‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 26 sur 40 · II · texte numérisé non relu

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en moi rexpërience fait bien voir que la vie ne peut être qu'un tourment pour l'infortuné.

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« Oui, je suis ce Gaupolicâa, dont le destin a renversé la grandeur, mais à qui Tempire des Araucans obéit comme à son cbef et à son souverain absolu. Je suis le maître et l'arbitre de la paix; je puis contracter et sanctionner toutes les conventions. La dignité de ma cbarge place TÉtal tout entier sous mon sceptre et sous mon obéissance •

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« C'est moi qui ai fait tomber Valdivia dans Tucapel. C'est moi qui ai détruit Purén. C'est moi qui ai anéanti Penco Jusque dans ses fondements, et qui ai gagné sur vous tant de batailles. Mais le ciel a changé et s'est déclaré contre moi, et avec tout le cortège de mes victoires et de mes triomphes, me voici à tes pieds pour solliciter une existence dont la durée ne saurait ôtre longue désormais.

« Quand ma cause ne serait pas juste, considère qu'au pardon se mesure ta générosité, et si la passion te pousse à la vengeance, ne te suffit-il pas de voir Caupolicàn te demander la vie? Apaise ton cœur irrité. La colère messied au pouvoir. Mais si tu es résolu à me donner la mort, il y aura une sorte de pitié à me frapper à l'instant.

« Ne crois pas que, si Je meurs ici sous ta main, l'État manque d'une tête pour le gouverner, il y aui*a sur l'heure mille autres Caupolicans, et pas un ne sera aussi malheureux que moi. Tu connais les Araucans ; tu sais que Je suis le moindre de leurs soldats. Ce serait donc une faute de vouloir de nouveau tenter la fortune, bien que je sois abattu à tes pieds.

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«f Songe que tu vaincras une foule d'hommes, si tu sais te vaincre toi-même. Mets un frein à la fougue nuisible de ta colère. La colère est l'épreuve du héros, et c^est par la clémence que se venge une âme magnanime. C'est détruire la paix commune que de me donner la mort. Suspends donc le coup du glaive meurtrier, dont le f ranchaot menace à la fois ma poitrine nue et ta fortune '.

« Aspire plus haut ; vise à une plus grande gloire, et n'étouffe pas ta renommée sous un faible flot*. Tout ce que la Fortune réclame ici de toi, c'est que tu veuilles profiter seulement de ses bienfaits. Sache comprendre la chance que te présente sa faveur. Je suis en ton pouvoir et soumis à tes ordres. Mon supplice, de tout ce que tu as pu faire, ne laisserait entre tes mains qu'un stérile cadavre.

« Que si ma tête désignée au malheur était nécessaire, 6 capitaine, à la satisfaction de tes vœux, je la tendrais volontiers,

1 11 y a quelque aotlogie «ntre le langage de Caupolicào et eelni que Tacite prêle à Caraclaeus, lonque le Breton prisoonier t'adresae dans Rome à Teropereur Claode : « Si italin deditus traderer, neque mea fortuot, neqee tua gloria iaclamiiaet, et sappliciom mei oblivio lequeretur ; at, si ioeolamem lerTaveria, Bter- Bom ciemplar eleroentis ero. • {Annal., XII, 37.)

9 m Atpira 4 mtf , i mayor gloria alitndt ;

Ho quierM en pocaa^ua anegarlc. »

Winterling a rendu trop libreineiit eet deux ven :

• Dir bltthat frAstrtr Ruha aas meinem Leben, Alt dir mein 6b«r«»ilUr Tod kann gebeii. »

Cette traduction n'est que le réiumé de« huit vert, et la fin de Toctave reproduira la même pensée. L'expression « en poea agua anegarse ■ , répond Uttéralement à ridiotisme français, • se noyer dans un terre d'ean • . Mais notre loeution est trop familière pour être eonserrée eette fois; non que le style du poëme épique a*admette toutes les nuances ; mais l'élévation pathétique dn discours de Caupoliciu ne la comporte pas.

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pour que ton ëpée achève ici mon déplorable sort. Mais ce serait abandonner la yie en coupable que d'ambitionner une fin hfltiye, surtout dans un temps où ma mort bouleverserait la paix universelle '•

« L'expérience t'a clairement démontré que, libre ou captif, en public ou en secret, je suis craint et chéri de mes soldats, que tout obéit à ma volonté. Eh bien ! je ferai accepter la loi da Christ ; je ferai abandonner les armes, et je te promets que tout mon peuple viendra, en ma présence, jurer d'obéir au roi Felipe..

« Retiens-moi cependant par prudence à l'écart et dans les fers, jusqu'à ce que tes prescriptions soient accomplies. Je sais que l'armée et le sénat approuveront tout ce que j'aurai fait, et lorsque le délai fixé, lorsque l'heure convenue seront écoulés, tu pourras tout aussi bien me faire mourir, si je manque à mon serment. Choisis ce qui te plaît le mieux ; car je suis pr^t à Tune et à l'autre fortune. »

L'Indien n'en dit pas davantage; et, regardant le vainqueur, il attendait sans trouble sa réponse. Silencieux, c'était du môme visage qu'il allait recevoir le don d'une vie précieuse ou une prompte mort. Quelque eff'ûrt que fît la destinée ennemie pour l'abattre, elle n'y pouvait réussir. Vaincu et captif, il conservait encore la même liberté de manières et la môme gravité de maintien*.

1 Noble seatimeot qui fait supporter au chef des Barbares une ezisleoce désormais pesante et odieuse, pounru que sa patrie puisse tirer encore de sa vie infortunée les bienfaits de la paix ! Cette beauté, cette grandeur morale a disparu de la version allemande avec l'octave entière.

> Voyez encore dans Tacite (/. c, cap. 36), l'attitude que Thittorien donne à Caractacus, lorsqu'il comparait devant l'assemblée des Romains : « Tiennent ensuite ses frères, sa femme et sa fllle; enfin lui-même est offert aux regards. Les antres

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