumière, du xt... .iècle, Colberl récUm.U de. ™gi.r.Ud«p«oiUon..é,ère. pour donner .ui g.lèr.. du ro. <>«• «•'■•«/""f»?' roagwra» uc« y^ ^«-«.«i, «ne imDre»»ion dou bureu»e en li«ant la lellre du

cbiourme par toute» »orte. de ««î;";;^*?^^^^ nombre de coupable» qu'.l »«

cequeToslrecompagnie y condtmoee plu» g ^^^^ „ ,,,i. de» galère». . Voy. rourra.etquel'oncontert.«eme.melapeine a ^^^^

Lettres, iMtnetiont et mémoireM dtCJ rr. lar ner ^^

IT

218 LARAUCANA.

fers, pour lancer à reanemi ses entraves et sa chaîne. 11 n'est objet de métal, de bois ou de terre, qui ne semble bon à deyenir un projectile, bancs rompus, postes et bastingages, vases, écoutilles et sabords.

Les lances et les balles, dont les coups rebondissent sur l'acier impénétrable, trouvaient dans les ondes ensanglantées assez d'ennemis pour les recevoir. Brûlants de fureur, jusque dans la froide mer ils combattaient S s^^ns fléchir sous la rigueur du destin, jusqu'à l'instant inévitable et suprême où la force et la vie leur échappaient à la fois.

f partie, p. 1. Ce n*eBt.que fort avant dans le xtiii* siècle, ea 1748, que les forçats furent employés aux travaux des ports, lorsqu'on supprima les bâtiments à rames. Wloterliog eût dû éviter, en traduisant, de remplacer par une oirconstanee vulgaire un trait fondé sur Thistoire et qui figure avec tant d'énergie l'aobarDement de la mêlée.

1 c T «rdiendo, en U «gtia frta pelctbtn. »

Cette médiocre antithèse doit être rangée parmi les aberrations d'un talent heureux, comme un vers sans goût échappé au génie d'Horace ou de Racine.

• Brûlé d« plus de feux que Je n*en «Ilumai, »

dit Pyrrhus dans Andromaque (act. T, se. ir). Une expression semblable s'est glissée dans la langue si pure, si raisonnable et si cbâ'iée d'Horace :

« Empedoclei ardentem frigidus ^lium

losiluil.»

Voltaire ressaisit cette pensée, mais avec quel bonheur n'en a-t-il pu modifié la forme I

c Je n'imiterai pai ce malli«>ureux savant Qui dei feux de TElna tcrulaleur imprudent, Marclianl lur des monceaux de bitume et de cendre, Fut consumé du Tcu qu'il cherchait à comprendre. »

(/Va Discours êur VHomme.)

Racine a été séduit quelquefois par le style d'Héliodore qu'il étudiait trop à Port-Royal, et Ercilla parle penchant qui l'entraînait vers les manières recherchées de Lucain. Miis on est accoutumé à l'emphase et aux aatithèies de la Phartalt, aux prétentions et aux tours ingénieux du roman de Théagène et Charielée. L'un s'étonne et Kon s'afiige de rencontrer ces froideurs sur des pages que dicte presque toujours le bon mm et qu'enflamme la ptssioa ou reathousiatme.

CHANT XXIV. tl9

Qui, ayalaDl l'onde mêlée de son propre sang S expire submergé; qui s'empare d'une planche ou d'un cordage et, rendant l'Ame, les garde et s'y cramponne *; qui, sans puissance pour nuire encore, de ses bras entoure un ennemi moins blessé, et, malgré sa résistance, se laisse enfoncer dans l'abîme, heureux de mourir en arrachant la yie.

Il est impossible de retracer l'immense mêlée, son tumulte confus et son horrible fracas. L'étoupe vole, portant partout l'ardente flamme qui l'enveloppe. Le goudron, la résine, la poix s'embrasent. Avec le brai, l'incendie roule et se précipite; il envahit le bois desséché; et avec des craquements affreux et mille étincelles, en grandissant il va menacer les étoiles.

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