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A la vue de son adversaire privé de sa massue (elle avait saule au loin, brisée en deux tronçons), lui-même jette la sienne par terre avec mépris, et prend en main sa puissante épée. A ce moment, Tucapel attaque de nouveau, le glaive au vent, haut et suspendu sur le barbare ; mais Hengo s'esquive de côté» et le coup est lancé en vain.
Le glaive ne frappe que la terre, et, malgré la dureté du sol, une grande partie de la lame y plonge et y reste enfoncée. Pendant qu'il est ainsi empécbé et retenu dans l'embarras, Tucapel reçoit en travers une blessure. Son brassard gauche tombe abattu d'un coup oblique avec la chair qu'il recouvre. Rengo voudrait redoubler son effort; mais il ne le peut. Déjà il voit descendre l'épée énorme et tranchante.
Recueilli sous son bouclier, il attend le coup démesuré. Le fer partage le bouclier en deux morceaux, entaille le cimier et le haut de la tôle. L'Araucan demeure étourdi, et peu s'en faut qu'il n'aille mesurer la terre ; mais le rare courage et l'intrépidité qui Vanimept; le relèvent de sa profonde douleur et de son trouble profond.
L'atteinte ne l'effraye point et ne le fait pas reculer. 11 songe
comme disent lei prtmmairient de la langue latine. Winteiiing traduit de manière à laitser croire au lecteur que Rengo est occupé de rajuster ton arme :
« Er felit den eingedrûcklen Hclm sich tcbnell Xurecht..M. •
Si Ton tenait à faire de cel<ida le sujet de la phrase et de despierto riucideot, toujours faudrait-il encore sous le casque se représenter la tète du héros qui M rc dresse avec loi, mais la tournure serait forcée et Tiolente.
CUANT XXIX. t99
plutôt à une cruelle vengeance, et, plein de furie, enflammé d'une colère qu'irrile encore ce nouvel outrage, terrible, il porte un coup de revers, et son arme se décharge avec tant de force et une telle impétuosité, que, n'eût-elle rencontré une cotte de mailles si puissante, Rengo coupait son ennemi en deux à la ceinture.
11 s'est engagé si avant, qu'il ne peut plus éviter un adversaire trop rapproché. Aussi, il Jette là son bouclier rompu, et par nécessité recourt à la force de ses bras. Tucapel, fier de ses membres athlétiques et robustes, à l'instant l'attaque, et le serre lui-même avec tant d'énergie qu'il eût déraciné un énorme et solide chêne.
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Mais il avait à combattre Rengo dont personne ne triomphait par le courage, et qui, entre dix champions aussi bien qu'entre six on en face d'un seul adversaire, l'emportait toujours par la vigueur et l'agilité. Une fois aux prises, ils s'éprouvent, et chacun, de vive force et avec d'égales ruses, cherche le moyen de vaincre l'art et l'adresse de son rival.
Poitrine contre poitrine, ils se poussent^ ils se pressent et se débattent avec une agitation furieuse. De leurs bras^ ils forment des nœuds si redoutablesque malaisément ils peuvent reprendre haleine. Ils joignentàrhabileté des efforts nouveaux, et, avides de la victoire tous deux, je le répète, déploient toute leur vigueur pour tâcher d^abattre leur ennemi dans la poussière.
C'était assurément un spectacle plein d'effroi que de les voir ainsi se saisir de leurs mains robustes et dures, tout couverts de sang et d'une sueur abondante, la face et les yeux enflammés, le souffle rapide et haletant, tendre leurs muscles, gémir d'un
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son rauque^ sans montrer un instant de fatigue durant la Journée entière, sans avoirni l'un ni l'autre aucune supérioritë^ aucune chance de succès.
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Tucapel, courroucé et bouillant de rage^ s'accuse déjà de faiblesse et pense qu'il lui est fait affront. Il laboure et retourne toute la carrière, chargeant avec vigueur l'ennemi d'un cOté, puis de l'autre. Avec une adresse consommée et de prudents artifices, Rengo^ plus recueilli en sa force et plus contenu, soutient sa renommée, combat à outrance et garde un espoir égal du triomphe.
XIAII
Son ennemi s'est trop avancé. Il le voit, et veut le faire trébucher sur la Jambe droite. Mais Tucapel se replie à temps, soulève de terre Rengo contre sa poitrine, et, l'emprisonnant de ses muscles vigoureux, il l'étreint, il le secoue, il le serre avec tant de violence que, lié dans ces nœuds indomptables, son rival ne peut ni retrouver terre, ni reprendre haleine.
XLVIH
Déjà, il croyait pouvoir ainsi achever sans aucune peine la bataille, lorsque Rengo, employant toute son adresse et toute sa puissance, par un effort suprême^ sait reprendre pied et s'affermir sur le sol. Aussit(^t, s'y appuyant avec force, il tourne d'un élan brusque, se dégage, et emporte, dans ses mains serrc^es, tout ce qu'il avait saisi, quand U se tenait vivement cram^ ponnéà son antagoniste.
Tucapel fut un instant tout hors de lui-môme. Il chancelle à droite et à gauche, et Rengo, entraîné par son propre mouvementj va de ses deux genoux toucher la terre* Puis, l'un et l'autre courent avec vitesse à leurs armes. Chacun fait voler en éclats le bouclier de son ennemi, sous une tempête de coups impétueux, plus violents qu'au début et plus formidables.
L'asBemblée était saisie de surprise à la vue d'un (el courage et de cette inflexible valeur. Déjà, ils étaient couverts de mille plaies; leur sang rougissait le sol humide; leurs cuirasses et leurs boucliers étaient brisés; el nul terme, nulle issue, ne s'offraient pour cette lutte, si ce n'est que l'un des guerriers restât mort sur la place, et il semblait plus certain que tous les deux y devaient rester à la fois*.
Rengo dirige contre Tucapel un coup qui retombe en travers sur le bouclier. Vainement l'armure est garnie d'énormes cercles. Le tranchant y pénètre comme dans un cuir flexible, et l'épée ne s'arrête pas à cet obstacle ; elle fait une large coupure dans le cuissard, tranche un double haut-de-chausses, épais tissu, et plonge dans les chairs jusqu'à l'os.
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Il n'y eut cœur si tranquille qui ne fît sentir dans la poitrine quelque battement, quand on vit l'air terrible et le visage furieux de l'impatient barbare offensé. Il Jette loin de lui les pièces de son bouclier, et, en proie à une rage infernale, si haut il lève son ëpée, que personne, je vous le jure, ne se crut alors à l'abri de son atteinte.
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Prends-y garde, Rengo! gare! gare! menaçant, irrité, d'un essor irrésistible, il descend le coup de cette main, la plus vaillante qui jamais ait manié une épée barbare. Mais que celui
1 SretlU, comme tout les grtods maîtres de la poésiOf sait intéreHcr la foule à l'aclion qui se développe devant elle. Jamais le drame de VAraucana ne se passe dans le vide. L'héroïsme a des spectateurs que la lutte agite et inquiète. Cette narration même nous offre de cette habileté de récrivain plusieurs exemples. Cf. infira, oot. 5t«.
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qui attend la fin de ce combat me pardonne si je laisse à cet endroit mon récit interrompu , je pense que^ de la sorte, il m'attendra d*un plus vif désir*,
1 On peut ètr« surpris de voir don Ereilla suspendre deux fois la marche de VAraucana an milieu même d'un récit, a la fîo du xy chant, avant d^avoir aeheTé la description de sa tempête, et à la fin du chant xxix, avant de nous avoir appris le résultat du cartel entre les deux Barbares. Ce nVst pas là nue division rationnelle de Taetiou. Mais il est i propos de nous rappeler ici que ce partage est purement matériel. Il n'est pas fondé sur la conduite de l'épopée, et indique seulement des dates d'impression. Cf. ch.xvi, note I.