‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 13 sur 40 · II · texte numérisé non relu

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cités, Sebbah dresse dans les airs ses magnifiques édifices.

aTtittnt attiré les deux premien en Orient. M. Walkenaër les a nettement fait connaître : • Dans le commenceinent du xiii« tiède, dit-il, les conquêtes de Genehis- Khan, empereur des Mongols, et le vaste empire quM fonda attirèrent l'attention de TEurope sur cette Scythiedont on n'avait point auparavant soupçonné la vaste étendue. Les puissances chrétiennes de TEurope avaient dissipé d'immenses richesses et consommé de nombreuses armées dans leurs sanglantes croisades ; elles se voyaient sur le point de perdre entièrement le fruit de tant de sacrifices et d'être expulsées de Jérusalem. Ces longues guerres leur avaient procuré de nouvelles connaissances sur les contrées orientales et elles conçurent l'espoir de trouver dans Geoghiz-Kban un appui contre les Turcs et les Arabes. Tels furent les motifs qui donnèrent lien aux missioas de Carpiui, de Ruysbroeck ou Rubruqui etd'Aseelin. Ces voyageurs pénétrèrent par le nord de la mer Caspienne, jusqu'à Karakoroum, la célèbre capitale du Cathay, situé sur l'Orchon qui se décharge dans la Selinga (tributaire du lac Baf Ara/). Car pi ai et Âscelin publièrent leurs relations et apprireut à l'Europe étonnée que des peuples nombreux et de grands pays occupaient celte partie du globe que les géographes avaient couverte des eaux de l'Océan [Collection des voyages en Afrique, 184Î, 1. 1, Introd.y p. 50-52'». C'est dans le récit de Jean du Plan < .arpin que le nom du prêtre Jean apparaît pour la première fois. Carpini fut envoyé en 1246 vers les Tarlares par Innocent IV, avec plusieurs autres religieux. L'extrait de sa relation fut donné par Vincent de Beauvais, dans le XXXIh livre de son Spéculum historiale. Le vieux traducteur français du Miroir historial qui appelle le messager apostolique Jehan de pleine Carpie (livre XXXII, chap. ii et suiv.), avait popularisé toute cette singulière narration, avant que Reiuerius Reiueceius l'eAt f«it entrer dans son grand recueil de V Histoire orientale (1585). Déjà pour tout POccident le roi de la grande Inde s'appelait prêtre Jean. Du Plan Carpin l'avait montré vainqueur d'un des fils de Genghiz-Khan, qu'il combattit à la tète des chrétiens de son royaume (Cf. Voyage de Benjamin de Tudelle, de Jean du Plan de Carpin, etc. Paris, 1830, in-S©, p. 176-177). Un peu plus tard, l'an 1253, Guillaume de Rubruquis, cordelier, fut envoyé en Tartarie et en Chine par Louis IX, pendant que la guerre l'occupait en Syrie contre les Sarrasins. Ce'ui-ci, dans sa relation adressée au roi lui-même, nous apprend qu'un prêtre nestorien se fit roi du pays des Naymans, qu'il était frère d'un autre prêtre nommé Une, qui habitait au delà des montagnes de Cara-Cathay (Bdit. de 1830, chap. xix, p. 2j5 et suiv.). Ce récit de Rubruquis est confirmé par celui de Marco-Polo. Les données fournies par du Plan Carpin, et par l'ambassadeur de saint Louis facilitèrent au courageux Vénitien les moyens d'exécuter les étonnants voyages (1271-1297), où il fut entraîné par des spéculations commerciales, et qui ouvrirent à l'Europe de plus larges perspective*. Il s'accorde avec Rubruquis: ■ Davaoo {Tartari)^ dit-il, tributo ad unogran Signore, ehe (como iutesi} nella liogua loto, si chiamava Uncan, quale è opinion di aleuni, che vogliedire nella nostra Prête Gianni. A costui i Tartari davano ogni anno la décima de tutte le lor bestie. * (Marco-Polo, lib. I, Collecta Mamusio^ t. Il, p. 13, édit. de 1559.) Une lutte sauglante eut lieu entre Geogh*z- Khan et cet Uncan; le second fut vaincu et tué; son adversaire prit sa fille pour femme (cf. p. 44 et 16). Rubruquis et Marcu-Polo semblent avoir été sous les yeux du savant de Guignes. Enfin une note marginale au Mémoire d*lenkin>ou que nous citions il y a un iDStant (cf. supra, p. 285) dit, à propos d'un chef nommé Re^hit- Can : ■ Ce Reshit-Can est peut-être le prêtre Jean, que l'on a placé en ces quartiers {entre Boghar et le Cathay \ cf. \e Recueil de Théoenot, t. I, p. 27). Ainsi quel que soit le texte que Ton consulte, c*est à l'Orient, c'est au lointain Orient que parait appartenir un nom que l'Afrique dispute pourtaut à l'Asie. La même note margiuale dont nous venons de rapporter le début, rapproche en finissant, du mot

CHANT XXVII. %9i

Trois fois p»r an, elle recueille de riches moissons; trois fois

Rethit-Can, celui de Térist-Chao qui a fait noninier Temperenr des Abysaina prétr« Jean : « Tériat-ChaD en laague peraane, conclut l'écrivain, ai^ifie Vetnoyé^ et exprime bien le titre d^apôire que prend ce prince » (p. 27). Ainsi une autre tradition rattaebe le pr^f re /«on an continent de rAfriqne ; et au xt« siècle, au commeseenent même du xti«, celte tradition était encore en pleine vigueur. Elle éta t aiwi iceréditée pour que dom Emmanuel, roi de Portugal, ait enToyé en 1515 une ambaaaade en Abyiainie au prêtre Jean. Le chef de cette ambassade était Odoardo Galuau. Il était accompagné d'un chapelain d'Emmanuel, nommé Franceseo Alvarei, qai nous a laissé le récit de cette singulière légation, un des plus curieux que Ton p«i>sae imaginer. Les précieux renseignements quHI présentait sur nne région si pen et si mal explorée jusque-li assurèrent i l'ouvrage nne prompte popularité. L'ambassade n'arriva qu'en 1520 au port de Macxoa (Massaoua), par lequel on avait alors avec l'Abyssicie de bien rares communications. Alvarez ne fut de retour qu^ea 1527 , lorsque Jean III avait déjà succédé depuis six ans i son père Emmanuel. Le récit d'Alvarez publié à Lisbonne en 4540 (Verdadera informaçom das terras do preste Joaro) fut traduit en espagnol, en fracçais, en italien. La version italienne Bgure au Recueil de BamuiiOf Venise, 1563, t. I, p. i89-25(. Dès lors le prêtre Jean fut transféré en Abfssinie. Les envoyés du roi de Portugal étaient dirigés vers \t prêtre Jean. Dana tout Puuvrage assez prolixe du chapelain, l'empereur d'Abyssinie est constamment appelé prête Janni, Admis en préience du roi David, après nne foule de tribulations, c'est toujours comme au prêtre Jean que les envoyés parlent (p. 123, V*). A leur départ, ils sont accompagnés de l'ambassadeur du prêtre Jean. lU étaient venus avec cette idée du prêtre Jean; ils retournent avec elle. A la relation d'Alvarez, sont jointes quelques pièces, elles-mêmes d'un grand intérêt, eatre autres une lettre de Jean, roi de Portugal, successeur d'Emmanuel, au pape Clément VII, où constamment le c'nef des Abyssins est appelé prêtre Jean. Comment devant de pareils faits l'erreur populaire ne se fât-elle pas de toutes parts enracinée? Il est vrai qu'Alvarez ne semble pas avoir été doué d'une critique fort judicieuse, s'il déclare qu'au prêtre Jean appartenait, avec beaucoup d'autres principautés, le royaumedeGnjam.où le Nil sort de e{eux(^randa/ae«,vastes comme des mers(p.t49, to). Il dit aussitôt qu'ils étaient habités par des hommes marins et des femmes marines; il semble presque ajouter foi aux Tritons et aux Sirènes. S'il trouve partout la religion établie, de nombreux monastères et les principales fêtes du Chrislianisme, vaincu par la réalité il avoue que le prêtre Jean demandait volontiers à l'ambassade tout ce qui était à sa convenance (p. 225 et suiv.). A la bonne heure, je reconnais là do moins ces souverain* avides et pillards avec lesquels le capitaine Speke et après loi Baker ont en affaire dans le Karagué et dans l'Uganda. Noos le trouvons là plus au naturel que dans ces belles lettres d'obéissance et de vastelage que l'ambassade rapporta pour le Saint-Siège et par lesque'.les l'empereur d'Abyssinie te reconnaissait le fils bien détoné du Saint-Père.

Quel dommage pour l'existence du prêtre Jean que les missionnaires jésuites aient eu à visiter, à parcourir, à évangéliser l'Ab^ssinie ! Après le « Viaggio délia Eihiopia, • tel que le traduit Ramusio, nous arrivons au Recueil de Thévenot» aux dépositions du R. P. Uanoël d'Almcida, extrait et traduit de la copie portugaise du R. P. Biltazar Tellez, et au témoignage du R. P. Hieronimo L'>bo. Oh! ceux-là ont passé et repassé le Nil, traversé et traversé encore toute l'Abyssiiiie. L'uu d'eux (Lobo) a laissé son nom à un lieu où l'on franchit sur des roches le Nil naisunt au pays des Agawi. Eh bien! pour ces hardis explorateura, missionnaires audacieux de la fol chrétienne, le nom de prêtre Jean est un titre inconnu aux princes même de rÉlhiopie. Chez les Abyssins, Nugè signifie roi. Ils appellent leur souverain Nugea NegaUoj c'est-à-dire, roi des rois. L'ombre du prêtre Jean a disparu.

i^l LARAUCAMA.

elle voit ses campagnes labourées^ et ornées d'une verdure nou-

Tout ce que nout savioat atant Telles sur TÉthiopie était fabuleux. Nout n'étions pas mieux informés de l*élendue de cet empire; on le faisait beaucoup plus grand, de tous seus, quM n'est en effet (Cf. Colleet, Tkénenoty t. If, p. i4, sqq.). Le père Lobo qui franchit le Nil, dans le Gojam, en 16t9, se demande d*où a pu venir que l'on ait attribué le nom de prêtre Jean, au roi des Abyssins, lorsqu'aucun prince de cette nation ne Ta jamais pris, et voici la solution qu'il donne : Le prêtre Jean, rêvé par l'imagination, avait pour symbole de son culte une croix, et quand il ouvrait une guerre, l'on portait une croix devant lui. De plus les empereurs d'Abyssinie étaient des prêtres, selon leurs traditions; cela a pu faire croire qu'ils étaient ce prêtre Jean dont personne ue trouve plus de traces. Ainsi, prêtres en effet, ils auraient reçu ce titre bixarre du mol /eau, qui dans l'idiome de l'Habesch, selon quelques savants, est synonyme du mot rot. Cette étymologie expliquerait le caractère mixte d'une royauté à la fois sacerdotale et guerrière ; mais elle ne nous dit pas assez comment le même titre a pu être donné dans le xiii* siècle à un prince oriental par Jean du Plan Carpio, par un autre cordelier qui le suivit de près, Ruyshroeck, et par le Vénitien Marco-Polo. Pour nous une grande obscurité règne encore sur la véritable origine de cette expression bizarre. Mais don Ercilla suit visiblement le système africain; il place en Abyssinie le séjour du personnage mystérieux. Bien des localités que désignent les voyageurs et les écrivains du xvi* siècle appartiennent à une géographie systématique ; il y avait aussi des rôles, des acteurs auxquels tout le monde croyait et dont l'existence est pourtant un problème, alors elle était acceptée et consentie. Le nom même de Prêtre Jean était assez populaire pour que la comédie ait pu s'en emparer, sans la crainte de ne pas êire comprise. DBn% Beaucoup de bruit pour rien, lorsque Benedict conjure don Pedro d'imaginer quelque moyen de l'employer pour qu'il puisse éviter la présence de Béatrice, Shakespeare lui prête ce langage : ■ J'irai vous chercher un cure-dent jasqu'ao dernier pouce de terre de l'Asie; j'irai vous prendre la longueur du pied du prêtre Jean, etc. ■ (cf. act. II, se. i).

1 ■ Sceva, » que Wioterling traduit par Sabe^ et qu'il serait peut-être plus exact do rendre par 6>^ou À>66aA, était une des villes les plus importantes de l'Abyssinie ; mais il est très-difficile d'en déterminer la situation. Le royaume d'Abyssinie avait des limites fort élutiques; l'imagination des premiers voyageurs lui a donné quelquefois une étendue prodigieuse et |e prolongeait bien avant daus l'Afrique australe. Sur un si vaste espace, où était la cité, peut-être imaginaire, dont nous parle Ercilla î On pourrait hésiter entre plusieurs villes: !<> en face de l'île de Uhalak (autrefois Elsea), est Massâoua, dont le mouillage moderne ne rappelle aucune splendeur, et que les Anglais dans leur récente expédition organisée à Bombay, voulaient d'abord faire servir de base à leurs opérations militaires contre Théodoros. Aux environs de Massâoua et sur la baie même, il y avait autrefois une villa de Saba^ d'origine sans doute arabe ; celle que Ptolémée appelle UMèx ic«Xi( {Géogr,, édit. Montauus, Amsterdam, 1605, livre IV, chap. ru, p. 112, et trad. latine de Pirckheiroher, p. 77, édit. Basie, 1540). S« Sur les c6tes d'Abyssinie, dans la baie d'Asâb, près du détroit de Bab el-Mandeb, il y avait une ville de Sabœ; ce second port était, par sa situation, b aucoup plus important que le premier; c'est le mêm« sans doute qu'Etienne de Byzance (édit. Wettermann, p. 244) appelle !«ealet qu'il désigne comme une grande viUe sur les bords de la mer Rouge («ôk« (uiréX^), et comme une fortereae (f^j^iov). Strabon qui fait, d'après Artemidore, la description de la c6te occidentale du golfe Arabique, cite également £a6ai, itiXi< tvtitYlHs (édit. XyUnder, p. 898). Le traducteur français y reeonnait Asib (I. V, p. 273, note 2). — 3oenfinSôbab,dontles vastes ruines dans l'île de Méroé, couvrent encore un espace d'une lieue de circonférence. Selon M. Cailliaud {Voyagea Méroé, de 1819 à 1822,

CnANT XXVII. «93

Telle. C'est à son Yiagt-deuxième degré que le p6le antarctique a vu s'élever cette ville somptueuse.

« Voici devant loiGôgia* et ses hautes montagne?, qui de

publié à Paris tu t8S6. 4 toi. ïa-î"), les dêliris de Sôbah, sur le fleuve Bien, atlesteut rextsteoee de graods éUblissemenls dans ecUe partie de Pile de Uéroé (t. III, p. 168). Il espérait y trouver quelques restes imposaols (t. II, p. 203); mais sa déeeptioD fut proronJe; tous les matériaux avaient été eolevés; les briques mêmes n*aTaieDt pu résister à l'humidité délétère du climat: de cette ville an» eieune, il ue restait plus que des amas de terre et de gravier {ibid.j p. 206). Cailliaud penche à croire que le nom de Sôbah donné à ces décombces, n*est qu'une altération lie celai de Saba; il rappelle que selon Josèphe {Antiq. jud,, II, 10, Coll, Didot; t. I, p. 66), Méroé se nommait originairement Saba ;quela reine de Saba, qui vint de si loin écouter les sages préceptes de Salomon, était reine d'Ethiopie {ibid., VIII, chap. ri, § 5; voy. Cailliaud. t. 111, p. 170-171). Or les ruines de Sôbah se trouvent à huit lieues au-dessus de Khartoum, et Pline ciie à 17 journées de lléroé, c'est-à-dtra précisément au point où nous amène celte distance, une ville nommée Ësar, qu'il appelle aussi Sajpe, Elle était florissante au %• siècle, s'il faut en croire les historiens arabes, cités par U. Vivieu de Saint-Mailin {le Nord de l'Afrique, 18e3, p. 28), et au commencement du zvi* elle existait encore (cf. Francesco Al«arf r, dans la traduction ital. de 1563; Ramusio, t. I, p. 205). Ce nom de Saba, suivant l'avis de M. Vivien de Saint-Martin, avait sans doute été apporté dans le royaume de Méroé, par quelques immigrations des Sabéens Jecktaoides de l'Arabie méridionale (l. cit.). Aujourd'hui il n*esl plus représenté, dans le sud de Ptle de Méroé, que par une tribu de Sobèh. Est-ce à la petite bourgade arabe de la baie de Mat* •àona, ou k l'importante cité de la baie d'Asâb, ou à la capitale maintenant détruite du royaume d'Aloa, toutes deux également arabes d'origine, que se sont reportés les souvenirs d'Ereilla ? Laissons de côté cette question purement hypothétique, et qu'il est fort difficile de résoudre. L'Araueana enlève toute place aux conjectures ; le poète indique la latitude de Séba et Dxe au !2« degré austral l'emplacement de la ville dont il parle. Au 22* degré» nous nous trouvons sur la côte de Sofala, et plus particulièrement au pays de Sabia, à peu près inconnu. Y avait-il autrefois une ville du même nom? C'était astez l'usage chez les natiouB primitives de désigner, par un même terme, le pays, son fleuve, sa capitale. Zimôao^ était l'ancienne capitale du Monomotapa, un des vieux rêves de l'imagination poétique des peuples. Les richesses de Sofala qui ne forme en quelque sorte que le littoral de ce vaste plateau, étaieut proverbiales, parmi les Arabes, et l'ancien empire de Monomotapa qui bornait le Sofala à l'ouest, avait tout les genres de splendeur. L'espr.t encore naïf des conteurs du xv« et du xvi« siècle ne craignait pas d'étendre jusqu^à ces contrées féeriques, la colossale monarchie dés Abyssins, du prêtre Jeao. Peut-être cependant est-il inutile de chercher ailleurs que dans As&boudans Sôbah la véritable cité que désigne le poêle espagnol. U a pu être trompé par le système de notation si défectueux de Ptolémée qui était Muoore un oracle réputé infaillible dans les écoles du xvi« siècle, mais dont H. Vivien de Saint- Martin a démontré par tant de preuves convaincantes les déplorables aberrations (voyei le Nord de l'Afrique, section Vll, p. 217 et suiv., et section VIII, p. 291-205).

1 « Gdgia. . C'est la province de Codjam que le Nil Bleu ^Bahr el-Airak) en-

i9 4 LARAUCANA.

leurs sommels dépassent toutes les autres. Leur tôte est blanchie d'une neige éternelle, et à la racine ce sont des précipices et des rochers à pic que hérisse à Tentour une ceinture de ronces épaisses et de broussailles ^ retraite des ours, des sangliers et des lions, des tigres, des panthères, des grifTons et des serpents.

xviir

« De ces roches escarpées et pendantes, que l'on appelle aujourd'hui les monts de la Lune, jaillissent les fameuses sources du Nil *, ces cours d'eau sans nom et sans gloire, qui d*a-

ferre au fud du Ue Dembea ou Tzaoa, et sépare de la province du Bedjemder ou Bâjghamidèr, qui est plus à l*e8t,que Ramusio {Délie naviçationij t. II. p. IdO) appelle Baguaroitri, et qu'Ercilla désignera (oui à l'heure sous le nom de Beguemetros. Plus au midi que Bedjemder, est la province d*Amhara, que le Nil Bleu sé< pare aussi de Godjam. Elle est peuplée d*uue race belliqueuse et prédominante. La province de Dembea entoure le lac presque entier, et renferme Gondar, une des villes les plus importantes de TAbyssinie, mais réduite à six mille habitants, après en avoir compté cinquante mille. La réunion de ces difTereotes pruvinces porte le nom général d'Amhara. G* est la plus vaste et la plus riche portion de PAbyssinie moderue. On peut consulter sur la géographie, aujourd'hui mieux connue déjà, de l'Abyssinie ou Habescb (du nom d'Abaxa, rapitale du royaume d*Adel, autre portion de rÉthiopie), Texcellent écrit dû à U plume de M. Desverj^ers (C Univers pittoresque^ no* 56, b8 et 59). Mais l'état du pays est loin de répondre au tableau enchanteur que l'Europe s'en faisait même au xvi« siècle. L'empire du prêtre Jean perd presque tous ses prestiges pour les premiers observateurs; cependant le mirage fantastique, une fois commencé, dura lougtcmps pour le« etprits prévenus. L'ambassade, envoyée au souverain d'Éihiopie dès 1515 parte roi de Portugal, et dont nous avons déjà parlé, dissipa en partie les charmes de cet Eldorado africain, où l'ambassade lusitanienne fut quelquefois assaillie à coups de pierres. Il faut lire les détails de ce curieux voyage d'exploration et d'affaires, que nous citons plus haut et dont le chapelain de l'ambassaJe, Francesco Alvarez, a rédigé le récit. C'est au fond, malgré les illusions qui lui restent encore, l'historique d'un immense mécompte. L'itinéraire dus envoyés portugais les conduisit à travers bien des fatigues et des périls, dans Axoum qui fut longtemps la vilU principale des Abyssins. L*historien a beaucoup à recueillir de cette relation. Cependant, parmi les -curieux résultats, le plus remarquable est qu'elle réduisit siugulièrt^ment retendue et les trésors incalculables que l'imagination des Européens avait prêtés au roi de ces vastes contrées si rarement visitées alors.

1 Ce n>st pas seulement la région montagneuse dont parle ici Brcilla, c'est toute l'Afrique orientale qui présente au voyageur ces bois touffus de ronces et d'épines, obstacle sérieux qui se dresse devant l'homme comme pour arrêter ses plus hardies explorations, il suffit de feuilleter les attrayants récits de Burton et de Speke, pour savoir ce que de nos jours les deux intrépides capitaines anglais eurent à souffrir pour vaincre ces formidables barrières.

s c Del Nilo lu famosas fuenlea. »

î.es véritables sources du Nil sont restées à peu près inconnues aux anciens. Au

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bord se défournent et s'éloignent les uns des autres, pour se réunir ensuite dans un môme lac S assez immense pour que ses

temps d*Angufte, on lef ignorait encore. Detant l'ignorance comme derant les ehe« vaux du soleil, égarés par la main imprudente de Phaétoo, il dérobait son iniecessible origine :

■ Ifilat in ezlremum fugit perterrilut orbem, Oceulailque eaput, quod tdhuc latal. >

{OfUe^ Métam., H, iS4-lS5.)

Le César de Lacain eût abandonné, s'il faut en croire le poêle, tonte pensée de goerre civile, s'il avait pu se promettre de découvrir les sources mystérieuses :

« Spes fil inibi e«rla videadi Niliaeos fontes ; bellun ciTile relinquam. m

[Phan., X, 191-19S.)

Lueain, qui discute avec une science froide et proliie le phénomène des débordements du Nil, décrit avec ampleur la majesté de ses cataractes :

c Quis te, lam lune fluentem,

Motorum Untas violenti gnrgiti* iras,

Nile, putet ? %tà qniin lapsus abrnpia viarum

Bicepere luos et pr«cipiies ealaracla,

Ae nasquam vetitis ullas obsislera eautes

Indignam aqui;, spama lune astre lacessii ;

Cuncta fremunt undis, ac inullo murmure roonlit

SpumeuB inTictts canescil fluclibus amnis. »

{Ibid., V. 315-321.)

Mais il renonce par la bouche du vieux prêtre Âchorée, interlocuteur de César, k dévoiler le secret de la création, Torigine même du fleuve :

Arcanom Ifatura caput non prodidit ulli,

Nec licait popalis parvum te, Nile, ridera,

AmoTïtque sinus et génies maluit orlus

Mireri, qaam nosre, luos m {Jbid.^ v, 898-2M.)

Cependant il ne faut pas croire, d'après les poètes, que les anciens n'avaient fait aucune tentative pour s'expliquer les débordements du Nil ou pour eu déterminer Is source. Voyez une note complémentaire à la suite de ce ixvii* chant.

1 Le Nil Bleu, dont Ercitla nous donne ici la description, n'est pas le fleuve qui descend des moutagnes de la Lune. Il dérive du lac Dembéa ou des sources voisines de sa côte sud-ouest. Cette branche tributaire du grand fleuve était connue dès rantiquilé, et au xvi« siècle, les Portugais eurent l'honneur de la découvrir une seconde fois; mais le véritable Nil, le Nil Blanc, celui que les anciens faisaient déjà descendre des montagnes de la Lune, bien qu'ils connussent assez peu leur emplacement, n'a été livré à la science que par les récentes et infatigables explorations de Speke et de Grant, par celles de rindomptable Baker et de sa courageuse femme. Ptolémée connaissait le lac Dembéa sous le nom de Coloé. C'est de là que sort le bras oriental du Nil, le Bahr-el-Azrek des Arabes, l'Abal ou Abawi des Abyssins. Les anciens le nommaient quelquef'is Astasoba. Il se réuuit au Nil Blanc (l'Astapus, le Bahr-el-Abya<l) à la pointe du Senoâr ; et il ne faut le confondre ni avec ce dernier fleuve dont l'origine est bien loin de là au sud, ni avec PAlbara, qui n'est autre que l'Astaboras des anciens, et dont le Takazzé forme le cours supérieur. Le jésuite Telles se fonde sur les mémoires de sa compagnie dont les missionnaires ont séjourné longtemps en Ethiopie et l'ont traversée dans tous les sens pour nous donner sur le Nil Bleu d'excellents détails. La relation du

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enfoncements et ses replis aillent baigner les bords de trois provinces S

<i Celles de G(Sgia et de Beguemetros *, à Torient, et à l'ouest celle de Dambaya. Du côté de Dambaya, sont des lies habitées par des tribus nombreuses^ et tout l'immense circuit est couvert de populations. C'est de là que les flots illustres du Nil naissent doucement. Bientôt plus grand et plus majestueux ', il sépare

R. p. Hieronimo Lobo place les sonree< de TAbavi {le père des eaux) daDt le paya de Tonkoua, chez lei Agawa, et il attribue les crues de ce fleuve aux torrents det montagnes dont TAbysainie est couverte. U combat ceux qui attribuent à la foule des neiges la cause des inondations de TÉgypte, et déclare que les montagnes éihiopiennes ue sont pas assez hautes pour garder un ansas de neiges éternelles. Cest aux pluies do mois de juin qu'il assigne la vraie origine du débordement. Lobo nous rapporte qu*il a vu les deux fontaines, les deux yeux^ larges comme des roues de carrosse, éloignées Tune de Pautre d'environ vingt pas, et d'où le Nil Bleu s*épanche du sein des bois, à travers un lit abrupt et entrecoupé de rochers. Le jésuite traversa le Nil de roche en roche, à Tendroit, déjà très-fréquenté par les crocodiles, où passent d'ordinaire les geus qui vont de Dembéa à Gojam. A deux journées de là, le fleuve tombe dans le Dembéa qui a vingt-cinq lieues de long et quinze lieues dans sa plus grande largeur. Le lac a plusieurs îles habitées; la plus grande a deux lieues, mais elle est trés-étroile et sert de lieu d'exil. Le Nil entre dans le Dembéa, d'une courte rapide i son extrémité roéridiouale, et en ressort au bout d'un quart de lieue, puis il fait un vaste coude, et enveloppe le Gojam, pro* vince aussi vaste que le Portugal. BientM il n*est plus éloigné de sa source que de deux journées; de U il ue tarde pas à se diriger vers PÉgypte. Son cours général est du sud «est au nord-ouest, mais il ne forme qu*un affluent de TAbyad.

* Quoique cette description soit toute spéciale au lac Dembéa, elle oCTre une remarquable analogie avec celle du X'yanza. Mais c'est au sud du lac Dembéa que le poëte, avec tous les géographes, a placé la naissance du Nil Bleu, c'est au nord du N'yanza que le capitaine Speke nous montre le Bahr-el-Abyad s'épanchant avec ampleur pour former le fleuve des Pharaons. Depuis le pays d'Uganda jusqu'à Gondokoro, sous le 5« degré de latitude boréale, bien des cataractes, la plupart inconnues jusque-là, se sont révélées au hardi voyageur anglais, «vaut son arrivée à celle de Syène.

« ■ Beguemetros. ■ Cf. ««pra, p. Î93, note 1.

9 Le capitaine Speke, accoutumé au vaste cours du Nil Blanc, du véritable fleuve, traite avec quelque dédain le modeste auxiliaire, issu du lac Dembéa, le Bahr-el- Asrek qui verse près de Khartoum un contiogent assez humble au Babr-eUAbyad, au royal courant. Entre Gondokoro et Kbartoum et au-dessous même de Khartoum, d'autres fleuves se jettent dans le Nil ; mais le Nil Bleu a paru à l'illustre voyageur le plus faible de tous ces tributaires :

« Il faut parler maintenant, dit-il, de ce fameux Nil Bleu qui, même comparé à la Géraffe, simple brauche de la Sobat, n'est qu'une très-mesquine et très-insignifiante rivière. Alimenté, selon toute apparence, par quelques chaînes de montagnes, il doit être sujet à de grandes fluctuations périodiques. J'ai rarement subi un désappointement pareil à celui que m'a procuré la vue de ce cours d'eau si célèbre.

G<5gia d'Amhara S et promène ses larges flots que ne contient aucune rive,

« Jusqu'à un passage étroit et abrupt qui resserre ees Qancs, et par où, avec un bruit furieux, il se décharge dans les cataractes'; puis, plus étendu, plus grave et plus solennel, il arrive à Méroé ', tle immense qu'il côtoie, et qui renferme trois

et je sois coataioeo que, ti oa l'isolait du Nil BlaDC, le Bahr-el-Airek te perdrait absorbé dans les sables aTant d'aUeiudre la basse Egypte. Ce que j'ai dit du fleuve Bleu s'applique à la ritière Albara, le dernier des affluents que je pasae en revue. C'est encore un torrent de montagnes qui déborde peadftnt la saison des pluies, et qu'ensuite les ardeurs du soleil dessèchent à pen près compléteasent. j'en aTais asseï vu désonnais pour être eoovaineu que le fleuve Blanc, qui sort dn N'yanza, par les chutes Bipoo« est bien le vrai Nil, le père des fleuves, car il l'enportait d'une manière éelatante sur tons ceni qui venaient s'y embrancher, et cela dans la saison sèche ,qui est la meilleure époque pour apprécier l'importance permanente et les forces relatives de ees rlrières. ^ (£e« Source* du Nil, par John Hanning Sptke, p. 553, trad. par M. Forgues, 1864.)

1 Cf. tupra, p. i93, note 1.

* La cataracte du Nil Bleu dont parle Ercilla, est probablement eelle de Nubie, au-dessous de Khartoum, entre cette dernière ville et Chendy ; elle est la sixième cataracte en remontant le fleuve depuis Assouàu (Syèoe) où se voit la première. Mais depuis Khartoum, le Nil Bleu est eotrkiué et ne compte plus, et si au-dessous de Khartoum, le véritable Nil forme encore sis chutes avant d'arriver à Syène, du lac N^yania jusqu'à Gondokoro, le capitaioe Speke en avait énuméré déjà onze, depuis celle de Ripon. C'est à la géographie du Bahr el-Abyad qu'appartiennent ces grau, des merveilles de la nature.

> • Heroé, grau isla. • Le royaume de Méroé était moins une île qu'une presqu'île. L'on a cru longtemps que l'Atbara et le Nil Bleu communiquaient ensemble au sod, comme ils semblaient se joindre à leur confluent; mais le premier a sa source au nord de Dembéa, et tous deux à une forte distance l'un de l'autre se jet. tent dans le Bahr el*Abyad. Célèbre chez les anciens et considérée comme un des plus vieux États du monde, l'ile de Méroé passe, aux yeux d'une foule de savants, pour le berceau des institutions égyptiennes. M. Vivien de Saint-Martin a victorieusement établi (Cf. le Nordde l'Afrique, sect. I, p. i7t et suiv.), que « la civilisation de la haute vallée du Nil, loin d'avoir été la source de la civilisation égyptienne, n'en a été qu'une émanation et ou reflet très-affaibli. À toutes les époques de l'histoire» la civilisation a remonté et non descendu le court du fleuve. » Mais il y avait là tout au moins une puissante et assez vaste société qui s'étendait presque de Damer A Khartoum , entre les deux embouchures de l'Atbara et dn Bahr-el-Axrek dans le Nil Blanc, jusqu'au Dembéa. L'on a cru reconuaitre au village d'Assour, au nord de Chendy, l«s ruines de Méroé, florissante capitale de cet empire (cf. Cailland, Yvyge à Méroé et au fleuve Blanc, et tupra, p. 29S, note 1.) Le vojageur écossais Bruce, qui visiU l'Abystiuie dans le dernier quart du xviu* siècle, rapporte que, dans la saison des pluies, un ruisseau qui oourt de l'est à l'ouest, forme en effet la jonction du Nil Bleu et de l'Atbarah. <:ette eirconstaoce suffirait pour expliquer l'antique dénomination du pays, adoptée par Ercilla, mais elle n'est nnllemant nécessaire } ailleurs {^raue.^ ch. avi, oct. 17), il donne le nom d'tato à la

ÉlalB florissants, régis par des lois et des coutumes différentes *.

presqu'île de Talcaguaoo ; le mot peut s'appliquer à un pays compris entre deui m^rs, entre deux fleures. ■ L'ile de Uéroé sTait pour limitest à Test et au nord, l'Âtbara; à Pouest, la partie du cours du Nil comprise eulre le confluent de l'Àtbara et celni du Bahr-el-Azrek, au sud'Ouest le Bahr-el'Asreic depuis son confluent jusqu'à rentrée de la ré^'ion monta(;neuse du sud. Enfin, du c6tédu midi, le royaume de liléroé se terminait au pied du pbteau abyssin, occupé par une race sauvage dont les Agaws sont les descendants actuels) avec laquelle il ne parait pas qu'on eût encore noué de relations. Ajoutons enfin que la qualification d'i/e, appliquée à ce Taste territoire et que des écrivains poiiérieurs et Piolémée lui-même ont prise à la lettre, doit s'entendre ici dans l'acception du terme arabe djéxirèh qui désigne aussi bien une mésopotamie qu'une île proprement dite. • (M. ViTien de Saint-Martin, le Nord de l'Afrique^ sect. III, p. 66.)

1 Damer, r.hendy et Ualfay. Cette 20* octave et la I9«, si remarquables par leur exactitude géographique, la piécision* des renseignements et les détails pittoresques destinés à nous rappeler les lieux où florissait une des plus hautes eivilisations de l'antiquité, ont été supprimées par H. Winterliog. A l'intérêt réel et historique qui les caractérise» se joignait pourtant ici un grand intérêt littéraire. 11 est difficile de se montrer plus poète qu'Ercilla dans ces deux octaves. Il s'agissait de peindre le cours majestueux du Nil. Ercilla imagine la plus heureuse combinaison de prosodie. Il a coutume d'arrêter sa pensée avec chaque oclaTC. C'est une règle qu'il s'impose, et qui est propre à la stance épique. Il y fait pour cette fois une infraction qu'il a rarement renouvelée, et les quatre derniers vers de l'octave 19« commencent la peinture du Nil, mais ne l'arrêtent pas; elle continue d'un cours paisible et abondant et enveloppe la 19« octave tout entière. La longue et opulente phrase s'av..nce comme les flots du fleuve et roule en large nappe comme lorsqu'il s'écroule pour continuer encore sa marche imposante et royale. Il y a dans le procédé du grand écrivain une richesse et une harmonie imitative incomparables :

■ De «qui el fenoto Nilo mantaroente Nace, y despues mas grande y rerorzado Parle à Gogia de Amara, y va lendido Sin ser de lai riberas rcsiringido, Ilasta un angoslo paso pehascoso Que le va lus coslados eslrecliando, De djnde con estrêpito rurioso Se va on las calaralas enibocando ; Despues, mas ancbo, grave y e«pacio>o Llega a Meroé, gran isia, coslediido.

Que conliene 1res reinos crainenlef, En leyes y coslumbres diferentes. •

Pour retrouver cette ampleur et cette intarissable furce de mouvement, il faut nous reporter à Virgile, & la peinture qu'il nous fait de ce même fleuve dans toute la puissance de son large courant (Géorg,, IV, 287-294;, ou à tUiateaubriand el aux riches couleurs qu'il prodi^juc pour son Meschascôlé, ou plutôt encore à Speoser, â l'inimitable Speuser de la • Fairy Qjeen, > à teue description du MuUa, son doux fleuve irlandais dont il aimait à chanter les rivages verts et les cascades écumauies :

« Old falher Mole (Mole highl thaï mountain gray Thaï iralls Ihe norlh sidc of Armulla dalo : He hnd a daughter tresh as floure of May, Wliich gave Ihat namc unlo Ibal pleasant vale;

a Vois le Caire qui renferme trois cités*. Vois le royal palais

Huila the daagfater of ol'i Mole, to liight The Nirop>i, whieh of that waler courte hat charge, Thaï, springinir oot of Mole, dolh run downe right To Botterant. where spreading forth at large, Il gives name unlo Ihal auncienl cittie, Which KilnemulUh cleped is or ol«l ; "Whoae ragged ruines breed great rutb and piUie To travailert, which il froni far behold. • (EJm. Spen«er, Colin Clouts corne home again. London, 18V9, édiU Bohn, t. V, p. t19.)

Je ne sait ce que nous devons le plus admirer ici dans Speuser, comme dans Ereilla, •u des détails pittoresques et originaux, ou de cette longue cireonTolatioo de période qui nous conduit d*uue haleine depuis la source du beau fleuve, jusque sur son cours bien- loin dans la plaine, à travers des royaumes populeux oa des ruines mélancoliques.

t « Mira al Cairo, que ioeluje trei eiudades. >

Il est visible que les vers d'Ercillane sauraient faire allusion aux trois enceintes de la citadelle ; il s'agit de villes réelles, et non pas des enceintes diverses que la citadelle peut présenter. En élargissant son horison, un voyageur moderne pourrait èlre tenté de croire que, par ces trois villes, le poète entend Boulaq, le port du Caire, où stationnent les vaisseaux qui ont remonté le Nil, et dont la population s'élève aujourd'hui à près de 1&,000 habitants; le Vieux -Caire, dont le port reçoit les navires qui vienuent delà haute tgypte, et qui renferme les greniers d'abondance de la capitale ; eofio la ville Neuve, ou le Grand-Caire, le Victorieux (El-IUhirah). Sa circonféreoce est de 25 kilomètres. Elle est environnée, mais pas complètement, d'un mur de pierre surmonté de beaux créneaux, et fortifié, à la distanee de chaque centaine de pas, de superbes tours rondes et carrées. (Maltebrun, Géogr, Univ., édit. Lavallée, t. VI, p. 39.) Il y a bien là » très eiudades ;• mais cette explication serait encore inexacle, et les • très eiudades » de don Ereilla nous semblent autre chose. Boulaq est plus moderne, et le Vieux Caire, situé sur le Nil, devait être à cette époque le seul port de la capitale nouvelle. Voici des faits plus concluants. Salah-Eddyo, quand il bàlit sa citadelle, voulut envelopper dans une même enceinte : i» Foslatt, qui est le Vieux-Caire ; 1° la nouvelle capitale ou le Grand-Caire ; et S» l'antique Babyloue, assise sur une des croupes du Uokatlam, vieille forteresse, bAlie, dit-on, par les rois de Perse, lorsqu'ils avaient été maîtres de l'égyple. Ce vaste projet ne put être réalisé ; mais il nous semble que Fostatt, la Grand-Caire et Babylone forment bien les trois cités d'Ercilla. C'est ainsi que la ville de Prague renferme trois et même quatre cités, contenues dans les mêmes remparts. Si vous séparez les constructions de la rive gauche de la Moldau, c'està-dire le Schlossberg ou Kleioseite [le petit côté), qu'un pont magnifique réum't au reste de la ville, vous trouvez, sur la live droite, trois villes distinctes et juxtaposées, comme celles du Caire ; la vieille ville ou Altstadt; la ville Neuve ouNeustadt, on Karbtadt, en souvenir de Charles IV, son fondateur ; et la ville des Juifs Judensladt, que l'on appelle de nos jours Josephstadt. — Nous avons été heureux de pouvoir consulter sur la géographie du Caire un des hommes les plus compétents qui aient visité l'Égyple. Eu matière d'érudition tiistorique, M. Eugèoe Poitou, garde cette même supériorité, qu'il a montrée comme écrivain moraliste ou comme

800 L*ABAUCANA.

de Dultibea^ les terres, les Jardins, les domaines qu'environne

critique littéraire et qui a valu plusieurs distinctions académiques à sa pluma élégante et ferme. Nous ne saurions atses reconnaître ici robligeance et la libéralité de son saroir.

i • Dultibea. • Quel est ce palais et d*où ?ient ce nom propre î I( est naturel de chercher le monument dont parle don Ercilla parmi les plus beaux édifices dont il ait eu connaissance. Le poète a-t-il voulu désigner le palais royal de Salah-Bddyn, dont les ruines subsistent encore, et dont, suivant Baibi, le ialon de Joseph (le véritable nom du sultan était • Salah-Eddyn-Joussouf •) est le plus important débris? « Selon M. Cbampollion jeune, continue le docte géographe, uu incendie a dévoré, il y a quelques années, les toits de ce grand et beau monument et l'on a démoli le reste. > (Abrégé de Géofr.f 3<édit., 1842, p. 862.) Les ruines du palais de Salah- Eddyn, le célèbre sultan ayoubite, se voient dans Tenceiote de la citadelle qu'il bâtit en 1176, et qui est garnie, en effet, comme IMudique l'expression d*EreiUa, Je fortes tours. Ce château fut construit par le conquérant sur le Mokkatam, le point culminant de la ville. En acceptant que le poëte espagnol ait voulu désigner dans ses vers cette demeure magnifique, le lecteur trouvera des renseigneroenis conformes à ceux de Baibi, dans un récit aussi instructif qu'original, les Nuits du Cairet par M. Charles Didier (Paris, 1860). i Le palais de Salah-Eddyn, habité après lui par les sultans mamelouks, et que le peuple prétend avoir été celui du Joseph de la Bible, ministre de Pharaon, est aujourd'hui presque entièrement ruiné, mais d'un effet grandiose et pittoresque dans sa dévastation. Ce que l'intérieur offre de plus remarquable est une vaste salle carrée, soutenue par trente-deux colonnes de granit rose, enlevées aux anciens temples romains ou grecs, et où Ton distingue encore des restes de dorure. On les avait couronnées d'autant de chapiteaux pharaoniens apportés de Memphis et retouchés dans le goût arabe. La plupart gisent au milieu des décombres et Ton voit sur plusieurs des caractères hiéroglyphiques. Ceinte de hautes et fortes murailles, la citadelle fut en partie renversée, en 18i4, par l'explosion d'une pondrière qui n'épargna pas le palais de Saladin, et elle fut reconstruite dans sa forme actuelle par Uêhémet-Ali a (p. 19-20j.

Assurément ces nouveaux détails n'ont rien qui contredise le texte d'Ercilla, et au xrio siècle le palais dont il s'agit, beaucoup mieux consenré alors, a pu être choisi par le poêle de préférence à d'autres constructions. Mais le nom même que lui donne VAraucana déroute notre esprit. D'où vient ce nom de Dultibea ? Et entre les palais somptueux élevés autrefois en grand nombre dans cette ville par les architectes arabes, ne peut-il pas y en avoir eu un autre qui ait porté ce nom ou à peu près ? Dultibea doit être un nom estropié. Ercilla, comme tous ses compatriotes, trausforme les noms propres de la façon la plus étrange et la plus despotique. Il change à son gré le vocabulaire des langues latine et allemande. Le baron de Dietrichstein devient Dietristan dans VAraucana (chant xviii, oct. 38). Le poëte supprime ou ajoute des lettres. Le val d'Elicura est ches Ercilla • el licureo vallei (iv, 10) ; les meurtriers d'ibicus sont appelés par lui ■ de Libico homicidas ■ (ch. xii, 1). Lorsqu'il parle des tribus américaines du Sud (xx¥ii, 48), ou des peuples de l'Afrique occidentale [ibid,, oct. 22), il est un très-médiocre guide pour les recherches du géographe. Daus ce même chant xxvii*. oct. 19, le Bedjemderf province d'Abystiuie, est métamorphosé en ■ Beguemedros. • Les Tckaous de l'empire turc deviennent sous la plume d'Ercilla des • Chances » (Arauc, xxiv, 4). Dans le chant xxiv» encore, oct. 26, il appelle Ochali, un corsaire que de Thou et Ferreras nomment « L'iucciali • . Il est rrai que l'usage de ces trausmutations eA presque consacré en Espagne. Si dès l'origine de la littérature castillane, Joan Lorenzo de Segura appelle « mae&tre Natanao » le roi d'Egypte Nrctanebo [Poema d^t Alejandro Magno, Copia 19), longtemps aprèit, Antonio Ferez, écrivant à tfuuibamptoo, l'appelait Aliiord Sudampton (Cf. Cafla XXX1« ; BibU

CUANT XXYII. 801

sa vaste enceinte. Vois les pyramides et l'orgueil de cette

Bivad., t. XIII, p. 469). Cet rempltcemeDU de lettres et de syllabe*, ces altérmtiou parfois étranges, tiennent, cbezi|es bons écrivains, i un sentiment d'eupbonie ; il y en a de nombreui exemples ; plus souvent ils naissent de Tignoranee générale qui rè« gne dans certaines époqves et dans certaines intelligences snr les hommes et sur Us lieux. Lord Hollaod a eonsigoé dans ses SouoenirM (1850) les bizarres méprises de don Manuel Godoi, le trop fameux ministre, favori de Charles lY. Il était depuis quelque temps déjà à la léte des relations étrangères, avant de s'apercevoir que la Russie et la Prusse étaient deux contrées distinctes. En écrivant au chargé d*afEaires des villes hanséatiques, il désignait ces Etats par le nom de Ula* asiaticat^ au lien de villùs kantêaticM [Sotofenin de lord BoUand, publiés par son fils ; Bibliothèque des Mémoires, par Barrière, Paris, 186S, t. XXVU, p. 101). Mais c'est plus particnlièremenl aux noms arabes, que don ÇrcilLa, comme tous les écrivains espagnols, applique ces procédés de changement. Là, un respect absolu était peut-être impossible. L'on sait par quelles substitutions singulières le grand physicien, le moraliste musulman Ebn-Badjeh est métamorphosé en Abenpacé ; le génie le plus eoeyclopédique de l'islamisme Ebu-Roeh, n'en ont-ils pas fait Averrhoès, et d'ibn- Sioa Avieenne? Les khalifes eux-mêmes sont dcTenus, daus la langue de Casiille, presque méconoaittables. Les écrivains d'une nation qui de Abou-Abdallah a fait BoabdiJ, sont bien capables d'à voir fait Dultibea avec quelque Abdnl*Thaleb ou Tbalèb.

L'origiae réelle et historique de cette appellation ne reste pas moins assez mystérieuse À nos yeux. S'il nous est permis d'exprimer une simple conjecture, Toici du moins celle qui nous parait la pins vraisemblable, sur le nom lui-même et sur remplacement de l'édifice.

Macrizy, dans sa description des rues du Caire, parle,! propos des grandes maisootou plutôt des palais on châteaux de la Tîlle, de la maison de Doulbay} puis il (lit qu'on rappelait aussi Ihulinbay^ ou Doulibé^ ou encore DouliM, Or dans la transcription arabe des noms mongols il y a souvent des erreurs, et dans la copie des manuscrits de nombreuses confusions sont dues a Toubli des points diacritiques. Macrizy, de Doulbay passe à Doulinbay ; si Ton ajoute un point de plus, et un copiste a pu l'oublier, nous avons Doultibay, c'est-à-dire le mot d'Ercilla ; car Va final u'est qu'une désinence des noms féminins* dans les langues latines et néolatines. La lettre t ne saurait nous embarrasser; daus certains idiomes orientaux, elle remplace notre préposition de^ et sous le nom de Sxifet^ écrite ou non, sert à lier deux mots ensemble» Quant au titre de bey^ il était donné autrefois à tous les grands personnages turcs, hommes ou femmes. Dultibea pourrait donc, chez Ercilla, être un nom de femme, et la terminaison même du mot nous porte à croire qu'il en est ainsi. Mais l'histoire prète-t-elle quelque lumière à cette supposition ? Si vous ouvrez le quatrième volume de l'histoire des Mongols par M. Obsonn, vous y verrez qu'un sultan d'Egypte • El malek Nacer Mohammed, fils de Qu&laouUj eut une femme qui lui futenroyée par Esbek, roi Turkoman, et que cette femme était de la race de Tgtngiskhan, étaut fille de Bérékaî, ou Barcaî, fils de Balon Khan, fils de Djoudchi Khan, fils de Tgiogiskhao. Avec ces indicatious nouvelles noussommes assez loin dn palais de Salah-Eddyn. La maison citée pnr Macrizy était près de la porte Bab-el-Nasr^ au commencement du quartier Hareb-eUDjauanieh, Un de nos amis qui réside au Caire, M. Le Gay, nous a donné sur celte matière les plus amples informations. Selon lui, cette maison a disparu ; seul le tombeau de la princesse mougole existe encore. Voici du reste le récit que nous fait M. le baron d'Obsonn: • Depuis l'époque des premières hostilités entre Houlagou et Barcaî, les sultans d'Egypte avaient soigneusement entretenu des relations d'amitié avec les Kbansdu Descht KtptchaCy au moyeu de fréquentes ambassades. Il était arrivé au Caire, en avril 1314. un envoyé du khan Euzbeg, accompagné, comme d'ordinaire, «Tua envoyé de rcmpcreur de Byianee. De son c6té, le sultan d'égypte fit partir

30* LAHAUCANA.

aveugle antiquité. Le gigantesque monument témoigne de ses

deux anibauadearf pour la cour d'Euibeg, lesquels rerinreatà la fin de 1315, avec de nouTeaux envoyés. L*année suivante Nassir lui fit porter des présents de grand prix et demanda en mariage une princesse du sang de Tchinguiz-Khan. Son ambassadeur, après avoir rerois les lettres dont il était chargé, témoigna le désir d*obtenir une audience privée du Khan ; mais l'interprète lui dit au nomd*Euzbeg, que, s'il avait autre chose à exprimer qu*un simple compliment, il devait s'adresser aux émirs. En conséquence Pambassadeur fit la proposition de mariage dans une réunion des principaux chefs militaires, convoqués pour l'entendre ; ils étaient au nombre de soixante-dix. Ils parurent très-cboqués de cette demande, observèrent qu'il n*eo était jamais arrivé de semblable depuis le temps de Tchinguiz-Khan, et dirent qu'ils ne savaient pas pourquoi on enverrait en Egypte une Glle de la race de cet empereur. Ainsi, le premier jour, ils rejetèrent la demande du sultan; mais le lendemain après qu'ils eurent reçu les présents que ce prince leur avait destinés, le même sujet étant repris dans leur assemblée, ils se montrèrent plus faciles et finirent par donner leur consentement... Lorsqu'il fut question du contrat de mariage, les délégués d'Euzbeg demandèrent pour la main de la princesse, la somme de cent tournons d'or, c'est-à-dire un million de dinars, outre un nombre très-considérable de chevaux et d'armures complètes, ainsi que d'autres articles. Ils voulaient que le sultan envoy&t, pour recevoir la princesse, plusieurs grands émirs arec leurs femmes; ils exigèrent enfin des conditions qu'il était impossible d'accorder. Aussi le sultan renonça-t-il k sa demande.

• Les deux souverains s'envoyèrent de nouvelles ambassades ; mais Nassir ne fit pas la moindre mention de son premier projet. Ses lettres ne contenaient qne les compliments d'usage. Enfin, lorique l'émir Seîf-ud-diu vint de sa part à la cour d'Euzbeg et lui apporta, entre autres présents, une robe royale brochée d'or et ornée de pierreries, dont Euzbeg se revêtit, ce prince lui parla du mariage. > J'ai pourvu, lui dit-il» à ce qu'a demandé mon frère, le sultan Nassir; je lui destine une fille du sang de Tcbinguiz-Khan, issue du roi Bérékaî, fils de Batou-Khan. > L'ambassadeur répondit que le sultan ne l'avait pas envoyé pour cet objet, lequel était d'une haute importance; que, lorsque le sultan serait instruit des intentions du Khan, il enverrait sans doute à sa cour des présents dignes de lui être offerts. Il voulait par li gagner du temps ; mais Euzbeg reprit qu'il lui enverrait la princesse, et l'ambassadeur ne put que se soumettre à sa volonté... La Khatoune partit accompagnée d'ambassadeurs, de plusieurs dames et du Cadhi de la ville de Séraî. Elle s'embarqua le 17 octobre 1319, et, après avoir essuyé beaucoup de contre-temps et de dangeri, elle arriva à Alexandrie dans le mois d'avril 13Î0. Lorsqu'elle quitta le vaisseau, on la fit entrer dans une tente dorée, placée sur une voiture, qui fut traînée jusqu'au palais par des mamelouks. Le sultan lui envoya des chambellans et dix-huit barques. A son arrivée au Caire, elle fut reçue au bord du fleuve par l'émir Sfîf-ud-din Argouii, le lieutenant du sultan, à la tète des principaux officiers des mamelouks de ce prince, et portée dans un palanquin, sur les épaules des mamelouks, depuis la barque royale jusqu'au pavillon de la place nommée Meîdanus-Sou Itaniyv. On lui avait dressé sur cette place une tente d'étoffe de soie, dans laquelle on lui servit un repas splendide. Trois jours après, le sultan donna audience aux ambassadeurs d'Euzbeg et à ceux de l'Empereur grec et du roi de Géorgie qui les avaient accompagnés. Ensuite la Khatoune fut conduite du Meidan BU ehdteau de la montagne, dans un chariot couvert {araba)j tiré par une mule que conduisait l'un de ses esclaves, et fut logée dans un hôtei que le sultan aoait fait bâtir pour elle avec une élégance inconnue jusqu'alors dans les pays musul' mans. Nassir congédia, dans le mois de septembre, les ambassadeurs d'Euzbeg et la suite de la princesse, après les avoir tous comblés de largesses, et il envoya des présenta magnifiques au Khan et a ses courtisans. ■ (Hist. des Mongols, t. iV,

richesses; mais ce qui le surpasse encore c'est la folie qui le fit coDstruire *.

xxn

« Vois les solitudes sablonneuses de la Libye déserte , brûlante et aride, et le pays des (laramantes ', ses villages où, sout un ciel de feu, vit la race brute des Nègres. Ici les Troglodytes belliqueux '; plus loin ceux qu'arrosent les flots de la Gambie,

p. $53-656 ; Amêttrdùm^ 18hî. M. I« t»aroa CossUttlia d'OhtOBO, qui avait déjà fait impriner e«t cicelleut ouvrage à La Haye en i835« est fils de Movradfea d'Ohaoao, eeloi méina qui t'est illustré par soa Tableau général de l'empire ottomeut^ publié ea 1787-90, S vol. io-f«, et par d'autres écrits d'an grand savoir.)

t • ..... Que auDqoe aea

SeAal de fut riquAw* la heebtira, Fuc mit que el edificio U locura. •

Cf. Bossuet, Dise, sur Phist. unioers., Ilfe partie, eh. 3 : « Les inscriptions des pyramides n'étaient pas ntoius nobles que Pouvrage. Elles parlaient aui spectateurs ^Hérod., lib. Il, ch. cxxivi). Une de ces pyramides, bâtie de briques, avertissait par son titre quVm se gardât bien de la comparer aux autres, et • qu'elle était autant au-dessus de toutes les pyramides que Jupiter était au-dessus de tous les dieui. • Mais, quelque effort que fassent les hommes, leur né.mt parait partout. Ces pyramides étaient des tombeaux (Hérod., ibid. ; Diodore, Ik. I, sect. S, n. 15, 16, 17); encore les rois qui les ont bâties, n'ont-ils pas en le pouvoir d'y être inhumés, et ils n'ont pas joui de leur sépulcre. > Cette pensée, digne des ornisons funèbres, mais peut-être inexacte pour le détail, était déjà résumée dans la poésie expressive d'Broilla; elle est au fond même des grandes et fortes maximes du Chriatianisme.

> Les Garamantes, peuple considérable de TAfrique, se partageaient en deux corpa de nation. Les uns appartenaient à la population sédentaire du Fezsao ; leur capitale s'appelait Garama.la Djerma des géographes arabcs,et que Pline désigne comme une ville célèbre. Ils faisaient partie des peuples intérieurs qui occupent la chaîne d*oasis située sur la limite du grand Désert. Les autres Garamantes figuraient parmi les tribus de la zone littorale ; iU étaient cantonnés vers les montagnes qui dominent la Syrte, peut-être dans le Ooâdi Gadâma, immédiatement au-dessus des monts Gbariân, à trois ou quatre journées au sud de Tripoli (Voy. M. Vivien de Saint-Martin, le Nord de C Afrique, sect. Il, p. 50-51). Célèbres dans les poètes (r.r. Tirgile, Kn,, lY, 108,71, 794), les Garamantes ne le sont pas moins dans l'hiatoire, et l'on connaît la grande expédition que Cornélius Balbus dirigea contre eux l'an de Rome 732. Cf. Pliue, U. N., Y, 5, édit. Leraaire, t. Il, p. 429.

S Les Troglodyler les plus connus étaient moins un peuple particulier qu'une foole de tribua que les anciens pUçaieol au sud-est de l'Egypte, le long du golfe Arabique, jusqu'au* détruit de fiab-el-Mandeb. Leur nom désigne bien ptut6t un état social qu'une race et un peuple. Ils avaient des demeures souterraines {xfùflit^ caverne, ^ûo|iai, entrer dans); mais rien n'indique qu'ils habitassent toujours l'abri naturel des antres, comme les premiers humaius dont parle Lucrèce (Z^enaf. rer.t ^i 9^3}< A*^^ ^^^* savons que les Schangallast situés sur la rive droite de

304 LARAUGANA.

les MandiQgoes, les Moaiconges, les hideux Zapas, les Bitfres, les Ghiolofs * et les hommes de Guinée '.

« Diiige (es yeux sur toute l'étendue de la c6te d'Arrique, vers les ports et les pays fameux depuis les bouches du Nil jusqu'au détroit par où comoluniquent les deux mers. Ce sont ApoUonie, les Syrtes et, en Tace, Tripoli, Tunis'. Près de là, si

rAtbar«h, entre l'Atbarah «l le Mareb, et dont lei plainet uonrritaeot let troupeaux qui approTisioaneul le marché de Gondar, te réfugient dana lea montagnea du Tigré à l'eit. quand leur sol eit inondé par les débordenieota et ila denonnent ulon des Troglodytes, L'épitbèle de belicoso* que le poêle donne aui Troglodytea eon- ▼ieut au mieui à cea barbares^ fléau dca Abyssins. Mais les géographes désignent encore, sous le nom de Troglodytes, un autre punplc du nord de la Libye, voiain dea Garamautea, et que M. Vivien de Saint-Martin (/. e.) croit reconnaître dans les Tibuû Récbadèh. Lea Garamanles leur donnaient la chaase pour ranienor dea esclaves. Le roi du Fezsan qui réside aujourd'hui -à Moursouk, fait encore ainsi et poursuit les Tiboû, dout la vente est Tun de ses prineipaui revenua. Le nom même de Tiboû Réchadèli signifie Tiboû des rochers, et ils le doivent auv asiles impénétrables où ils se réfugient avec leur indépendance toujours menacée. Le rapprochement que fait Ercilla des Garamantes et dea Troglodytes nous dispose à croire qu'il est question dent S Araucana de la tribu saharienne plutôt que des riveraiusdu golfe Arabique.

( Les Mandingues au sud de la Gambie, au nord les Djolofa (que let navigateurs appellent aussi Jalofs, Jollofs, Gbialofs et Toloft ou Oualoft, CoUect. éês voyag. en Afrique, t. IV, p. 115, t. V, p. 3&), étaient let riverains les plus redoutables du fleuve et les nations les plus puissantes de cette partie de TAfrique. Les Biafras et let Guineos indiquent assez par leur nomt let cètet qu*iU habitaient. Let Zapes tont-ilt let habitants de Djaba, dans le Fouta, sur la rive gauche du Sénégal T Et par les Monieongos, Ercilla veut-il désigner, avec une légère altération, les Mouchicongot, le peuple le plus belliqueux du royaume de Holo-hoT L'on aaitque Holo-ho est le plus vaste des États titués au aud du Coango, et que sur le territoire des Mouchicongos est situé Ambriz, naguère un des plus grands entrepôts maritimet pour la traite.

s Winterling ajoute let Cafres à Téouméf ation d'Ereilla. Hait bien que le poëte etpagnol ne suive pas toujours dana son tableau géographique une méthode bien rigoureuse, il ne réunit pas, comme le traducteur allemand, dea popolatiooa trop écartées les unes des autres, sans prévenir du moins le lecteur qu'il change d'horizon :

« Die Gttineiner, Aelbiopêo, und die Caffem. »

Dans les derniers vers de sa description, il ne quitte pas TAfrique occidentale, les contrées que la conquête ou le commerce des Porlugait avaient tnrtout apprit à connaître.

s « Tunez. • Souvenir glorieux pour let armes espagnolea sous le règne de Charl«s-Quiat{ glorieux aussi pour les annalea de la poéaic } Garcilaao de la Yega eombattit aveceourage à la priae de la GouUltc«

CHANT XXYII. tOS

ta y regardes S tu verras encore les décombres et les débris de la glorieuse Carthage.

« Au-dessus, la Sicile féconde et plantureuse, la Corse, et^ tout près, la Sardaigne^ et sur la côte d'Italie, toute cette plage fertile" qui se prolonge vers l'occident. C'est Naples, illustre et brillante capitale; c'est Rome ' qui longtemps se vit avec orgueil la dominatrice de l'univers, et que, depuis, toutes les nations ont foulée sous leurs pieds \

« Vois, en Toscane, Sienne et Florence, et, tournant le dos à la c6le méridionale, vois Bologne, Ferrare, et la reine des lies, haute et puissante maltresse '; puis, Padoue et Mantoue, Crémone et Plaisance, Milan,- les plaines et le parc de Pavie^ où, après lui avoir fait subir une sanglante défaite, Carlos vil parmi ses prisonniers français, le souverain des Gaules.

ce Vois Alexandrie •, et, entrant sur la terre des Ligures, la

1 < Si roirires. • Il faut y reçétàer de prêt, semble dire le poëte, car c'ett à peine si l'oa aperçoit eoctfre les débris de cette cité fameuse, rivale des Homains, et dont les palais dévastés et Porgueil sont mainteoaut sous l'herbe :

« Etiam perlera ruia». »

> «La Ticiosa tierra. > Cf. suprCf cb. xxvi, cet. 49, note S, et cb. xz, cet. 40, note 1.

S Rone et Jérusalem oceopent dans la peinture d*ErciUa la haute plaee qu'elles avaient dans sa pensée religieuse.

^Souvenir triste, moins peut-être des barbares qui foulèrent Teropire d'Ooeident ao IV* et au r« siècle, que de ces barbares plus dangereux que, sous Charles-Quint« y avait précipités naguère (1527) le connétable de Bourbon.

S Venise, dont Eroiila ne parle jamais qu*avee admiration ; cf. Arauc, cb. ii, oet. 16.

< Alexandrie délia paglia, place forte du Piémont. Elle s'appelait ainsi parce qu'au xii« siècle, les habitants de Crémone et de Milan se hâtèrent de la construire en bois et en chaume, comme un abri contre Frédéric Barberouste qui avait ruiné leurs villes natales ; et ce fut le pape Alexandre lil qui lui donoa son nom. La citadelle de la ville domine le Tanaro et la Bormida. Alexandrie a été le chef-lieu du département de Marengo.

S06 l'araucana.

superbe Gênes et Savona. Si tu traverses le Piémont et la Savoie, tes yeux aperçoivent Lyon, Toulouse, Bayonne. Puis, te dirigeant contre le souffle du Caurus ^, tu découvres Bordeaux, Poitiers, Orléans, Paris, Péronne, les Flandres, le Brabant, les Gueldres, les Frisons, les Hollandais, l'Angleterre, l'Ecosse, THibernie ou Irlande.

« Le Danemark, la Dacie et la Norwége, vers la mer de Dantzig*, et son rivage couvert de glaces, et, sur les confins de la Gotbie, la Suède à qui les flots forment un retranchement. Delà on navigue jusqu'en Islande'. Jette de ce côté ton regard sur le Groenland en dehors de la route du soleil et de la route du zodiaque, et où, à six mois de ténèbres, succèdent des jours de six mois.

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