LVI
« Élargis donc et ouvre ton âme aux vastes espérances. Si tu veux jouir du bonheur qui t'est offert, outre l'honneur éclatant que tu acquiers en réparant les maux de la patrie, c'est toi seul qui feras ta gloire, c'est de toi seul que tous auront reçu l'existence, et chacun de nous reconnaîtra sans cesse qu'il la doit à ton bienfait.
« Vois, et ne ferme pas les yeux à l'évidence. Considère combien l'occasion est favorable. Ne sois pas ingrat envers le ciel qui te demande seulement d'accepter une si honorable entreprise. Tends les mains à ta patrie qui succombe dans un dur et honteux esclavage. Tu peux toi-même fixer ta récompense; car, dès à présent, il n'en est aucune qui ne t'appartienne. »
tCf. Virgile, Jffn., VIII, 658:
« Defénsi Unebris el dononoclu opacx.»
Il cessa de parler, et son regard s'arrêta sur l'Iadien impassible. Celui-ci était resté sans trouble et sans émotion^ Jusqu'à ce que Prano eût achevé son discours. Alors^ couvrant d'un sourire et d'un air satisfait les ruses d'un cœur perfide, aux offres et au langage qui lui sont adressés, sans plus de retard, il répond en ces termes :
« Par quel signe pourrais-je ici faire éclater assez ma joie intérieure et le transport que j'éprouve, en voyant qu'entre mes mains repose le bonheur de ma obère et douce patrie i Ni richesse, ni honneurs, ni cbarges, ni dignités, ni le commandement et la souveraineté du monde ne sauraient dans cet'e action balancer à mes yeux l'utilité générale de l'État.
« Comment souffrir encore l'orgueil de cette race ambitieuse et sans frein, cet empire despotique et la violence avec lesquels elle usurpe notre liberté? Déjà pour l'Espagnol la justice divine a prononcé la sentence, elle tient préparé le châtiment exemplaire qu'il mérite et qu'elle a confié à la valeur de l'Arauco.
« Retourne vers Caupoltcân, et, pour ce qui me concerne, offre-lui l'assurance d'une volonté résolue. Quelque promesse illimitée que tu lui transmettes, je m'engage, moi, à garantir le succès; et demain, sans hésiter, dans la partie la plus inculte du rivage désert, je me rendrai auprès du chef, afin de m'en- Iretenir longuement avec lui de ce projet. Dès aujourd'hui, j'en accepte la charge.
« Dans la crainte que des soupçons ne se puissent éveiller, il n. 14
42i L'ABAUCANA.
sera bien de nous séparer ici. Mettons un terme pour cette fois à notre entretien, et rendons-nous là où chacun de nous est attendu. Demain» tout à loisir, à midi môme, nous nous parlerons avec moins d'obstacles, et tu seras plus satisfait de mon concours. Adieu; il est tard; adieu I il me reste un grand espace à franchir. »
ils se quittèrent aussitôt^ et chacun se retira par un chemin différent. L'un se rendit au camp de l'armée araucane, et l'autre dans la place des Espagnols. L'âme remplie d'une joie malfaisante, Andresillo vint parler en secret au capitaine, et lui dit de point en point tout ce qu'on peut apprendre en écoutant le chant qui va suivre.
SoiHAiRi. — àndresiUo court iofonner Reynoto du pUa des Barbtres. — Confoada de leur audace, Reynoso veut le» faire tomber dans le piéfe quMU préparaieot. — Par ses ordres, Andresillo se rend à TeDCrevue projetée, trompe CaupnUcâo et B*eDgage à donner lui-même le signal de Tattaque, eu plein jour, à Tinstant où les Espagnols reposent dans une profonde sécurité. ~- Caupolie&n met la nuit à profit pour diriger ses Barbares dans le Toisinage de la forteresse, et Reynoso pour préparer tous les moyens de résistance et de destruction. — Âltaqne furieuse des Araueans.
L*actioQ la plus coupable, la plus basse et la plus odieuse, celle qui ofTeose le plus la bonté divine, est la trahison sous le voile de Tamitié. Elle indigne le ciel, la terre et Tenfer. Qui proBte de la perfidie peut bien raccueillir; mais il bail et déteste le traître. Tel est ce crime abominable qu'il soulève même celui dont il seconde les intérêts '.
Rarement vous verrez un homme déloyal mener Jusqu'au terme une vie tranquille. Il n'est aimé de personne et tous l'abhorrent. On a beau recueillir les fruits de sa conduite; on le méprise. En tout temps il n'est qu'un ami suspect. Dit-il la
1 Démostbène, dans ton admirable plaidoirie contre Eschine, a souvent décrit le r6le des traîtres, leur infamie et Tborreur qu'ils inspirent. II parle, comme Ercilla, de l'aversion qu'éprouve pour leur personne celui-là même qui met à profit leurs services. Voy. Discours sur la eouronnet trad. Plougoulm, 1834, p. 1 45-147. M^is aucun écrivain peut-être n'a mieni retracé que Dante les sentiments de mépris et d'indigaation que le traître laisse dans tous les cœurs boonêtes. C'est au dernier cercle de «on Enfer, c'est au fond des maie bolge qu'il relègue cet être odieux . Cf> la Divina Cominêdiat Jnfemo, capit. ixxii-xixiv, trad. de M. Mesnard, t. I, p. 401-447.
434 LÀRAUGANA.
vérité^ on ne le croit pas. Enfin, il ne saurait se dérober au châtiment que la méchanceté tratne toujours à sa suite ^
Si d'après les droits de la guerre, celui-là est perfide qui, malgré une garantie protectrice, attaque son adversaire; que dire de celui qui vend à l'ennemi la liberté et le sang d'un ami, de celui qui, sous les traits de la fidélité, ne vise, comme dans ce récit môme, qu'& livrer sa patrie, et vient avec haine et fureur lui mettre à la gorge le tranchant du glaive ?
Un esprit habile et prudent peut se préserver contre un rival déclaré et connu, contre le pervers et Tinsolent qui le menace, mais non contre le traître qu'il n'a jamais offensé, et qui dans les plis de son vêtement, ami trompeur, tient caché un poignard nu. Est-il un port qui soit un lieu de sûreté contre son âme déloyale? Est-il un ennemi plus dangereux que Tennemi couvert?
J'en ai la preuve dans Ândresillo. Il avait quitté son ami trompé et satisfait. De toute la vitesse de ses pas, il franchit en peu de temps un vaste espace, se rend auprès de Reynoso, qui, tranquille et insoucieux, ne soupçonnait rien de semblable. Le traître tirait vanité de sa finesse, et fit connaître à la fois en ces termes sa ruse et le complot :
« Sache, dit-il, que le destin t'accorde aujourd'hui une généreuse faveur. 11 a dirigé les affaires de telle sorte que je puis être pour toi un ami utile; car il a remis à ma libre vo-
m Raro ant«cedenlem «celeslum léserait pede pœna eUudo. »
(Boni., Cerm.t Ut, t.)
CHANT XXXr. 425
lonté la mort ou la conservation de tes ennemis. Il a confié aux mains d'Andresillo la suprême sentence et l'épée.
VU
« C'est en abjurant mon devoir et la.iidélité due à mon pays et à ma nation, c*esl par respect envers toi, que je veux, Seigneur, sacrifier ma vie, afin de soustraire la tienne au péril. Je veux diriger contre une pairie odieuse la force des armes et les décrets du destin, pour détourner Tinnombrable multitude de glaives préparés contre ta poitrine. »
Et alors il lui raconte tout ce qui s'était passé entre lui et Prano, tous les détails que vous connaissez; car si ma mémoire ne m'égare, dans le chant qui précède, un long récit les a développés. Reynoso resta surpris et confondu. Le cœur touché, la reconnaissance peinte sur le visage, de ses bras il enveloppe Andresillo avec affection, et il lui prodigue d'amples remerciements*
Il vante la ruse et la finesse avec lesquelles il a noué cette double trame, exalte l'immense, l'éclatant service qu'il vient de rendre au royaume et à la chrétienté, ajoute qu'un si grand bienfait restera toujours gravé dans notre mémoire, et que dès à présent une glorieuse distinctioni une riche récompense doit devenir son partage.
Puis ils conviennent entre eux que le jour suivant, sans rien révéler de ce projet à personne, dans le temps et au lieu qu'il avait choisis, Andresillo se rendrait à l'entretien du capitaine son compatriote, qu'il aurait à saisir du regard et de l'oreille tous les détails utiles à leur plan, afin de le mener par la ruse et par l'artifice jusqu'au but de leur désir et de leur espérance.
426 l'ARAUGANA.
Andresillo accomplit ses vues. Mais d'abord au débouché d'une yallée profonde, il trouva son ami posté en sentinelle et qui l'attendait pour lui servir de conducteur. Caupolicân, d'un air joyeux, fait quelques pas à sa rencontre/ assez loin en avant de son armée, et l'accueille avec affection et courtoisie :
« Capitaine, lui dit-il, car dès ce moment, au. nom du ciel je te confère cette dignité, puisqu'aussi bien l'affranchissement du sol de notre patrie est, avec justice et à bon droit, confié à ton adresse ; je sais qu'animé par la pure et noble ardeur de la vertu môme et du courage, tu aspires à un but si élevé que jamais aucun homme n'aura porté plus haut son illustration.
« J'ai pénétré les desseins de ton âme et ton but héroïque. Inspiré par la fortune qui te favorise et te promet un succès heureux, je suis ënergiquement déterminé à marcher avec une foule innombrable de soldats, sans autre guide que ta personne, à l'assaut du camp espagnol, au milieu du jour.
« Aussi mon arrivée dans ce lieu a-t-elle été mystérieuse et secrète. J'ai voulu m'y rendre afin de pouvoir (et tu fixeras toimême la limite de tes vœux) te garantir une légitime récompense. J'ai voulu m'assurer si, pour l'entreprise qui t'est confiée, tu consentais à te charger du commandement et de notre existence, à nous donner, comme chef et souverain arbitre, l'ordre et les instructions, les plans et les mesures nécessaires.
« Outre les dignités, je te promets, au nom du sénat, une
CBÀNT XXXr. 427
seigneurie, et Je te jure par le grand Eponamon qu'elle sera choisie à ton gré. Je me place désormais en tes mains, je m'y abandonne ; je renonce à tous mes sentiments personnels, pour adopter les tiens. Dicte la loi la plus utile, et que le succès espéré ne soit pas différé davantage.
a Fort de ton aide et de mon espoir qui m'annoncent une tentative heureuse, j'ai placé près d'ici, dans un lieu caché et couvert, mes troupes en armes. Avant qu'elles soient soupçonnées de personne, avant que la citadelle ennemie se puisse préparer, et c'est le seul danger de notre entreprise, il faut presser Teiécution.
41 Hâte-loi donc, guerrier courageux, et suivant notre confiance en toi, précipite tes décisions ; car derrière cette montagne, vers le rivage, se tient une armée nombreuse et obéissante; et pour que tu en apprécies la discipline, la valeur, les armes et la multitude, tu pourras te rendre toi-m^me en ces lieux. Je t'y attends, l'âme toute remplie d'une espérance inébranlable. »
Le traître obstiné, attentif aux offres que lui faisait le général, ne fut ébranlé dans ses projets criminels ni par les promesses ni par les récompenses. Cependant, il eut un instant d'efifroi. Il hésite à l'aspect du chef intrépide, devant celte valeur, ce visage où éclate la bravoure, devant cette haute stature et ces membres gigantesques.
CaupoUcân avait revêtu sa poitrine large et robuste d'une forte et puissante cuirasse. Un dragon couvert d'écaillés se dresse sur le cimier de son casque menaçant. Sa main droite tient une massue de fer et à son côté est suspendu un glaive
438 LARAUGANA.
homicide. Sa taille et son attitude représentent le dieu Mars irrité.
Mais voyant avec quelle facilité il peut réussir dans son détestable projet, qu*en si peu de temps il a mené si loin son artifice perfide et trompeur, Andresillo, la joie sur la figure et d'un air de reconnaissance, bien que son cœur renfermât la fourberie et la ruse, fléchit les deux genoux, se prosterne et fait cette réponse à Gaupolicàn :
« Noble seigneur ^ 1 ne pense pas que ce soit par l'attrait des honneurs, des richesses et des dignités, que je viens à tes pieds, sujet obéissant, résolu à te servir et a te sacrifier ma vie. Tout ce que tu m'as offert, tout ce qui peut être le plus souhaité par les hommes, ne me sollicite pas et ne m'enflamme pas autant que la grande raison qui m'enchaîne à ce devoir.
XXIÏ
<x Grâce au ciel, je sens que mon espérance, fondée sur ton génie et sur ton insigne valeur, s'achemine, au souffle d'un vent prospère, vers le port désiré; et pour qu'aucune lenteur ne nuise â nos desseins, il sera bon que tu hâtes l'attaque et suives la fortune qui se déclare avec évidence en faveur de notre cause.
« Les ennemis, accoutumés à se voir assaillir durant la nuit, restent sans crainte, lorsque le soleil marche au plus haut des cieux, se reposent désormais sous leurs lentes, et libres de leurs vêtements, se jettent sur la terre, plongés dans l'ivresse et dans le doux sommeil. Les heures brûlantes de la sieste s'écoulent dans un profond repos, jusqu'à ce que l'astre de feu penche vers son déclin.
1 I 0 gran Apô. t Cf. infra^ in calce, Supplémenti hûloriquei, Declaraciondcalgunaê eoias^ etc.
CHANT XXXI. 4i»
« Que si tu es préparé comme tu le dis, si (ou armée en ordre est près de ces lieux, je t'en conjure, saisis l'occasion sans retard et n'en laisse pas échapper les faveurs. Il est difficile de retrouver l'instant auquel on a permis de fuir, et surtout de réparer les dommages de notre inaction. Si rien ne t'arrôle plus, toi, n'arrête pas tes destins et ta fortune.
« Je m'engage à te livrer la victoire, non que j'ôspère la récompense de mon service ; car la vertu apporte avec elle son salaire et est à elle-môme son véritable prix *; il me suffit que je te puisse être utile. Aussi je m'empresse, d'une âme désintéressée, à livrer à tes coups, sans péril pour tes armes, la gorge nue de notre oppresseur.
« Demain, sous un déguisement, lorsque le soleil s'avancera au milieu de sa carrière ', Prano doit se rendre & ma cabane où J'attendrai sa présence avec un impatient désir ; il entrera dans la forteresse; il visitera cette place ouverte, verra les Espagnols, abandonnés alors, suivant leur usage, au sommeil, sans souci, sans préparatifs, et, en apparence, sans aucun maître ».
1 « Qae U virtud U pag a trM configo
T «lia misma et el premio verdadero. »
Cf. Virgile, En., IX, 251-254 :
« Qm Tobis, qoa digna, ?iri, pro Uudibui iitU, Pnemia poiM rear toWi I Palcherrlnia primum DioDoreique dabuat Teitri •
' Winlerling a substitué au mot simple, au soleil de don Ercilla, la ditloité grecque ■ Héliot, • sans que rien ait préparé l'esprit du lecteur à ce changement.
8 « 8in preTencioD, y al pareeer tin daelio. >
Wioterling a rendu le vers espagnol avec une brièf été heureuse et fort expressive :
m Als lai kein Herr, ait mI kain Feind logegen. •
« Cetle nuit que tes soldats, étouffant toute voix et tout bruit, prennent un détour sur la droite de la route, et viennent se placer en bataillons à un mille de la citadelle et plus près encore ; et lorsque le soleil paraîtra dans l'orient^ pressés en rangs épais, les armes basses pour éviter les reflets du jour, qu'ils attendent là mon signal et mon ordre.
« Cependant, Je désire voir cette armée qui t'obéit, pour que rien ne manque à mon bonheur et à ma joie ^ Armée heureuse, réservée à cette grande et mémorable entreprise, et par la bravoure de laquelle, rendu à tous ses droits et à sa puissance première, l'Arauco, après avoir renversé la tyrannie espagnole, étendra au loin sa gloire et sa souveraineté. »
Caupolicàn resta convaincu de la franchise d'un tel langage et du succès de la tentative. Il lui répondit par des paroles qui eussent touché non-seulement une âme accessible à l'émotion, mais un rocher; et pour marquer leur accord loyal, le chef lui donna un brillant diadème de l'or le plus fin, avec une garni-
1 « Qniero ver, patsque dello ères lervido, (Por ir del lodo alegre y satisfeebo) Tu dichoso «leuadron *
Cette pensée répoad à la proposition faite par Caopolieia à Aadresillo, oct. i7a. Winterling a eomplélement changé le sens du texte original :
« Ich holTe, dan ich dieh troh und luft-ieden Mb, Uod dass du meinen Freundeidienit wîrsl loben Wenn nun dureh ntich lur hAchslen Hôb Des GIQcks und Rubmi deln sicgreich Heer «rboben. •
Rien dans les vers d'Ereilla ne donne ouverture à uue pareille interprétation. L'appel adressé par le chef des Araueans su Barbare rusé et trompeur, et la vitite même qu'Andresillo fait immédiatement après au camp des Indiens (oct. 30-31), jusliBeut le sens que nous avons adopté et que les termes mêmes du poète présenteot sans aucune équivoque.
CBANT XXXI. 431
ture de perles précieuses *, ornements auxquels ces barbares attachent une haute valeur.
Accompagné de Prano, qui ne se contient plus de joie, au pied d'une montagne grande et escarpée, l'Yauacona découvrit bientôt l'armée des Araucans enfoncée dans son embuscade. Elle était nombreuse et composée de vaillants soldats. A cette vue, le traître demeura un peu troublé; il sentit chanceler sa résolution trompeuse et perBde; car souvent, dans un esprit inconstant et mobile, la crainte fait ce que la vertu n'a pas su faire.
Mais bientôt la perversité l'emporte ; elle l'aiguillonne et lui inspire l'audace nécessaire, chasse l'incertitude qui l'obsède et pousse en avant son projet criminel. L'Indien masque sa détestable pensée. D'un visage et d'un air imposteui-s, l'infâme exagère ses louanges, et vante l'emplacement, l'ordonnance, les armes et les guerriers.
xxxn
Lorsqu'il eut pris ses renseignements et observé tout ce qu'il lui fallait savoir, considéré ce terrible appareil, calculé le nombre de soldats que l'armée renfermait, bien insiruit et amplement informé, il revint à la forteresse comme le jour finissait. Reynoso attendait son retour, et déjà ce long retard éveillait en lui quelque défiance.
L^ndien lui fit, avec des détails minutieux, le récit complet de sa mission. L'assurance du capitaine et son courage grandirent encore quand il nous vit arriver si fort à propos; car si vous avez été attentif à mes cbants, vous vous rappelez que
I • Chaquira. » Cf. infra, in calce ; ihfclaracion (U algunas cosas, elc.
432 LARAUCANA.
par la montagne et par des chemins escarpés, Je vins au secours des nôtres ce jour môme avec trente Espagnols qui m'accompagnaient.
Nous passâmes cette nuit-là à préparer nos armes et les instruments de guerre, à examiner fossé, murailles, fortifications, à désigner son poste à chaque soldat, jusqu'au moment où l'aurore de sa lumière voilée découvrit les retranchements profonds et fil éclater les tristes pronostics d'un jour qu'appelaient nos désirs, mais que devaient marquer tant de sang et de carnage.
Jamais on ne vit dans les régions australes le soleil se lever aussi tard pour fournir sa carrière, et refuser ainsi de montrer aux mortels sa clarté et ses rayons à l'heure ordinaire. A la fin, il s*élança entouré de présages sinistres, et la lune, éteignant ses feux devant les siens, tourna vers le ciel sa face mobile et pâlissante, pour ne pas regarder la malheureuse terre d'Arauco^
Les préparatifs étaient faits avec une pleine confiance et avec mystère de part et d'autre. Les projets et l'espoir étaient égaux dans les deux camps; mais qu'ils étaient loin d'avoir môme sort et mômes destinées 1 Voyez-vous Prano qui seul et en toute hâte, comme les Indiens désignés pour le travail \ sous un faix de froment pur, s'avance et cherche à ce moment son déloyal ami?
Sur la porte de sa demeure, Andresillo s'occupait à regarder les chemins. Il lui semblait que le temps convenu était écoulé,
1 Winterling qai, dans l'ocUve 26«, a remplacé le mot sol par Héliot, n*héêiie pas cvitc fois encore à substituer Selene à luna; il y a là un goût quelque peu turaooé de mythologie.
< « Mitayoa* » Cf. infra^ in calce ; Deelaracion de alguna* cotai, etc.
bien qu'il ne fût pas arrivé encore, tant son dessein coupable le pressait et lui faisait sentir l'éperon d'une maudite furie. Toujours à nos désirs impatients, l'heure même qui vole parait immobile.