‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 2 sur 40 · II. • i · texte numérisé non relu

II. • i

et que je pourrai le relever en parlant du beau début que le roi notre maître a donné à ses exploits par Tattaque et la prise (Je.Saint-Quen tin, tandis que, le même jour, les AfalîpiL/ètimus livraient aussi un assaut au fort de la Vôncepcion^ Je -dirai encore la terrible bataille navale où :• :*::lô*«taleUréàyvd^on Juan d'Autriche resta vainqueur au golfe de Lépante. C'est oser beaucoup que de vouloir mettre deux événements si considérables en si humble place; mais les Araucans le méritent à coup sûr. Il y a plus de trente ans en effet qu'ils soutiennent leur cause, sans que jamais les armes leur soient tombées des mains, non pour défendre de vastes cités et des richesses ; car, de leur plein gré, ils ont eux-mêmes brûlé leurs maisons et leurs domaines, afin de ne rien laisser à leur ennemi dont il pût jouir. Ils ne défendent que des terrains arides, quoique plus d'une fois abreuvés de notre sang, un sol inculte et pierreux. Toujours ils persistent dans leur ferme et inébranlable résolution, et offrent ainsi un ample sujet et une carrière étendue aux écrivains. Je laisse de côté une foule de choses et les plus importantes ; j'écris seulement pour celui qui voudra prendre lesoin de les traiter*. Pour moi, je ne regretterai pas mon travail, s'il est accueilli avec la même bienveillance que je l'ofire à chacun.

1 C'titt le même sentiment que Cicéron [Drutusj LXXV) prête à César rédigeant fes Commentaires. Mais qu'il nous soit permis de placer ici, à propos d'Ercilla, la belle réUexionde l'orateur sur rhisloirede la guerre des Gaules. En Toulanl fournir des matériaux à l'écrivain futur, fait-il observer, César a pu Causer quelque plaisir à des geos bornés qui seront tentés de friser et de boucler son style [calamûtrù inurere) ; pour les gens d'esprit il leur a fait tomber à jamais la plume des mains. Plusieurs auteurs ont, en effet, repris le sujet de VAraucana. Mais aucun d'eux n'est parvenu à se placer à la même hauteur ni à donner à ErciUa un véritable rival.

So)i«Aiai. — Fin de U tempête. — La galère eapitane aborde Tile de Quiriquina. — Les Kspagnolt t'y retranchent pour la mauTaise MÎton, et s>fforcent de gagner les insulaires. — Ceux-ci, effrayés par de terribles pronostics, cherchent un refuge sur le continent. — Les caciques araucans se réunissent en conseil au val d'Oogolmo. — Discussions violentes de celte assemblée. —Querelle de Peteguelen et de Tucapel. — Eloquence persuasÏTe de Coloeolo. — Pour mieux connaître les projets des Espagnols et pour les attirer sur le ritage d'Arauco les chefs barbares eoToient Millalauco en ambassade vers don Gareia i.

Courage, ô ma voix épuisée I Domine ce brull confus et ces tristes plaintes. Que les efforts et ton énergie imposent silence au tumulte de la terre et des cieux; et qu'avec sa trompette puissante et sonore, soutenant Fardeur de mon haleine affaiblie, la Renommée fasse retentir toute la surface de notre globe avec le fracas des armes et dise de quelle violence s'anime une nouvelle guerre.

Accordez-moi votre faveur, Roi sacré I car je pense qu'elle seule peut me porter remède, et dans un si grand péril je ne découvre plus que votre étoile pour me sauver encore. Considérez oi!i m'a jeté mon bon vouloir. Aidez mes accents en leur prêtant l'oreille. Dès que les vagues irritées vous verront attentif, aussitôt s'apaisera leur agitation furieuse.

t Nous avons exprimé (t. I^ p. 11, note I), quelque doute sur l'authenticité des somtnaireg que présente le texte espagnol d'Ercilla. Bien qu'ils soient insuffisants et que nous les ayons modifies pour la clarté du récit, ils nous semblent aujourd'hui appartenir de plein droit à l'auteur. Nous n'avions pu coosulter jusque-là l'édition prtncep* d'Ereilla, celle de 1569. Elle renferme les arguments tels qu'il les a réellement écrils poir les quinze premiers chants. Toutes les éditions postérieures les out reproduits arec exactitude, et leur authenticité nous paraît désormais incontestable.

Reportez vos regards sur votre vaisseau et secourez-le dans sa grande détresse. S'il est permis de le dire, quoi que fasse rOcéan orgueilleux dans sa lutte contre les lois sévères du destin, bien que, arrachant les écueils de leur base^ il confonde ses flots avec la voûte du ciel, oui, J'en suis sûr, tout est soumis à votre décision *.

J'espère que mon navire mis en pièces doit arriver au port désiré et qu'il domptera la haine et l'opiniâtre persévérance do la mer qui l'assiège et du vent fougueux. L'une et l'autre ne s'efforcent ainsi de suspendre sa marche que pour différer l'heure fatale où la cause de l'antique Arauco, défendue avec acharnement, doit être vaincue par vos armes.

i Les deux teites espagooUde 1840 et de 1851 termineot iei nettemeot la phrase; et pour les deux éditeurs la pensée du poète se peut résumer eu ces mots : « La fortune de Philippe U est asseï puissante pour que les désordres les plus extraordinaires de la nature s'apaisent devant elle. > UoctaTe i* exprime la eonséquence de eetle affirmation. La Coptlane, qui porte Ercilla, bravera les flots et les vents. Ils ont beau être conjurés, ils ne sauraient prévaloir contre Tétoile du souverain qui doit vaincre TArauco. Winlerling, en respectant ridée, a donné aux mots un autre arrangement. Il place un point d'arrêt à la moitié de la 3* octave, et unit la seconde partie au début de Toctave suivante. Les deux octaves n*ont pas entre elles, dans la phrase de Winterling, une marque de séparation aussi complète ni aussi tranchée que dausBaudry et dausRivadeoeyra. Et voici quel serait, d'après la version de Nfirnberg, l'enchainement des idées : • Malgré la violence de la tempête qui se déploie avec fureur, contre Tordre des Destins, cependant mon vaisseai» doit arriver à bon port, et atteindre le rivage que les armes de Philippe H soumettront à son empire »

Page 1