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Prano survient et le rassure, lui affirmant que les Indiens, partagés en deux bataillons, ont aperçu les murs de la cita-' délie, sans que personne les ait ni découverts ni soupçonnés. A pas silencieux, dans un ordre parfait, Odùle à la discipline, la troupe marche à rangs serrés, et, le corps incliné, les arnus traînantes, elle s'avance droit sur Tucapeh
Avec la pensée d'un but bien différent, Andresillo laisse écla* ter sa Joie. 11 dit à Prano que déjà probablement, selon leur habitude, les Espagnols étaient endormis; et aussitôt, tranquilles et dissimulés, sans plus de retard, entrent de compagnie dans la forteresse prévenue, le rusé trompeur et le bar* bare trompé.
Ils virent retirés dans leurs chambres tous les officiers et les soldats, étendus sur leurs lits, endormis sans dormir; avec adresse et avecprécaution, tous paraissaient oublier la prudence. Ici les armes étaient détachées, et là les chevaux étaient sans selles. Tous suivent un plan concerté, et comme plongés dans un silence profond et dans un profond sommeil, ils semblent prêts pour le massacre ' .
^ • Al p«récer revuelto. > Cett le texte de haudry« et nous Tavoni adopté. La ^lioteea àe M. Rivadeueyra offie uue leçoa différente, judieUuae et fort acceptable : c Todo de induatria al panetr revuello. • Celle aéeurité, ce faux aommeil, ce ûleoee, tout avait été arraugé pour abuser le barbare, pour produire une kimple •pparence. Cependaut rexplicatioo que doub avoua préférée t'accorde mieux af ce quelques détails de la dietion d'Ercilla; cf. oct. S5«.
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A Faspect d6 ce calme, de celte sécurité et de la faible surveillance qui règue dans la forteresse, aussi heureux de ces apparences qu'aveugle et obbtiné à ne pas ressentir les soupçons qu'elles devaient faire naître, Prano ne s'arrête pas un seul instauf, et par un court sentier qu'il connaît, de toute la vitesse de ses pieds et de toute sa vigueur, il s'élance et porte aui Barbares la nouvelle qti'ils attendent.
A peine a-t-il disparu, qu'Andresillo fait éclater sa voix : « Braves guerriers, s'éciie-t-il, qui tenez dans vos mains le terme désiré de cette guerre, saisissez, saisissez vos armes victorieuses, rompez désormais un silence inutile, levez- vous en toute hflte, car, J3 vous le dis^ vous avez Tennemi à vos portes. »
Non, Jamais, de son hamac laineux, quand il entend les cris du pilote et qu'un soudain orage le vient assaillir, le matelot ne s'élance avec autant d'agilité que le firent nos soldats, quand, à l'appel puissant d'Andresillo, nous bondîmes, légers et impétueux, hors de nos tentes, et courûmes aux armes voisines.
L*un vole à sa cuirasse accoutumée, l'autre ajuste son gorgerin et son casque; celui-ci équipe son cheval; celui-là sort avec l'arquebuse, la lance ou Tépée. En un instant, la puissante artillerie est dressée aux portes ouvertes; des milliers de projectiles^ cent apprêts destructeurs arment les bastions^ les courtines et les embrasures.
Dès que la citadelle fut en état de défense, et qu'à chacun,
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suivant son poste, son rôle eut été marqué, sur Tordre prescrit, le plus profond silence enchaîna toutes les langues, et le calme remplaça le tumulte. Nos remparts étaient si tranquilles qu'an dehors les hommes de service, a la vue de celte paisible sécurité, jugeaient que tout était également enseveli dans le repos du sommeil*
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Prano ne s'était pas ralenti dans sa course. A peine étionsnous armés, que les enrtemis tout à coup furent aperçus près du fort, de deux côtés, lis venaient à pas mystérieux et lourds, les armés contre terre, le corps penché, et ils nous auraient surpris, si l'œi] n'eût été plus rapide et plus alerle que l'oreille.
Le chasseur expérimenté qui a reconnu la piste de sa proie et son gîte, s'avance peu à peu, tout incliné, et dissimule sa marche à travers les herbes et les broussailles ; il hâte ou suspend sa marche; il fait un pas et s'arrête, sans bruit. Jusqu'à ce qu'il soit parvenu tout près, et que, sans être vu, il puisse diriger un coup sûr.
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Avec le môme mystère et plus de précautions encore, les Araucans, toujours cacht^ apparurent enfin et en un clin d'œil se montrèrent tout près du fort, à moins de trente pas; puis, sans faire retentir ni la trompette ni aucun antre instrument, en troupe silencieuse, plus de deux mille Barbares courent assaillir les portes qu'un soin prudent, plutôt que la négligence, tenait ouvertes.
Je ne sais avec quelles paroles ni avec quel sentiment de plaisir je pourrais raconter ce sanglant et cruel assaut. Comment exprimer une juste compassion et ma juste haine? car elles me remplissent l'une et l'autre ù la fois. Mon Ame et
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s'apitoie et ^'endurcit, et me tient ainsi en suspens entre deux impressions contraires. Si je satisfais à l'ardeur de ma pitié, je condamne et j'estime blâmable ce que je fais.
Si je me détourne de l'attaque et du péril, je sens bien pourtant que ma place est au centre de l'action et à la défense des retranchements; si j'abandonne la citadelle à cette heure et dans cette lutte, je suis coupable et j'accomplis mal mes promesses. L'esprit incertain, embarrassé, combattu tout ensemble par des pensées différentes, je remets à un autre chant d'éclairer mes doutes irrésolus; un conseil m'est nécessaire.
8<niHâiBi. — Échec MO|;Uot des ladieas. — Déeeplioa de Prano. — Sa mort héroïque. — Faite de V^rmét emmemïm , — Po«rq«oi le« prmcipaai chefs araseaas se fureot pes eaveloppés daa» le déMiIre. ~ Caapolicin disperte toat toa camp, et renooce aorneotaoéaieiit à la goerre. — Avec ose escorte de dix vaillaott eompa^ODf» il se retire dans des lieux impénétrables et ehan|re pi» d'ane fois d*atile. ~- Les Espagaob le poorsoîTent de loales paris. — ÉpuMxIe de learsev- ' péditioBS. — Aveotare de L«Bca. — La fi lelité conjugale de cette jeaoe feaiin^ barbare amène un récit d«ns lequel, ea reveaaat vers le e«mp e«pagnol, don Ercilla juktifie rh30Dear de Didoa et la constance de son premier amour coulre la tradition roeusongère de Virgile.
C'est une vertu e^ccllerile, c'est chose digne de louange ei célébrée par tous à jusic litre que la clémen'-e illustre et généreuse. Jamais elle n'habite dans une âme abjecte. Par elle. Home devint toute-puissante et vainquit plus de nations qu'awec répée. Par elle, on vit cette cité soumettre et ranger à ses lois la tête indomptée des plus grands monarques.
Non, la gloire ne consiste pas seulement à vaincre; ce n'est pas là qu'est la grandeur ni la noblesse, mais bien à savoir ustM* de son triomphe en lui donnant son plus beau lustre, la magnanimité. Le vainqueur mérite de passer à l'avenir, si dans la colère il se résiste à lui-même ; à l'homme clément appartient la plus belle vicloire; ne sait-il pas aussi vaincre les cœurs?
Si le succès est glorieux pour un capitaine cruel et inexorable, moins prodigue de sang, il aura plus de grandeur et méritera plus d'éloges. Que l'épée coure de toutes parts, pendant
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que dure la fureur, je Texcuse; mais lorsque le sang-froid esl revenu, frapper encore, c'est vengeance, cruauté, tyrannie.
Les flots de sang que Ton a répandus (si mon jugement et mon avis ne s'égarent) ont été la cause qui a fait entièrement disparaître les fruits espérés de celte région. Avec une afTreasc inhumanité, on a franchi les lois et les droits de la guerre, l/invasion et la conquête ont été accompagnées de barbaries sans exemple.
Et, bien que l'événement dont je parle soit une de ces cruautés, selon moi, la voix commune, qui m'est contraire, me prouve que désormais, suivant les lois du monde et de la fortune, tout est juste et permis pour le vainqueur. Mais terminons ce discours importun. Le temps est venu, ce me semble, oïl doit commencer le terrible carnage, l'exécution alTreuse, juste à quelques égards, mais si digne de pitié ^
J'ai laissé le camp des Indiens près de la forteresse, au milieu des fureurs, volant & l'attaque, la Mort silencieuse et voilée, et mille armes diverses prèles à partir de ses mains. Entraîné par la destinée et par le sort cruel, d'un pas rapide, d'une course fatale, voWii que s'engouffre, par la porte et par rentrée perfide, un épais bataillon de combattants entassés.
i La critique et la philosophie modernei troot pai eiprimé sur les piactionr et sur les cruauté* commises par les Espagnols dans le Nouveau-Moade, un jugement plus ferme et plus intelligent que celui d*Crcilla. Malgré son attachement à sa patrie et au drapeau national, il ne le dissimule pas rexeè^i des maux qui ont soulevé les Araucans et les actes d'oppression qui justifient leur révolte. Ercilla est le chantre de la gloire espagnole, mais il est aussi le poëte de rhumanilé même, et ce double caractère, sootent reproduit dans son œu>re, en constitue la haute et foi te moralité.
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VU
Dieu tout-puissant ! quel Tracas épouvantable ! quel carnage ! quelle destruction ! que de corps abattus dans cède foule malheureuse, qui tombait en aveugle dans le piège où elle croyait nous surprendre ! Qui pourrait retracer ce triste massacre, les décharges effrayantes d'une formidable artillerie, Touragan impétueux des projectiles que tout à coup et tous à la îo\< elle lance sur les agresseurs !
Vous eussiez vu les uns percés à Jour, d'autres dont la tôle et les bras étaient emportés, d'autres tellement broy^^s qu'il ne leur restait aucune forme, et beaucoup étalent traversés par les piques; membres sans corps, ou corps dépouillés de leurs membres I Au loin pleuvaient tronçons et lambeaux, viscères, intestins, os briséS| entrailles qui palpitent et cervelles fu* mantes.
Comme une étroite mine, bien amorcée, éclate avec un grand fracas, lorsque la violence soudaine du feu fait sauter les tours et Yolerau vent les machines; avec plus de bruit encore et un plus vaste ravage^ la force vive de la poudre fait cxplosioti, ol dans un instant réduit en pièces tous ceux de l'armée barbare qui avaient atteint la muraille*
1^ fortune cruelle, aux mobiles caprice^ avait anéanti cette première troupe d'Araucans. Pas un coup, pas une arme ne s'était trompée de chemin et n'avait inutilement frappé. Jamais on ne vit tant d'hommes mourir à la fois^ et, quelque hâtive que ioit ma plume, je ne puis achever ce récit et m'arrête, tant il y eut là de coups, de blessures et de morts 1
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f.e Tracas de la décharge avait à peine cessé, que, Jaloux de paraître en rase campagne, les chevaux dociles à Téperon, tous à la fois s'élancent par la porte et parle passage embarrassé, et dans la deuxième troupe des Indiens, qui se tiennent amassés et comme stupéfaits, nos guerriers sèment le trépas et font plus de carnage que n'en avait pu faire l'artillerie.
Tel frappe de sa lance celui-ci, cet autre encore, et s'ouvre une route large et sanglante. Tel plonge ses coups à gauche, à droite, et prive de la vie une foule de combattants. 11 n'y eut alors ni Ame, ni main assez tendre pour ne pas abaisser le fer et enfoncer la blessure. De nulle épée le tranchant ne fut assez faible ni assez émoussé pour ne pas ruisseler d'un sang toujours frais.
Je voudrais ici représenter à loisir les victimes et peindre leurs attitudes. Les uns étaient foulés aux pieds des chevaux, les autres, la poitrine ou la tôte fendue ; d'autres, et c'était grand'pitié de les voir, les entrailles et la cervelle à nu ; d'autres, mutilés et en lambeaux; d'autres, corps entiers mais sans tôte.
Les cris, les lamentations, les gémissements, les tristes et douloureuses plaintes, le bruit des armes et les clameurs remplissent l'air et la voûte du ciel. Luttant contre la mort, les soldats abattus se tordent et se roulent sur la poussière, et toutes ensemble une foule d'Ames s'élancent par le chemin que leur ouvrent mille blessures.
Dès que son esprit se fut retrouvé. lui-même, après une brus-
que épouvante^ Prano, que la ruse a égaré, et qui élait libre cl hors du péril, voit sous ses yeux le désastre manifesle, et sent que le perfide Andresillo n'a fait que Tabuser par des paroles trompeuses. La douleur et la honte ont sur lui une telle puissance, que le malheureux, bien qu'il pût échapper à Tennemi^ sans armes, au milieu des armes se Jette en désespéré.
Maïs plus heureux, les derniers Indiens^ceux auxquels n'était parvenu que le fracas de la guerre, tournent Tépaule en loule hàle et montrent la plante de leurs pieds fugitifs. Les nôtres, avides de les atteindre, s'attachent à leurs pas dans la rapide carrière. Ils frappent et renversent les plus rapprochés, moins diligents et moins vites.
Cependant quelques Barbares valeureux, qui mettent leur vieille gloire à plus haut prix que l'existence, présentent leur poitrine et leurs armes et arrêtent d'un grand nombre la fougue et l'élan. Mais en vain ils combattent avec une bravoure opinTltre; le sort de la guerre était décidé;» et la Mort furieuse leur faisait sentir son glaive au double tranchant homicide.
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Comme en un ciel troublé, lorsque les nuages se forment sur mille points, les uns grossissent, les autres diminuent, d'autres naissent à l'instant même ; si le souffle glacé du nord-oue»t s'élève, il les chasse, il les précipite en amas, jusqu'à ce qu'ils aillent chercher le refuge du midi, et abandonnent l'espace libre et les airs épurés;
Ainsi les Araucans, edrayés et confondus, se divisent et s'éparpillent de tous côtés; parfois ils se rejoignent^ reviennent avec bravoure, par groupes, nous présenter le visage ; mais, cé-
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dant i\ l'impéluosité du vainqueur, ils perdirent ce Jour-là leur camp et leurs drapeaux, et de leurs bataillons dissipés il ne resta qu'une multitude de mort« et de captifs.
Les Barbares étaient vaincus, écrasés, anéantis; on avait cessé de voler à leur poursuite ; les prisonniers et les dépouilles étaient répartis. Nous retournons au campement que nous avions quitté. Là, treize caciques, choisis entre tous, par châtiment exemplaire et solennel, sont attachés à la bouche d'une forte pièce de canon ; le feu luit, et ils tombent exécutés.
Beaucoup de personnes voudront savoir si, dans cette foule d'un peuple nombreux, quelques-uns des chefs distingués par leur vaillance ne restèrent pas là pôle-môle avec les morts ; car dans fous les exploits périlleux, Reogo^ Orompello, le brave Tucapel avaient coutume de marcher au premier front de bataille, et d'ouvrir toujours hardiment aux leurs la carrière.
Je leur réponds, ô mon Souverain, qu'il n'était venu cette fois ni guerrier, ni cacique éminent. Ils voyaient que le général avait usé de fraude et de ruse, et ils réprouvaient de pareils artifices; à leurs yeux, c'était vilenie et lâcheté de surprendre un ennemi au dépourvu, et c'était une victoire indigne de louanges et d'applaudissements qu'un succès obtenu par d'indignes manoeuvres.