XXVIII
« Au nord se présente la Moscovie, estimée la dernière région du monde habitable. Ses frontières et son immense territoire se terminent aux monts Riphées d'une part; elle s'étend de l'autre depuis les sources du Tanaïs jusqu'aux monts Hyperboréens et à la mer Glaciale, touche à la fois aux Tarlares et aux Sarmates, et se développe vers l' Austerjusqu'àl a Russie ^
« T lobre el viento Coro volleando. > Winterliog traduit, en rectiliaut Ercilla :
« Verfolge jelit den Laof der nuscbend«B Garonne. •
Ce%t en effet la direction qo'il faut prendre, si l'on regarde le Caurut comme le vent du N.-O., mais il est aises d'usage ches les poètes de confondre un peu les uns avec les autres tous les Tents du nord, Aquilo, Boreas, Caurus, et tous les vents du midi entre eux, quelle que soit leur position précise sur la rose des vents.
1 La Baltique.
8 tZelandia» (suivant Bandry), « Gelandia » (selon RiTad.)t est traduit par Seeland dans la version de Nfirnberg. Mais pourquoi le poëte eAt-il nommé la Seeland^ lorsqu'il vient de parler du Danemarli dont cette île n*est qu'une portion ? Noos sommes sur la route de Suède au Groenland; llslande était désignée d*a- Tance. Ce n'est pas la première fois que nous voyons Ercilla modiâer les noms propres. Ici encore il appelle le Groenland, Grolandia; la langue vulgaire le nomme Groenland ia.
^ Cette description qui, au premier abord, semble un peu confuse, est pourtant
CHANT XXYII. 807
« Contemple la Livonie, la Prusse, la Litbuanie, la Samogitie, la Podolie, la Russie, la Pologne, la Sllésie, l'Allemagne, les MoFaves, laBohéme, TAulricbe, la Hongrie, les Croates, la Moldavie, la Transylvanie, la Valachie, la Bulgarie, TËsclavonie, la Macédoine, la Grèce, la Morée, Candie, Chypre, Rhodes et la Judée ^
« Au couchant, vois l'Espagne et les flpres sommets de l'antique Biscaye, d'où la renommée fait naître et s'étendre la noblesse répandue dans toutes les provinces. Ici, environné de ses forôts s'élèvent Bermeo, origine et souche primitive de toute une race héroïque, et ta tour d'Ercilla, qui domine le port abrité derrière de hautes montagnes ^
conforme à l*bistoire la plus séTère. U contrée que don Brcilla appelle MoecoTie, de Moscou ta capitale, est la Grande-Rutsie, G'ett-i-dire le nord et le centre de la Russie d*Enrope. Elle confinait au sud, cVst-à'dire vers VAu$ter ( ■ por el Aus- Iro •), à la Rus&ie, ou à cette partie de l'empire que Ton désigne encore quelquer oit sous le nom de Petite-Russie, et qui forme avec la nouvelle Russie toute la p«rtie méridionale de celte gigantesque puissance. Depuis les sources du Don, l'aoeien Tauaîs, jusqu'aux monts Ourals (monts Hyperboréens) et à l'Océan glacial du Nord, est tracée la ligne brisée qui forme à Test la limite de l'ancienne Moteovie. A l'ouest, Ercilla voit ses frontières dans les Karpatbes ; c'est bien en effet cette haute chaîne de montagnes que le poëte espagnol appelle ici les monts Ripbées.
* Dans cette rapide et austère nomenclature, la baguette du magicien a souvent à se déplacer pour diriger sur tant de points divers les regards de sou h6te ; mais l'œil eurieui d'Ercilla ne peut se détacher de ce spectacle qui l'émerveille. Pour venir à bout de son immense panorama, il lui faut abréger les données de la science, supprimer quelquefois les détails et racheter une concision nécessaire par la beauté de ses peintures, dès qu'il aborde un sujet auquel le palriotitme national est intéressé.
* Le passage d'Ercilla présente une différence notable, lorsque vous rapproches l'édition de Bandry el celle de Rivadeneyra. Voici la leçon donnée par la première en 1840 :
« Vm à Benneo eercsdo de maleta, CalMzi 7 primer tronco desta rama, Y lu lorre de Brcilla lobre el puarto D« las montanaa allas encubierlo. »
Rivadeneyra doanait en 1851 une leçon moins simple, mais très-espagnole et conforme au teite que suivait Winterling :
• Mira à Bermeo eercado de maleta.
Cabexa de Viscaja, y «ubre el piierlo
808 LARAUCANA.
« Tu vois âurgos, Logrono, Parapelunc, et si tu plonges les
Lot anchoi miirot de) miar d« BrciUa, ftotir inles fundado que la rilla. >
Ce qui noui empêche d*adopter, comme Winterliag Ta fuit en 1831, let exprestioue ua peu jactancieuwt préférées par don Cayclano Rotell (Bibliot, Rivad.), c*est qu'Ercilla ne parle jamais de sa personne qu'avec une sincère modestie et une grande délicatesse. « Les larges murailles du Solar de Ercilla • me louchent beaucoup moins que le souvenir de cette lour que rappelle ici Teochauteur ;
« Tu lorre de Ercilla sobre el puerto. •
Je ne comprends pas uoa plus assez nettement pourquoi le poète eût nommé deux fois le mot Viteaya dans la même octave. La couvenance de la simplicité dans les formes me paraît ici une loi chez un écrivain que les faveurs de la cour ne frétaient pas, qui se plaiut en plus d'un passage des revers de sa mauvaise fortune, et que la détresse oblige bieutôt à interrompre avant terme Tœuvre de son génie. Cependant, Je l'avoue, la comparaison des vieux teites imprimés pourrait seule décider la question. Il n'y a pas ici un problème de goût et de préférence, mais un simple fait à établir. Nous ignorons quel est le texte primitif suivi par Baudry ou |dai6t pardon Eugenio de Ochoa. l)e toutes les anciennes é^Utions d'Ercilla, let seules qu'il nous ait été possible de consulter, sont l'édition des 15 premiers chants, donnés en 1569 (Bibliothèque impériale), la reproduction de ee texte en 1574 (Bibliothèque de la Sorbonne), et l'éditiou complète de VAraucanOt par Aodres Bacxij, AnDeri, 1597 (Bibliothèque de l'Arsenal). Or dans cette dernière, nous avons lu un éloge du poète par Cristébal Mosquera de Figueroa, daté de t585 ; c'est asseï dire que cet éloge a été écrit entre la publication de la lie partie de T Aroiicona (IftlS) et la lu* (1589} ; et Uosquera de Figueroa cite Toctave en débat avec tous les termes que nous présente Tédition de don Cayetaoo Rosell. Il y a là une forte présomption en faveur du texte que nous avons repoussé. L'Arauconade Bacxij garde les mêmes termes; sont-ils reproduits simplement de l'édition de 1518, ou bien Figueroa a-t-il modifié l'octave primitive ? est-ce l'octave primitive que don Eugenio de Ochoa reprend pour constituer le texte de son édition en 1840 ? Voilà le fond unique de la discussion. Nous n'avons jamais pu mettre la main sur VAraucana de 1578 nécessaire pour Téclaircir. L'excellente édition d'Ereilla donnée en 1733 par Francisco Martines Abad et celle de Sancha (1778) justifient encore le choix adopté par don Cayetano. Quoi qu'il en soit, il y a une certaine grâce et une eertaine courtoisie de la part du vieux magicien à commencer de la sorte. En dirigeant d'abord les yeux de son visiteur sur la Biscaye, il rend justice à ces provinces du Nord qui ont tant de fois prodigué leur sang pour l'indépendance de la patrie espagnole; mais il sait aussi que la Biscaye est le berceau du poète; et quel est l'écrivain de la Péninsule qui jomais ait laissé échapper l'occasion de célébrer les lieux qui l'ont vu naître? Quels vers mélodieux Meleudez n*a-t-il pas consacrés aux rives du TormésT Quel poêle andalou n'a redit le Bétis que Stace avait chanté déjà en souvenir de Lucain? (Sy/oar., Il, ■ Geneth. Lucan.» .) Ce n'est pas seulement la gloire des exploits et des conquctes nationales que célèbrenl les poètes de Castille; mais la nature extérieure, mais le territoire, les villes, les foyers de la patrie espagnole sont immortalisés en beaux vers.
CUART XXYII. S» 9
regards à Test sur ta gauche *, c'est Saragosse, Valence, Barcelone; à droite^ Léon et la Galice. Plus loin, c'est Lisbonne, la cité fameuse, Coîmbre et Salamanque ' qui se montre heureuse
Cf. Àogel d€ SMvedra, c El noro eiptsilo •, et M. Charles de Maïade, FEtpagnê moderne, p. 243-215. Qui ne tait la cbarnuiBle tirade eontacrée par JoTellanoi è M chère Gîjon, et quelle raillerie délicieuie contre la fnrranterie babitnelle de ae« eompatriotet il a m néler an pins sincère cnibouCUsme :
« Di1« qae en la ancha orilla Dtl m» CânUbro un poeblo Sobra otro« mil l«f«nlB Sti er^uida frenle al cielo, MU timbres le ennobleeen, Ganadoa en el lienpo Anlifuft, eaando euna 8u« allot nnrM fuaroA De claroa capilanea ■ Y herôieoa lenideot.
De aquenoi tanto* re;cs Que i K'tpefta rcdiinicron Del yogo bcrberiaeo Foé eorte y real a»ienlo ; Ea él nad, del i une Beeter del onWeno Sin duda defeendide ; Que i tanto Dioi dcbieron, 8i n« minliè la Pâma Su origcn mit abuclof. •
{Ulrillat, Dibl. Rivad.. t. XLVI, p. S.)
« Y bijando al penienle a la tiniealra, • etc.
Ko ramenant ses regards des grandes lies de TArehipel, de Candie, de Chypre et de Rhodes, le poète a placé TBapagoe à l'oecidentf c Al ponienle •. Le ledenr snit sauf peine nu pareil itinéraire. Mais voilà qae des hautenrs de Burgoa, de Logrono et de Panploni, il net encore, sur sa gauche, Saragoue, Valence et Barcelone, • al poniente •. Évidemment la même eipression ne signifie plus cette fois la même chose. Winterling traduit avee bonheur :
« Cad abwtrii nach der Linken bingewandt. >
De Burgos tl des autres villes nommées, c*etten descendant vers la Méditerranée qne Ton rencontre en effet Saragoste, Valence et Barcelone; c'est à Test que nos yeox se dirigent. Comment « Al poniente > ae prétera-t-il à cette nouvelle explication ? £1 poniente désigne souvent PEspagne entière opposée k tout le reste de l'Europe, et surtout àritalie qu'Ercilla désigne par le root El Levante. • (Cf. Arauc, t. I, p. 357, note 1). Voy. chant xnv, oct. 38, et note 1. Le Ponant désignera donc aussi bien le cAté oriental que le côté occidental de la Péninsule. Et ainsi, I Bajando al poniente è la siniestra », voudra dire : Eu descendant te pay$, l'Espagne, sur la gauche.
S L'école de Salamanque, qui date de 1239, a compté Jusqu'à quatorze mille éludiants. Elle jouissait dans tonte l'Europe d'une grande réputation de savoir et d'éloquence. Une opinion assez accréditée, mais puissamment combattue par M, Antoine de Latour {Espagne^ traditionê, mœurg et littérature^ p. 298-308, et Appendice, p. 369-372), veut que par une délégation régulière des rois catholiques Ferdinand
310 L'AUâUCANA.
en toute science^ et qui avait coutume d'enseigner même la nécromancie '•
« Vois Valladolid qui, entourée tout à coup d'une vive lumière, sortira renouvelée de sa tombe comme le phénix*; et Mediuadel-Campo, sa voisine, plus illustre par ses marchés. Vois Ségovie et son pont célèbre*. Traverse le bocage et les hauteurs de
et Isabelle, cette université savante ail été officiellement consultée par Christophe Colomb sur ses magnifiques projets. Il est certain qu'il y compta quelques adhérents, esprits supérieurs et convaincus. Henri Vlll chercha pfermi les docteurs de Salamauque des approbateurs pour son divorce avec Tatherine d'Aragon. Cette école fameuse a repris à la fin du xviiie siècle un éclat littéraire quV Ile avait cornmeucé de perdre dès le xvie; Meleudez Valdes y puisa le goût de fortes éludes et devint le premier poëte pastoral de notre siècle. Ce fut là que Diego Gonzalez fit renaître pour TRapagne quelques accents dignes de Luis de Léon. Jovellanos dit, en parlant de Gonzalez, qu*il appelle Delio.
« Hijo iluitre
Iniégpn y beredero
Del gran Léon •
[Utriltas, Bibl. Rivad., t. XLVI, p. 7.)
Ce fut i SaUmanqae que José Iglesias écrivit d'élégantes satires et Cadaiso la plus fine de toutes, ses t Eroditos à la violeta •. Ainsi, tout près de nous encore, Salamanque mérite le laurier que lui décerne don Ercilla : c Felice en todas ciencias. >
1 Nigromancia*. Nons ignorons par quel sentiment exeessif d*bannonie la langue espagnole a si étrangement détourné ce terme de sou origine réelle (vuçd;, |fc«vTcl«), et plus encore pourquoi TAcadémie française a respecté le mot négromancie. Nous devons dire nécromancie, comme nécrologie, comme nécropole. Les nègres n*7 sont pour rien; il ne s*aglt que des morts. L'art d'évoquer les morts, pour surprendre par leur bouche les secrets de l'avenir, était uu genre de divination en grand crédit autrefois. Depuis qu'il a disparu avee beaucoup d*autres, le mot qui l'exprime a pourtant fait fortune, et il s*applique aujourd'hui à toute sorte d'enohanteroents.
s Valladolid, autrefois séjour des rois de Cattille, sembla renaftre comme le phénix au milieu d'une flamme ardente, lorsqu'une destinée heureuse y plaça le berceau de Philippe II (15S7). Cette ville antique, célèbre déjà par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle, qui cimenta en 1489 l'unité de TEspagne, est encore mieux sanctifiée aux yeux de rhistoire par la tombe de Christophe Colomb qui vînt a*y éteindre en 1506. Charles-Quint y fit construire de beaux monuments. Philippe II lui accorda des faveurs singulières; mais, dès que la cour d'Espagne se déplaça et vint à Madrid, le déclin de Valladolid commença presque aussitôt. De cinquante mille âmes, le chiffre de sa population descendit rapidement à vingt mille.
S Le poëte veut parler de l'aqueduc attribué au règne de Trajan ou d'Adrien, et qui depuis deux mille ans amène de trois lieues à Ségovie les eaux pures du Jho Frio, Sur les cent neuf arches dont il est composé, et que les Golhs avaient respectées, trente-cinq furent détruites en 1071 par les Mores de Tolède. Une iutelli-
CHANT XXVII. tll
Fonfria, et tu es au Pardo, puis dans Aranjuez, où la nature a versé toutes ses fleurs et ses verts oroements K
gente mais tardive réparation fut faite ea 1483, tout le règne d*Iiabelle, par ua moioe du couvent del Parral. Juan Etcovedo eut le bon goût de suivre fidèlement le modèle que les Komains lui avaient donné, et il est difficile aujourd'hui de distinguer le travail moderne de l'œuvre primitive. La plus grande hauteur de Taqueduc i'élève dans Ségovie à 10S pieds et il présente dans toute cette partie des arcades superposées, comme le pont du Gard, Mais il est loin d'offrir ce caractère dans tout ■on parcours. Il est en granit gris, le même qui a servi à U construction de l'Escurîal. La solidité de ce monument est due à la précision avec laquelle les pierres ont été taillées et ajustées. Il n'y a dans tout l'ouvrage aucune trace de ciment. La partie qui plonge sous terre a été faite avec le même soin et avec les mêmes matériaux. Cf. Itinéraire descriptif de VSipagne par le comte Alexandre de Laborde, t. I, p. 369-373 ; et Richard Ford, a Bandbook for travelter in Spain, 1855, t. II, p. 767-169.
1 Personne n'a mieux décrit ce séjour enchanté que M. Antoine de Latour, celui de DOS écrivains qui a le mieux fait connaître l'Espagne à la France et la France à rSspagne, le seul aus^i qui ait pu s'écrier un jour avec justice en s' adressant »ax deux sociétés Toisines : • Chers lecteuri de mes deux patries, i {Espagne, traditions^ mœurs et littérature, p. 361.) Qu'il nous soit permis d'enrichir ces notes de quelques lignes empruntées à sa belle publication de 1855 {Étude sur VBspagne) : • Aranjuez est un séjour délicieux, une ville bAtie autour d'un palais et pour ce palais mèaie; une ville qui a des églises, un théâtre, une place de taureaux. Bn esta carte • dans cette conr, > cette expression de la langue espagnole peint tout à fait Aranjuei, c'est-à-dire une cité dont chaque maison fait cortège au palais, parce que chaque habitant est piM ou moins un serviteur de la reine. Situé au sein d'une vallée que les montagnes défendent contre le vent aigu qui désole Madrid, et où les eaux bienfaisantes du Tage créent mille enchantements, Arcnjuez est l'oasis du printemps. Les montagnes ou,pour mieux dire,le8 collines qui l'entourent, semblent vouloir l'isoler du reste de l'Espagne. Partout de charmantes promenades ; mais aucune n'égale la beauté des jardins pleins d'ombre et de fraîcheur et peuplés de rouignols. Des arbres d'une hauteur immense se courbeut eu arcades snr de profondes allées, que le murmure incessant Qes eaux sauve de la monotonie de Versailles. Partout des fleurs dont les parfumi reven tiquent le droit de la nature parmi les merveilles de l'art, et enveloppent d'une poétique atmosphère les blanches statues de marbre. Ne cherchez pas k recomposer dans votre imagination les jartlins d'Armide, allez les voir à Aranjuez. Le terrible poète qui les a créés, c'est tout simplement Philippe II. Pour bàùr TEscurial, il a trouvé dans la nature Apre et nue, à San Lorenzo, l'alliée toute prête de son génie sombre. A Araujuez, il s'est laissé vaincre par sa osajestueuse et pénétrante douceur : disons aussi que l'œuvre primitive de Philippe II a quelque peu disparu dans celle de ses saccesseurs. » (T. 1, p. 7-8.) A e6té de cette charmaule description l'on nous pardonnera, je l'espère, un rapprochement tout naturel. Velasquei, celui des peintres espagnols qui partage le mieux avec Murillo la première place daas l'admiration de la Péninsule et de toute l'Europe, a laissé une toile d'une beauté rare et que possède le musée de Madrid. C'est une allée des jardins d'Araujuez; mais laissons le soin de l'apprécier à un spirituel écrivain que nous avons cité plus d'une fois et dont le nom reviendra souvent encore dans nos diseussions : c Dans le fond, le soleil se couche derrière une futaie de beaux arbres, qui dessinent leurs silhouettes élégantes sur un ciel légèrement orangé. Sur le devant, d'autres arbre's minces et clair-semés où s'enroulent des lierres et se balancent des guirlandes de lianes. Cela est doux, tranquille, harmonieux, léger de ion. On a, en regardant ces beaux ombrages, comme l'impression du calme et de la frai-
« Vois ce site inculte et montueui, au fond d'une gorge âpre et isolée; il ne présente encore que des rocs et un désert; mais il sera bientôt habité. C'est là que le roi don Philippe vainqueur, pour avoir dompté le Français à Saint-Quentin, comme un signe de ce bel événement, élèvera un trophée catholique,
« Un temple Tameux et sans pareil, de magnifique et vaste structure ^ Ce monument fera éclater le zèle religieux du mo-
cheur du soir. Le nom de Velasquez est écrit an-dessos de ce tableau. Cette toile et une ou deux autres prouTent qu*il eût porté, 8*il TeAt voulu, le même génie dans rinterprétation de la nature que dans celle de la Qgnre humaine. » (Eugène Poitou, Voyage en Espagne,^, 395-397.)
1 II s'agit de l'Eseurial, du monastère de San Lorenxo. Philippe H en avait juré Térection le jour même où Philibert de Savoie gagna pour loi la victoire de Saint- Quentin, et qui coïncide avec la fête de saint Laurent. Or la bataille de Saint- Quentin fut livrée en 1557, et le vaste édifice, commencé en 1563, ne fut terminé qu*en 1884, après que don Ercilla eut publié la seconde partie de son poème. Il y a là une difficulté spécieuse et comme une contradiction dans les dates. Malgré les apparences, VAraueana pouvait désigner le gigautesque édifice plasiears années avant son achèvement. Tout le monde s'entretenait depuis loogterops déjà en Espagne de cette merveille. Elle s'élevait sous les habiles mains de Juan Herrera ; Juan Batiste Manegro, le premier architecte du monument, lui avait Jégué ses dessins. Herrera était un homme d'un vrai génie, c'est lui qui donn^ le plan de Tadroirable Lonja de Séville, et qui consolida avec des clefs de fer les voûtes mineuses de la cathédrale de Tolède. 11 construisit aussi, dans Tolède, avet Corarmbias, l'Alcaxar de Charles-Quint dont il ne reste que des ruines imposantes ; c'est lui encore qui en avant de TAlbambra bâtit à Grenade pour Cbartes-Quiot et pour Philippe il un autre palais dont tes débris mêmes respirent la force et la grandeur. Il acheva TBscurial. Nous ne devons pas être surpris que don Ercilla ait louché en passant à cette grande création du souverain qu'il chante dans ses vers, et dont il célèbre avec éclat les deui triomphes à Saint-Quentin eft i Lépaate. — Le monument en lui-même a été apprécié de manières bien diverses par les touristes. Les uns n'ont voulu voir dans ce parallélogramme de 207 mètres, qu'uoe construction ennuyeuse et maussade. D'autres, se rappelant qu'il était à la foie un monastère et uoe nécropole, un couvent de Hiéronymites et la sépulture des rois et des reines d'Espagne, sont convenus qu'il ne fallait réclamer ici aucune des gr&ces merveilleuses que l'on ren* contre à Aranjuez ou à la Granja. Le seatiment austère de Tinfini, de la pénitence et de la mort est le seul qui puisse résulter de cette puissante et imposante architecture de granit. Le grave et froid édifice est en harmonie avec la sévérité même du paysage âpre et nu que déploient les montagnes du Guadarrama, et il conserve si bien le caractère qu'il avait reçu de son fondateur et de l'excellent architecte qui sut réalifcr avec force la pensée do souverain, qu'aujourd'hui encore cette grandeur y reste coame emprtlnte, malgré les dévastations révolutionnaires. Les
Darquc et ses inépuisables richesses; édifice éternel et mémorable', de majesté immense et de parfaite beauté; œuvre, en un mot, digne d'un tel roi et d'un aussi grand chrétien , d'un bras si généreux et si puissant '.
tableaui ont disparu. Les trésors littéraires de la bibliothèque ont été seuls respectés. Les bâtiments de tout ce vaste ensemble sont alignés comme les barres de Tiostrument sur lequel expira le saiut auquel le palais de TEscurial avait été promis. Ils présentent dii-huit cloilres, tristes et dépeuplés, f t, grâce à leurs nombreuses galeries transversales qui se croisent entre les quatre cAtés priocipaux, vous y voyrx réellement Timage d'un gril. La résidence des rois qui se relie à l'une des façades, forme le manche du modeste ustensile, tant de fois consacré au martyre ; ses pieds aunt les quatre tours au;;ulaires. Toilà ce qui coûta au roi Philippe U roiiante millions! Et pourtant le palaif, les sombres cellules sout vides auj'iurd'hui comme les cloître», et les moines ont été chassés du couvent. U ne reste plus là que des livres» des tombes et des ruines. Cf. Vhtpagne, par M. l'abbé Léon Godard, lâ65, S* éd., p. 167-169; et surtout U. Eugène Poitou, Voyage en Eipagne, ld69, p. 419-4Î7. Un seul scrupule s'est présente à notre esprit en lisant les éloquentes peintures que M. Poitou nous a tracées de TEscurial, de ses voûtes surbaissées, froides et tristes, froides comme le sépulcre ; il nous semble avoir trop cherché dans le mouument l'image du roi qui en est le fondateur. Que si l'Escurial représente Philippe 11, si partout dans ces longues galeries, comnte féerivain nous le dit avec une saisissante imagination, eette sinistre figure vous poursuit et vous obsède, si ■ l'esprit ne peut s'en distraire, • txpUquez*nous, 6 bien cher et docte voyageur, comment ce même monarque, taciturne et glacé, a pu aussi fonder le délicieui Aranjurz. Aranjuez serat>il encore l'allié naturel de ce génie dur et sinistre comme la tombe ? Ne devonsnous pas avouer plutôt que l'implacable nature de Philippe (l'Espagne la joge tout autrement que la France) n'était pas aussi complètement logique dans sa violente et stérile froideur, dans son orgueil étroit et opiniâtre, et que, dans cette ime irrésolue et cruelle, il y avait place pour quelques rayons plus heureux, comme on les voit percer parfois à travers les nuages entassés sous un ciel sombre. Je ne sais trop si même à PEscurial quelques teintes plus adoucies ne se produisent pas jusque dans cette chapelle funéraire que U. Poitou nous décrit avee un style si poétique et si éclatant.
1 Ercilta déelare au commencement de cette octave que le monument de l'Escurial est sans rival, • templo incomparable. » Pourquoi donc faut-il que U. Winterling le compare à Saint-Pierre de Rome ?
« WeltcifemA mit sanct Peter* Haat in Rom. •
* Les quatre derniers vers de l'octave où Ercilla insiste sur le caractère religieux de Philippe et de son œuvre architecturale, sont rendus chex Winterling par ces détails un peu vagnes que Pop« substitue souvent dans sa prosodie élégaute à la vive et pittoresque diction d'Homère. Ordinairement exact, le Iraiucteur allemand semble avoir oublié que l'Escurial n'était que l'acquittement d'une promesse faite par le roi d'Bspagna à Sasi LorenzQ. Je regrette de voir disparaître ce mot si expressif d'Ercilla, qui donne à Philippe II le titre de grand chrétien * Tan gran cristiauo. » Vous ue reconnaissez ni le monarque ni son époque, dans cette phraséologie générale :
« Ein ungeheurer lau voll M ije»tit iiud Pracbi,
Der (ineru solchen Kônig Ehre macht
t'nd ual>erechenbar« Scbltta in lieh schlautSU »
314 LAHAUCANA.
a Ici apparaît Madrid, une haute fortune lui est préparée par la faveur des deux. Là, c'est Tolède, fondée sur un emplacement inexpugnable , près du Tage aux flots d'or. Plus avant, c'est Cordouc, c'est Grenade que déjà menace la mort irritée, où déjà le glaive est brandi sur la tête de tant de chefs et contre d'innombrables poitrines *.
« Vois Séville, admire la beauté royale de ses temples, de ses édifices, de ses maisons, le concours du peuple, la grandeur de son commerce avec les Indes lointaines*. Chargées d'or, d'argent, de perles et de richesses, deux flottes tous les ans viennent dans son port, et deux autres en sortent avec des marchandises, des soldats, des munitions et de Tartillerie.
u Vois Cadix, où Tinvlncible Hercule, poursuivant le cours heureux de ses destins, fixa de ses mains triomphantes les deux colonnes et sur le marbre grava ces mots : « Nihil huUra. » Mais Fernando le Catholique, souverain glorieux, franchit la barrière prescrite, ouvrit le chemin de l'immense Nouveau Monde *,
1 Allusion à cette guerre des Atpujarrat, qui devait être si glorieuse pour doo Juan d'Autriche et si funeste pour un long temps à Pavenlr de Tindustrie et de IV griculture espagnoles.
s Sur Tancienne opulence de Séville, sa prospérité commerciale, la t Contratacion de Indias, • voyez M. Ant. de Latour, Études sur l'Kspagne^ t. I, p. 104-116.
9 Ereilla semble rapporter ici tout Thonneur de la découverte du Nouveau Monde à Tinitiatife du roi Ferdinand. Lope de Vega, respectueux comme tout son siècle envers la monarchie espagnole, sait cependant reconnaître tous les titres de Colomb, et sa belle tragédie * El nuevo mundo • laisse à chacun sota partage de gloire. Isabelle s*est montrée plus tutélaire que Ferdinand pour l'audacieuse entreprise ; mais sans cette autre souveraineté du génie dont Dieu dota un de leurs sujets, le su> blime navigateur de Palos, les deux souverains d'Espagne n'eussent peut-être pas doublé leurs domaines. La puissance de Cbarles-Qikùit, le froid orgueil de Philippe U n'eussent pas commandé à TEurope avec les trésors du Mexique et du Pérou, ni appris un jour que le soleil no se couchait plus sur l*-urs allais ; c'est pour Philippe Il que le mot cclcbre a été prononcé ; « 1)<* quien dixo agudamente un Por-
parce que déjà un seul monde ne le pou?ait contenir *.
« Abaisse ton regard sur la mer, entre l'humide Notus et l'occident (u apercevras les îles Canaries. Arréte-loi surtout à nie de Fer', où le sol est privé d'eau, mais où les mains de la nature offrent aux oiseaux, aux quadrupèdes et à l'espèce humaine un breuvage qu'un arbre distille et fait descendre dans une auge immense et habilement façonnée'.
xxxrx
« Yoici^ à main droite, les Terceras , que les Portugais oc-
tuguef que no te pooia el sol jamss en casa del rey Pilipo. > (Porreflo, visitador geoeral del obispado de Cuenca, ■ Dichosy Hechoiy • etc., p. 124, ▼•.)
1 « Porque en on mundo solo ao cabta. »
Cest presque le root de Philippe à Ateiaiidre, lorsque le jeune héros eut dompté BQcépbale sous les yeux de son père: « Mon 61s, cherche ua royaume qui soit digue de loi ; la Macédoine ne peut (e suffire* (Plutarque, Vie d'Alex. ^ chap. ix ; Cf. JuTénal, Sat. X, 168-170 :
€ Unus Pellao jatent non stifflcil oi-bis :
;E«tual infelix angutto limite miintli,
Ul Gjane clausus »copulii parraque Seripbo. m
Cf. Quinte-Curce, lib. VU, cap. 8.
t • Del Hierro. ■ Cette ile a servi lon|2:tenip8 à fiier le premier méridien chez les différents géographes de l'Europe. Son tarrain volcanique n'a que peu de sources, mais l'humidité du sol est entretenue par de fréquents brouillards.
3 ■ L'arbre saint de Tile de Fer, objet de tant de récits fabuleui, paraît avoir été un laurui indica. Il ne fournissait pas l*île entière d'eau fraîche, mais les vapeurs condensées sur ses feuilles en donnaient néanmoins une quautilé considérable , el qui, dans les sécheresses, était une vénfable ressource. Cft arbre, gardé avec soin, fut détruit en 1612, par un ouragan terrible > (Malte-Brun, Géogr, itHioers.^refoudue par Th. Lavallée, t. V(, p. 361). Dans son b<;au poème de la Créalion, Acevcdo n'a pas oublié la merveille dont parte Ercilla, et il la décrit avec suo élégance habituelle :
« Hay en Conarias una dulee fuente
Qtic brota cobra el aire, y >e lofanla
E' nalural btiinor de su curriente,
Delos conlinuot tlantos de una planta
Que de lof brazoB j de la tncha frenle
Esta vertiendo en abundancia lanta
El suafe licur, que la sed quita
De la geiile que entorno délia habita. •
(Oc lu Creacion Ott mundo, Dia lercero. ocl. W.)
316 LARAUCANA.
cupent, et en courant au sud-ouest» vois les premières Ues que découvrit Colomb, toutes peuplées de races étrangères, inconnues. Entre toutes se font remarquer les Lucayes, San Juan , Dominique et Saint-Domingue, Cuba et la Jamaïque.
« Tu vois l'étroit canal de Bahama, et toujours plus vers Toccidenl la Floride ; puis, la terre stérile et le rivage sinueux qui se prolonge jusqu'à la Nouvelle- Espagne ^; là, Cortès, avec d'énormes fatigues, des efforts inouïs et au péril de ses jours, fit si bien qu'il agrandit sans bornes les domaines et la couronne de Caslille.
XL
« Vois Jalisco et Mechoacan, célèbre par la racine que les médecins lui doivent'; et Mexico, cité opulente et remplie d'iiabitants; aujourd*bui encore elle garde l'antique nom indien. Au sud, c'est la terre montueuse et peuplée, qui se prolonge en pointe et dont les deux vastes mers qui battent ses rivages, compriment et amincissent les flancs.
a Panama et Nombre de Dios* disputent leurs étroites limi-
1 Après avoir décrit lei principales régions et cités de T Espagne européenne* le poêle va passer eu retue les conquêtes de sa pairie et ses riches oolooies. Les Ues qu'il reucontre d'abord sur sa roule en quittant le Tieux monte ne sont que des jalons qui lui jndiquenl le chemin des grandes découTerles, la NouveUe-Espa^ae, Panama, le Pérou, riromense Océanie.
> Le Mecboaean on Valladolid, sol montagneui et Tolcanique, renferme des mines d'or etd^argent; il est riche en céréales, en bestiaux et en abeilles. Il possède aussi eette racine dont parle Ercilla; elle appartient au genre liseron, et contient à peu près les mêmes propriétés que la racine du jalap. Peu usité aujourd'hui, le mecboaean était fort employé autrefois en médecine.
s Panama, qu'un chemin de fer relie aujourd'hui à TAtlantique, au port de Chagres, joua un très-grand rôle au xvi« siècle, dans Thisloire de la découverte du Pérou. Par lui-même, il n'offre pas une situation fort attrayante. Il manque de fruits; mais il en est dédommagé par son magnifique archipel et ses coquilles perlières. Aux environs des îles du .fîot, deTaboga,de Taboguilla, son humble voisine, et de beaueonp d'autres, au nombre de 43, qui sont connues tous le nom général d*Ues
cflANT xxvii. tn
tes aux vagues opposées qui, avec courroux, ambitionnent de briser leur barrière et de l'ensevelir. Vois la Sierra escarpée de Capîra S Carthagène, et les terres qui s'étendent depuis
deê Perleê, se rencontrent ees banct précieui dont les produits sont eiportés pour l*Earope et surtout pour Lima d'où ils se répandent dans tout le Pérou (Cf. Rêladon histàriea, par don Jorge Juan et don Antonio de Ulloa, Madrid, 1748* 1. 1, p. 17S, 17S-i76). Il ne faut pas confoodre le Panama actuel avec le rieux Panama, une des premières colonies fondées par les Espagnols pour assurer la communica* tioades deux mers. Celui-ci fut détruit par Morgan en 1670, et le nouveau Panama s'élèye quatre lieues plus loin sur la baie, où il se voit encore aujourd'hui (Cf. Voyage de Franceêco Coreal aux Jndes oecidentaUt^ trad. franc, de 1772, t. 1).
<— Nombre de Dios. 11 ne s'agit point ici de la ville du même nom qui se trouve au Mexique, dans PEtat de Durango, mais d*one colonie espagnole, autrefois considérable par son commerce, et située dans le nord de Tisthme de Panama. C'était le point d'arrivée pour les Européens. Christophe Colomb avait d'abord découvert Porto-BellOt le S novembre 150S i la belle disposition du port lui fit donner son nom ; mais en continuant sa marche, le grand navigateur atteignit une côte mieux préparée encore par la nature, et dit en la voyant : « Que alli se haria de hacer «sicnto en Nombre de Dios^ > et ce fut là, en effet, que Diego de Niqueza fonda Nombre de Dios en 15tO. Les Indiens do Darien la ruinèrent, mais on la rétablit quelques années après et la ville reconstruite fut habitée jusqu'en 1584. L'air humide et chaud y était empesté par un marais voisin, à l'ouest de la ville, et un ordre du roi d'Espagne, Philippe II, la fil alors abandonner. On revint pour la remplacer, à Forto-Bello, six lieues plus à l'ouest, et on l'agrandit sous le nom de San Felipe de Porto-Bello, et c'est là que fut désormais fixé le commerce. Ce changement fut accompli par le président de Panama, don Ifiigo de la Mota Feroandex (Cf. Bêla* don histôrica del viaje hecho de àrden de S, M. à la America méridional, por don Jorge Juan, eomendador de Altaga, y don Antonio de L'Iloa ; Madrid, 1748, i^ parte, 1. 1, p. 118). Cependant le site de Porto- B?llo est lui-même un des plus meurtriers pour les Européens. M. de La Condamioe déclare que les flottes d'Espagne y perdent souvent le tiers et quelquefois la moitié de leurs équipages, ce qui a fait donner à Porto-bello le nom de ■ Tombeau des Espagnols» {Voyage à rj^^ua/tfttr, Paris, 1751, t. I, p. 6, de l'introd. historique). Coreal, dans le voyage que cite la note précédente (p. 87 et suiv.), donne sur l'aucien Nombre de Dios et sur Porto-Bello des détails nombreux et fort instructirs : t L'air de Porto-Bello, dit-il, n'est pas meilleur que celui de Nombre de Dioi, mais le havre est bien meilleur et de plus facile défense, a Autrefois l'isthme n'était approvii<ionné que par l'Europe. Les marchandises et les vivres venaient de U métropole à Nombre de Dios; de là, sur des bateaux plats, ils étaient expédiés par le rio Chagre jusqu'à la Tenta de Crux, d'où un facteur espagnol les menait au vieux Panama, pour les diriger sur le Pérou, aux Charcas, au Chili. C'est à Porto-Bello que les galions d'Espagne, au temps de Coreal, venaient encore prendre les trésors (lu Pérou qui étaient apnoriés lie Panama par la voie de terre. Il apprécie à 16 et 17 lieues la distance qui léparait d'une mer à l'autre, Nombre-de*Dios et Porto-Bello de Panama. Les deux villes. Nombre de Dios et Porto-Bello, jouent un rôle dans la Dragontea de Lope, et sont tour à tour le théâtre des événements que le poème retrace.
' La géographie d'Ercilla nous présente de graves difficultés à cause des changements que les noms propres ont subis. Bien des lieux ont perdu leur ancienue appellation, comme l'Indien sous le baptême. Le golfe de Darien éUit le golfe d'Uraba, et le rio Atrato, qui s'y jette, n'était autre que le Dabeiba. Ces titres géographiques si mobiles, si facilement remplacés par la conquête, troublent à chaque pas le lecteur le plus attentif. Souvent, après avoir nomme et dévasté une
818 LARAUCANA.
Sainte-Marthe et le cap de Vêla, jusqu'au lac et jusqu'à la cité de Venezuela ^
« Vois Bogota' et Carlàma^ qui touche aux confias d'Anna
région, TEuropéeD quillait le désert qu'il avait fait. Que de lieux admirés et occapét d*al>ord par les envahitseurt, ont été voués par eux à leur insalubre coUtade ! Veragua, le prentier pueblo^ le premier fortin érigé par l'Espagne sur la terre ferme, et qui a donné son nom de noblesse à Christophe Colomb, Uraba, le Darien, Cubagua, la côte de Paris, rivages autrefois très-fréqueniés et bien connus de toute TEurppe jusqu*à la moitié du xvi« siècle* sont aujourd'hui presque inconnus ou cachés sous un déguisement trompeur ; plusieurs sont oubliés et presque déserts (Cf. de Humboldt, Géogr. du Nouv. Continent, t. III, p. 3St). Cependant la Sierra de Capira n*« pas subite même sort, elle est fort connue et fait paKie de la chaîne centrale. Le mont Capira est à 4 lieues de Nombre de Bios et à 41 de Panama. A 8 lieues des ruines de Nombre de Dios et à 10 lieoes de Panama se trouve une seconde hauteur fort escarpée, presque du même nom, et qui d'un cours d'eau qui arrose sa base, a été appelée Capireja (Yoy. l'Atlas maritime de Bellin, Amérique méridionale, t. II, pi. 12). C*e8t dans les montagnes dont parle Ercilla et que le poëte eut lui-même à traverser deux fois, que Lope place une des scènes les plus héroïques de sa Dragontea (chants v, vt). Don Diego Suarex y cherche un refuge contre l'invasion anglaise et contre le courage heureux de Drake, jusqu'à ce que la victoire soit rendue au drapeau espagnol (Cf. Coleccion de las obrat sueltas de Lope de Tega, Madrid, 1776, t. 111).
1 Venezuela sigoitie la petite Venise. Les Espagnols nommèrent ainsi le golfe qui précède le lac de Maracaïbo, et non pas la colonie qu*ils y fondèrent. Celle-ci est appelée Coro, et le nom de Venezuela est aCfecté à la province entière. Coro se trouve dans la partie orientale, mieux connue sous le nom de golfe de Coro, et k la naissance de la presqu'île de Paraguaoa. De nos jours Caracas est la capitale du pay4 que M. Torres Caîcedo a si dignement représenté auprès du cabinet français. Le nom de Veuezuela fut donné dans l'origine au village d'Indiens que les conquérants trouvèrent près de la côte. H. de Humboldt nous offre sur ce point desrenseignement;> précieux : i L'ouvrage rare et très-remarquable de Fernandez de Bncizo, alguazil mayor dans la Castille d'or, dit : Il y a un golfe très-Urge dans lequel se trouve un hanioau {lugar de casai de Indios) construit sur une roche (pefia) très-grande et à sommet plat. Ce hameau s'appelle Yeneciuela. Cette description diffère un peu de celle de Hojeda et de Vespuce. L'un et l'autre parlent de troncs d'arbres (estaccuy pilotis), sur lesquelles les maisons étaient construites. Un hameau placé sur une roche à fleur d'eau, auiait pu paraître de loin fondé dans l'eau ; mais les navigateurs virent lever de près les ponts par lesquels les habitants communiquaient les uns avec les autres «(Navarre Ilf, 19). Cf. Géogr. du Nouveau Continent, t. IV, p. 306-307. La ressemlilance de cette position avec celle de Venise sur quelques îiols de l'Adriatique, dut frapper les ciplorateurs espagnols : « Una popolazione fondata sopra l'acqua corne Venezia. • [Premier voyage éCAmér. Vespuce ; Navarre, III, 219). — « Pueblo sobre el acqua eu un golfo que llamaron goifo de Venezia. » (Alonosde Hojeda ; Cf. Navarr. et Oviedo). C'est à leur arrivée même que les Espagnols donnèrent au groupe de cases indiennes le nom qui est resté an golfe et à toute la coutrée.
< Sauta-Fé de Bogota a été la capitale de toute la Colombie ; elle est aujourd'hui celle de la Nouvelle-Grenade.
^ Cartâroa, grande province à l'est de Caramanta. C'est à celte contrée que Pedro
CHANT XXYII. 819
etdeCali, immense et long territoire ^ Popayan*, Pasto* et Quito \ séjour tempéré sous les feux mômes de l'équateur. Là, c'est Puerto- Viejo, où fut trouvée une mine de riches émeraudes; là, ce sont d'autres contrées qui s'étendent vers l'Auster, le Yulturne et le Midi '.
de CiexA de Léon marque la limite des découvertes de Srbaatiao de Belalcazar (Cf. ffisloriadorêt primitivoi de Indity l. II, p. 368, chip. xv. Bibl, JUvad.j t. XXTl). Belalcazar connut mal eette provioce et ne fil que Ja IrtTerter
m Paaaron por Eneemu j por Cartàma. »
(CatUlUnoa, Blegioi, eanio, IV, p. Ul.)
I « CoB Ara» Y Cali li«m proloBftda. •
II s'agit de celle grande et belle proTïnce qui se développe en deux vallées papallèltfs depuis Popajau jusqu'à la mer, entre la Cordillère orientale et la CordiU 1ère de l'ouett. Elle e>t arrosée dans toute son éteodue par les eaux de la Magdalesa <rt du Cauca.son puissant tributaire, qui se joint au fleuve au-dessous de Mompoi,
une vingtaine de lieues de la mer des Antilles. Le bassin du Cauca et celui de la Magdaleoa sont séparés par la Curdillère centrale. Dans le premier se trouvent Cali, C.ariago, Anserma, Arma, et beaucoup d'autres stations de la conquête espagnole. C'est dsins Juan de Castellanos ( Elegitu de Varonea iluâtres de Indiat^ Bibl, Hioad.jX. IV, p. 506-565) qu'il faut lire le récit de cette conquête et les eiploits de ces hardis aveuturiers d'Espagne qui furent aussi des fondateurs.
S Popayan, dans la Nouvelle-Grenade, à 400 kilomètres de Bogota, est l'entrepôt du commerce entre Bogota et Quito.
S • Pasto. a San Juan del Patto est le chef-lieu d'un département de la Nouvelle- Grenade. U^ province des Pailos, où se trouvent encore aujourd'hui un grand nom> bre d'Indiens indépendants, terminait au nord le gouvernement de Quito, lorsque François Pizarre, après la chute d'Almagro, partagea le royaume de Quito eu deux parties : le sud appartint k Gonzalo Pizarro ; le nord fut donne, sous le nom de Popayan, à Sébastien de Belalcazar.
4 m T Quito que vecina
£ttà à la eqaiooecial tiaaa templada. •
Templada se rapporte à Quiio et non pas à linea, Cest le même contraste et la méiie construction que dans l'octave 4Se :
m Mira lot grande I montas y altai sierras Bajo la lona térrida nevadaii. •
Dans les hautes régions qu'elle occupe, près des volcans de Picbincha et de Co« lupaii, Quito, bien que placée sous l'équateur, jouit d'une température assez douce et la magnifique plaine d'ifia-Quito, qui la touche au nord, est d'une richesse iucomparable. La ville indienne fut conquise en 1533 par Sébastian de Belalcazar, et la ville espagt oie fondée par Diego de Almagro en 1534.
Pour bien comprendre Timportauce que don Ercilla et ses contemporains attachaient à toui les noms propres que renferment cette octave et la suivaute, il n'est pas sans utilité de jeter ici un rapide coup d'ail sur la conquête même du Popsyan.
Le héros de cette conquête est Sébastien de Belalcszar, que le poète Castellanos appelle toujours Benalcazar. Né dans le village d'Estrémadure dont il porte le nom, il
320 LARAUCANA.
« Tu Tois Guayaquil ; des bois abondants couvrent ses monts
dcTiot poar reipédition du Pérou Tun dei mellleart officiers de Franciico PÎMrro et d*Alnftgro. Il eottlriboa beaucoup par aon courage et ion habileté au succès de leurs armes, et Piiarre le chargea de soumettre les riches contrées qui dans la partie sepleotrionale du Quito se déploient sur une étendue de cent soiiante lieues du S. au N. et d'environ cent lieues de l'est à l'ouest. « La cooquista de todo el pais que comprehende el gobiemo de Popayan à -de la mayor parte de él, fné hecha por ci célèbre adelantado Sébastian de Belalcazar > {Relaeiom histôriea^ p. 454). Le Popajan est borné à l'ouest par le grand fleuve Magdalenaf an couchant par la côte de la mer du Sud et les pays indépendants du Darien. Ce vaste pays est entouré au sud de hautes rooutagnes et se développe vers te nord entre trois cordillères. Celle du milieu sépare la Magdalena et le Cauca que Cicza appelle « Rio grande de Santa Marta • . L*un et l'autre fleuve reçoivent une foule de rivières qui descendent des sierras et arrosent d'immenses plaines et des vallées magnifiques. Les populations du Popayan eussent été moins à plaindre, si elles n'avaient connu l'invasion que par Belalcazar lui-même ; car Juan Yelasco, dont nous abrégeons le récit, vante u boulé pour les Indiens à l*égal de sa vaillance ((, II, p. 329); mais le malheur de ce hardi capitaine fut d'avoir associé à son entreprise des lieutenants cruels et odieui, tels qu'Ampudia, dont les actes barbares retombèrent sur Belalcazar lui*mème. Il envoie vers le nord Ampudia comme éclaireur avec de sages instructions qui lui recommandaient de rechercher l'affection des Indiens et des caciques ; mais ses ordres ne furent pas respectés, et Belalcazar, jaloux d'eiéeuter ses vastes plans de fondation, se vil dans t'impuisiance de réprimer les atrocités commises. Il suivit Ampudia, à la trace des ruines, et guidé par la cendre des villages incendiés. Son lieutenant fonda la ville d'Ampudia; mais Belalcazar n'ap> prouva point le choix de l'emplacement ; il n'y voyait pas un lieu assez sûr de repos et de retraite, il lui fallait un point central, dépôt d'armes et de munitions dans ses conquêtes ultérieures. Il adopta d'abord sur la rive orientale du Cauca, sur le territoire des Gorones, un lieu où en 1537 il fonda ta ville de Santiago de Ca/i, à 3U lieues de la côte du Pacifique et du petit port de Buenaventura ; mais le climat était malsain, et la même année, par son ordre , Miguel MuSoz la transféra sur la rive occidentale, où elle est encore ; bientôt Ampudia cessa d'exister. Certain désormais d'avoir une place d'armes, Belalcazar retourna vers le sud. Il voulait explorer les deux fleuves du Popayan. Le Cauca lui présentait de grands obstacles. Son cours impétueux et tourbillonnant rendait toute navigation impossible. Il résolut de le reconnaître depuis sa source, pour diriger ses eipéditions sur les deux rives. Il rencontra dans les montagnes une résistance opiniâtre; mais il triompha du cacique Popayan, et au pied de la grande Cordillère, dans un climat eicelient, à la place même de la ville indienne, il créa en 1537, la ville de Popayan, si résidence principale, capitale de ses conquêtes, et dont le nom s'étendit au gouvernement tout entier. Il est vrai que ce gouvernement par la suite fut diminué ; on joignit an nouveau royaume de Grenade le cours de la Magdeleine et les villes que Belalcazar avait établies sur ses rives (J. Yelasco, t. II, p. 105) ; mais sons la main da vaillant fondateur, il atteignit ses plus vastes limites. Après sa victoire sur l'Indien Popayan, il cherche d'abord les sources du Cauca, sur les montagnes de Cocomicco; il soumet les belliqueuses tribus qui l'habitent, et il s'auure que le fleuve s'écoute comme la Magdalena du petit tac des Papas. Il se détermine à descendre d'abord le dernier de ces larges cours d'eau, et à assujettir les peuples riverains. Il dompte les peuples d'une rivière qu'il nomme la Platai parce que
CHANT XXVII. Si!
loufTuB et sombres ; Tumbez , Païta et son port y le premier
les monUfoei du pays étaient riches en minerai d'argent ; sur les hauteurs il fonde un asiento de minas, et au pied de la sierra la ville de San Sébastian de la Plata(i538). Ce pays était aussi riche que celui de Potosi dout ou fit plus tard U découTerle; mais Belalcazar fui obligé de suspendre sa marche pour aller soutenir Francisco Pixarro assiégé dans Lima par le rebelle Manco-Capac, H se rend d'abord à Popayan, fait frapper 500,000 pesos d*or qu'il apporte à son chef, outre le quinto du roi. U apprend en chemin qu'Alrarado, rappelé du pays des Cbaehapoyas a litre aux Péruviens un combat heureux, que le siège est levé et que Pixarre a refoulé ses eonemis dans les montagnes. Mais une autre guerre a éelaté entre Pizarre et Almagro, et après divers incidents de guerre et de ruse diplomatique, Almagro, vaincu et prisonnier aux 5a/tna«, est étranglé dans sa prison, décspi te en public, à l'âge de soixante-quinze ans. Pizarre partage le Pérou avec son frère Gonznlo ; il Ini donne le Quito à Pexclusion de Belalcazar. Uais celui-ci arrive dans Lima ; •on mérite, son dévouemeut, les richesses qu'il apporte, les services qu'il a rendus, décident Pizarro à partager le royaume entre lui et Gunzalo. Le dernier reçoit le Quito proprement dit jusqu'aux Pastos ; Belalcazar devait avoir, depuis les Pasios, tout le pays qu'il avait déjà subjugué, et tout ce qu'il découvrirait encore vers le nord, Touest et Torient. Alors enfin, il peut reprendre le cours de ses conquêtes. Quito ne lui appartenait plus; il se fait suivre par tous ceux qui lui sont attachés ; et c*est alors que Popayan devient le véritable foyer de ses opérations. U établit un grand nombre de familles à Sébastian de la Plats, continue sa marche vers le nord, et à la source du Nare qui se jette dans la Madeleine sur la live occidentale, il bâtit Placeocia qui dura peu ; car on fit dans les environs des asientos plus importants pour Texploitation de mines. Là il apprend avec surprise que plus au nord, sur les bords du Cauca, l'on a vu des guerriers européens. Bieutôt les émissaires de Belalcazar Tiustruiseot des faits. Le gouvernement de C«rthagène avait débarqué des troupes dans le golfe d'Uraba, sur lequel on avait fondé peu auparavant San Sébastian de Buenavista. L'expédition était provoquée par l'espoir de découvrir de grands trésors; c'était partout la même fièvre; l'on était en recherche d^un sol d*or,
• En busea y en demanda dol Dorado. »
(Caslell&noi, Varones Hustret de Jndias, parle III, canto tercero.)
« À 1m descubrimientoa del Dorado. »
{Ibid., p. 419.)
Un détachement avait pénétré plus loin dans le sud, sous le commandement du capitaine Robledo. Il se trouvait dépourvu de toutes ressources, et ne pouvait plus ni avancer ni reculer. Il apprend des émissaires de Belalcazar que leur chef est le gouverneur de Popayan, qu'il faisait des conquêtes, fondait des colonies. Robledo et les siens s'offrent à le servir. Belalcazar leur prodigue des secours, confie ses pouvoirs à Robledo et l'envoie conquérir pour le Pérou, le nord du Popayan. Ainsi ces vastes régions furent promptement colonisées dans le nord par Robledo, dans le sud par Belalcazar. Celui-ci revint par les bords du Cauca, pour soumettre de riches tribus et les joindre à Cali. Il éprouva dans cette entreprise de grandes difficultés, et il consuma toute une année à assurer les communications entre la province de Cali et It nord, pour transporter les secours nécessaires (1541). Robledo fonda en 1541 dans la vallée d'Hebexico, chez la nation des Abiles la Ciudad de Antioquia, la dernière de toutes celles du Pérou vers le nord. La même année, sur le Cauca, il crée la ville de Santa-Fé, où trois ans plus lard (1544), Antioquia est transférée par le capitaine Juan de Cabrera. La ville prit alors le nom de Santa-Fé de Antioquia. En 1542, Robledo et Aldana fondent Anserma ou Santa-Ana de los Caballeros, sur la rivé occidentale du Cauca. La même année llobledo élève Carlago sur la rivière du
SiS l'auaucana.
abri où les navires puissent jeter l'ancre^; Piura, Loja , la
même nom qui se jette daot le Ctuca. Cieza prétend que la ville fut ainsi nommée parce que la plupart des soldats et colons qui accompagnèrent comme lui, le capitaine Robledo, étaient partis de Cartbsgène (cbap. xzv, p. 377). Une conquête plus difficile attendait Robledo dans la province d*Arma. Cette contrée ricbe et étendue pouvait mettre sous les armes vingt mille Indiens, tout couverts d'or et fiers de leurs superbes étendards. La résistance de ces peuples fut vigoureuse et prolongée par la rupture qui éclata entre Belalcazar et son lieutenant. Les vrais motifs de cette discorde sont restés obscurs. Belalcazar fît trancher la tète à Robledo; si les deux adversaires eussent eu des furces égaies, le Popayan eût vu se reproduire la lutte de Pizarre et d'Almagro dans le Pérou. Belalcazar fonde Santiago de Arma. Sept ans plus tard, en 1549, cette ville fut transférée dans une grande plaine sur le même Rio de Arma. De Popayan à Cali, l'on compte 22 lieues ; de Cali à Cartago il y a 45 lieues ; du même Cali à Anserma, sur l'autre bord du Cauca, il y a 50 lieues. D'Auserma, que Castellaoos appelle Eucerma (cauto ir, p. 461) à Santa-Fé de Antioquia, vous avez 70 lieues. Une distance de 142 lieues séparait donc les deux points extrêmes des fondations de Belalcazar. C'est au milieu des guerres civiles du Pérou que se formaient tous ces établissements. La conduite de Belalcazar fut toujours fidèle k la monarchie. Lorsque Yaca de Castro aborda au Pérou, il y fut jeté pour ainsi dire parla tompèteau petit port deBuenaventura (1541). Buenaventura était un li^u si modeste de la c6le du Popayan que ceux mêmes de Cali le connaissaient à peine, bien qu'il n'en fût séparé que d'une trentaine de lieues. Ce fut pour Vaca une marche de six à sept jours. Belalcazar revenait à ce moment de sa course sur les bords des deux fleuves et avait laissé la garde de sa conquête à Robledo. Il reçut avec respect l'envoyé de Charles-Quint. Biasco NuSez trouva dans Belalcazar le même accueil, et il associa ses armes aux siennes à la bataille d'Ifia- Quito, après laquelle le vice-roi eut la tête coupée ; Belalcazar ne dut la vie qu*à la magnanimité du vainqueur. Gonzalo Pizarre lui donna même des soldats, des ermes, et Targent nécessaire pour retourner dans son gouvernement de Popayan. Lorsque la Gasca vint mettre un terme à la rébellion et pacifier le Pérou, Belalcazar, toujours fidèle, fut moins heureux. Les barbaries commises par Aropudia et ses semblables, la mort de Robledo, furent autant de griefs contre lui. La Gasca le déposa du pouvoir, confisqua ses biens et l'euvoya prisonnier à la cour. Privé de ses richesses et de ses honneurs, le héros mourut de chagrin en arrivant a Carthagèae(1549). — Nous avons suivi de préférence pour tous les détails l'histoire du royaume de Quito par Juan de Yelasco. Il a pu consulter non-seulement les anciens Bistoriadores de Indias que nous avons sous les yeux, tels que Jerez, Cieza, etc., mais aussi des documents iuédits d'une grande importance, tels que t la informacion de Paloroino s, et plusieurs autres. Yelasco composa son ouvrage dans le dernier quart du xviii« siècle. Tout au moins la dédicace de son livre adressée de Faenza à don Antonio Porlier est datée du 15 mars 1789.
1 ■ Guayaquil • est une des vilies les plus considérables de l'^cua^far. L'administration intelligente du président Garcia Horcno a beaucoup fait pour relever et Guayaquil et toute la république des désastres qu'avaient fait peser sur l'État équatorien les crises politiques, la détresse figanciëre et le tremblement de terre de lâ59, si tristement renouvelé en 1868. Cest Uoreno qui a fait reprendre les travaux de la route tracée de Quito à Guayaquil, vaste chaussée qui doit compter plus de 400 kilomètres. Il a commencé un autre chemin entre le port de las Esmeraldas et la province d'Imbabura, la plus importante après Guayaquil. Cette seconde route, si utile aux provinces d'Imbabura et de Pichincha, doit se combiner avec une autre encore qui doit relier Ibarra et Otavalo au port de San Lorenzo del Pailon. Les premiers conquérants espagnols songeaient plus à la spoliation du pays qu'à ces prudentes
GUANT XXVII. 123
Zarza ^ et la Cordillère d'où naissent et descendent ces vastes
nesaref de gouTernement qui fécondent ractÏTité des indigènes, en loi préparent des Toies de eoœmunicatiou et des débouchés faciles, mais que trop sourent déconcertent les bouleversements de la nature. Guayaquil doit sa première fondation à Brtalcazar (1535). Pendant que son lieutenant général Ampudia dévastait les provinces du Nord, et détruisait en quelque mois cent mille pacos et lamas, Belalcazar conlinuait la lutte contre les Indiens du Quito méridional. Âlmagro lui avait recommandé de s'occuper particulièrement des provitiCes maritimes de l'ouest et d'y établir des colonies, surtout à Caucebi, à ce Puerto- Viejo qu'ErcitIa cite dans Toclave précédente, et qui se trouve dans le golfe de Guayaquil. Mais Belalcaiar songeait surtout aux provinces du Nord ou il espérait de plus grandes richesses, un et Ikhr(xdo. Cependant il obéit à son chef, envoie ion odieux lieutenant devant lui avec ordre de suivre le chemin pratiqué entre les deux Cordillères jusqu'à l'endroit qui lui paraîtrait le plus propre à rétablissement d'une première colonie, et d'y attendre son retour des ports de mer. Il fonda Santiago de Guayaquil ; mais les révoltes des Indiens furent si violentes que, deux ans après, en 1537, Guayaquil en était à sa troisième reconstruction ; elle fut rétablie alors par Francisco de Orellana. Cf. Relaeion histôriea, par Jorge Juan et Antonio de L'Iloa, t. 1, p. iîi.
— Tumbex est le point de la côte où Francisco Pizarro fit sa première exploration du Pérou. Ce fut à Tumbezqu'l reçut les renforts de Belalcazar, l'habile capitaine qu'il avait connu dans la Terre-Ferme et quM chargea de conquérir le Quito.
— A Paîta s'arrèttient les vaisseaux qui se rendaient de Panama vers Truxillo, Los BeyeSjArequipa. A la silla de Payta ils trouvaient un mouillage sûr, après avoir doublé le eap Blanco et la pointe de Parina. Winterling a rendu l'idée du poète avec une grande justesse.
« Und Pa|ta mit dem Hafen, der
Den Schiifen dient zum sîchern Ankorplatz. •
■ Paîta es muy bueu puerto doode las naos limpian y dan eebo ; es la principal escala de todo el Perû y de todas las naos que vieuen A él • {La Crànica del Perû, por Pedro de Cieza de Léon, Bibl. Hivad, Historiadores primit. de Indias, i, XXVI, p. 358).
< En quittant Tumbex, pour se ménager une place de retraite, de ravitaillement et de renfort, Pizarro avait fondé San Miguel de Piura, avant de marcher sur Caxamarca et sur Cuzco. Il y laissa une garnison considérable sous le commandement de Beialcaxar, avec le dessein de l'envoyer coutre lé Quito, quand il aurait reçu les secours de Panama et de Nicaragua (1532-1533). Cf. supra, t. l,p. 381, noie ♦.
— Loja et la province de Zarza appartenaient au gouvernement de Gonzalo Pizarro. Lorsqu'après la chute d'Almagro, Francisco eut partagé entre son frère el Belalcazar le sud et le nord du royaume de Quito, Gonzalo, avant d'entreprendre sa malheureuse expédition vers l'Est, en te rendant de Cuzco à Quito eut à lutter contre les Indiens des provinces de la Zarza et des Paltas, placées sur la route de Quito à San Miguel. Elles étaieut habitées par des peuplades barbares que les lucas n'avaient jamais pu soumettre. Gonzalo en fit un horrible carnage, et pour assurer la route, bâtit Oâa chez les Taltas avec un pelit fort (1539) ; mais cette fondation était insuffisante et la situation peu favorable; elle fut détruite, et il fallut plus tard élever une barrière plus imposante. Gonzalo, eu 1546, envoya Mercadillo fonder Loja, dans la Zarza. Les Paltas formaient un petit État composé de trois tribus; mais la Zarza qui touchait le pays des Pacamoros au sud, et à l'est celui de Yaguarzongo, était une grande et belliqueuse province qui nç renfermait pas moins de treize tribus; outre leurs noms distiuctif», elles Portaient un nom collée-
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fleuves qui arrosent pendant plus de mille lieues des pays toujours privés des pluies du ciel K
tif, celui de la cootrée principale, la Zirza. OSa et Loja furent la première et la dernière fondation de Gouzalo. Entre ces deux dates extrêmes, il créa d^autret établissements. En 1541, il eoTOie Juan de Salinas faire la conquête des Pacsrooros chez lesquels il fonda Yalladolid, et ce n'est qu'alors, après avoir forlifié tt peuplé les asientos de minas^ qu*il sortit de Quito pour l'exploration de l'Amazone.
1 Allusion au taste cours du fleuTC des Amazones et à ses immenses affluents. Kul doute que le poète, par les mots tantos rios, n'ait youIu désigner ici, outre le fleuTe principal, quelques-uns de ses immenses tributaires, tels que le Putumayo qui n*a pas moins de trois cenis lieues, et le Caqueta qui, par l'un de ses bras^Tupara), va par huit bouches rejoindre le fleuve et par l'autre, qui se bifurque au nord -est et au sud-est, met en communication l'Amazone et l'Orinoco; tels encore que le Madeira et ïUcayalé, réputé longtemps la haute source du Msrafion, avant que des recherches plu& exactes eussent fait remonter le cours des Amazones jusqu'au lac Lauricocba. L'Ucayalé a une grande importance, il entraiôe avec lui une foule d'autres rivières, qui mériteraient d'être appelées des fleuves; t'Apurimac, par exemple. Ce cours d'eau est assez impétueux pour ne pouvoir être franchi aujourd'hui encore, comme par les Oréjones des Incas et par les soldats de Pizarro, que sur des eritnejas, ponts suspendus fort solides, fabriqués avec des lianes et d'un développement qui atteint parfois 200 varas. Ces ponts en escarpolettes s'appellent des crisnejfs ou des mnromas, selon leur mode de structure et leur balancement plus ou moins prononcé (r.f. H. Paul Marcoy, Scènes et paysages dans les Andes^ lr« série, p. f69, Paris, 1861, et M. de La Coodamine, Atém. de l'Acad. des sciences de 17i5. p. 402- Voy. aussi lielacion histôrica de don Jorge Juan et Antonio de (Jllo«, parte i, t. Il, p. STG-SIT). Depuis le lac de Yilafro, qui doit son nom moderne 4 un aneien chercheur d'or, et qui est situé dans la province de Calloma, entre Cuzco et Arequipa, l'Apurimac, faible ruisseau d'abord, roule bientôt dans des vallées profondes où il est grossi par des torrents, reçoit plus de vingt rivières à droite et i gauche avant d'aller gonfler le vieux HaraJion, l'Ucayalé. Celui-ci, aussi large à son embouchure que l'Amazone, apporte son tribut au grand fleuve vers le pays des Omaguas, fort au-dessus du Napo que le P. d'Acufla prenait pour le vrai Maraiion, à cause de l'abondance de son cours depuis la sierra du Cotopaxi. Mais combien plus encore l'écrivain ne songeait-il pas à l'Amazone même, à ce fleuve merveilleux aoquel les récits d'Orellana avaient fait rêver toutes les imaginations! Nous aurons lieu de parler ailleurs (chant xxxvi, oct. 38), des premiers voyages entrepris sur le Maraiion par Gonzalo Pizarru et Orellana, puis par Pedro de l'r»ùa. Plusieurs autres tentatives ont été faites après eux. Le xvit« siècle a vu se propager sur f Amszone et sur ses affluents les nombreuses fondations du catholicisme, et elles sont loin d'être restées inutiles aux progrès de la science. La Condamioe a \n premier éclairé tout son cours (1743-1744). Depuis le pueblo de Cucbunga, il a parcouru, sondé, mesuré le fleuve, décrit ses obstacles, ses coudes dangereux, lesponffos de Manzeriche, de Pauxis, autrefois l'épouvante des navigateurs espagnols et portugais. Il a observé le mouvement de la marée jusqu'à la Desembocadura de Pauxis, à SCO lieues de l'Atlantique ; mais il n'a pourtant pas donné sur le roi des fleuves, sur ses tributaires, sur leurs peuplades, des notions complètes et toujours exactes; et 4 bien des égards l'immense artère de l'Amérique méridionale était demeurée presque aussi mystérieuse que l'est encore le centre de l'Afrique. Le dernier voyage de M. Agassiz l'a fait mieux connaître dans toute sa longueur, et a livré au commerce du monde une route de 5,400 kilomètres, du lac Lauricocha où est la vraie source du fleuve dans les Andes, jusqu'à l'océan AtUntique. C'est au prix de dépenses considérables que l'étude de TAmazone a été réalisée. Un riche Américain,
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« Id paraissent les grandes montagnes et les ha u les sierras, chargées de neige sous la zone torride; les Mojos^ les Braca-
M. Spencer a fait les frtii de cette eipédition leientifique qui avait à Tainere des périls sans numbre et rhostilité de populations «auTages encore sssrx mal defiuies. An retour de soo glorieux itioéraire, H. Agassii a raconté à PbiUtlelpbie, dans de saTantes conférences, non pa^ les dangers quM arait courus, mais les mœurs des peaplades qui coiirrent les deux rÎTCs et qui sont i peu pi es ce qu'elles étaient «a XT* et au xti« siècle, à la date de U première lUTasion de l'Amérique par l'Espagnol. Uue fuule d'animaux, de pisnies, d'iuaectes et de reptiles servaient de témoins s l'intrépide voyageur. Le corollaire le plus précis ohtfuu parJl, Agassis est d'avoir désigné i la navigation des voies naturelles et assurées. Sob steamer a é\é suivi de beaucoup d'autres. Le gouferneroent brésilien, par d'excelleuts décrets, favorisait de son c6té les ré»ultals que la i^ciene*' éclaire et provoque. Il ouvrait aux bâtiments de toutes les puissance* les eaux de rAmxxune, du Tucantius, de la Madeira. du San Francisco, elc. Cétait d'une main libérale livrer aux r< lations du trafic et de l'industrie la plui fertile vallée du moude et appeler directement sor l'Atlantique les produits de la Bolivie, du Pérou, de la Nouv. Ile-Grenade, de la Colombie et de l'Ecuador. C'était rapprocher de nous tout le centre de l'Amérique méridionale, et introduire au milieu de ces jeunes contrées tous les éléments de la civilisation européenne. L'Amaxone traverse la C<»lombie. sépare la Guyane p«>rtugaise do Breail proprement dit, et est partiut navigable pour les batewit à vapeur; l'on peut monter et descendre tous ses affluents. Le rio Madeira le met en contact avec la Bolivie, le Rio Negro avec le V*-uesuela. L'Ucayale, le Caskiqaiare, leTavari, le Purus. la Hadeira, le Topayos, le Napo à l'embouchure duquel s'arrêta l'expédition désastreuse de Gonxalo Pisarre, l'Tapura. le NcKro kont luna acc< ssibles aux steamers, tes navires d'un fort tirant sont seuls arrêtés sur les trihut«ires par des chute» d'eau et des bancs caches qui les traversent. L'Amazone même peut être remonte par les bâtiments de la plus grande dimension jusqu'au pori-fiontière de Tabatinga. Au temps d'Ercilla, une expédit'on sur l'Amaxone présentait de tout autres difficuliés, avec roo>ns de ressources pour les vainc* e; mais le poète se faisait sur le climat de ces vastes contrées, longtemps impénétrables, des iiiées que la science moderne a victorieusement combattues. Cf. Géographie phytique. par M. P. Hdury, 1864, trad. de l'anglais, par MM. Zurcber et Margullé, p. 23-29. U n'est pas inutile de faire remarquer ici que les Portugais appellent le Mar^fiou rio da$ Ameuonoê depuis sa jonction avec la Madeira; au-dessus, ils lui donnent le nom de rio de Solimoes, Les vieux écrivains espagnols dirent indifféremment, pour tout le eoors du fleuve, Ùtarationy la* Amatonoê ou rio de Orellana,
1 Les Hojos ou Hosos, nation nombreuse, rameau de la race pampéennt (d'Orbigny. t. IV, p. 291) et qui occupe en partie, dans la république de Bolivie, la province appelée de leur nom. I<es Mojos représentent ici, cbes Broida, le chefliea d'un département bolivien, Santa-Crus de la Sierra, que l'on nomme quelquefois San Loreoxode la Frontem. Santa-Cniz avait d'abord été foiiuée en 1557 au snd du rio Guapey ; mais le voisinage des Indiens, dangereax et redouté, la fit abandonner, et la capitale de la province fut transférée à San Loreuzo qui perdit son nom ponr adopter celui de Sant«-Crux de la Sierra; elle se trouve à 110 milles plus an nord que la ville abandonnée. Nuflo de Chaves fut son premier fondateur en I54S. Né en Espagna près dt Truxillo, il donna à sa colonie le nom mêmt du village qni l'avait vu naître.
Le rio Mamoré dont le bru principal est connu sous le nom de Bio-Grande et
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mores, et le sol habité par les sauvages Chacbapoyas ' ; Ca]a>
surtout tout le nom iodigèoe de Guapey^ biigoe let départementt de Coehabamba; et de Santa-Crus, et arrote let rattet tolitvdet que parcourent let Mnjoe. Cette na> tioo indienne et let Cbiquitot, tet Toitint, d<mt 1 bittoire ett pretqne intéparable de la tienne, étalent, araut let mitaiout, let plat cruelt det Indient; mait la aoumittion det Cbiquitot au ebrittianitme a mit entre eux et let Mojot une différence profonde» II ne rette plut aujourd'hui aucun Chiquito tanvage. lit appartiennent tout à Tune det Tiiigt-troit mittioot fondéet par let jésuitet avant leur expultion en 17b0 (Cf. Buttamante, p. 179, et U. d'Orbigny, Voyage dans r Amérique méridionale, t. lY^ p. 259-260). Il n>n ett pat de même det Mojot et det Guartnit, dont un nombreux détachement, tout le nom de Chiriguanot, ayaient traverté le Cbaco et peuplé le pied det deroiert contre*fortt det Andet bolîTieunet, du n« au 19* degré (d'Orbigny, l, e», p. 314). Ceux-là tout rettés tauTaftet, et préfèrent la groatière indépendance du nomade. Du rette, let nomt de Mojot et de ChiquUo* ne sont pat indigènet; ilt leur ont été donnée par let Etpagnolt. Let premiert habitaient tonte la partie tud de la province qui porte encore leur nom, au milieu det plainet touvent inondées qui s*étendent entre le court du Guaporé et du Marooré jutqo*à la litière des foréit où cettent à Torient let Andet de Bolivie, et où commencent let territoire» de Santa-Cruz et det Cbiquitot tur let afûuenlt det deux rivièret. Let Hojot présentent encore dant le paya marécageux qu'ilt habitent un effectif de treize mille iroet. Quant aux Chiquitos, téparét det Mojot, au nord, par la sierra de Zamuros, si let Etpagnolt let ont ainsi appelés, ce n'est pas qu'ils fussent petits, mait e'etl à cause des portée de leurtbabitationt tellement bataet que l'on ne pouvait y entrer qu'en te traîuant tur let genoux et sur les maius. Les habitanis des lies Fidgi ou Yiti ont des demeures semblablet : • Il ett particulièrement avantageux, ditent let mittionnaires, d'être toupie de corpt, faute de quoi, on risquerait de ne pouvoir pénétrer dans aucune maison, à moint pourtant d'être pourvu de la faculté de marcher à quatre pattet, comme on dit protaïquemeot chez nous. » (Lettre dn R. P. Montmayeur, dans les Annales de la Propag, de la Foi^ mars 1869, p. 129.) Les noirt d'Australie n'ont pas d'autres habitations, t Leur camp te compote d'une série de buttes en feuillet tèches ; elles tout ti bauet qu'ilt ne peuvent y entrer qu'à quatre pattes . • {Voyage autour du monde, par le comte de Beauvoir, 186?» p. 171 .) Les Chiquitos sont au nombre de quinze mille. Avant d'être réunis en mittiont, ils occupaient tout le centre de la province qui garde leur nom, principalement tur le plateau et tur let vertantt det collinet graoitiquet qui coattituent le toi montueux de u partie tud-ouest. Leur pays s'étendait en latitude, dn 16* degré tud au 18«, et, en longitude, du 60 au 64* degré onett. lit peuplaient ainsi un terrain de 6gure irrégulière, dirigé nord>ouest et sud-est. Ils te divisaient en une multitude de petitet tribut Bxéet au milieu det forêtt qui couvrent toute la province. (Cf. d'Orbigny, /.c, p. t59>260.)Leurt boit retseroblent à ceux du grand Cbaco avee lesquels ilt confinent au tud, comme au nord ilt ont beaucoup de rapport avec ceux des Mojot. Let deux territoiret det Mojot et det Cbiquitot forment dant le gouvernement actuel du haut Pérou Timmente département de Saota^Crux de la Sierra, t Les Bracamoros figurent ici Jaen de Braoamorot, dant l'ancienne presideneia de Quito. Jaen ett titué au confluent du Chinohipe et du Marafioo, et appartient aujourd'hui à la république de l'Ecuador. (Cf. supra, t. I, p. 331, oct. 13, note 5.) La province det Pacamorot (car le mot Bracamorot n'ett qu'une corruption) était peuplée d'une race guerrière. A prêt la tanglante victoire qu'il remporta à 1% bataille dt las Satinas^ Pizarre, pour ditperter let Almagristet, avait envoyé Taldivin à la conquête du Chili, Gomez de Alvarado à celle de Guannco dont Brcilln parle dant l'octave tuivantCi et Pedro de Bergara contre les Paeamorot aux dernièret limitée du royaume de Quito (1538). Aprèt deux ant de luttet, Bergara leur
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marca * et Trujillo % qui dans les guerres ont toujours eu un renom éclatant, et l'illustre cité de Los Reyes*, séjour des audiences et des vice-rois.
« Guanuco, Guamanga et la douce région d'Aréquipa^ et
fit accepter U paix, mait tans élre parvena à pcavoir fonder une colooie tuf leur territoire. Ea 1541, Gonsalo enroie de nouveau contre eux le même capitaine, et il ordonne à Juan de Salines d'aller dans la même contrée fonder Tslladolid sur les bords du Chiuehipe. Lorsque Yaoa de Castro eut pris le commandement du Pérou et châtié le fils d'Almagro, il entoya cAloniser la province des Pacamoros et nehcTer Talladolid. Il diilribUA les commanderies d'Indiens restées vacantes, et ramena par de uges ordonnances les indigènes à la culture des champs, abandonnée depuis les guerres civiles. Ce fut Diego Palomino qui, sous Fadministration dictatoriale de La Gasca, fonda Jaën en 1549, dans Taogle que forment le grand fleuve et le Chinchipe. Cependant le Marafton n'est pas encore navigable i cet endroit. Il faut aller psr terre de Jaën à Chuchunga, sur le bord d'une petite rivière du même nom. Le est Vembarca'iero on port de Jaën. C'est de là qu*on passe dans le MaraSon. Chuchunga est s quatre journées de marche du chef-lieu, journées fort irrégnlières, hérissées d'obstacles et fort allongées par le caprice des guides. (Cf. BelacioH hiilirica, liv. VI, ch. ir, p. 487-489; et M. de La Condamine, Voyage à r Equateur, 1. 1, p. 187.)
— « Cbachapoyas* ou San Juan de la Frontera, ville du Pérou, fondée en 1516 à 280 kilomètres norJ-est de Trujillo, sur les bords du Cbachspoyas, tributaire du haut Maraiion. Elle forme avec Caxamarca deux districts du département ëe la Ubertad dont Trujillo est le chef-lieu. Tous ces noms d'anciennes peuplades expriment pour le poète les villes, les pueblos, les lavaderotf fondés par le génie audacieux des envahiueurs. Cest Alooso de Alvarado que Thistorien Cieza regarde comme le fondateur de San Juan de la Frontera (Cf. Crôuica del Perû, ch. lxxvui, p.4t7-418). San Juan exerçait autrefois sa juridiction sur 41 puêblot.
1 Cajamarca, théitre du supplice et de la mort d'Atahualpa.
>Cf. Araucana, t. I, p. 331, noU 8. • Bien que dans la plupart de leurs conqaétca la cruauté des Espagnols ait égalé leur héroîime, nous devons savoir gré an poëte d'avoir laissé dans Tooibre le souvenir de quelques villes, où leur dureté et leur barbarie ont été les seuls caractères de Tiovasion. Cajamarca a été le théitre d'une grande violence et d*une suprême iniquité; mais pour les Espagnols, il vit do moins disparaître aussi une cause d'agitation incessante et de périls toujours nouveaux. Ereilla pouvait nommer Cajamarca. Eât-il pu nommer Paehacamac, où un temple magnifique s'élevait au Dieu créateur et conservateur du monde î Ce fut là qa'en 1533, les soldats de Pizarre violèrent les vierges consacrées au service delà Divinité, renversèrent les autels et détruisirent le temple. U était difficile pour Ereilla de toucher à tous les points de ces contrées trop célèbres, sans y trouver •oatent la boute et la flétrissure de ses compatriotes. Il choisit et il fait à l'oubli sa part nécessaire. Cest pourtant à Paehacamac que déjà Francisco Pixarro méditait la fondation de Lima.
• Cf.t6ic(., p. 384>ttofel.
^Gnanneo ou Huanuco, ville du Pérou, était considérable autrefois (Cf. «upra, 1. 1, p. 331); elle montre encore les mines d'un palais des luoas et d'un temple du Soleil. Son fondateur, en 1539, fut Gomes de Alvarado, frère de Tadelantado don
828 LâRAUCàKA.
Id territoire de OuacoS cité aolique, siège fameux des laças et des Orejones'. Franchis le solstice et le tropique du Capricorne, et tu découvres les contrées australes, peuplées de nations yarîées, barbares, étranges, leurs fleuves, leurs lacs, leurs vallées et leiîrs moiitognes.
Pedro dt Alvarado. Gomex U eonttruUit toot le non de Léon it Gwkwùù (Cf. Cieza, Biftoriador, primit, de India*. i tl, p. 428. Bibl. RUad., t. XXVI).
— Gaain«iM(& ou Huaniaaga, autre ville du Pérou, fondée par Praocimîo Pisarro, en I539« prè« de 1« (grande cordillère des Ande«. Il la coastruiait lur remplacement même d'uu pueblo d'indieu», appelé Guamaoga. et, pour y avoir force lfan> eo-Capae à te retirer daos lei montaguet, il l'appela San Juan de la Victoria de Goamauga (Cieza, /. e,y p. AH}.
— Arequipa. Noua avons rappelé ailleurs (t. I, p. 881) la triste destinée toute récente, qai a bouleversé celte grande et Industriease ville. Le deruier et terrible tremblement de terre qui a semé de rames le Pérou et TEcuaftor a changé pour longtemps la furtuue des eités dout parle Breilla. Plus rneore qa*Arequipa, ta ville d'Arica poite la trace de ces terribles convulsions de la nature. Elle a en doublement à souffrir, des secousses volcaniques et de Tinvasiun des fl<>ts. <.bef-Uen de district, avec juridiction sur trente puebtoi^ port célèbre »ar le PaciBque, Ariea était le point d'écoulement pour tontes le» rie leues du haut Pérou. Déjà le 18 septembre 1833. un»* p«riie «le la ville avait éie détruite; la moataicne qui sur la cMe servait de signal aui navigateurs disparut alors. Le tremblement de 1868 a détruit les restes de cette ville malheureuse, comme il a bouleversé Ar<rquipa. Il faudra toute Téuergie du gouvernement de Lima pour faire renaître l'ancienne pro>pénté d*un centre de population aussi important. Pon«iée en 1536. Arequipa est une des principales villes du Pérou; ell< est («.f. «ttpro, t. I, p. 831) presque toujours tète dfl parti dans Us révolutions si fréquente» de cette jeune republique. En 1884, les troupes opposées au gouvernement rt battues à Muquegua par les forces de 1 État que eomm .ndait Moran, se retranchèrent dans Arequ»pa. L*armée du général Moran les y attaque, est vaincue à son tuur et son général est fait prisonnier. Bi«i d'autres événements s'y sont déroulés depuis. La position de la ville est remarquable. Élevée à 7,i50 piels au-dessus do niveau de ta mer, au pied d'un Tulcan, elle est retranchée dans les Andes, où elle reunit avec quelques villages des alentours, une population de 40,000 imes. La nature même de son terrain est pour elle une défense; il n*y a pas de voitures de transport; tout s'y fait à Taide des bètes de somme, et particulièrement à dos de lam^s Les béies i laine sont une des richesses du pays. Le port d'islay est le seul qui ait le droit d'eiporier la belle laine d*alpaca. Une loi de la république défend d'eiporter un aipaea vivant. Des navires envoyés pour mener un ch «rgement de ces ammaui en Australie, n*ont pu a*en procurer un seul. L'alpsea n'Iiabite que dans les Andes et loin des cAtes; aussi est>il aisé de faire respecter le décret qui en interdit le eoromeree. Le nom primitif de la ville était Arequipay, Dans une de leurs conquêtes, les Incas conduisirent leur armée dans cette magnifique vallée; les capitaines, séduits par la beauté du kite,demandèrent la permission d'y fonder un établissement. La réponse fut : Areçnipay, «c'est bien, arrètei-vous. » Le volcan qui domine Arequipa, le Guaga putinti, d*uue forme conique, est ta montagne la mieux faite et la plus pittoresque de toute la chaîne des Andes (Cf. Bustamante, p. 138).
t Cf. Arauranat t. 1, p. 332, note t.
s Orejones (Cf. tupra, t. 1, chant l, oct. 48).
CHAMT XXVII. tlf
« De ce côté considère Cbuquiabo'. Vois sa terre tracée à cet endroit vers le sud et plus avant, la féconde et haute montagne de Potosi, dont le métal fln et de la plus grande valeur remplit
* Chnqnitbo. Lorsque La Gaaea eot Tameu Goozalo Pizarro à Zaquiiahaana, il se hâta, saivaut la polilique dont Praneiseo Pizarro et Vaea de Castro lui avaieut donné Texeinple, de disperser les troupes. Son premier soin fut de renvoyer ebez eut tout eeax qui avaieut des eommanderies ou des repartieiones» 11 char}:ea Valdivia, dont Tbabileté loi avait assuré la riotoire, de eontinuer l'importaute conquête da Chili «ree tous cens qui voudraient le suivre. Il fit partir Alonso de Meodoza pour la provinee du Pacazes, entre Caseo et Cbarcas, avec Tordre d'y fonder une vilie qui y devenait uéeewaire et i laquelle ou donna le nom de Nueitra HeHora de U Paz (1548). Cf. Araueanm^ t. 1. p. 332, no/e, I. La vallée de Cbuquiabo, où s'éleva la PaM^ doit son noni au fleuve qui l*arro«e. Le mot Chuqniabo lui même, selon Bustamante, est une altération; le nom primitif est Cboineyapu, qui dius la langue aimio^a^ celle des indigènes, tlfuiùt un sol d'or, ■ beredad de oro ■ . (Cf. don Jorge Juan et doa Aalonio de Ulloa, Belaeion htatàrica, t. III. p. 109).
La petite vallét! où la P-s est bâtie est enclavée entre les hauteurs que dominent rUIimani au sud et le Sorata au nord. Le lao Titicaca, dout les eaux sont alimentées par la neige de ces sommets justement comptés parmi les plus hauts «lu gtobe^ fe développe entre la Paz et Puno» et comme on ne loi ooouait pas d'issue, on pente que révaporaiion seule maintient son niveau, c'est dans une des Iles nombreuses qui se voient sur le Titieaca, c'est à Chucuito, dont le lac porte aussi quelquefois le aom, que les patriotes delà Bouvie étaient enfermés par les Espagnols, lorsqu'ils ne les décapitaient pas. Ce vaste lae, un des plus grands de l'Amérique du Sod» compte à peu près 90 lieues de tour; il e»t soulevé de temps à autre par de TÎolentes tempêtes. Il reçoit treize rivières et est entouré de beaux promontoires. Placé i peu de distance de ee lac, à une élévation qui dépa»se les plus hauts sommets des Pyrénées, la Paz est un des centres les plus éclairés de la Bolivie. Elle est à 100 lieues de Cusco, à 60 d'Arequipa, à tOO de Los Bryes, i 90 lieues de la Plata (Charcas). Voici les raisons très «pratiques qui déterminèrent Heudoza à fixer dans ee liei sa colonie. «Eu la parte ma» dispuesia y llana se fundé la oiodad^ por eausa del agua y lefia, de que bay mucho en este pequeJlo valle ■ (Pedro de Cieza, Crônica del Perû^ cspit. cvi). L>* uom de la PaM lui fut donué en souvenir de la pacifiration du Pérou. Daus les temps modernes on loi a donné le nom de la PaM de Ayaeueho, pour éterniser la mémoire de la capitulation d'Ayacuefao (1824) par laquelle l'Espagne abandonna »a deminati,>n sur l'Amérique du Sud. La victoire du général Sucre assura Tindépeudaure de sa patrie. Bsparteio se trouvait alors (i824), au titre de coionel, dans les rangs de Tarmee royaliste. Les officiers vaincus restèrent signalés depuis sous le titre à'Ayaeuchoâ, Beodus à leur patrie, ils se trouvèrent souvent aux prises les uns avec les autres dans la guerre eirile des cristinus et des carlistes. Ainsi cette ville de la Paz, foo«lée au nom du roi d'Espagne et destinée à eéleber ta victoire sur les rebelles, garde aujourd'hui dans sou nom même les traces d'uue rébellion heureuse, et les defeuseurs delamoiiarebie abattue en Amérique, Etparteru, Narvaez, Maroto, n*out traversé de nouveau les niera que pour anéantir les forces les plus vives de la Péninsule dans une lutte néfasle I
S39 L'ABAUCANA.
les yeines de ce sol fameux ' ; un quintal tiré de la mine produit deux arrobes de l'argent le plus pur*.
XLVin
« Tu Toisla cité de la Plala^ la dernière vers le levant à main gauche ; et si tu traverses la cordillère élevée, c'est Calchâqui*, le Pilcomayo ', le Tucuman •, les Jurres, les Diagoitas^
1 Potoêi est le chef-lieu du département bolivleo qui porte le même nom. Cette Tille ne possède plus aujourd'hui que 12,000 âmes. Les mines d'argent du eerro de PotoH, qui n'a pas moins de trois lieues de tour à sa base, étaient aotrefois exploitées par cinq mille puits ; ils sont presque tous inondés ou comblés, aprèa aroir fourni, suîTant les judicieux calculs de M. Alexandre de Humboldt, une masse d'argent égale i 5,150 millions de lÎTres tournois ! Le hasard fit découTrir ce gisement en 1547* par un chercheur d'or, nommé Villaroel; la guerre civile et la lutte de GoDzalo contre La Gaica n'empêchèrent pas cette riche exploitation d« prospérer. La Gasca, vainqueur, donna la commaoderie de Potosi à sou lieutenant Centeno.
s Winlerling a supprimé cette octave et la suivante. Ni Potosi, ni La Plala, ni aucun des autres lavaderos dont parle Ercilla, ne devaient disparaître de la carte dessinée par le poète. Tous avaient une grande valeur par leur richesse métallique et par l'audacieuse conquête des Espagnols dont VAraueana exalte la gloire.
9 La fondation de la Plata^ sur la rive gauche du Cachimayo, est bien antérieure à celle de la Paz et à celle de Potosi. Les indigènes s'appelaient les Charcas ; le lieu le plus fertile de la province se nommait Chuquisaca ; c'était le nom du pueblo indien que remplaça la colonie espagnole. Mais la signification dn mot est à peu près la même : Choquechaca signifie pont d'or dans U langue qnichua que parlent ces barbares (Cf. d'Orbigny, t. III, p. 277). Après des luttes fort vives, les envahisseurs s'en emparèrent, et la découverte de mines précieuses attira les Espagnols les plus ambitieux (td., l. c, p. 279). Dans les historiens, la ville porte indifféremment les trois noms de la Plata, de Chuquitaea et de loa Chareas (Cf., êupra^ 1. 1, p. 332, et Bustamante, p. 165).
^ C'est le nom que l'on doune h la partie supérieure du bassin d« Rio Salado et an pueblo qui s'y est formé. D'Orbigny, se fondant sur les indications du gouverneur de Santa-Fé de Parana, classe les Calchaquie* parmi les tribus des pampas du grand Chaco(Cf. t. IV, p. 191).
S Vaste rivière qui part du versant oriental des Audes, reçoit plusieurs tributaires, entre autres le Cachimayo sur sa rive gauche, traverse le grand Chaco, territoire de la Confédération argentine, et sejetledansle Paraguay par deux branches audessous de l'Assomption. Il appartient ainsi, comme le Bermejo, au bassin du Parana. Le nom de Pilcomayo est donné encore à rite que forment les deux bras de la rivière. Le Pilcomayo, dont le cours supérieur appartient à la Bolivie, représente ici les oiientos de minas, fondés autrefois aux environs de Potosi et de Chuquisaca.
8 Le Tucuman est aujourd'hui l'un des États confédérés de la Plata. Le chef-lieu est San-Uiguel de Tucuman que l*on appelle aussi Tucuman, à 1,160 kilomètres de Buenos-Ajres. Cette ville s'est rendue célèbre dans la guerre de l'indépendance. La ville et l'État lui-même doivent leur nom au Tucuman, affluent du Rio Dolce qui sort de la partie montagneuse de la province et va se perdre dans les marais salés de los Porongos. La province de Tucuman appartenait, sous la domination espa-
CBANT XXVII. tSS
la rive des Comechingones < et l'îiiimeose plaine^ territoire fer tile et lointain qui s'étend jusqu'à la forteresse de Gaboto '.
gnole, à It TMte audieneia de Cbareat. En 1549, le présidente Pedro Lt Catea -enToie Ja«a Nufiez de Prado U eoloniier. 11 foode dani ce peyt qoelre billet : |o Santiago del Eatero mr uoe rivière du même nom, à leo lieaes ao S. de la Plata; î* San Miguel de Tnenman, à 25 on 30 lieues 0. de la précédente ; 3* Nueitra SeAora de Talavera, pivs de 40 lienet an N.-O. de Santiago ; 4« Cordéba de la naoTa Andalacia, i 80 lienet S. de Santiago. Toutes ees fondations se formèrent an milieu d'Indiens aaces dociles et qui n*oppofèrent anx enTabiasenrs qu'une faible réfis- Unec (Cf. Beiaeion hi$tôriea^ t. III, p. ttt tq).
i Les Jarres, que Rivadeneyra appelle JurieSy les Diagoitu qu'il nomme ZHaguû laSf les Gomeehingooes, sont trois peuplades indiennes dont il e»t asses difâcile, pour deux d*entre elles surtout, de détemriner aujourd'hui l'emplacement esact et les relations mutuelles. Elles habitaient sans doute les vastes espaces qui s'éleodeot an nord et au sud dn Pilcomayo, dans les Uanos dn Manso ou de Saota-Crux de la Sierra, Les forêts vierges et les plaines tour à tour inondées on sabloonenses qui se déroulent à l'est et au sud de Cbuquifaea, malgré les nobles et glorieux efforts de M. Alcide d'Orbigny, n'ont pas encore eu leur historien, comme les sjnvages de l'Oréaoque ont rencontré le leur dans M. de Humboldt. Nous trouvons des Yuris entre le Ho Tntay et le Tanlialuba, affluents de la rive droite du fleuve des Aroaxooes ; nous «a voyons d'autres encore entre le Pntamayo et le Tapura, ses affluents du nord. Sont*tls quelques branches dispersées d'une nation autrefois puissante T La cocqnéte et les guerres intérieures ont éparpillé, décimé ou exterminé tant de ces races dont les Indiens Chupiltas, les Chirigoanos, leBMoxot,les Chiquitos et surtout les Guaranis sont aujourd'hui les principaux représentants I M. Alcide d'Orbigny fait des Jurii une tribu des Guaranis ; il les rattache à la race brasilio-gnaraoienue (Cf. Voyage dans tÂmiriqne méridionale, 1835-1S47, 9 vol. in-fo, t. IV, p. 35i). Le nom de Diagoitas, appartenait sans doute à une tribu du même peuple. Le géographe de la marine Bellin les place au nord des (alcbaquies sur le territoire où maintenant Bsteco ou Talauera s'élève sur la gauche du lio de los Mofolas, un des auiiliaires qui forment le cours supérieur du Sulado. Quant aux Comeehingones, nous croyons les reconnaître, mais avec une légère altération de leur nom propre, ainsi qu'il arrive tant de fois i Brcilla, dans les Muchojeonet, dont M. d'Orbigny fait une tribu de la nation Moio (/. c, p. 191). Le savant naturaliste reconnaît là un nom indigène ; celai de Moxos, dit-il, > par«tt avoir été donné par les premiers Espagnols qui entrèrent dans la province, s
9 Gaboto. Le fort de Gaboto, ou de San Eapiritu, est situé sur la rive droite du Parana, entre Santa-Pé et le Rosario, ou, pour prendre des noms plus rapprochés, entre Barrancas an nord et San Carlos au midi. Il y avait d'autres pueblos du nom de Santo Espiritu au sud de la Paz, à Test de Chuquisaca et de Potosi, et auiti dans la juridiction de Cuenea au sud du royaume de Quito ; mais ils n*ont pas trait à notre sujet. Sébastien Gaboto ou Cabot, qui éleva la forteresse en question, était originaire d'Italie. Son père, Giovanni Cabotto (Cabota ou Gaboto), était de Venise ; il s'établit à Bristol. De là vient que l'inscription d'un portrait de ce hardi marin par Holbein. porte ces roots: • Effigies Seb. Caboti aii^fi, filii Jebannis Caboii ueneHf • etc. M. Alexandre de Humboldt, dans son livre si remarquable sur la géographie du nouveau continent (1837), a relevé à sa véritable hauteur la renommée de Sébastien Cabot, trop effacée par celle d'Améric Vespuce. Trois grands événements, dit cet illustre et habile explorateur, une des plus belles gloires scientifiques de l'Allemagne, trois grands événemenU qui ont exercé une influence durable et puifsante sur les destinées du monde, la découverte de l'Amérique continentale du Nord par Jean et Sébastien Cabot, celle de l'Amérique continentale du Sud par
88t LABAUCANA.
« Ea revenant yers la mer, tu découvres les hauteurs qui suivent la lisière d'Atacama et sa plage déserte, ses solitude» où ne se rencontrent ni oiseau, ni animal^ ni gazon, ni feuil-
Cbritiophft Colomb et 1« Toyave de Gama m font trouTét, sinon iimnltanét, di» moins très-rapprochés les uns des autres, k la fin d'un siècle fécond en chooe» estraordinaires. L'eipédition de la c6le de Paria ne fut point baaée sur les socoè» des C«b«>t. Dans le même été oi Cabot lonfrea, dans sa second'e eipédtllon, ta c6le de r Amérique entre Terre-Neuve et Texi rémité australe de la Floride, Ctaristopbe Colomb reconnut la Terre -Ferme, depuis Pana jusqu'où cap de la Vttia • [Géogr, du Nouv. Contin.f t. IV, p. 263-264). Si la prem ère place parmi les célèbres oaTîgateurs du zv« et du zti« siècle est accordée à Christophe Goiomb, puisque la decooTerte de toute TAmériq'ie était assurée dés qu'il rut débarqué au rivage de Guanahani, une belle part est faite encore à Ticeute Jaftiiz F mson, à Alvarez Cabrai, à Sébastien Csbot, k Balboa, k Bartholomé Dias, a Gama et à Magellan. Rien ne peut enlever à Colomb la gloire d'avoir donné l'Amérique au monde en 1492. L'était assez, je ie répète, de trouver le premier Ilot, et un espace de quarante-deni ans allait suffire, après Colomb, pour faire connaître auz hommes le contour et la forma de ce nonveau moude. M. de Humboldt, qu'il faut toujours citer en pareille matière, rend urne complète justice à ce naviirateur sublime, c La majesté des grands souvenirs, dit-il, seipble concentrée sur le nom de Christophe Colomb. C'est l'originalité de sa Taste conception, Tétendoe et la fécondité de son génie, le courage opposé i de longues infortunes, qui ont élevé l'amiral au-dessus de tous ses contemporains* {Géogr. du Nouv, Cou/., t V, p. 177-178). Mais Colomb n'est pourtant pas le pri^mier qui ait touché l'Amérique continentale Ceci revient k Jean et à Sébastien Cabot, si Ton fait abstractiou des espéditioo« Scandinaves de la fia du x« siècle; ils abordèrent le continent dans une partie trèS'boréal<», au Labrador, entre les 56* et 58o de latitude, le 24 juin 1497, plus d'une année avaut l'atterrage de Christophe Colomb sur les c6t«s continentales de l'Amérique du Snd, au Paria (Cf. De Rumboldt, t. c, t. y, p. 181). Améric Vespnee, au coolraire, n'a fait aucun voyage au continent de l'Amérique méridionali*, avant la troisième espédiiion de Christupbe Colomb, en 1498. Sébastien Cabot, dont les voyawes déjà publiés eu 1583, ont trouvé dansBiildle uu savant historien (^emotr on Sebaetian Cabot, 1831), a d'antres titres encore aux yeux de la postérité. Sans lui accorder le mérite d'avoir observé avant Colomb la déclinaison de l'aiguille aimantée (Cf. de Humboldt, /. c, p. 3t-SI), on ne peut lui contester l'honneur d'avoir dressé des cartes importante», qu'il laissa à William Worthington, mais qui mslheureusement ont toutes disparu. Cabot parcourut le moude tuuie sa vie. Comme Vespuce et Magellan, il voyai;ea tour à tour pour plusieurs princes dont il embrassa les intérêts avec la même loyauté pendant la durée de service qu'il leur accordait. Jeune encore, il avait accompsgné sou père aux Indes occidentales. Il liéjourna en Espagne de 18i2 à 1516. Eu 1517, il fit, au nom de Henri Vlll, une nouvelle expédition vers le nord-ouest, sous te commandement de sir Thomas Perts; puis en 1518, il obtint de l'Espagne l'emploi de « Piloto mayor de las ludiaa. • En 1525, il explora, pour le compte de rB>pagne, la rivière de La Plata. Ce fut dans cette excursion longue et périlleuse qu'il construisit le fort de San Salvador et celui de Santo Es|>iritu dont parle Ercilla. Mal secondé par rfispajsne, il revint en Europe en 1531, retourna au service de la Grande-Bretagne, et dirigea l'expédition anglaise qui mit le commerce de sa patrie adoptive en relation avec Arkhangtl.
CilANT XXVII. ttt
lage ^ Voici les Gopiapos ', lodiens gigantesques, qui ont la réputation d'archers habiles ; Goquioibo, Mapoché, Cauquén» les flots du Maule, de ritàtaet du Blobîo*.
* Cf. Araueana^ eb. xtii, oct. 27.
< RÎTadeneyre les appelle Copayapos, C'était une tribu belliqueuse du Cbili leptentrioDal.
% « ,..^ T e1 rio
D« Miale 7 el d« Il&ta 7 Biobio. •
Noos STODS eu plusieurs fois occasion de parler des fleuves de rAranco et du Cbili (cf. t. i, p. 276, no/e f), et nuui en parlerons ailleurs encore ^Cf. t. Il, Supplément» hittonquês), mais il y a peut-être lieu de présenter ici l'enseoible du f ystéme hydrographique auquel se rattachent les détails et les ioeidents divers de VAraMcana,
Prenons le Biobio pour point de départ ; il forme, an début de notre épopée, la limite qui répare les Espagnols et les barbares- C'est d'ailleurs le cours d*ea« le plus important de tout le Chili. La source de ee fleuve et celle de ses principaux affluents m trouvent au Cbillao, au Tucapel, au Calltqui. Le Biobio lui-même descend du Taeapel. Il court d'aborl du S.-B. au N.-O. ; puis, après sa jonction avec le laja (l'ancieu Nihequeten), il s'incline un peu plus vers O.-O -N. Il ptsae devant Peuco et débouche dans le Pacifique entre les forts de San Pedro et de Colcura, entre le mont llnriguefiu au S. et laê tetax de Biobio au N. (Cf. iupra, p. 9, note 3). Ces tetas se trouvent entre rembouebure du fleuve et le port de Talcahuano. Près de se confondre avec la mer, le Biubio a trois quarts de mille. Sa profondeur est très-inéKale. Cette inégalité et la rapidité de ses eaui en rrndent la navigation difficile. Elle doit être abandounée à de petits navires et à des steamers. La barre du fleuve présente un obstacle sérieui même pour de gros navires Sur sa droite, il reç<:it le Laja, qui est le plus considérable de ses tributaires. Sa source est au Chillao. Il traverse des pàtur«ges d*uae rare fécondité. Cette maicniflque rivière a une chute qui mesure quatre-vingts taras, Ereilla ne nomme jamais le Laja, mais c'€it le Laja qu'il faut entendre toutes les fois qu*il parle du N.be.|ueien II est arrivé pour cette rivière comme tant- de fois dans les colonies espaproules; un nom moderne a remplacé la vieille appellation iadienne. Le Dabeiba nVst-il pts de* ▼enn, au Darien, le rio Atrato f Ce qu*oii appelle iala de Laja est un pa7S de tonte richesse, eoveloppé au N. par le Lnjti, au S. par le Binbio, à TO. par les deux cours d'eau reunis. Sur sa gauche, le Biobio reçoit le Boren et le Vergara. De ces deux affluents, le Veri^ara est sou meilleur auxiliaire. Il est formé de deux rivières, le Sàucet et le LinecOt qui viennent des hauteurs situées entre te Tucapel et le Callaqni. A. peine sout-i s joints ensemb e, on les appelle Peeoiquen^ et bientôt après Vergara. Il se jette dans le Biobio en face de Sania-Fé (• f. Sanehez de Bustamante, p. 298 301). Nous avons fa>t connaître aillears les fleuves qui se dirigent ver* le Pacifique plus au nord entre le Biobio et Santiago ((.f. Araue,^ ch. XI, oct. 47, note li. Aucun d'eux n'offre un psrcours bien remarquable, et leur mesure est toujours décroissante, si nous ne con»idérons que le nombre de lieues qui leur est compté. Le Mataqoiio n'a plus que 6U lieues comme riléta, le Rapel 56, le Maypo 50, le Mapochê 88, tandis que le seul tributaire du Biobio, le Laja, mesure 44 lieues. Cependant plusieurs de ces fleuves méritent d'être décrits. Après le Biobio, nous sommes d'abord arrêtés pur Tlàta. Il sort du Chillau, et il porte même ce nom jusqu'à sa jonction avec le ftuble. L'Hâta se fraye un c urs rapide à travers des ravins profonds, et forme A son embouchure une barre presque invin-
eible. Puis c'est le Manie aux eaux abondantes {caudaloêo rio) . Il descend du Det-
334 LARAUCANA.
tt Et la ville dePenco, l'État des formidables AraucaQs, nation libre et puissante ; Canete, l'Impériale^ et, vers Taurore, Villarica et sa montagne fumante, Yaldivia, Osorno et le grand Lac ^ ;
rabezado, arrose one contrée très- fertile, et faTorise le commerce de Talea. Ce fleuve fut la limite du grand empire des Incas. Le Delora, le Topocalma et le Maypo noua ont aasez occupé à une autre place (/. c). Quant au Mapoché, qu'on appelle aussi le Santiago près de la capitale du même nom, il a, comme le Maypo, des débordemeuts destructeurs. En 1783, il rompit ses digues et effraya la capitale dont il visita les rues, mais sans y produire de grands ravages. Pour contenir ces eaux turbuleutes, éviter des désastres à Santiago et couvrir le chemin qui mène à Valparaiso, le général O'Higgins fit exécuter les beaux travaux qui font sa gloire (Cf. Bustamante, p. 305-306).
Au S. du Biobio, eotre ce fleuve et le Canten, le Lebà, le Paycavi ont pen d*importance. Le Paycavi n*offre de remarquable que la largeur de sou embouchure. Le Tirua décrit de curieux méandres \ mais il faut atteindre les bords du Cauten pour se trouver devant un véritable fleuve. Il n'a pas moins de 700 varast lorsqu'il débouche dans le Pacifique. On rappelle quelquefois le Bio de lot Dama% soit i cause de la tranquillité de son cours, soit parce qu'un ruisseau de ce nom se réunit au Cauten, sur la rive droite, à un petit nombre de milles avant son entrée dans la mer du Sud. Le Cauten descend du massif des Andes où fume le volcan de Chinai. 11 arrose pendant soixante-huit lieues un des plus beaux pays de l'Amérique, et nous ne saurions assex admirer avec quelle précision de vue les anciens Espagnols savaient choisir l'emplacement de leurs colonies; mais la fortune des armes leur fut bient6t contraire. A quatre lieues de l'Océan ils bâtirent Vlmpérialt, cité opulente qu'ils fondèrent en 1551 ; l'on y érigea un évècbé en 1564; les Araucans la détraisirent en 1599, sans qu'on ait jamais pu la rétablir. Le Tolten^ qui vient aussi des Andes, après une course de 48 lieues, n'offre, en finissant, qu'une baie sans abri. Le Quenle, comme le Potrero, ne donne qu'une barrière de plus pour la def<^nse naturelle du pays. Le Callacalla ou Coral^ auquel Pedro Valdivia a aussi laissé son nom, se rend dans la baie célèbre qui fut à peu près la limite des conquêtes du héros espagnol. En face de la forteresse Valdivia, après une course de 55 lieues, le Callaealla entraîne le Crucet qui vient lui-même des Andes. Valdivia est l'un des meilleurs ports du Chili. Les deux fleuves, avant de s'y jeter en s'unissant, traverseat des champs fertiles et des bois pittoresques que l'on exploite pour Lima. A 30 milles S.-S.-O. de Valdivia, le Rio Bueno, débouche encore sur le Pacifique. Sa source est dans les Andes, aux volcans de Banco et de Votuco. Il est rejoint dans ion cours parle Rio Osorno qui sort du lac même d' Osorno. L'embouchure du Bueno est ample, mais sans profondeur, entre le port de Valdivia et les eaux de TAocndbox. Après ce fleuve vous ne voyex plus jusqu'à l'Ancud que l'estuaire de Maullin, que le Rio Pefion, écoulement de l'Osorno, forme eu s'unissant à la mer (Cf. Atlas maritime de Bellin, 1764, t. Il, Amérique méridionale ^n^ 78).
1 c El Lago. • Winterling traduit par « Lago. • Le texte et la version allemande semblent désigner une ville. Cependant, lorsqu'au i«' chaut de VAraucana (oct. 66), le poète cite les sept villes fondées au Chili par Valdivia, il désigne :
m Coquimbo, Penco, An(o) y Santiago, La Impérial, Villa-Rica y la del Lago. •
La ville de Valdivia n'est pas nommée, mais indiquée par le Teste lac qui te
CQANT XXYII. 835
plus loin, les iles^ archipel fameux, et en suivant le rivage^ droit vers le midi, Cbiloé^ los Coronados S et le détroit
« Par lequel Magellan avec ses compagnons vint déboucher sur la mer du Sud, et, dans sa route vers l'occident, atteignit Jusqu'aux Moluques, en cinglant au nord-ouest. Tu vois les lies d'Àcaca et de Zabù sur la même ligne, et Matan où il mourut les armes à la main; Brunei, Bohol^ Gilolo, Terrenate, Macbian^ Mutlr , Badan, Tidore et Mate *•
trooTe à quelque distance. Pedro Valditia bâtit cette cité en 1552. Mais ici, au xxTii* chaot, Valditia est nommée déjà, c El Lago » ne saurait donc la rappeler. Aoisi nous sommes porté à croire que don Brcilla n'a point parlé ici d'une tille, mais d*an lac que représentait la sphère roertellleuse et que de sa bsguette lui montrait l'enchaateur Piton. Ce sera ou le lac de Valditia déjà signalé dans le poème, on celui de Villarica que tes Barbares appelaient Lauquen (« II Latqneu nominato dagli Spagnuoli Lago di Villarica. ■ Cf. Holiaa, /T. N. dei Chile, p. 11), le plus grand du Chili, et auquel on donne plus de 130 kilomètres de circonférence (cf. Buitamaute, Geogr. del Peni,etc., p. 315) ; ou encore le lac de Llanguibué, qu'il serait si facile de mettre en eommonication atee le golfe de Reloncavi sur l'ADCudboi.
1 II y atait sur la côte du Chili qui longe l'entrée septentrionale de l'Ancudbox un tillage de Coronado^ au letaot de Vetttro de HauUin, mais nous croyons <iu'il est plutôt question ici du territoire d'une tribu indienne, Rio de Coronadot, «ur la côte sud-est de TAncud. Les Espagnols y fondèrent une petite colonie, « San José de Coronados, ■ à peu de distance au sud de Coreotado, et qui n'a jamais eu beaucoup plus d'importance que ces comptoirs que les Portugais ont établis sur la côte occideutale de l'Afrique. Les Indiens Coronados paraissent atoir formé autrefois une tribu considérable. Il y eu atait dans le Chaco; ils faisaient partie de la nation Mataguaya qui titait entre le Pilcomayo et le Bermejo (Cf. Al- «ide d'Orbigny, Voyage dam C Amérique méridionale, t. IV, p. 234).
S Quelques-uns des noms donnés par Ercilla aui Iles Moluques ont subi de nos |ours de légères modifications. Badan n'est probablement qu'une faute de copiste pour Banda, TerrenaU est le même que Terrate ou Tematet et ils se disaient déjà Tun et l'autre à l'époque de la découterte. Cf. Francisco Lopes de Gomara, Bistoria de las IndiaSy Bibliot. Ritad., t. XXII, p. ÎI8 : c Hay muchoa clatoi en Tidore, Mate y Terrjenate 6 Terrate, como dicen algunos. ■ Machian et Hutir tout à présent Machan et Motir. La géographie moderne, beaucoup plus exacte et plus précise que ne poutait l'être celle du xri* siècle, a rapporté à des groupes distincts les lies que don Ercilla réunit sous une désignation commune de Zabà (uotre Cébu ■aitué atec son Ilot de Mactao entre les Iles de Negros et Bohol), Bohol même que Xiepert (atlas de 1861), appelle Pojol, appartiennent à l'archipel des Philippines. Brunei est sur le sol même de Bornéo ; Bruni, Bourni, Bornéo ne sont qu'un même nom. Hatan n'est qu'une ditisioo de Bomeu, et forme un petit royaume tassai de la Hollande. L'étymologie des Iles Uoluquei parait tenir de l'arabe. Ce sont les îles royales. Longtemps on a eonfbndu les Iles moluques (los Halucos, las Malucos) Atec la presqu'île de Malacea. « Us différents textes des lettres de Vespuce pré-
LU
« Tu vois ces taches de terre sur les flots^ si Débuleuses que rœil peut à peine les dibtiDguer; elles n'oat jamais été dé*
•entent cet erreurs de nolnt... Dans une lettre toute géographique du roi Banmannel de Portugal au pape Léon X (▼. Aodrea Corsali), et dans les cartes du xti« tiè» cle, cVst taolôt la ChertooDè»e d'or, tantôt le b«ird oriental du »inu* Magnui qui sont appelés Mataecn eiregnum Maloefia. L'île de Nalaï que le shérif Edrisi, août rinfluence dt* s idées systématiques de Marin de Tjr et de Ptolemee, étend * de U mer résineuse à l'eitréniite de la Chiné, ren le pays de Zend et à la c6le orientale de rAfrique, • appartient à ces mêmes fantômes de la géographie du moyen A^. Ces fantômes n*ont commencé à duparalire que lortqu'après la conquête de Ma* lacca par Alfonse d'Albuquerque, eu 15lt, la Yéritable configuration des côtes eontinent«les et leurs rapports avec les Iles de la Sonde ont été reconnus. • (Alex, de Humboldt, Géogr. du iV. Contin.y t. Y, p. 1S7-IÎ8^ Cependant bien que lea iles des épiées, ■ llalueos • , eussent été esaminées dès f Ml par Antoine Abreu, le même M. de Humboldt constate que dans les dèpèchea diplomatiques de rambassadetir portugais, Juan Meud*-! de Yasconcelos (août et septembre 15lt, Archives de LU" ôoiiR«), elles sont toujours eunfoiidues avec U péninsule de Malacea (/. c, t. I^ p. 353, note I). Depuis la eonquète d'AlbuquerqMe, et cette dénomination paraît au satant géographe la plus bizarre de toutes, « les Espagnols nommèrent les Philippines et les HoUques, comme les côtes di; la Chine et du Japon, Indicé dei Ponente > (/. c, t. V, p. lis). L'etonnemenl de M. Alexandre de Bumbo.'dc aurait pu disparaître, devant les données quM a lui-même réunies. Car nous savons, par des documents authentiques, qu'avant de connaître l*éteBdue et la forme véritable du nouveau monde, et surtout depuis que Balboa eut vu se dérouler devant lai les flots de la mer du Sud, les navigateurs, selon qu'ils abordaient à une côte ou à une autre, s'im«giuaieut qu'ils toucbai^nt à des îles, et qu'entre ces tirt il devait exister un pissage. « Colomb avait eoi<çu, en même temps que le Florentin Paul Tos« anelli, le projet hardi d'arriver A l'imle par la voie de Touest, et de s'aventurer dans la mer ténébreuse des géographes aral>es. Il avait exécuté en marin habile et instruit, ce qui jusque-là n'avait été qu'une stérile spéculation de cabinet. Cfest ainsi qu*il devint l'instrument imprévu, presque involontaire de la découverte d'un nouveau continent. U reconnut progressivement ou la connexion on U liaison mutuelle des terres qui d'abord n'avaient paru que des lies éparses dana l'immensité de l'Océan, ou voisioes de la côte orientale de l'Asie ; mais l'amiral mourut fermement persuadé que s'il avait touché à un continent, à Cuba, à la côte de Paria et à celle de Veragua, ce oitntineat faisait partie du grand empire do Kathâi. c'est-à-dire de l'empire mongol de la Chine septentrionale > (M. de Humboldt, ibid , t. IV, p. 6-7). Lorsque le continent américain fut affirmé, l'idée d'un détroit ne disparut pas, et les expéditions eurent souvent pour objet de le découvrir. Cétait à qui trouverait le plus vite ce passage entre les deux m4>rs v«cs ces flots que l'on avait pu contempler de la cordillère de Panama. Il s'agissait d'arriver avant tous les autres vert la terre dès épicesy en cinglant vers l'ouest, « El Ponente, • comme déjà on y abordait en doublant le cap des Tempères. Vaico de Gama distrait l'attention du monde de la grande découverte de Colomb ; mais lorsqu'on fut convaincu de l'existence d'un second océan, et que le Mexique se fut ouvert à la conquête espagnole, quiase et dii-ueuf ans après Gama, les yeux de l'Europe furent ramenés sur le monde trouvé par le navigateur génois (Cf. de Humboldt, t. IV, p. 80). Une route de Vouest aux Iles Moluquei, plot courte qae
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coayertes, et jamais dq pied ëlranger n'en a foulé le sol. Elles resteront toujours cachées et revêtues de ce brouillard, Jusqu'à ce que Dieu permette qu'elles apparaissent et qu'il fasse éclater ses secrètes merreilles dans toute leur grandeur.
LUI
u Et de même que tu aperçois sous sa forme véritable le vaste globe que nous habitons, tu pourrais contempler encore, si le temps ne te manquait, toute la perfection des corps ce* lestes^ le mécanisme et l'harmonie de la sphère *, la vertu et
laTOte outerte ptr Gama, était le rêve du roi Emmanuel, et il équipait des oar!» ret pour devancer les Eapagnola : i para bu&car detrecho eo aquella eotta por do ir A los malncos » (Fraucisco Lopei de Gdnara, Hiêtoria de las India», Bibl. Rivad., t. XXII, p. 211). La religion, le besoin de changer l'âme des pai> nsel da les oonvertir au chrittianisme avaient a«n8 doH<e une grande part aui voyigfS des Espagnols et des Portugais; Ton peut en toir la preuve dan» les récit» d'Ercilla; mais les intérêts de la vie matérielle y avaient iiU»si une part immense. Ainsi lorsqu*on sut que Pedro Alvares Cabrai avaii découvert de Bourelles tôter, celles du Brésil méridional {iA avril 1500), le roi Emmanuel chargra une nouvelle expédition d'abord d'eiaminrr la (erre de Cabrai, de voir si elle était coi ti^uë au cap Augustin qui poar tous formait jusque-la une !Ih dans l'océan austral: ensuite de chercher unerontede Vouest aux lies Uoluque» (Ualuco^). « Dès le voyage de G9nia« écrit M. de Humbolut, on avait enir«'vu que la ^éritkble patrie des epices était loin au deU de Calicut, dans le méridien de la (bine, peut-être même dans celui du Japon, du Zipangon. Comme c*élait vers ces rcKioos que tendaient toutes les tentatives des Castillans, en suivant les lrac<>8 de Colomb, et comme d*»p«ès la géugraphie systématique du temps, la route qui conduit à Z'pnngon et aux lies des épices, paraissait foajoiirt plus courte par l'ouest que p«*r la voie de Gama, le toi Emmmnal derait se bâicr de prévenir les Castillans dans leurs progrès ^eis le levant • (/. e.f t. y^ p. 51). Les régions où conduisait la route de Vouêit^ c'est ce que la géographie encore aventureuse du t* mps appeh it la$ Indiasdtl Ponfnte, Le génie des peuples maritimes et celui de Uurs souverains ne les trom|>aientpassur Timportance des contrées qu'ils voulaient envahir. La Hollande qui possède aujourd'hui daos rOcéanie les plus belles et les plus riches terres du monde, y règne scr dixaeaf millions d'indigènes, sur cent cinquante millions d'hectares.
A Les eipressions d*Ercilla ne disent pas si les nouvelles merreilles dont parle Fittfo enssent été déployées aux yeux du poète sur la Rkême sphère dont il a été question ji'squ*ici. Peut-être un coup de la b-gueite magique rût suffi pour les y faire apparaître, comme ailleurs un coup suffit pour faire évanouir l'image de la bataille de Lepanie (Cf. chant, xxiv, oet. 96). Hais rien u*empêche de croire que le mécanisme des globes célestes eût eié révélé à Ercilli dans une autre partie de la demeure du magicien et d'une autre manière. Toujours est-il qu'aucun motif n'autorise i voir ici uoe ressemblance complète entre la fiction de l'écrivain espagnol et l'eléganle invention que Camoens a de«elopi>ée avec t'«nt de richesse dans ses Lusiadoêf chant x«. La sphère merveilleuse de Camoens et celle d'Ercilla ne manquent pas d'analogie, sauf la diflérence de*» genr»s et des prop«»r»lons littéraires, avee le miroir magique de Battista Damioiti (Walter Scott, CAront^iie' de la Ca-
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l'influence des astres, leurs révolutions diverses, leurs mouvements, leur course naturelle ou désordonnée *.
« Mais bien que mon désir soit de te satisfaire autant qu'il m'est possible et de laisser tes vœux accomplis , il y a déjà longtemps que le jour décline, et tu as, pour arriver aux tentes espagnoles, un grand espace à franchir. » Ainsi parlait le deyin, et^ marchant avec moi, il me servait de guide jusqu'à ce qu'il m'eût remis dans le droit chemin. Là, je rencontrai aussitôt mes compagnons, qui, déjà fort troublés, allaient à ma recherche.
Nous rentrâmes au camp, juste à l'heure où nos amis prenaient la garde. L'armée perdit de longs efforts dans ces lieux pour réduire à la paix nos adversaires, tantôt par des bienfaits et des caresses, tantôt par des menaces, des sévérités, de continuelles incursions à travers les villages voisins et les métairies des barbares.
Mais notre activité ardente, nos promesses, nos offres, les accords proposés , rien ne put suffire pour ramener un peuple toujours plus endurci dans sespremiers desseins et dans ses projets
nongate). Derant la glace révélatrice, le docteur italien fait paraître sont les yeux des personnes intéressées les faits qu'elles désirent connaître et qui les concernent plus Tirement, comme, d'un coup de sa baguette, Piton éfoque pour le spectateur les grands éYéuemenis de l'histoire ; mais Damiotti ne montre que le présent ou plutôt le passé, l'enchanteur d'Ercilla fait comparaître Timmense arenir; Damiotti satisfait une curiosité indiriduelle, sur des f<«its individuels, Ereilla et Camoeos sont les prophètes de la grandeur nationale ; Damiotti est une rariante de Cagliostro, Ereilla et Camoens sont les frères de Virgile : Fiton appartient à la famille des Tirésias ; il a tout Téclat et la poésie retentissante des oracles, i Winterling :
« Und wie aaf mannigTach durehkreotter Bahn Sie batd ticli fliebn und bald aicb wieder nabn. ■
Les deui vers allemands indiquent le cours naturel des astres. Ereilla dit plus; il ajoute violentas ; peut-être songeait-il à la marche des comètes, désordonnée en appareuce.
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iûQexibles. Nous comprenions aussi combien était important le site occupé par nos armes, combien il nous assurait le centre du pays. Après une mûre délibération, il fut donc décidé que Ton se maintiendrait dans ce retranchement solide ^
Et afin de le pourvoir , contre les attaques de l'avenir, des subsistances qui lui manquaient encore (l'année s'annonçait abondante et fertile *, mais les champs étaient en herbe et ne montraient que des boui^geons), don Miguel de Yelasco y Avendano, avec ceux qui étaient le plus prêts à le suivre, et moi leur compagnon, associés à leurs armes, nous primes tous le chemin direct de Cautéo.
Malgré les obstacles, nous franchissons sans combat les passages les plus périlleux; et, à Theure opportune et prévue, nous arrivons sains et saufs à l'Impériale. Là, nous déterminons tous les habitants, les uns après les autres, par des paroles affectueuses, non-seulement à nous accorder avec grâce les vivres nécessaires, mais à nous offrir aussi leurs biens et leur existence.
Ainsi , pleins de joie, sans qu'aucune rumeur de guerre se fit entendre, avec des provisions de pain et de fruits, des grains et
1 Cette oetare, omite par Wiuterling, e»t iodispeusable à la clarté du poème et i U condoite de l'action.
t II t'agiiiait d'approvisionner la forteresse. L*anoée s'annonçait a^ee d'heureuses espérances ; mais on était au printemps encore, et il fallait des titres avant l'époque où Ton eût pu se ratiiailkr dans le pays même. Un détachement est envoyé à riBpériale pour chercher les subsistances nécesiaires i une place aussi importante que Tucapel. V^interling répand sur ce tableau de la tie des camps quelques fleurs étrangères :
€ Dtan reidilich uh roan flberall
PomoDa Ftld und Wald mit ibrcm Schmucka sitren. ■
Le teite original avait négligé Pomone, et dit avec simplicité :
« Que aaaqut «ra férlil y abondante el tfio.
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du bétatfy nous revenons aussitôt sur nos pas, à travers des pay» couverts d*lndiens paisibles à la fois et soulevés ^ et au moment où se découvrait à nos yeux la sierra de Purën, nous rencon* trons une escorte de soldats, nos amis espagnols, qui venaient nous garantir contre les dangers de la route.
Le soleil, déjà précipité à Toccident, avait plongé ses rayons dans la mer. La nuit allégeait pour nos troupes le poids de la fatigue et des travaux qu'elles avaient endurés. Mais^ aux premières blancheurs de l'aube, se mettent vivement en marche, à grand bruit, nos botes chargées de bagages et les troupeaux à l'abri des escadrons qui les enveloppent de toutes parts.
J'étais de Tavant-garde et allais à la découverte, dans la profondeur d*un vaste et sombre défilé, lorsque je vis passer sur le chemin, d'une course rapide, une femme, dont l'extérieur annonçait une âme troublée. Je volai sur ses traces, en pressant de l'éperon les flancs de mon cheval, et je ne tardai pas d'atteindre la fugitive*. Désire- t-on cou naître la fin de cet incident, qu'on lise avec attention le chant qui va suivre.
1 € Per it liern
De paciQcos iodio* j aitcrados. »
Winterling traduit areo bonheur :
«Indem wir rQ-kwirls naeh dem Lager unMrn Lauf
Durehê Land der freund- und feindgetinnten Indier richlen. •
Tous étaient souleTés, mais ils feignaieot de ne Fètre pas. C'était ane sonmiitioa trompeuse, à laquelle deYsit bientôt succéder la gnerre, comme au calme la leropète.
s GrainTille, qui a traduit arec quelque succès tout l'épisode de Glanra (Cf. les Quatre Saisont eu Pamataê^ par Kayolle, automne de 1806, t. Vil. p. 190-199), fait ici une siiifçulière méprise: « Je pique aussitôt des deua, iraduit-il, et je cours à sa rencontre • (p. 190) Cela est tout à fait impo»sible. Le teste espagnol dit troi ella, Glanra était passée, et le poëta court après elle, et, comme il est à chCTal, il n'a aucune peine à Talteindre.