OCTAVE III
OlMchon dei Ueerei tlolzer Ueberraulh.
Du wider des GeKbickea Scblu«s •icii slraQlMt, Die FcUen ans dem Grand wûlht und nit YTaUi Gen Bimoiel die gelhiknnten Wofcn treibet :
OCTAVB IV
So dirf ieh doch der feslen tJeberteugung leben.
Dm dea gew&iuehlen Port mein lecket Scbiff gewinnt, etc.
La première ponctuation nous semble préférable, et le sens que nous avons adopté avec le vieux texte, nous parait faire mieux ressortir r influence qu*Ercilla veut attacher aux infaillibles auspices do roi d'Espagne.
Let quatre élémenU terribles, conjurés contre le fkible galion y francbîssent leurs limites et It demeure qui leur est assignée : leur désordre est extrême» Sans frein, fiolents el courroucés, ils méprisent le joug, se soulè?ent et se conrondent comme aux Jours de leur Tieille discorde^ lorsque, avec une indomptable vigueur^ ils se mêlaient dans le chaos primitif.
Assailli par de si grands adversaires, le navire fàtigné vognait, l'un de ses flancs presque submergé, et luttait contre les ondes puissantes; mais, vaincu enfin par la rage du vent et par la mer, il ne peut résister davantage et s'avance contre les roches aigués et escarpées que fouettent les vagues en courroux.
Avec l'angoisse de la mort présente, redoublent les cris et les plaintes, qui, portés par l'impétueux Zéphyre, vont frapper au loin la rive caverneuse. Pilotes, matelots, soldats, comme en délire, sans ordre, courent de toutes parts. CeuxH;i disent : m Laissez porter I » ceux-là : « Étarquons I » Tel qui devrait voler à l'écoute saute sur la drisse '.
L'un fait obstacle à l'autre, et, troublé par la crainte, s'embarrasse lui-même *. Il en est qui se confessent à haute voix et
1 Le Iceteor a dû être frappé plot d*ane foit des eontradietioM et det impoaiibililét que le laaf af e de. nos ronaaeiert ntodeniei préteate trop sooveat aai yeax da naaria. Oaas leort deieriptioni faatattiqaet, let coaaiaDdeaMatt tembleot diclèt poar perdre le navire aa lieo de le tauTer, tant qoe let erit eonfut toieot, oonme iei, le rétnlUt da détordre et de la terreur. Poar ee passage eoBsoie pour let dernières oetavet du chaat xv*, août aTons ea la boane fortoae de pouvoir eoataller, sur le elM>ix de aot teraiesy deux bommes qui savent le nieux leur Amérique do Sad et qai oat le plus pratiqué son vaste littoral. MM. Loob Doyoel et Guilleaot, avec ane inépnisable obligeance, ont bien voulu aaettre à notre disposilioa lear coonaissaace de la vie nurilime et une expérience tecbaiqoe toute spéciale.
* Wiaterltof ajoute ici an texte d'Ercilla un trait qui est peut-être conforme
c l'araucana.
demandenl àDieu pardon de leurs ëgarements. Celui-ci exprime des vœux formels, celui-là une promesse; un (roisième prend congé de sa mère absente^ et Texcessive terreur augmente toujours les cris, les prières et les gémissements.
Cependant la Toûte céleste semblait tout entière crouler avec fureur sur nos têtes, et la mer que soulève Forage, monter au ciel avec ses ûots gonflés d'orgueil. Qu'est-ce donc^ ô Dieu éternel et souverain^ 7 Est il d'une telle importance d'engloutir un
rexittenee habituelle des mateloU, mais qui est fort étranger k la tltuatioa déseipérée de tout l'équipage :
« Ddr flucbtel Uul m
I Souveoir de Virgile, agrandi par Ercilla:
« Hea I qaoaitin Unli cioxeranl «Uiert nimbi
QnidTc, paler Meplun«, p»ru ? •
{En., y, 13-U.)
II est difficile de ne pas reconnaître dans la peinture d*Ercilla, malgré les nombreux souvenirs de rantiquité, une poésie qui lui est personnelle et uoe judicieuse observation de la nature. S'il se rappelle Homère, Virgile et Lucain, il a présent aussi sous les yeux le spectacle qu*il a contemplé dans la mer du Sud et qui Ta épouvanté avee tous ses compagnons d'armes. U . Sainte-Beuve attache avec raison une haute importance à cet élément nouveau qui tient & IVxpérience de chaque écrivain et qui ajoute des traits d'originalité heureuse à uoe matière qui est la propriété de tous. Consultes, à cet égard, au Moniteur Universel (lundi, 9 octobre 1854) un article composé à propos d'une charm^mte édition des Œuvres de Chapelle et de Bachaumont. M. Tenant de Lalour, qui était un esprit très-cultivé et on docte bibliophile, père de notre savant et spirituel Jbirien, venait de publier celte édition, et dans l'article qu'il lui consacre, M. Sainte-Beuve cite nn récit de voyage par Parny et une description de tempête durant une traversée à l'île Bourbon. • ( ette tempête est asses bien, dit l'excellent critique; mais elle est si générait de traits et de ton que l'auteur l'a pu mettre ici ou là sans inconvénient. Quelle différeuoe avec la tempête qui se lit dans le Journal du voyage à l'ile de France de Bernardin de Saint-Pierre et que ce dernier essuya entre le cap de Bonne-Espérance et le canal de Mozambique. Ici, nous sommes revenus à l'antique, i la primitive et unique manière d'observer la nature elle*même, sans souci des livres des beaux esprits de la capitale, ni des coteries littéraires, avec vérité, application vive et présente, et, quand il y a lien, avec grandeur. • tt. Sainte-Beuve cite nu fragment très-remarquable de cette peinture, et il ajoute : • Voilà bien, avec la précision de plan qui est propre aux modernes (quand ils s'en mêlent), voilà bien dans ses grands traits une vraie tempête telle qu'elle a été peinte plus d'une fois par Virgile et surtout par Homère, lorsque Ulysse tentait son vaisseau se disjoindre sous la colère de Neptune et le naufrage prêt à l'ensevelir. 0 nature graude et sincère, enfin, après bien des siècles, tu es retrouvée. • Les qualités reconnues et applaudies par M. Sainte-Beuve chez Bernardin de Saint-Pierre, je les constate et je les admire dans Ercilla, disciple des anciens et de Tltalie, mais observateur sérieux de la nature et nourri des mâles enseignements de la vie pratique.
CHAMT XVI.
frêle vaisseau, pour que la mer, le vent et le ciel déploient ÙDsi toutes leurs forces et toute leur puissance?
Non, la barque d'Amyclas ne fut pas attaquée avec un semblable acharnement par le vent et les flots *, cet esquif qui, tonné à*uii bois fragile , portait les deslins et la fortune de l'univers; non, le vaisseau d'Ulysse *, ni la flotte qui échappa d'ilion à son dernier jour ', ne virent pas se dt^chaîner le vent avec tant de colère, .ni la mer bouillonner à une telle hauteur *.
La hardiesse et le courage les plus fermes faisaient place aux inquiétudes de la peur; Timage effrayante de la mort était peinte sur toutes les figures; ils n'osaient plus lutter contre leur destin, et sans espérer désormais aucun remède, abandonnaient au sort les rênes, et, de toutes parts^ couraient égarés *•
t Cf. Lacain, Phart.., V, 504-699.
« Cf. Homère, Odyu., V. 291-331.
' Cf. Tirgile, En., I, 85-1 S7. Il l'agit bien de It flotte qu'énée eontniitit à Aotaadrot. Les vers d'KrcilU ne laiieeat aucun* place à rbésitation :
« Mi la armada
Qaa da Tro^a eseapô el àltiMO dia. »
Wlnt«rliog voit ici TcMadre des Greci qui retournent dans leur ptirie, après la ehnte dUlion.
« Noeb jane Flotta.
Auf welcher Troja'i Strand der Griach«B Hacr VerlitM »
^ ToQlet ces- allusions mythologiques et littéraires étaient fort goAtées des contcaporaios d'Ercilla. Le savoir et mémtf la recherche du savoir dans les développements delà poésie ne choquaient pas autant au seizième siècle que de nos jours. Le génie de .Shakespeare, celui du Tasse même, beaucoup plus épuré, présentent quelquefois ce mélange hizarre du naturel et de la pré'emion, dont vous découvrez quelqvet traces jasque dans les chefs-d'osavre du règne d'Auguste. Virgile, Horace, Properce, ne se sont pas dérobés toujours à l'action de 1* École d'Alesandrie. Lueaia, le grand eorrupteur du goût espagnol, est tout hérissé de science pédaulesqae.
> 11 n*y a dans ce passage qu'un emblème, un* métaphore :
« El g obiemo dejaban â lot badof , Corriendo acâ y alla desalinadot. * )
Lorsqu'un coup de mer irréBÎstible, poussé par un affreux tourbillon, 7ient en mugissant rompre Tamure de la grande voile, malgré sa puissance, et inonder de flots le galion près de sombrer. Mais à ce moment survint un hasard étrange ; le bout de la misaine abandonnée à elle-même S dans le rapide mouvement qui l'agite, va heurter sur le bec de Tancre amarrée et y reste engagé.
Et, comme si ce n'ept été qu'un pieu mal assujeti, de sa place la voile l'arrache et l'emporte ; chassée^ ramenée par le vent, la masse de fer renverse, brise, détruit tout sur son passage. Mais Dieu qui n'oublie pas les siens, quoique parfois il diffère sa protection, fit que dans le beaupré l'ancre alla par bonheur fixer sa dent mordante.
La Yoile s'arrête, et & l'instant le navire gouverne en ligne droite, et malgré la fougue de la mer et du vent, le timon tourné à bâbord , il s'élance au sud-ouest. Si grande est notre Joie subite , que notre flme encore effrayée, dans sa surprise, peut à peine contenir ensemble au même instant l'excès de l'allégresse et l'excès de la douleur.
Aussitôt que cet heureux et soudain transport eut chassé loin de nous la crainte et le désespoir et rendu à nos veines le sang déjà glacé dans nos membres défaillants, la troupe confiante et religieuse tourna vers le ciel des yeux baignés de pleurs, et
WÎDterliDg a prif les mots dtnt leor teof positif et technique ;
clfun, da der 1«txU Hoffaanitfatrthl fetehwandeo,
Ptnd nu fBr^t die Arbeil eintu«t«Hea.
Dm SUaemidar angvbanden
Trieb d«r lencbellte fUel vor den «npArlen Wollen. »
1 Cf. mtprû, t. I, eb. xr, oct. 79*.
CHAHT XTÎ. 9
offrant à Dieu u prière et un pieux iiommage, lui rendit grâces de son bienfait *.
Cependant la mer gonflée et furieuse et le vent qui toujours mugit indompté^ attaquent à grand bruit le navire; laaîs quels que soient leurs efforts, rien ne Tant à leur acbamement inutile; car la forlune de Felipe avait pris le vaisseau à la remorqua et l'entraînait après elle au-dessus des hautes vagues écumanles qui ambitionnaient encore de submerger les deux.
A ce moment Fépais brouillard qui nous enveloppait, dispersé par la colère du vent, nous laisse voir à Test la baie de la Herradura 'et File escarpée de Talca vers le sud. Charmés de cet événement heureux, à l'aspeet de cette terre d'Arauco qu'appelaient nos désirs, de ce cap de Penco * qui se montre à nos regards, nous arrivons, vent arrière, sur le port.
t Cf. eb. i**, oel. 32 ; infra, ch. xizr, oet. 42 et $toia,
t ■ La Herradora > est deTCon un nom propre. U sifaifie prinitiTameat ■ la fer à eberal • • C'est aae déaoaiinatioa qoi coaTÎeol en effet et qui i^ett appliquée & plna d*aae baie du nouveau monde. Winterling traduit, avee uaa heureuse extatitnde, ■ das Hnfeisen •• Il y a, un peu au sud-est du port de Coquimbo, uae autre Herradara, célèbre par ses exploitations métallurgiques. La première se dessine au Bord de la baie de Concepeion. Cf. Frésier, p. 117, pi. 18.
s c El morro de Penco, • le Grouim de Penco. Certains proflMWtoires, des roebert et des tles entières ont reçu des noms caractéristiques dus à leur forma et à leur apparence. Ainsi, nous disons en Frince même la GrouM iê Ctmealê. Dès les temps ancioM, la saillie nord-ouest de la péninsale dont la cap des Aroowtas (Guardafui , o«, plus eiaetemeat, Djardafoâo) forme Tangie nord-est, portait le nom de lEUfCf -A 2(<K (Cf. Strabon, XVI. 4, g 14, édit. C. Hailer, ^ 659) ou de JM^vt^f^ "EUfOK (Cf. Geogr. Grcci min., t. I, p. 264), et les ArabM Paat taajoars appelé I Bâs-al-ril «, c'eat-â-dira ■ U tète de rélépimat •. (Cf. U Nord éê t Afrique, p«r M. VMen de Saint-Martin, Paria, US), p. SSS). BnHon, ea hardi explorateur [Voyagé êmm grande Imcê dêl'Âfriquê orùntaU, trad. par ■»• Loraan, p. 25 1), signala anasi dans un distriet de TUgogo «ne rampa da syéaite à laqneUa laa in* digèuea donnent le nom da Mgongo-Thembo, on dôi d'élépiamt.
Des montagnes qoi se tronTcnt près da ITambonebore du Biobio, portent à eauaa da leur forme même (Cf. in/^a, p. 10), la nom da Jetas del Bioèio; at è U bsaa da la prasqn*ne du eap Vert, au Sénégal, entra Tlle de Goréa at U pays das Toloffi, de» banteon doivent è la même eonflpration leur nom da MamêlUê, À pan da dltlsnea, dent autres montagnaa, mains élevées, maia d*nna apparanee analagne, ont enaora été appelées par les navigatanrs, tm PHiUê Mamelles (Cf. Ballin, Attûs wmrHimê, t. Hl, n. fS). Ifons pourrions mnltipllar las aaaqiplee.
11 est prolégë par une pctile lie qui résiste à la ureur du Nord déchaîné et aux continuels coups de mer qui, de ce cô(é> brise avec violence. De sa pointe longue et recourbée, elle forme un golfe défendu et sûr, où les navires fatigués, je le répète, trouvent un asile paisible et un tranquille refuge *.
1 La baie de la Concepciotif si bien décrite par Krcilla, eit une des plus belles et des plus sûres, on e£fct, que présente toute la c6le du Chili. L'tle dont parle le poète se nomme aujourd'hui Quinquina. Elle forme la baie avec la longue pointe de Turobes qui termine la presqu'île de Tatcahuano. Sur le littoral de Tintérieur, trois ports méritent d*ètre signales ; ce sont ■ Puerto Tome, » — « Cerrillo Verde, ■ — et « TaIcabuaoo. ■ Le rio de la Concepcion ou du Ptnco, le rio Andi«lien ou de San Pedro, sont les principaui tributaires qui déversent leurs eaux dans cette baie célèbre, té> nioin de tant de combats enire les Espagnols et les Araucans, et, en 1817-1818, entre les royalistes et les indépendants. Cf. Bustamante, Geografia del Perûy Bolicia y Chile^ p. 290, etc., et p. 342, 343. — Le traducteur français de 18U et M. Winterliug donnent à l'île de Quinquina le nom de Talcahuano, sans doute à cause du voisinage de la péninsule. Mais il y a là confusion réelle entre deux localités fort distinctes. Nous ne devons pas nous laisser tromper par les apparences. Trois fois Ercilla parle des domaines de Talcaguauo (cb. iv, oct. 88; xvi, 17; xxi, 40), une seule fuis, et c'est au xvi« chant, il leur donne le nom d'û/a. Au chant xxi, il déclare encore que la terre de Talcaguauo est entourée par la mer, ■ Que cifie el mar su tierra y la rodea ; • mais le poète ne veut parler que d'une péninsule; VUe de Talca a un point d'attache au continent : le vers dn it« chant le dit assex clairement :
c Que tu lierra
La cine eûsi en terno el nur j tierr». •
Nulle part, Ercilla ne préteai que les Eipagnols aieut abordé à Talcaguauo; ils ont à l'est la Herradora, au sud, l'île de Talcm, c'est-à-dire la presqu'île de Talcaguauo désignée sons le nom du fils même de ce cacique, mais îls trouvent un port ailleurs, à l'abri d'une île, • de una îsleta. > Cette Ile, où ils sont complètement ou sûreté contre les barbares, où les Araucans n'ont aucun moten de parvenir parce qu'elle est tout à fait séparée du littoral, est Quiriquina,
Voici la description que l'ingénieur Frézier donnait, en 1716, de la baie et de ses mouillages : « Après avoir dépassé l'île de Sainte-Marie, nous ne tardâmes guère à voir les mamelles de Biobio (las Utas de Biobio), qui eu sont éloignées de dix lieues an nord-est. Ce sont deux montagnes contiguës, de hauteur et de rondeur presque uniformes comme deux mamelles, si reconnaissables qu'il est impossible de s'y tromper. Nous fîmes route pour entrer dans le port de la Concepciou, recounaissable par l'île de Quiriquina, à deux lieues au nord des Mamelles. Cette île est un peu plus basse que la terre ferme, avec laquelle elle forme deux passages ; celui de ou«sl-snd-ouest u'est guère praticable pour les grands xaisseaux, quoique en cas de besoin on puisse y puser; mais, à moins de le bien connaître, il est dangereux de se hasarder parmi une baie de pierres qui s'avance beaucoup vers le milieu. Comme le passage du nord-est est large d'uue demi-lieue, et sans aueun danger,
Sansètie guidé, noire galion, dépouillé de ses agrès, s'arrête derrière le baat abri d'une sierra; il est fixé par le câble puis-
BOQ) eDlrifo«t âanft la buie de nuit... Noui mouillâmet aa tad de la poiute de It Hcrndan de terre ternie et to sad-ect on quarl-tud de celle de la Quiriqunia qni fonae l'entrée a^ec celle qae je viens de nommer. • {Belatinn du voyage de la mer du Sud, p. 43-44.) Les teules différence» que prétentent les manœurrei uautiqnetdant le récU d'Ereilla et dans eelui de Prézier, viennent de ee que Vum «borde la iKie en venant de Lima, par le nord, et que l'autre arrive du sud. Dans les pafM soivaalei, Frèz^er ajoute quelques détails à cette peinture. La presqu'île de Tateaguano forme, dit-il, à l'intérieur de la baie, des caps et des anses. La baie, selon loi, est large de dei\x lieues de Test, à l'ouest et de trois lieat s de nord au sod. (Don Jorge Joan et Antonio Ulloa daus leur Rtlacion histùriea, t. III, p. 310, disent trois lieoes de l'ouest à l'est, de Talcagaano à Cerrilh Verde, et trois lieues et demie da nord au sod.) Mais il n'y a que deux bons mouillages, à l'abri des vents du nord, très-violents l*biver. L'un est à la pointe sud de la Qoiriquina, trop éloigné de la terre ferme ; l'antre au fond de la baie, auprès du villaf e de Taleaguano. Les basses en rendent l'accès assez difficile ; il faut, en approehant>ie terre, de tribord, teair an petit cap bas et coupé an fond de la baie, ouvert par une petite montagne de méaie bauteor, un peu plus avancée dans la terre (p. 46).
On peut, sans trop de témérité, voir ici le mouillage des Espagnols d*ErciIla, et dans le eap dont parle Présier, le point où bientôt ils vont opérer un débarquement et fonder une citadelle. Ce qu'il rapporte des basses qui rendent périlleux l'abord du second mouillage, a pu varier avec les temps. Les convulsions volcaniques qni ont tant de fois tourmenté la côte du Chili et surtout le tremblement de terre du 18 novembre 1834, ont sans doute changé plus d'une fois le sol décrit par Tingénieur français du dix-huitième siècle.
Quoi qu'il en soit, c'est bien à 111e de Quiriqotna que débarquent les Espaf^nols. Le récit de Frézier est conforme à celui d'Ercilla : « Le vice-roi du Pérou, dit-il, ayant ■ommé son fils Garcia Hurtado de Meadoza pour gouverneur du Chili à la place de Baldivia, renvoya par mer avec un secours de monde. Celui-ci, sous prétexte de veair pour la paix, s'empara sans peine de l'ile de la Quinquina, d'où i4 envoya du oMnde pour bÂtir une forteresse sur le haut des montagnes de la Concepcion, on il mit huit pièces de canon (p. 48). Sans doute, Frézier avait sous les yeux d'autres documents que VAraueana; mais les circonstances qui précèdent, et tout ee qu'il dit encore sur le gouvernement des Indiens, sur leurs assemblées, sur leurs armures, sur leur manière de combattre et d'élever des forts (p. 54-58). est tellemeiit analogue aux détails fournis par Ercilla dès le premier chant de son épo- . pée, que Frézier. semble presque l'avoir emprunté au poète lui-même. Nous le verrons ailleurs formuler, contre les croyances des Arancanos, quelques erreurs qni nous expliquent le jugement sévère prononcé contre sa clairvoyance p»r M. Aleide d'Orbigny. Ce naturaliste célèbre Taecuse de n'avoir vu les Araucaos qu'imparfaitement. (Cf. Voyage dont l'Amérique méridionale ^ t. IT, p. 180, note l.) Quant & la baie même de la Concepcion^ elle a trouvé dans les deux capitaines espagnols qui accompagnèrent M. de la Condamioe durant son voyage à l'Equateur, des géographes que tous leurs successeurs ont reproduits sans lea* nommer toujours. Au t. II! de leur Itinéraire (p. 30Î-3Î0. Madrid, 1748), ils donnent de cette baie célèbre une description détaillée et une carte minutieuse, plus complète encore que celle de Frézier. Tar elles, nous apprenons qae la pointe
li L'AHAUCANA,
taot et par l'ancre qui ploDge au fond du sol sa dent vigoureuse . A peine la grande yoile est amenée^ que le Joyeux bruit de la guerre, en frappant nos oreilles, vient ranimer nos courages et rendre la vigueur à nos muscles engourdis.
L'tlot est habite par des Indiens vaillants^ robustes et belliqueux, A la vue d'un navire isolé que le destin avait par hasard Jeté sur ces côtes, ils s'écrient : a Guerre! guerre! » et, pleins de Joie, saisissent leurs armes homicides; furieux, en masse rapide, dans leur élan subit et précipité, ils courent vers le rivage à pas tumultueux et confus.
Au pied d'un âpre coteau, leur troupe se présente en bataillon rangé; et nous, résolus à lutter contre tous les périls et contre les plus menaçants obstacles, à l'instant nous volons aux armes. Au prix de nos fatigues passées et de la tourmente, chacun ne comptait pour rien désormais tous les autres dangers et les plus rudes expéditions.
Remplis d'une force nouvelle et d'un nouveau courage, nous nous Jetons vers les barques avec autant de vitesse que si, loin de la terre, le navire se fût échoué sur un banc de roches. Par
d€ la preiqu'ile qui l'allonge tert la Quinquina, i*appelle aussi la pointe de Tilcafçuaoo ; que Taleaguano est au fond tud-ouett, et ia Coneepeion au fond sudest de la baie ; qu'à une faible distance à Test de Taleaguano se trouve le Morro de Peoco ; que le rio Peuoo trsTerse la Coneepeion^ et que le rio San Pedro (l'aneien Andalien), plas rapproché de Talcahuano, tombe dans la baie par deux bouches dont Pane est tout proche du Morro ; que les deui étalions pour les navires sont Tune devant Taloahnaoo et Taulre à Cerrilto Yerdt^ un peu au nord de la Coneepeion \ mais que la dernière est moini sûre et trop eiposée aux vents qui jettent quelquefois les bateaux à la rite; <yie la passe occidentale de la Quinquina est iemée d*éoueils uns être impraticable ; et qu'au milieu de la baie, l'étend de la c6le vert l'est, au nord de Talcahuano une barre sous-marine que l'on nomme . « el bazo de Marinabo. > La description de Juan Jorge et d'Antonio de Ulloa, est encore au point de vue nautique Tune des plus utiles qui puisse être consultée. — Pour les détails de la diction poétique, compares BrcilU et Virgile, inHd9^ cb. i» v. 163-178.
CHANT XYI. 1 1
ses Itrges flancs noire galère fait descendre ses deux grandes chaloupes. Nous nous y élançons aussi nombreux et aussi pressés qu'elles nous peuvent contenir.
Non, ce qui va suivre n'est pas un ornement poétique et fabuleux, mais une histoire certaine et le récit de la véritë même. Soit circonstance merveiUeuse, augure étrange et triste pronostic * pour le pays, soit influence d'une constellation maligne et funeste, ou phénomène impétueux et inusité, soit encore que le monde, ce qui est plus certain, eût pris sa marche hors des Hautes régulières où elle a coutume de s'accomplir * ;
Au moment où le vent se calme et où les Espagnols mettent le pied sur la terre, la foudre tombe : tout à coup le voile des nuages se change en flammes étincelautes, et, sillonnant l'espace sous la forme d'un caïman ', une comète semble fendre les
1 ■ Triste aBiiiieiamieiilo. « Uépithète ne peat eonttnir ici qa'à la datUiiét d«t torbares. Ceai ainai qo^ils interprètent contre eux-mémet le prodige; cf. oet. 25* :
« Por siniMtro pronôttieo (onado l>« lu ruina y veniderM malet. *
WintetUng eonmente fort bien la pensée du po^te par le détail qu'il ^oiite à l'expression :
c Sei *» Vorbedaalung, die, von etnen bAMn GetUrn berrObreod, Strate Jenea Land Terkiindsl.
2 • Ora el andar al orando (y •• mat aierto)
Puera de todo témioo y coneierto. »
U. Winterling a fait sortir de oes termes l'explioaiibn suivante
a Tiallaiebt aueh (und diett môebl* ieh filr gewîMer hallan) la den GcaatMn dar Katar betrûndel. »
n désigne eomme foudé sur les règles ménief de la nature ce que le polte espa« gnol regarde comme un fait extraordinaire en iehon des lois et des harmonies de la création. U est eerlain que la tendance d*EroiUa est de donner ici à Tévénement qu'il raconte un caractère divin et roenreiUeui*
S « Lagarto, > que Winterling traduit par Biéechê, a Men en effet le sens it« Usard; mais il s'agit probablement du monstre que les Espagnols app«ll«Bt %arfo dt Indioif el qui n'est antre que le cûmaa.
cieux. La mer mugit, la terre émue gémit^ comme affaissée sous cet horrible poids.
La crainte aussitôt glace et anéantit le courage des naturels troublés '; ils prennent pour un sinistre avant-coureur de leur ruine et des maux qui les attendent cette apparition extraordinaire dont leurs yeux sont frappés. Ils y voient un prodige fatal et le présage assuré de leur perte et de leur destruction, la menace d'une éternelle servitude.
Dans leur frayeur, ils n'osent plus nous attendre ; ils Jettent là leurs armes découragées. Leur bataillon rangé se disperse et chacun s'efforce de sauver sa triste existence. Ils abandonnent enfin le nid paternel *; avec leurs femmes, leurs enfants et quelque nourriture, ils prennent des chemins et des sentiers secrets, et s'échappent de l'Ile sur des radeaux et sur des poutres.
Aussitôt^ les nôtres, sans relard, s'élancent vers les habitations désertes des barbares, pénètrent dans leurs huttes et leurs cabanes, et de tous côtés ils découvrent les aliments rustiques amassés par Tennemi. D'un pas rapide^ ils vont occuper les routes, les passages^ toutes les issues, et par les cavernes^ par
1 Winlerllog inlercale ici une peoiée qui B*eft pu bon du sujet, maii qu n'exbte poiat dans le texte d'Ercilla :
€ Die Preade ûb«r anter Konnea Verkebrt« tich in holTnuofsloM Traaer. >
S « El patrio nido ■ est une expression tendre et pathétique, que \e Beimath de Winterling est loin de reproduire. Nous en trouvons une paraphrase charmante et antieipée dans la seixième canzone de Pétrarque :
€ Kon è qiMilo il terren eh' i* loeeai pria ?
Non è qaesto 1 mio nido^
Ova nudrilo fui *\ dolcemente ?
Non è quosU U patHa in cb' io mi fldo,
Madré bonigna e pia,
Che copr« V uno e 1' altro nio paronle ? »
les hallien épais, ils chercbent les naturels déjà retirés en d'autres lieux.
XXVIÏl
Dans ces chaumières furent trouvés bientôt quelques pauvres Indiens qui s'y étaient cachés. D^autres étaient surpris dans leurs petits villages où rien ne les avait encore avertis du danger qui les menaçait^; mais on les rassurait par de bons traitements, on leur donnait des sandales^ des toques, des costumes, des paroles bienveillantes ', et, tranquillisés, on leç renvoyait en paix vers leurs demeures.
Nous leur fîmes comprendre que la cause principale de l'entreprise était la religion ; que notre dessein était de sauver un peuple rebelle qui avait accepté le baptême, et, au mépris de l'auguste sacrement, avait enfreint avec perfidie la loi reçue et la foi jurée, pour prendre des armes sacrilèges.
Mais que, s'ils voulaient revenir à la loi chrétienne qui avait été la leur et de nofuveau se soumettre à l'obéissance dont ils
Nova pestons rendre eîMi avec euctitnde It peseée d*Kreilla
« OtTM en pDd»leta«lM MlteadM
Que tun no eran del niedo «peretbUo*. »
Winterliog doone à ce paisage un teut fort différent, ou plutôt il y lubttUue une idée noavelle:
• Uihi ein'ge aad«r« ia dan baraobtea Fleekea, Die aieh von ibren bangen Sebraeken Ifocb nicbt erhoU •
S « Haï con boen trataroiento afagnirados,
Dâudoles jota*. Ilautot y vestidot, Y pdabrM de amor, lot aquieUban, etc. •
• ralabras de amor ■ dépend de > déndole» > tout comme les aulret tnbttantjfr qui précèdent t palabra*, ■ et nous devons nous garder de faire de ce mot le snjei de aquietaban. Ce dernier terme, comme enete^an, a pour sujet êtpaHoles kCBteadn, on lot nuestros qui est exprimé an commencement de t*ocUve pré*
16 L'aHAUCANA.
s'étaient affranchis malgré les serments prêtés au grand Charles- Quint, ils pourraient, à peu près dans toutes les affaÎMs, se réunir à leur plus grand avantage , et qu'on leur donnerait des garanties sûres et inviolables pour tous leurs projets et pour toutes leurs résolutions conformes à la Justice '•
Sans plus de retard, l'attirail nécessaire aux combats et au séjour d'un camp est disposé dans les lieux les plus convenables. Personne n'était là pour oser nous faire aucune résistance. Tous à la fois s'occupent avec activité, l'un à dresser son pavillon^ l'autre à se faire un abri sous la tente^ un troisième allume du feu, et, dans le vase accoutumé *, fait sécher au feu les grains mouillés et corrompus par lamer '.
Une nuit horrible couvrant la terre et les flots de ténèbres effrayantes descend du ciel et se précipite avant l'heure pour envelopper le monde de ses voiles épais. Elle ne laisse rien debout; tentes et pavillons, le vent les abat contre le sol, et il
1 1.8 douoeur do trtitement fait aax îngoUiret ptr les asTahiisean, et let moUft tpptrenU qu'ils donnent ettx-mèmei à leur entrée dans TAranco, rappellent vi- Teinent à la mémoire du lecteur la manière dont Chrialophe Colomb te conduit en- Tora lei naturels de GoanabanI, dant la belle pièce de Lope de Vega, t El nuevo mundo deteubUrto por Criêtàmil Colon, • Cf. acte II, t. ii; act. Itl, te. n; ad. I, te. vil). M. M^ioterling supprime le» ocUTOstS et 30» qui renferment pourtant les principes religieux et politiques de la conquête, ou tout au moins les prétextes sur lesquels se fondaient souTent d'ambitieux et ernete spoliateurs.
t Winterling traduit • en el casco usado • par • in seinem Helm. » Les nécessités de la guerre peuvent réduire quelquefois les soldats à puiser de l'eau dans leur casque ; mais l'utage auquel ^interling le fait servir Ici est étrange. L'arme défensive ne saurait être fseiiement employée sur le feu et oonvertie en marmite ou en casserole. Le mot eaico se prête an mieux à rexplication que nous avons donnée. Il indique dans la vieille langue un vaiiteau quelconque. L'épithète qui est jointe au terme espagnol, montre assez que oe vase était affecté à on usage spécial et tout culinaire.
t Cf. Tirgile, Én„ i, 178-189 :
A« primnm •ittei tciatiUsn ascudU Aebalat, Sutc«pit<|M ignen lolUt, «tque-ariéa etreum KutriBMnta dcdil, rapuUqu* in (omite flupaaan. Tum Certrtih corruptan undii CtratHaque arma Btp«diaRt fttvl rerun, AmgeaqiM rvcaptas Et terrart parant laaaU «1 firang«ra mx<». »
CHANT XVÎ.
semble dans ane Douyelle et impétueuse furie, arracher 111e de ses fondements,
Jusqu'à ce que le Jour, lent et désiré^ vint chasser les nuagei \ reDdIl à la Yoûte céleste sa sérénité et revéttt d'allégresse Tair obscur et la terre humide. Alors les Espagnols, épuisés de fatigues, à la vue du calme qui renaît dans le ciel inconstant^ s'efforcent en toute bâte de se garantir contre les rigueurs d'un hiver furieux *.
Les uns à l'instant enlèyent sa toiture de chaume à la hutte des Indiens fugitifs. Les autres, chargés de planches, de rameaui et de glaïeuls, reviennent à leur poste nouveau. Sur •des troncs d'arbres vigoureux, affermis bien avant dans le sable, nous élevons un grand octobre de logements; et en peu d'heures, nous formons tout un village.
t U grâce dn ^ert efptfl^ls «•< ioeonpirable. Rien n*ett frais et naturel eomnie lesimiget prodi^uéet ici par Broilla :
BttU qa« el Urdo i âe*e»ào dit Lm nubea Uaienà y àajà —reno ni cielo, n-rirtiando de «legrla H tire e«caro y hùoMdo Urreoo, et«.
Winteriinf est asiêx henrenx dans sn Tenion ; nait pourquoi faut-il qne le tradncleur altemaUd ajoute aux beauléi exqultea du texte original eetle froide et laborieofe expreaiion, pleine de recberebe :
«"BU «Bdlicli der g^mûnMhU MoiY«n Bui neer der Wolkea und der Sorgen ZentrautU... »
S II B*agit bien de la maoTalte inison aux antipodes (• del Hgnroso intierao t), et non pas seulement d'une nuit orageosfl, comme le pensait Winterling :
■ 1>«« Schadan diaaer al)lrB*tehaii Naelit
I>ureh regan Fleiat und raaehe Tbtligkail la itaaeni. »
cf. oct. 36* : «la foria del inviemo riguroso, » oe que Winlerling traduit fort bien à eettn fois par le mot Winterfrott, Cf. tn/Va, eb. xni, oel. 18«. — Les Espagnols s'abritent dans des cabanes faites atec pins de soin que de simples tentes et des paTillont éphémères. lU'forment un retranebemcnt armé avec précaution.
Tels on voit lee oiseaux, instruits par la nécessité môme, sous les toits et dans des coins solitaires^ tisser et fabriquer leurs pauvres nids ; le bec embarrassé de pailles, de plumes et de petites brancbes, ils vont, ils viennent * . De même à cette place abandonnée et découverte^ chacun de nous construit son habitation.
Résolus à camper tous, ô noble Felipe, sur remplacement humide et marécageux et à nous prémunir avec toutes les précautions et les ressources de l'art contre la violence funeste de l'hiver \ nous apprêtons aussi les armes dont nous avons besoin, et avec un fracas formidable résonne notre forte et puissante artillerie, qui fait trembler la terre à l'enlour et mugir les flots.
Chez les nations barbares les plus reculées, le bruit effrayant et inaccoutumé se iit entendre. Les pacos, les vigognes, lestions et les tigres^ de toutes parts, courent épouvantés. Dauphins, Néréides et Tritons se cachent au fond de leurs grottes mystérieuses; et, dans leur trouble, les fleuves rapides et les sources retiennent leurs ondes suspendues'.
i Ravissante comparaison, pleine de simplicité, de fraîcheur et de grâce, telle que Tiroa^jination de Dante ou d'Homère savait si bien les créer. Pour l'objet même auquel la similitude de don Ercitla est empruntée, notre mémoire ne nous rappelle rien de plus aimable ni de plus touchant que la description faite par notre Tieil ami, le poète de l'Anjou, l'éloquent et spirituel Julien Daillière. Voyes ses Deux nidi tThirondelleif et surtout pp. 33-36. « Cf. supra, oct. 33».
> Virgile avait donné à Ercilla, pour peindre les sentiments d'effroi inspirés à toute la création par la guerre future, un modèle que le poète espagnol n'a pas égalé:
• At lAVA e tpeculii tempus de« naeta nocendi, Ardua teela petit slabuli, et de culmine «uiuido Pastorale canit tignum, cornuque recurfo Tartareaui intendit vocem, qua prolenus orane Contremuit nemus, et silf.-e intonuere proHindie. Audiit et Trifia longe lacut; audiilamnis Sulfurea Nar albus aqua, fontetque Valini, Et trépida matret prestere ad pectora nato'. »
(fin., VII, H 1-519.
L'explosion retentit dans l'Arauco, el plusieurs en restèrent si stupéfaits, que leur tête superbe et que rien n'avait pu dompter, se pencha sur leur poitrine interdite. Avertis par là désormais de notre arrivée, ils firent sonner leurs clairons belliqueux, et déployèrent sur tous les rivages leurs étendards et leurs brillantes bannières K
Réunis dans la vallée d'Ongolmo, les seize caciques' araucans et quelques autres chefs illustres des peuples voisins qui prenaient un intérêt aciif à cette guerre, étaient à peu près tous résolus d'en venir aux mains avec les nôtres, et ce ne fut que pour le lieu, le temps et les moyens qu'ils ouvrirent la délibération.
Rengo aussi figurait parmi eux, admis au conseil des guerriers, à cause de son courage. Si vous vous en souvenez encore, il était resté tout étourdi à Malaquito parmi tant de soldats -égorgés '. Mais, plus tard, recouvrant ses esprits, il parvint A s'échapper heureusement; quoique épuisé de sang, il eut la force de résister aux coups furieux de la mort.
Caupolicân, au milieu des caciques, promenait ses regards tout autour de l'assemblée. Dans un muet et sérieux recueillement, elle attendait les paroles du chef. L'esprit calme et le Tisage serein, il élève la voix d'un ton grave, et rompant ce profond silence, il exprime en ces mots le fier projet qu'il médite :
1 Ce pasMf e ect Toii de eeuz où rame du poëte se révèle avec le plat d'éclat. l\ est impoitible de n'èlre pas frappé tout à la fois du caractère patriotique et profondeowjit espagnol de son inspiration et ensemble de la sympathie qu'il accorde à ses vailtaats adversaires.
icr. T. 1, Araue.y ch. i, oct. 13. ■
t Cf. Araue.^ ch. xty oet. 29.
« Vaillants guerriers^ le voilà donc veau, comme nous l'annoncent les signes et les présages, le voilà ce temps heureux qui nous a été promis et où nous devons nous rendre immortels. La fortune favorable a poussé vers nous, des régions les plus lointaines de l'Orient, cette foule de soldats, réunis ensemble pour que nous triomphions d'eux tous en un seul jour,
« Pour qu'au prix de leur sang et de leur vie, vous puissiez conquérir à votre épéo une gloire éternelle, et que nos lois opprimées et proscrites soient rétablies dans leur force et dans leur indépendance. Répandues jusqu'au sein des royaumes les plus reculés, elles deviendront saintes et inviolables, et sous leur empire doivent vivre en égaux tous ceux qui respirent sous la voûte étoilée.
« Et puisque dans leur folle ambition, ces guerriers ont osé montrer à votre égard une telle arrogance, puisque sur votre sol, sur votre patrie qui leur est interdite, ils sont entrés, bannières au vent, il est bien que leur insolente audace demeure frappée d'un châtiment inouT, avant qu'ils laissent à toutes voiles voguer leurs espérances, et que, grâces à notre lenteur, ils agrandissent leur force et leurs projets.
« Aussi, ma résolution est-elle fixée, si toutefois, ù caciques, mon a\is est le vôtre; allons les assaillir à l'improviste, avec toute la vigueur que nous y pourrons mettre ; et que personne ne pense qu'il y ait pour lui un autre chemin que le passage frayé par son bras et par sa valeur. Ce sont les armes que brandissent nos mains courageuses qui vont décider si les Espagnols sont nos maîtres légitimes ou nos tyrans. »
A soD discours il mit fin de lasorle, et l'intrépide Petegoelén, Tieillard sévère, par le droit que les années lui donnent, se lève pour exprimer son avis, comme soldat et comme sage conseiller: « Capitaines, dit-il, je ne refuse pas de verser mon sang, moi tout le premier, et quoiqu'il semble glacé par mon grand âge, dans mon cœur, je le sens qui s'agite et bouillonne.
« Cependant une considération^ une seule^ m'arrête et me fait hésiter devant ce projet d'attaque. Nous savons, nous sommes assurés que l'ennemi compte une multitude de soldats et des che& nombreux. II est donc évident pour nous qu'il fiiut opposer de grands efforts à une aussi formidable pubsance; c'est toujours en faisant trop peu de cas des obstacles que l'on se jette dans la détresse et dans les périls.
XLVm
m Puisque l'emplacement qu'ils ont choisi pour leur poste est défendu et retranché par la nature, entouré par la mer et par de hauts rochers, et qu'il leur offre un abri sûr et protégé de toutes parts, il sera plus utile et plus avantageux de prêter l'o* reille à leurs paroles et à leurs propositions. Entendons-les sans les contredire. Les écouter seulement, c'est n'enchaîner personne.
c Cette mesure ne saurait nous nuire, et cependant vous pouvez rassembler et armer vos soldats, préparer en secret toutes les ressources que l'occasion et la nécessité réclament, porter remède aux embarras sérieux, pourvoir à chaque diflicuUé> couper et rendre impraticables les passages ouverts encore * > et remettre enfin nos destinées ù notre bravoure. »
I « AUjar I ronper oi ptfoa lUnos. •
Nouf STOiif reoda k langage de Petegueléo, d'aprèi le teni propre et natarel des
22 LARAUCANA.
11 ne put en dire davantage ; car, enflammé de colère^ le brave Tucapel, d'une voix furieuse, Tinterrompt : «Uui tant prévoit, s'écrie-t-il, jamais n'accomplira glorieuse entreprise. Eh bien, si TEtat tout entier recule, parce qu'il semble à chacun que Tattaque est dangereuse, moi seul, sans autre compagnie, je prendrai les armes, et pour mon propre compte, je me chargerai de notre cause ^
u Aurlez-vous, d'airenture, perdu vous-mêmes confiance en ces forces dont yous avez donné un témoignage si éclatant, et, tant que vos bras peuvent lancer la pique et brandir l'épée, soufTrirez-vous que votre courage semble altéré, que vos victoires restent flétries par une résolution lâche et méprisable, notre honneur et notre renommée couverts d'opprobre ?
LU
« Sachez-le bien, tant que mon bras gardera quelque vigueur, et que j'aurai voir au sénat, quoi qu'il plaise à Peteguelén de prétendre, l'affaire doit être décidée par les armes; et,
mots. La guerre d'Arauco était sourent, ea effet, [une guerre de surprises et d*embuseades. Les indigènes profitaient des escarpements, des défilés, des précipices dont leur sol était hérissé, entrecoupé. Leur pays était une forteresse déjà, et ils s^appliquaient à rendre plus inaccessibles les lieux qui pouvaient être abordés et surmontés par Tennemi. C'est k ce détail de la stratégie des barbares que Peteguelén nous semble faire allusion. Winterling traduit:
Die Wege ebnen, die wir dann bequemer gehn. ■
c'est donner aux termes une signification figurée ; ils Tondraient dire alors : t explorer et aplanir la route devant nous, » assurer toutes les ressources de la résistance et mieux préparer le snecis de nos armes.
* La jactance de Tucapel noos rappelle un peu celle de l'Achille de Racine. Ne dit-il pas, lui aussi, avec un tour bien eipagnol, en parlant de cette Troie on il court :
« Bt quand mol t«al enBn, il faudrait l'UBiégar, Patrocle et moi, seigneur, noua irons tous Tongar. •
{Iphig.f aeto I, se. ii.)
qui Toudra proposer un autre chemin, devra le frayer avant tout à travers mon corps. Celte massue de fer^ et non des discours, lui feront entendre mes raisons et mes arguments.
LUI
« Si vous antres c^ui vous estimez haut lorsque vous avez bien parlé, TOUS aviez assez de cœur et de bravoure pour décider la question par un combat dans la lice et Tarme au poing, je vous prouverais de manière plus évidente ce que je puis faire^ mais vous tenez à vous montrer assez conciliants pour nommer prudence ce qui n'est que frayeur, ne pas exposer votre vie aux périls, et vous faire jour partout avec des mots ^ »
Petoguelén répond : « Puisque jamais chez toi la raison ne trouve d'accueil, seul et vieux, moi, j'accepte le déti, et veux châtier ta folle audace. Combattons armés de pourpoints en cuir ou de mailles, avec la lance, l'épée ou la massue, à ton gré ; je te ferai voir que dans l'occasion convenable, mes bras valent au moins mes paroles '. »
Qui pourrait peindre le regard méprisant que Tucapel jeta vers le ciel, et la flamme étincelante que lancèrent ses yeux, sans qu'il daignât les abaisser vers la terre : « Enfin, s'écria-
< A on tatre poinl de voe, le langage de Tucapel nous remet ioat les yeux eelni do Turons de Virgile, quand il reproche i Drancèe ton éloquence que ne jutUfieoi pas la bravoure et les exploits:
« ..M. An libi MaTors Venlota in lingua pedibosque fugaeiboa illia
Scmper erit? m
{En., XI, 389-391.)
S Le earaetère de Peteguelén mérite une place tout k part dans Tanalyse de l'Araucana. Il n'a plus la première ardeur des héros, et ne peut pas être compté parmi les Tucapel, les Rengo, les Lincoya et les.Lautaro; mais il n'est pu réduit non pins au r61e de simple conseiller, comme le Nestor d'Homère et comme Colocolo. Ua une verte vieillesse, excellente au sénat et bonne encore dans la mêlée. Nous le Terrons bientM remplir un rôle intrépide. Le mélange du courage et de la prnd«iiee est personnifié dans ce cacique, objet à la fois de crainte et de respect.
i4 laraucanâ.
t-il> Toilà un orgueil altier^ digne au moins de la fureur de Tucapel ; mais Je souhaiterais pour mon honneur et pour ton âge, que tu amenasses avec toi d'autres champions. »
Le vieillard répondit : « Jamais de forces étrangères en aucun temps, Je ne me suis aidé, ni de sang mes veines ne sont assez appauvries, ni mon bras n'éprouve assez de faiblesse, que Je ne pense encore te pouvoir donner à faire. » Mais Rengo, son neveu, se lève et s'interpose : « J'accepte le défi, moi, à la place de mon oncle, si tu y consens. »
« J'y consens Je le demande, j'en suis ravi^ s'écriait Tucapel, et que dix autres encore viennent avec toi. • Mais Orompello quitte son siège et s'élance: «Toi, Rengo, dit-il, c'est moi que tu auras à combattre. » — « Je punirai aussi ta hardiesse, repartit le superbe Rengo, et sache de plus que ta menace et ton cartel ne sont qu'un jeu pour moi, lorsque J'en aurai fini avec ton cousin. »
Alors Tucapel : a Je pense te chfllier tout d'abord, et de telle façon qu'Orompello ne trouvera plus qu'une tâche légère; car, pour le moins qui puisse t'arriver, tu resteras mon captif. Place donc 1 place 1 allons, rangez-vous ; il ne s'agit point d'a^ Journer l'épreuve, nous avons les armes^ le temps, la volonté ; c'est sur l'heurC) ici môme, qu'il faut décider la question. »
Rengo et Peteguelén allaient Itli répondre à la fois avec les armes et avec la parole, si au milieu, dans cet instant^ ne se fussent placés beaucoup de caciques nobles et vaillants, et qu'ils ne les eussent invités à suspendre et à différer leurs menaces cl leurs querelles^ jusqu'à ce que la fortune se déclarât et vint donner à leur entreprise une issue favorable.
CHAMT XVI. S5
Caopolicàn était enfia impatienté de voir qae Tucapelchaqae jour, en guerre, en paix, a?ec Justice ou non, sans aucun égard, nt naître le désordre parmi eux ' ; mais il se voyait contraint de le mener par la douceur ; le moment et la circonstance le Youlaient ainsi ; et d'un ton calme, arec de bienveillantes instances^ il réprima la fougue des rivaux et apaisa leur fureur.
LU
Entre eux il demeura consenti et réglé qu'aussitôt la guerre finie, le vieillard et Tucapel, dans la carrière, seraient libres de combattre seul à seul; qu'ensuite Tucapel et Rengo, les armes à la main, de même, videraient leur débat. La rumeur apaisée, Golocolo commence i les haranguer, et seul sa ftdt entendre:
t Généreux caciques, s'il nous est permis de dire ce que nous pensons, nous à qui les longues années et l'expérience font diriger les yeux sur les événements futurs, nous voyons nos forces et notre puissance se consumer pour notre seule ruine et Tépée de nos tyrans, plus maîtresse que Jamais, suq^ndue sur nos têtes.
LXIU
« Oui, le signe manifeste qui aunonce votre chute certaine et justifie mes craintes, c'est que déjà la fortune hésite, et que notre ciel commence à se troubler. Lorsqu'un édifice penche, il n'est pas loin de s'écrouler, et l'échafaudage qui s'appuie à (aux sur sa base est entraîné par sa propre pesanteur.
t C'est pourquoi, si mon esprit ne me trompe, s'illaut en croire c j qui se passe et l'avertissement que les faits nous donnent. Je
ï cf. Anmc., eh. II, oet. îl ; cb. TnijOetîT-SI, oct. U-59; ch. ii, oct. 17-59. U. «
26 LARAUGANÂ.
crains, oui, et à bien juste titre, de voir par terre nos constructions mal fondées, le métier de la guerre changé bientôt contre des exercices indignes et serviles S et votre opiniâtreté brisée à la fin, pour n'avoir eu d'autre appui qu'un immense et vain orgueil.
« Lautaro est tué. Nous avons perdu, vous le savez, à notre grand déshonneur, trois bannières. Bfis en pièces, nos bataillons gisent au vent et au soleil, pour devenir la pâture des hôtes sauvages. Nos forces, nos opinions sont divisées, le territoire tout rempli de troupes étrangères, et nos bras irrités et séditieux se soulèvent ici môme pour frapper mutuellement nos poitrines.
tt Songez qu'ainsi, par votre aveugle imprévoyance, la patrie meurt et la liberté succombe, puisque avec leurs propres armes et leur propre puissance, elles favorisent les droits que s'arroge l'ennemi. Incurable et mortelle est la maladie qui se montre indocile à la médecine ; grossière et détestable est la passion qui ne souffre pas les conseils salutaires.
« Pourquoi d'une si grande rage nous efforcer d'appauvrir notre sang et notre vigueur, et, livrés tout entiers à des luttes intestines, donner agrandissement et autorité au parti de nos adversaires? Pourquoi avec une telle fureur réduire en lambeaux cette union Invincible, condamner nous-mêmes une cause approuvée, des armes légitimes, et justifier si bien d'injustes conquérants?
1 « Y conTcrtido cl nso de U gaerra
En Hernies 7 bajos ejercieioi. »
A cette pensée, qui présente un contraste si nslurel, celui de Teiisteuce libre et guerrière des Araucans, opposée à leur vie dépendante et laborieuse sous des maîtres étrangers, à cette grande et belle image Winterling a substitué une idée toute différente :
« Der Sicg, den wir errungen, Irjgt Micht die geirûnscblen Segensfrûchte. »
CHANT XYÏ. «7
«f Quel courroux, quelle baine insensée ayez- vous conçus contre Yous, pour vouloir ainsi pousser TÉtat araucan à se détruire de ses mains , rétoufTer dans son éclat et dans sa force , et le laisser avec un noai inrâme, soumis aux lois et à l'ordre de Tétranger, dans une dure servitude et sous un joug éternel?
« Rentrez en vous-mêmes ; car, sans y réfléchir^ vous courez en toute hâte à votre précipice. Réfrénez cette fureur et cet emx>ortement qui vous mènent à la destruction et à la ruine. Hé quoil vous souffrez sur votre territoire un ennemi qui vent devenir votre maître pour vous traiter en bétes de somme S et ^ous ne pouvez souffrir ici^ dans votre impatience^ les conseils et les avis utiles à votre cause !
it C'est un manque de courage assurément, c'est un signe aur quel se trahit assez une faiblesse seci^ète, tandis qu'on a l'ennemi tout près devant soi, de retourner le glaive contre son propre sein, pour ne pas attendre, d'une âme persévérante, les terribles coups de la fortune irritée, que brave un cœur intrépide peu soucieux de s'en affranchir par la mort *.
1 C*ett là le seas qui reuort, à notre tTît, des mots espagnols :
• Qû« quiert eomo à brutot coaquiiltro*. »
Winlerling le modifie uu peu. ' '
« Ber eaeh wie scbaues Wild lu J«gen
6«denkt •
Il faudrait traduire alors : • Qui reut yoos poursuivre comme des bétes fauves. ■ Mais Rrcilla, selon nous, a voulu placer dans la boucbe du vieux cacique la description des résultats de la conquête, Passervisseroent bien plutôt que celle de son action même et de ses fureurs, le massacre sans pitié.
< Toute cette 70* octave ne nous parait renfermer qu^une comparaison morale. Celui qui, par faiblesse, en face de l'ennemi, s*affrancbit par la mort des coups de la fortune qu'il redoute pour Tavenir, mérite le renom de lâche et de poltron. Mais vous (et c*est la pensée que développe l'octave 71*), mais vous qui êtes des héros, eomroeni anries-voui l'indignité, en cherchant la mort dans les guerres
28 l'ARAXJGâNA.
« Mais, animés comme tous l'ôtM par uo si fier courage^ dont quelquefois je condamae la grandenr, et lorsque tos exploits remplissent non^seulement cette terre ^ mais encore le monde eatier, ah! mettez an terme à vos fureurs et à la guerre civile, et, pour le bien de tous^ consentez enfin à ne pas rompre d'une manière aussi honteuse les liens de notre fraternité, puisque iûiQS nous sommes les membres d'un môme corps.
« Si la vieillesse affaiblie et les longs Jours méritent quelque respect et quelque confiance, regardez ces cheveux que Tâge a blanchis sur ma tête; songez que c'est le bien public et le zèle qui me transportent, et suspendez toutes vos contestations pour quelque temps, pour un court délai, jusqu'à ce que la fureur de l'Espagnol soit amortie et notre cause commune décidée.
« Et comme j'espère de votre raison qu'elle saura veus ramener à la voie la plus utile, je ne veux pas prolonger cesdiscours^ puisque la sagesse a sur vous assez d'empire. Je laisse donc de côté tout autre propos, pour vous dire qu'un premier obstacle nous empêche de venir aux mains et met une infranchissable
eÎTÎlês, de TOUS dérober à des deyoirt ucréi, aux magnanimee efforts qu'exif^e de vous la défense de noire commune pitrie ? Tel est l'ordre naturel des Idées. Winterling nous semble s*éloisner beaucoup de cette interprétation :
« Denn ei verrllh nicht grotM Tapferkeit
Cnd llnl nur grone Schwieli« mich vernathen,
Wtna wir, da uns to nah der Fehid bedraftt.
An Wondan. die irir selUt uni tchlagen, uni verblaten.
Ennanot iii friaehen Heldenlluten eucb
Vnd «élut» eh ihr ailes gleieh
Verloren febt, d«i SchidcMlt barten SehiAgen
Bin unverugtes Uert entgegen. •
Il sera facile au lecteur de choisir entre les deux Tcraions. Le reproche que j'adresse à celle de Winterling;, c'est d'entrer déjà, dès la 70* octaYC, toute de comparaison, dans une idée qui ne se déploie qu'à l'octave suivante.
CHAHT XVI. S 9
borne à notre ardeur; c'est la feibletse même des resMnroes dont nous disposons.
UXIV
« Puis, de tous côtés nous sépare de l'Espagnol ce bras de mer qai sous tos yeux se déroule entre les deux camps. Il arrête nos projets et notre marche, et nous n'avons aucun moyen de franchir le passage. Eki bien ! l'ennemi montre la pensée de traiter avec nous et de régler des conrentions nouvelles ; sans que nous songions à les accepter jamais, il ne peut nous être nuisible <e les entendre*
« C'est pour nous l'occasion de laisser nos adversaires nous exprimer leurs vues et leurs desseins, et, comme ils ne sont pas fondés, nous gardons le pouvoir de recourir & une irréconc^ liable rupture. Nous bâterons aussi en même temps nos prépa • laiîi» d'armes et de munitions; car c'est la guerre qui en réalité doit à la fin déclarer la Justice de nos titres.
« Mais H faut prendre soin, guerriers illustres, pour conduire notre plan avec adresse, de laisser voir toujours des esprits enclins en apparence à la paix; ne montrer ici que des cœurs abattus, des forces et des espérances brisées, une terre riche en mines for; c'est Tappât friand sur lequel cette race aime i s'abattre.
« Peut-être de la sorte pourrons-nous les attirer hors de 111e, leur solide retranchement, faire naître leur sécurité par une paix trompeuse, et les conduire par notre stratagème à la mort. Sans bruit, sans appareil de bataille, ouvrons-leur un asses large espace pour qu'ils viennent à la terre ferme ^ rassurés par une descente sans obstacle et par le libre accès de notre patrie K s
< Cm! li MtMidt em pluISt la troffièoM folt q«« loat toyoM le ttft etelqve i«-
80 l'abaucana.
Le sage vieillard nit fin à ses paroles. Il s'éleva des opinions contrjaifes. L'on disait que les përils étaient bien faibles pour soulever tant d'alarmes et de difficultés. Mais Purén, Lincoya et Talcaguano, Lemolcmo^ Elicura, d'une plus baute prudence, se rangèrent à l'avis du vieux cacique, et le petit nombre se soumit aux suffrages du parti le plus nombreux ^
tervenir daos les délibérationi des barbares (Cf. eh. ii, oct. 28, sq. ; ch. tiii, oel. 33, tq ) ; et ai le poëme d*Brcilla avait atteint son tenue nattirel au lieu de rester iuspeudu avant sa conclusiou véritable, lamèmeToix eût éclaté encore pour apaiser les esprits émus (Cf. ch. xxxir, oct. 43). Des critiques sévères ne manqueront pas de reprocher à don Ercilla d'avoir plusieurs fois renouvelé une situation identique pour l*ua de ses personnages principaux, comme les censeurs de Virgile n'ont pas négligé de Uïre ressortir les répétitions 4'idce ou de passion que présentent dana VEnéide deux discours de la reine des dieux (ch. i, 37 sq; ch. vu, 293, sq.) ; M.'Tissot, un juge si éclairé des anciens, a blâmé chez Virgile la similitude trop exacte des dt-ux scènes que notre mémoire met aussitôt en parallèle et le retour de sentimenis semblablei, quelquefois affaiblis dans leur seconde expression (Voy. Stude mut Virgile^ t. II, pp. 46-47). Hais n'est-ce pas lÀ faire le procès au sujet lui-même, au fond de la composition poétique? Quel est l'obstacle sérieux àFétablissemeat des Troyens eu Italie, à ta fondation de Rome ? La colère Tindicative de Junon, sa haine et toujours sa haine, alernum vulnu* {En , I, 36); or, toutes les fois que cette sourde rage se reproduira et fera explosion pour accumuler les périls sur la tèted'Euéo, tantôt sur Ita rivages d'Afrique, tantôt tur le sol même où le conduisent les destins, le poète Dé devra-t-il pas nous offrir l'image de la déesse courroucée, nous faire entendre son pathétique langage? Et cette tribu barbare dont Ercilla nous fheint l'héroïque résistauce à l'ijiTasion espagnole, qu'est*elle autre chose qu'un de ees peuples enfants, en qui Torgaeil individuel et farouche, l'ambition effrénée disputent la place aux inbtincts de la discipline et a une éclatante bravoure ? Toutes les fois que dans les réunions des indigènes les entraînements de leur imc orgueilleuse, leur ardente et indomptable nature comprometirout le sort de la liberté commune, les chefs pleins de jours et d'expérience ne devron^ls pas intenrenir à Cbtque instant pour rétablir le calme, faire triompher le bon sens, la justice et la concorde tulélaires? N'est-ce pas là un des aspects de la vie morale que 1'^raucana nous présente, le tableau de la réalité la plus active au camp des barbares? etne faut-il pas féliciter Ercilla d'avoir su nous offrir tant de fois, d'une vérité forte et saisissante, la forme toujours variée, dramatique et harmonieuse?
i Ici se termine la peinture de cette grande assemblée des caciques où tant de caractères différents, les rôles audacieux et les rôles sages et avisés, se sont produits tour à tour avec une singulière richesse de coloris et de nuances, avec tous les tons de l'éloquence et de la poésie. Au lieu de traduire ces belles et fortes scènes d'Ercilla, coaune l'exigeait le devoir qu'il s'était imposé, voici comment M. Giliberl dt Merlbiac résume ces majestueux développements de l'écrivain espagnol : ■ CaupolicAn s<i hâta d'assembler te sénat ; tous ces barbares, encore enflés de leurs victoires, ne s'inquiétaient ni de notre nombre ni de nos armes ; le seul objet de leur délibération, qui fat très-orageuse, était de trouver les moyens de nous débusquer de notre formidable position de Talcabuano. « (Cf. pp. 185-186). Quelques mots, qui
CHANT XYI. t1
\ii«sU6t ils se hâtèrent d'en\oyer aux Espagnols Millalauco *, jeune homme issu d une haute origine ', habile à parler , d'heureuse expérience, cauteleux, pénétrant, toujours en garde et plein de fourberie. Avec des dejiors imposteurs, derrière le Toile d'un prétexte bienséant et d'une démarche honorable, il doit pénétrer nos résolutions et nos desseins, étudier notre emplacement, nos forces, le nombre de nos soldats.
Le guerrier, après avoir reçu les ordres et les instructions nécessaires à son entreprise, monte dans une gondole élégante, et, sans aucun refard, poursuit sa route. Secondé par les agiles avirons, bientôt il arrive aux lieux où notre camp était assis; et là, sans aucun trouble, d'un air libre, il s'élance aussitôt, rempli de confiance, avec son escorte.
Au port étaient aussi arrivés par une fraîche brise, trois navires de notre escadre, chargés d'armes, de combattants et de
•Mt pretqoc tout de PioTention du traducteur, rétaoKot ensuite ravie de Colocolo, • qui le critique Trançiis donne det pensées que vous ebereheriei inuUlcmeut daps Ereilla. Canpoliein, Peleguelén, Tucapel, leur colère, PintertentioB de Reogo et d'Oroflipello, la vie même, 1* ardeur de ces discussions violentes eu tre barbares effrénée, la Toix éeoutée d'un sage vieillard, aes accents élevés et patriotiques, sa baaie prudence, tout a disparu, la poésie eé< morte.
1 Lt personnage de Millalauco est une nouveauté dans la vaste galerie dt portraits onrerie par Ereilla. La hardiesse, U pénétration, la ruse et la grâce unies tnseinble dans l'ambassadeur des Araucans, nous rappellent ce qu« pouvait être dans m jeunesse rUiysse d'Homère, lors^'H aUait réclamer à Trsie t'ilélène de Méoéla», et que des paroles, pltu pre$$ées que tes flocons de neige pendant l'hiver^ tombaient de s* bouche (Cf. Iliad., III, voy. 209-lU). La dissimulation habile, avant Teipérieoce que donnent les années, l'empire exercé sur toutes ses impressions, 1« eharme tout personnel des gestes et des mouvements, le beau langage, la petsuasion qui s*ép«nche de ses lèvres lorsqu'il s'adresse à don Garcia et aux capitaine! qui l'«nlourent, font du jeune ludien uu des caractères les plus originaux en Tepopée, et offrent une opposition frappaute avec tant d'autres caractères, presque tous héruiqueSy prodigues à dessein dans un poème de nature batailleuse. . < « Generoeo. » Gilibert de Merlhiac voit ici l'avantage d'une naissance illustre (p. 186). Nous partageons cet avis. Le mot est pris dans son acception latine, trèsfréqucQte ebex les meilleurs écrivains de TKapagne,
32 LARâCCANA,
provisions ^ Nos troupes se trouvaient ainsi renforcées, et tels étaient le bruit et l'agitation du belliqueux appareil, que, frappé de surprise, le sage Millalauco s*arréte un instant confondu.
LXXXK
Mais il ne laisse pas apercevoir son trouble, et, dissimulant son impression, il passe au milieu du tumulte. Jette autour de lui des regards intelligents, observe les armes, les soldats et les .sentiments qui les animent. Réfléchissant à la tâche qu'il accomplit, il songe que le but désiré est plein de périls; la mer est couverte, la terre est hérissée de soldats armés et d'instruments de guerre.
LXXXIK
Cependant il arrive à la tente de don Garcia. Nous étions là présents, moi et d'autres K Plein d'une modeste courtoisie, il nous salue à sa manière, et, avec assurance élevant la voix...; mais la mienne qui se sent affaiblie à force de chanter, ne saurait prendre désormais un ton aussi fier, et la voilà contrainte à s'arrêter ici.
1 Let historiêiit ne i^aeeordeDt pat sur le nombre de Taineaai dont la flotte de don Garcia était eonpotée. Ils varient entre let chiffres 5, 8 et 9. Le poète Pedro de 08a, dans ion « Aranco domado > déclare qu'il y en avait quatre :
« E$per»n cuatro n«ves artilladu,
Pandientet de lu AacorM ftrnulM. * (Cuilo lr«, oet. ltii )
Cl. Gay adopte ee nombre (t. I, p. 384). Cependant nous avons sur cetle ma^ tière quelque hésitation. Ercilla, qui était sur la capltane, déclare qu'elle arriva fcuie d'abord en vue d« la Conoepcion. Ici, le poëte ajoute que trois navires la rallièrent au monillage de Quinquina ( roais il ne fiie nulle part le total des galères, et les eipreesioos qu'il emploie n'inpliqnent Milleaieat cette Idée que reseadre parlie de Lima fât déaorasais an complet. Koas savons même qu'un des navires aTait été poussé par la tempête josqne dans la baie de Valparaiso. Bn soppomit qu'il ait rejoint la flotte plus tard qne les autres, nous pourrions 'admettre qu'elle était furta de^ cinq galères.
t Ce n*eat point par un sentiment d'orgueil ni de froide personnalité qne don Brailla nous parle ici de lui-même. H saisit l'occasion de justifier son témoignage. 11 éuit aoua la tente du général, et les faits qu'il rapporte ne sauraient être mis en doute. C'est tins! que, pour accréditer ses réolts auprès de Philippe II, il affirme, au XII* diant de son poème, qne depuis son arrivée au Pérou, il a toujours été mêlé aux événements, et que la vérité trouvera en lui un narrateur irréprochable ; Cf. oet. M-74. L'égofcme et la forfanterie ont peu de place dans Pâme sincère dn poète espagnol et ne nous choquent jamais dans ses peintures.
Smbahi. - EBtrcTve de HilUUoeo et d« dea Garda. — Diaeewt latiiaut do ■eiuger dct barbaret. — Aecoeil qa'il reçoit da général. — HéaiUtioa Bolhée it% ehrétieaa. — IH ic détermittevt à faire patier sur le rivage araeeea qvelqeet troapci, ekarfétt de eoMtrvire «d fort aar le Cerro de Pêneo, — A pcîM est-il aebtfé ^ toute Tannée fIrmBehit le détroit. » Lea IndieBe, poer leer lîTrcr aaait, vienent, éeraDt la sait, ee eacberdau an ravin profond, i eearte dittaaee des retraMhemcats eapâcBoW. — Cette nèaM aeit, Breilla, livré à aa loaneil étraage, ett rtTi par Bclloae aa aonmet d'aae BMatacae tkaée daaa ane plaine ebamante ; et de ectte hantenr prodigienae aet regarde décoarrcnt tonte la terre. - lia i^arrètent ter la ville de Saint^)nentin, aiciégée par Plu- Kppe II, aa mnnent on lee Araveana vont attaqoer la eitadelle de doa Garcia.
Jamais tous ne deves refuser d'entendre vos ennemis ou des amis suspects; ils tous laissent d'autant mieux sur tos gardes, que tous découyres.en eux plus d'astuce. Écoutet-les; vous p6- Détrex plus avant leur pensée , qu'ils vous présentent la vérité ou des ruses perfides. Toujours un signe, un mot viennent révéler le fond de leurs desseins.
Lorsqu'ils s'imaginent vous abuser davantage , à l'aide de leur masque trompeur et de leur piège le plus habile, ils vous donnent l'éveil, ifs vous avertissent, vous mettent sur leur voie, et par le soin qu'ils prennent pour le couvrir, dévoilent leur stratagème. Vous voyez leur but et le point oi!i ils tendent, le pour et le contre, l'avantage et la perte. 11 n'y a langage si double et si cauteleux que l'on ne puisse en faire sortir quelque conséquence.
Non, il n'y a bouche si pleine d'artifices *, qui en s'ouvrant
TTiatcrling a supprimé cette octave dans m traduction. L'Ioaiatance du poiie
3 4 LABAUCANA.
ne trabisse quelque projet, et à la fin ne rende parfois un service véritable, surtout quand celui qui écoute sait être avisé. La parole n'a jamais manqué de fournir des indices; et jamais le silence n'a dévoilé un secrets Rien n'est plus difficile^ si Ton y regarde bien, que de deviner môme le plus vulgaire des hommes, pourvu qu'il ait l'esprit de se taire.
C'est une condition importante et indispensable pour un général de connaître l'adresse et le caractère de son ennemi, ses vues et ses plans, ses intentions; de savoir s'il est prudent et réfléchi ou téméraire, d'action lente ou rapide, indolent ou expéditif, cauteleux ou imprudent, mobile et indécis ou résolu.
Aussi voyons-nous que le sénat barbare, pour sonder la volonté de l'ennemi, avait envoyé le rusé Millalauco, avec le rôle apparent et les discours de l'amitié. D'un >isage et d'un cœur dissimulés, sous les dehors les plus honnêtes, comme déjà mon récit Ta fait savoir, il promène de tous les côtés son regard, élève une voix forte et s'exprime en ces termes :
sur le même ordre de pensées a sa raison d'être, et les détails nouveaui ou piquants qu'il ajoute à son idée première, méritaient d'être conserTés, 1 Sans doute
« II eil bon de parler et meilleur de le taire, >
eomme disait nne intelligence excellente. Sans doute,
Le (ilence eit Tesprit d«i cols Et l'une dei vertus du lage.
diuit un autre. Hais prétendre que le silence n'a jamais déToilé aucun secret,
« Ni el callar descubriô jamas teereto, •
c'est exagérer une bonne maxime et l'exposer à receroir les démentis de l'expérience. Le silence a son expression. Bossuet le croyait bien ainsi, lorsque, parlant du prince de Condé, il fait de lui cet éloge : « Il tire d'un déserteur, d'un transfuge, d'un prisonnier, d'un passant, ce qu'il veut dire, ee quHl oeuf tairf^ ce qu'il sait, et pour ainsi dire ce qu'il ne sait pas; tant il eit sûr dans ses conséquen ces. ■ [Orais, fun, de Louis de Bour6on; œuvr. complètes, t. VII, p. 765«édit. de Besançon, 1840.)
CHANT XYII. S5
f Heareux capitaine, et tous ses compagnons, vers qai, pour le bien de la paix je suis envoyé de l'Ëtat et des domaines d'Arauco, par le suffrage et r.autorité de ses puissants caciques S ne pensez pas que la crainte et la pusillanimité nous aient Jamais réduits, par l'excès de nos misères, à la nécessité de recourir aux honteuses démarches et aux ressources flétrissantes.
Vit
« Car vous n'ignorez pas jusqu'où les Araucans ont propagé leur nom glorieux et leur puissance, toujours prêts à soutenir les contrées les plus lointaines et à étendre sur elles la protection de leurs bras *. Et vous, de votre côté^ nous savons déjà que, mus par votre zèle et par Tintérèt de la foi chrétienne, avec une grande modération et un ordre parfait, vous venez pour répandre votre croyance.
Vllï • Puisqu'il en est ainsi, comme la conduite que vous avez
1 « Con TOI y auloiidad ^1 gran Senado. >
Hillalaoeo veut Caire connaître l'origine de son mandat. Cett per l'aMcmblée des eaciquet qm'il est accrédité. Ce sont lears suflTrages qui l'ont créé ambaisadeor anprèt de Garcia. (1 n'était pas néceataire d'aller an delà, et de déclarer atec Win* terliog, qae Hillalauco avait reçu de pleins ponvoirs pour résoudre toutes les aneicmnes difficultés :
■it Vollmuht, alU Zwiftigkeilen beixnlegto. •
Wlaterling:
« Qae lot extraBot términot defienda Y asegnn dcbajo de la mu*. >
• Cnd vie •eln Tolk mil itarfcer Hand
Und anfentaftem Muth (Br seine Grinien ttrcileL »
Cest amoindrir ridée o^rcilla. Le texte original va beaucoup plus lofn. Nonsealemeat les Araocans savent défendre leurs frontières ; mais ils donnent aide et protection à d'autres peuples que la conquête espagnole opprime ou menace comme riraaco. Nous avons déji vu un exemple de cette interventiooi sollicitée par le» vaincus et aecordée par les héroïques défenseurs de l'indépendance . Cf. T. I, ebant ix, cet. 17-3ê.
36 EABAUCANA.
tenue jusqu'à présent le démontre, et comme votre bonne renommée et votre gloire le proclament d'une voix si haute et si éclatante, Je viens moi aussi vous assurer, au nom de ma patrie, et ma bouche vous le déclare expressément, que la paix offerte, objet de tous les désirs, sera bien reçue par les caciques.
<f Oui, rillustre sénat, auquel sont parvenues maintes relations sur les Espagnols, dans un sage accord et une sage pensée, dirigé par des motifs que le bon sens et la raison inspirent, veut accepter la paix, veut admettre des conditions justes et honorables, afin de ne pas laisser dans la détresse une si grande foule, innocente et pauvre multitude.
« Que si la foi inviolable et le serment demandés par vous avec amitié, si le gracieux et loyal accueil offert à votre nation, par notre libre et volontaire hommage, peuvent donner une base forme et solide à une alliance où l'honneur soit égal et la Justice respectée, sans que nos sujets et nos États aient désormais rien à souffrir,
« Dès lors, sans lutte et sans résistance, nous accepterons Carlos pour ami et pour seigneur, e( nous lui offrirons, de notre plein gré, l'obéissance et la soumission que nous ne lui devons pas ^ Mais si vous voulez les obtenir par violence, vous nous verrez plutôt dévorer nos enfants mômes, et pousser vaillamment nos propres glaives à travers nos poitrines.
« Mais par de paisibles voies, vous pouvez sans crainte lever la bannière de votre monarque ; car l'Arauco a mis bas les
1 « El ferticio iadcbido. » Ils ne doivent rien à Cirlos; leur hommage ett libre et tolotttaire. Winterling te trompe, en traduisant :
« Den vir ibm scbaldig sind »
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iime« e\ TOUS attend avec des bras ouverts. Il reconnaît que la tapeur des cieux l'appelle à une paix sûre et durable, et il veut lûaset pour toujours le passé enseveli dans le plus profond BïleDce. »
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Ici rindien cessa de parler et nous fit, à sa manière, suivant Tosage de son pays, un geste affable et caressant. Toutes ses insinuations flattaient nos desseins et secondaient sa perfidie. En dépréciant les ressources des barbares, il augmentait notre courage, nos désirs. Il nous laissait entendre que l'ennemi était bible, que sa patrie regorgeait de biens et de richesses.
Après avoir entendu l'ambassadeur, don Garcia fit à l'Araucan un accueil gracieux. Le fond de sa réponse fut qu'il agréait l'alliance et les conditions proposées; qu'au nom du roi, il donnait satisfaction à leur bon vouloir, et qu'ils seraient non-seulement trailés de manière à ne plus ressentir aucun nouveau tort, mais aussi affranchis d'une foule de charges.
Et aussitôt, pour confirmer son langage, il fait apporter par deux serviteurs quelques présents, des costumes de mille couleurs différentes, des chaussures et des toques ornées, des verroteries et des rubans, des insignes et des parures convenables à de nobles capitaines et à des guerrière. Millalauco les reçut avec des paroles et une grâce parfaites.
Aussi) avec le visage et toute l'apparence d'un ami reconnaissant et obligé, il demande, avec empressement, à Garcia la permission de rejoindre les siens. Il retourne vers la barque qu'il avait laissée ; et, grâce à sa promptitude ordinaire, au moment où le soleil se plongeait dans les flots, il arrive chex les bar-
88 LARAUCANA.
bares, et est reçu avec allégresse par tous ces nobles cbefs réunis.
xvir
Instruits de leur succès, les rusés caciques rompent l'assem* blée, feignent de disperser leurs soldats et se retirent paisiblement dans leurs maisons; là, sans bruit, ils préparent avec mystère leurs armes perfides, animent les courages de la multitude, toujours disposée aux entreprises nouvelles.
Pleins de méfiance, et non sans motifs, nous gardons encore notre poste plus de deux mois, battus par les pluies et les vents rigoureux de l'implacable hiver. Mais lorsque ce temps futécoulé, avides de connaître les projets des barbares, nous nous déterminons à quitter Ttle où nous étions retranchés, et à porter notre camp sur la terre ferme.
Cent trente guerriers, florissante jeunesse, furent choisis dans notre armie, tous exercés aux travaux, vaillants, désignés parmi les plus robustes. On les munit en secret et dans un profond silence des armes et des instruments nécessaires. Moi aussi J'étais avec eux, car je n'ai pas omis une seule fois de tenter la fortune.
Une légère éminence s'élevait, isolée, près du rivage de la mer qu'elle domine * ; c'est là qu'ils doivent construire une ci-
1 L'ingéoieor Frézier, dans soa voyage aux mers du Sud. entreprii par les ordres de Louis XI V, donne, nous Pavons vu (Cf. supra, p. 10), une excellente description de la baie de Peiico. Le cap qu'il décrit rappelle au mieux l'emplaceipent dont parle Ercilla. Voyez tout le tracé de Frézier. Sa Relation d*une viaiie aux c6tes du Chili et du Pérou faite pendant les années 1712-1714, mais publiée seulement en 1716 et dédiée au duc d'Orléaos. ne se borne pas aux détails nantiquea, d'une précision merveilleuse ; Tauteur, l'on s'en souvient, s'est informé aussi det mœurs espagnoles et indiennes, et à tous égards il est cette fois le plus exact commentateur du poëte. Claude Gay ajoute ici quelques traits de lumière. Il nous apdreud que le fort élevé par les Espagnols, dans la baie de Concefcion^ s'appela le
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tadeWe régaUère^ défendue par un fossé large et profond, afin que noire petite armée puisse y être établie sans péril. Jusqu'à VarriYée de notre cavalerie. Déjà nous avions appris qu'elle était en marche.
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Une fois sur le continent, si nos guerriers apprenaient que les barbares eussent des projets coupables, et qu'à la dérobée ils préparassent la guerre, sous la fausse apparence et derrière le Toile d'une amitié trompeuse, — de la forteresse, au moindre mouTement, on devait leur infliger, par une attaque subite, un chfttiinentséTère pour briser leur orgueil et leur courage, et les contraindre par la seule épouvante à invoquer la paix '.
C'était une illusion frivole de songer que les superbes Araucans voulussent recourir à la concorde, tant qu'ils auraient les armes à la main. Aussi, avec toute la vitesse qu'ils devaient y mettre, nos cent trente jeunes audacieux passèrent sur la rive opposée, sans autre secours que la faveur d'une nuit silencieuse.
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Et quoique alors, dans ces régions, ce fût le temps où la Vierge allongeait avec hâte la courte durée des jours, et leur rendait ces heures mobiles que l'ombre avait usurpées, avant que Taube eût chassé toutes les nocturnes étoiles, apparaissait la haute cime de la colline, chargée de soldats et de matériaux.
Les uns, armés de leviers, de pics et de boyaux, ouvrent les
fort de PimiOt p«ree qa'il fut eonttrait inr VOtero de Pinto^ k la partie oeeiden- Ule de la vallée de Penco, et qo'oD Parina de huit piècea de canon ((.f. Bût, JUica de Ckilij t. I, p. 396) ; récit son moina conforme qne celui de Frésier à la narratioa d'fireiila.
1 Lca octaves SO et !t ont difparn dani U vertion de Wioterliog. La clarté de la aarratioB souffre beaucoup de cet retranchemeota. Le aite choisi par les KspagsoU, la pensée qui dirige cette première occupation du sol ennemi, sont loin d'être indifferenU à U suite de l*épopée.
4 0 LARAUCANA.
fossés proronds et la place des fondements; les autres, avec de larges lames recourbées, des haches, des scies, des cognées, des couperets, abattent de vastes rameaux et des troncs énormes, les fixent en terre ; puis, à l'aide de planches, de liens de bois et de fascines, ils élèvent des flancs de bastions et des murs qui les relient
Avec moins d'ai*deur le peuple tyrien construisait l'enceinte de sa cité fameuse, s'empressait de toutes parts au travail et déployait son activité inquiet^ *■ ; avec moins de promptitude César bâtit à Dyrrachium ce retranchement merveilleux dont il entoura, si développée qu'elle fût, l'armée ennemie % en trompant la vigilance de son gendre ';
Tant est grande la vitesse que mettent les nôtres à couronner la colline d'une forte muraille, protégée par un fossé large et profond, et par huit grosses pièces d'artillerie. A la vue de TArauco, se dresse la bannière de Felipe, roi d'Espagne, elle prend possession de ces Ëtats, comme des autres auxquels son père avait renoncé *.
On regarde comme une action inouïe pour ^audace et pour la bravoure, et les hommes d'expérience y virent plus de témérité que de courage, qu'en un pays superbe et redouté, au nombre de cent trente soldats, et en moins d'une journée, nous eussions pu mener à fin un projet aussi difficile que dangereux.
1 Cf. Virgile, ^n., I» 4S5-440.
1 Cf. Lucain, PAarsa/., VI. S9-63.
8 Winterliog a fait ditparaitrc celte octave^ dont les detix cotuparalsoDS^ puiléei dans i'hifttoire ou plut6t dans lessouyenirt littéraires d'Ercilla, ne sont pas conformes peut-être au goût moderne, mais devaient plaire à l*époque de la Renaissance et charmer alors, surtout par le savoir qu*elles supposent'
^ L'abdication de Cbarles-Quint et son renoncement toloataire à une si haute puissance ont été célébrés plus loin par don ErcilU. (Cf. octaves, 53-54) .
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Notre armée tout entière se réunit alors et se dirigea aussitôt afec sécurité vers la forteresse, dont le haut emplacement et les canons terribles avaient rendu le chemin sûr et facile. Répartis dans les spacieuses courtines, et suivant Tordre nécessaire, nous nous mettons à l'abri de ce poste tous ensemble, sous la protection de la fortune.
CepeDdaDtlaRenommée,quipublietout,volaitàtra?erslespantons et le territoire d'Arauco, et allait grossissant de bouche en bouche la petite armée chrétienne. La foule du peuple était saisie de crainte, à la sourde rumeur et au vain bruit qui affirment souvent les choses douteuses et qui exagèrent les désastres réels.
Lorsque le son de cette voix parvient à Toreille des ennemis conjurés contre nous, ils ne songent plus aux pactes et aux conventions arrêtés entre les deux partis. Dans leur fougueuse ardeur, ils préparent munitions, armes, soldats, et, sans tarder davantage, décident aussitôt de nous assaillir et de tout mettre à feu et k sang.
Pour exécuter leur projet, ils se réunissent au val de Talcaguano, à plus de deux milles de notre forte position. Là un jeune et vaillant guerrier, Gracolano, plein d'énergie et d'audace, s'écrie à haute voix : « Noble Caupolicân 1 si mon offre peut avoir à tes yeux quelque valeur. Je te promets que demain dans l'assaut Je planterai mon étendard sur le sommet de ce retranchement.
« Et comme je veux, seigneur, vous satisfaire, toi et les autres, par mes exploits, avec cette lance que J'ai coutume de
4t L'AHAUCANA.
manier, je m'engage à vous frayer un chemin à travers les poitrines ennemies. Mon bras sera le premier à confondre leurs armes et leurs instruments de guerre, quelque obstacle qui m'empêche de gravir la muraille^ et dût tout l'univers s'opposer à mes efforts. »
11 dit, et à l'instant, comme déjà les étoiles se monlraient, les barbares, en bataillons serrés, à la faveur de la nuit, d'un pas rapide, s'approchent de la forteresse. Dans un vaste ravin, poste inaperçu, ils s'arrôteut, au pied de la montagne, et attendent, silencieux, l'heure où chaque matin reparaissent les clartés de l'aurore.
Cette nuit-là, je n'étais point calme, et je ne pouvais reposer un seul moment, soit que je pressentisse le péril, soit que le souci d'écrire me tînt alors éveillé. En proie à des visions capricieuses et à l'insomnie, abandonné au vol de mon imagination inquiète, je voulais raconter quelques détails de ce récit, afin qu'à l'aide de ma plume je pusse décharger ma mémoire.
Dans la paix de la nuit obscure, au milieu du sommeil de Tarmée, comme je tâchais de poursuivre cette histoire, il me survint un accident étrange. Tout à coup le froid engourdit tous mes membres; ma vue se troubla, et, comme je m'efforçais en vain de me ranimer, la plume échappa de mes doigts.
J'aurais voulu me plaindre, mais la plainte me fut impossible ; ce mal subit s'y opposait, une douleur aigué et pénétrante me ilt perdre la force et les esprits ; mais lorsque cette crise terrible fut passée, et que je fus rendu à mon premier état, le tourment qui m'avait saisi me laissa comme si je sortais d'une maladie prolongée.
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Ausitôt qn'avec de profonds gémissemeDls ma souffrance fut eibalée et affaiblie, mes paupières pesantes et abattues se fermèrent, tant j'étais ébranlé par cette secousse ! et mes membres, Taincus par la fatigue, se livrèrent au doux sommeil, tandis que la puissance de sentir restait recueillie dans la plus noble partie de mon être *•
J'avais à peine abandonné au repos et au charme du sommeil won corps épuisé, que j'entendis un bruit retentissant: la terre me parut trembler. Le regard altier, le geste impérieux, se dressa devant moi une femme qu'à l'instant je reconnus, à sa taille et à sa haute stature, pour la robuste et âpre Bellone.
Une tunique la couvre de la ceinture aux pieds. De la ceinture à la tête, elle est protégée par une armure d'acier, aux écailles luisantes. Le bouclier au bras, au côté son large glaive, elle brandit de la main droite une lance formidable. Les hideuses furies l'environnent, le visage en courroux, le teiat aoimé, tout enflammé du feu de la guerre.
Elle me dit : « 0 guerrier craintif! ranime ton courage et ta confiance, et reconnais l'occasion heureuse que t'offreut ton bonheur et ta fortune prospère. Fuis le repos honteux et inerte, laisse grandir ton cœur et ton espérance, et aspire à des objets plus dignes de ton ambition ; le ciel te protège, comprends ses faveurs.
1 Cette o«tav« et les trois préeédeotet contieDDcnt une de ces belles et savanles «■«Ijset qoe l'on croirait empruntées quelquefois ans éerits d*on habile physiologiste moderne, et que don Ercilli a su rendre immortelles par la justesse et la préeiaioo pittoresque de son langage.
« Tu es, je le vois^ passionné pour Tart d'écrire, et ton penchant se révèle par des marques éclatantes; car Jamais ta plume n'a perdu sa trempe, au milieu môme des fiers combats et des rudes exercices de la guerre. Pour récompenser tes travaux si constants, je veux, inspirée seulement par le rôle que j'accomplis ', te conduire dans un lieu où ton esprit pourra se déployer sans bornes ',
<f Dans une campagne fertile, remplie de mille fleurs, où s'offrira devant toi une riche matière de batailles plus fameuses et plus importantes^ bien capables d'alimenter ta veine. Et si tu veux de dames et d'amour célébrer en vers la douce peine, tu rencontreras un plus vaste sujet et une beauté plus grande que n'en connurent les siècles passés, que n'en connaîtront les siècles futurs '•
1 « Solo movida d« mi mieno oBoio< »
Winterling tradait arec bonheur: < Aus blossemPfliehtgefuhl. » O^'o indique la charge guerrière de Belloue. L*iii(érèt leul de tes fooctions l'émeut; elle est portée par sa nature même et par ses devoirs à encourager et à récompenser un tel chantre.
s L'ordre et l'enchatoement des idées, des expressions, exigent que cette octave et la suivante ne soient séparées que par une simple virgule. La ponctuation de don Kosell et d'Ochoa obscurcit tout ce passage. Les mots t en campo fértil, • etc. ne sont que la description poétique du lieu enchanteur qui est annoncé, dans la première des deux octaves, par les mots « en una parte, ■ etc. Avec Torthographe des deux éditeurs que noys citons, les quatre premiers vers de la deuxième octave n*au« raient pas de construction possible et formeraient une phrase incomplète :
m Ea cunpo fërlil, Ileno de mil floreii En el cual ballaris mat«ria Mena De carras mas famoM* y mayorei, Oonde podrii alinentar la veoa :
Y li quierei, ate •
Ces vers sont évidemment une dépendance grammaticale et tonte natnrelle de ceu qui les précèdent.
3 « Nil oriluram alias, nil ortum taie blanle*. >
(Horace, 11 Epist., l, t?)
CHANT XYlî. 45
t Suis moi ! » dit-elle, en fluissant. Et moi, étonné» lui ? oyant reprendre la route qui l'avait amenée, d'un pas rapide et d'un cœur hardi je commençais à suivre le môme chemin, laissant à ma gauche et à ma droite deux montagnes dont Atlas et l'Apennia sont bien loin d'égaler la hauteur, les fourrés épais et les escarpements.
Nous arrivons à une plaine étendue, où la Nature de ses OMins libérales et ingénieuses étalait sa richesse et sa grftce dans les prodiges de ses ouvrages variés. Elle mettait, parmi les feuilles et la verdure, lis éclatants de blancheur et roses vermeilles, jonquilles et orangers, (Billets et lilas, jasmins et violettes.
Là, des ruisseaux limpides, en murmurant, traversaient la délicieuse contrée, et le souffle caressant des zéphyrs réjouissait l'herbe verte et les fleurs. Des oiseaux à mille nuances voltigeaient de toutes parts sur les arbres touffus, et leurs chants mélodieux formaient un concert de la plus suave harmonie.
De tous côtés je vis répandues par groupes une foule nombreuse de nymphes enchanteresses. Les unes étaient occupées dans des jeux divers ; les autres cueillaient des fleurs odorantes, ou, avec un accord charmant, faisaient retentir de douces chansons d'amour ', tandis que la cithare ou la lyre vibrait aux mains des satyres adroits^ des faunes et des syl vains.
1 « LcCrts amoroMs. > Li Utra^ «t plos ordinairement letrilla^ était one for- ■M d« eonposition conrte et rapide, qui n'avait rien de commun ateo le genre épitioUure, comme «on nom même pourrait le faire tupposer. Bile offre quelquefois de petite» satires, on plutôt une série d'épigrammeSy terminées toutes par le mèntu vers on par une sentence laconique. Iglesias a excellé dans ce genre de littérature. Mais U IctrilU comportait beaucoup d'autres matières, et surtout les sujeU amoureux.
46 LARAUGANA.