‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 18 sur 40 · XXX IV · texte numérisé non relu

XXX IV

C'était chose merveilleuse que Tanimosité de ces deux antagonistes, uniques au monde par la valeur. Tels étaient leur préxoyance^ leurs artifices, leur souplesse, leurs attaques, leur habileté à se frapper et à se couvrir, que J6 crains de ne pouvoir, avec une plume aussi Taible, vous retracer dans les termes convenables, la bataille la plus singulière et la plus acharnée dont le récit se soit conservé parmi les Barbares K

Les chances de la terrible lutte étaient toujours égales, et les coups se pressaient avec tant de vigueur de part et d'autre, que les plus légers meurtrissaient les chairs et ébranlaient les os '. De tous côtés, l'air répète le fracas des armes et la respiration rauque des guerriers. Si grand est le bruit et le cliquetis du fer que vous diriez d'une armée immense '.

1 Winlerling a supprimé celte ocltve, sant doute parce que don Erciila y reproduit uue idée qu'il a exprimée déjà daut l'octave 29« :

« Quién por ettilo igiial dtcir pudiert El furor dttstot barbares guerfero* ? »

Uais qu'y a-t-il d'étonnaot que le poëte iosiste tur le tenliment de aon impuif • tance, lorsqu'il noua dépeiut le cartel le plus étrange de toute suu épopée, entre les deux herut les plu» formidables de l'armée barbare ?

s ■ Rumper hueso • est susceptible, cumuie dans notre idiome françaig, d*ane accepliou métaphorique. Winterliug traduit avec uue hardiesse toute germanique :

« DtM von dem trhwtehsten, Flei«rh und Knochen Wie Wachê urnalmot wurden und zcrbrocben* •

. 11 ajoute même à Toriginal une comparaison qui n'est nullement étrangère au style habituel d'Ercilla.

» Cf. Virgile, En., VIF, 707 :

« ... Magniqne ipse agminii instar. »

et mieux encore L-Ute, I, Î3 i « InfesUsque armis, velul acies, terni juTf nef, magnorum exercituum animos gerentes» coucurrunt. >

Kengo porle un coup vigoureux à Tucapel et le lui assène si bien sur le casque, que l'ennemi voit la terre toute jonchée d'étoiles. Il reste la télé éperdue ; mais il retrouve ses sens, et, blasphémant le ciel, de cet irrésistible essor qui lui est propre, il atteint Rengo avec tant de rapidité, au moment où Vautre se replie, qu'il ne lui laisse pas le temps de se mettre en défense.

La masse tombe avec pesanteur et sans obstacle et s'abat contre la tôle de Rengo d'une telle violence que tous le réputôrenlmort*, et il resta quelque temps comme assoupi; mais à la fin, réveillé par le danger môme', le casque tout faussé, il se redresse •, et, ftirieux, pousse à Tucapel. D'un coup il lui rompt la poignée de son arme.

t Winterling exagère le lexle d'ErcilU :

« Und ibn fOr todl xur Erde niederslrecket. «

Il reste deboot, mais étourdi un instant du coup qu'il vient de recevoir. Se en*dereza ne signifie pas quM se relève, mais qu*il se ranime et redresse la tète. Abattu, il pouvait être achevé d'une seconde atteinte, et Ton ne voit pas que Tucapel ait rien tenté de semblable. Si les lois de la chevalerie s*y opposaient, il y eût en lien de le dire, et Ercilla garde sur l'incident un complet silence.

t « Mas d«l nismo p«Hgro al fin deipierto. »

Rivadeneyra offre ici dans son édition une légère variante :

« Mas del pellpo y del dolor despierto. »

"Winterliog avait sous les yeux un texte analogue :

« Docb diescn maebl Oefahr und Sc'imen bald wiedtir wach. ■

Mais rexprcision donnée par Rivadeneyra a le désavantage de ressembler beaucoup trop à celle que nous a présentée l'octave 30* :

« Qne e1 estruendo del golpe y dolor flero Le defpertô del suefto del priincro. »

3 « La abolUda celada se cndereza. »

Le sujel du verbe est Rengo, et • la abollada celadi • CRt an incident do la

phrase qui n'appartient pas à sa construction directe, une sorte é'ahlati absolu^

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