‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 27 sur 40 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Quand il eut fiai de déclarer ce qui précède^ aussitôt avec plus de rigueur et de précipitation que de prudence, il fut condamné par jugement public à être empalé vif et percé de flèches. Ni ridée de la mort ni celle de l'affreux supplice ne purent altérer ses nobles traits. Jamais, quels que fussent ses revers, jamais la Fortune ne parvint à le faire changer de visage.

xvin

Mais Dieu changea son âme en un moment. Sa main puissante agît sur lui; la lumière de la foi éclaira TinQdèle. Il voulut être baptisé et devenir chrétien. Son sort excitait la pilié et en même temps la joie des nombreux Castillans qui l'entouraient ^ Tous étaient grandement émerveillés, et les Barbares présents frémissaient.

8*abaissèreDt par crainle à dei prières hnmiliantef ; lui, sans courber son front, sans dire un inot pour implorer la pitié, arrivé devant le tribunal , parla en ces termes... a Le langage de Caractacus, plein d'une généreuse fierté et de mesure à la fois, lui valut de l'empereur Claude un accueil meilleur que celui dont les Espagnols payèreut rbéroisme de Caupolicio. Le Romain pardonna au Breton, ainsi qa'i sa femme et à ses frères ; TAraucan eipia par un supplice infâme le tort d'avoir trop aimé sa patrie.

i Nous sommes étonnés aujourd'hui d'entendre Ercilla parler de propagation religieuse au milieu des supplices et à propos de la guerre, ou de croyance intimée i coups d'épée et sous toutes les formes de la vengeance. La douceur du génie social et les mœurs plus clémentes de rhumanilé moderne nous rendent plus difficile à saisir l'accord admis par les meilleurs esprits du iri* siècle entre la force du pouvoir et les maximes indépendantes et désintéressées de la vie morale. Mais nous devons éviter de juger l'un par l'autre deux siècles aussi éloignés Fun de Tautre que le xri« et le xix*. Dès le xv» siècle et dès les premières années du siècle suivant, la haute et belle intelligence de Christophe Colomb avait accepté le droit de souveraineté des peuples chrétiens sur les peuples idolâtres du Nouveau-Monde. Comment accordait-il ses nobles et pures inspirations de chrétien avec les besoins de la société espagnole, que ses guerres et ses désordres rendaient si avide des trésors qui lui étaient annoncés? Nous l'ignorons; mais il est certain que Christophe Colomb voulait, dès l'année ISOt, faire servir aux guerres de ses souverains l'or produit par ses découvertes. Il est vrai qu'il s'agissait, dans sa pensée, de conquête en Terre-Sainte, et ses vues religieuses persistaient; mais il ne s'agissait pas moins d'employer aux combats de la royauté espagnole contre ses ennemis l'or enlevé à d'autres peuples. Il y avait là une application politique et positive des richesses trouvées en Amérique, et lorsque les rois catholiques Isabelle et Ferdinand déclaraient qu'ils continueraient leurs explorationsi dnssent-ils ne découvrir que des

sa.

49 8 LARAUCAN'A.

Le jour même, triste et heureux à la fois^ où on lui donna le baptême avec solennité, et où il fut instruit de la croyance véritable, autant que le court espace de temps le permettait, au milieu d'une troupe nombreuse de gens bien armés, il Tut emmené pour subir cette mort à laquelle il se résignait avccTespérance désormais d'une \ie meilleure.

Sans chaussure, nu-tôte, à pied, dépouillé de ses habits, il s'avançait traînant deux chaînes pesantes, le cou pressé par une corde fortement nouée que tirait le bourreau, et de toutes parts

roehen sani Ttlenr, poomi que la foi s'étendit avec leori âmes, ils ne paraiaaent, pat plas que Christophe Colomb, être complètement d*accord avec eux némei. Tout au moins croyaient-ils tous pouToir user des forces nouvelles remises en leurs nains, pour achevée la soumission d'une croyance ennemie de la leur; et Tasservissement des Maures d'Espagne les conduisait auisit6t à l'idée même d'une croisade en Palestine. Malgré la supériorité de son austère et virile nature, Colomb appar* tenait au xvi* siècle, et était prêt à tous les abus du pouvoir heureux et iotoléraut. il était trop exclusivement religieux pour ne pas vouloir changer les Indiens et les frapper à son image. En i49e, après son second voyage, on le vit dans les mes de Seville en habit de moiue frauciscaio. La foi qui inspirait ses audacieuses entreprises et le rendait invincible à l'adversité, se mêlait à la vie active et jastifiait presque à ses yeux les intempérances de la tyrannie. Lorsque Grenade musulmAoe eut succombé, au lendemain de ce sanglant échec, le plus cruel pour les Arabes depuis ia* Nawu de Tolotay la religion et la nationalité se confondaient ensemble dans l'Ame des chrétiens vainqueurs , et, pour les esprits les plus purs, la rigueur devenait un droit et une nécessilé. De là ce caractère violent et sévère que prit la conquête de l'Amérique. Colomb conjurait les souverains d'Espagne de ne pas souffrir qu'un étranger, qui ne fât pas catholique, s'établit dans des régions qui n'avaient été découvertes que pour la gloire et l'agrandissement de la chrétienté. L'esprit qui avait proscrit les Maures et les Juifs animait aussi Christophe Colomb; et lorsque Ferdinand, qui à la prise de Malaga seule lit If,t00 esclaves, traçait par céduUt royales à l'amiral les plus minces détails de son administration aux colonies, on peut bien croire que les droits naturels de rbomme rencontraient peu de respect. L'esclavage semblait justifié par un motif religieux, et il avait commencé par les Morisques, en Europe même. Auui, tout en menagéant d'abord la propriété privée, Christophe Colomb ne craignait pas de proposer l'envoi en Espagne d'un chargement complet d'Indiens idolâtres. Les premiers Américains qu'il présenta aux rois catholiques furent renvoyés après leur baptême ; mais bieutêt tout changea de face. Il est facile de voir que les mêmes idées, les mêmes vues et les mêmes passions animèrent les premiers conquérants du Non* veau-Monde et les soldats de Reynoso ou de Garcia dont le poète nous retrace l'image.

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eotouré d'annes. Par derrière, le menu peuple regardait et regardait encore^ comme s'il eût jugé impossible ce qui se passait, et dont le témoignage* même de ses yeux ne le pouvait eivtièrement convaincre.

C'est ainsi qu'il arriva Jusqu'à Téchafaud, que la dislance d*un jet d*arc séparait du camp; on l'avait élevé au-dessus du sol de la hauteur d'une demi-pique, -et de tous les côtés il était exposé aux regards. Là, avec son héroïsme ordinaire, sans changer de couleur, sans aucune marque d'émotion, Caupolicàn monta les degrés aussi légèrement que s'il eût été libre de toute entrave*.

Parvenu au sommet, il tourna de côté et d'autre son visage serein, et il resta quelque temps à considérer ce vaste concours et cette multitude d'hommes, qui, attentive et confondue, regardait l'événement étrange, incroyable, étonnée et pleine d'effroi devant une telle puissance de la Fortune.

De lui-même, il s'approcha du pieu, où la sentence atroce devait être exécutée ; et telle était son assurance qu'il ne sem-* blait tenir aucun compte d'une si terrible épreuve. « Puisque le destin et ma fortune, dit-il, ont préparé pour moi cette

> U est difficile de d« pat m reppcler ici cm TtilluU touTeraiiit du Péroa et de Méjico qui lubiutieut eveo une ti graode coottinee Ici tourioenti et le mort inflifét per les Teioqoeura etpagaolt i leurs TicUmei. Montaigne i*eneut ta récit de trtitcmeut qoMt firent aouffrir aa caeiqae Atabualpe : «Ou loy appoata oae faoïae accutatiO et preuve qu'il deaaeiguoit de faire louleuer ses Provinces, pour se mettre en liberté. Sur quoy par beau iugement, de ceux mesme qui lui auoyeat dressé cette trahison, on le condamna i estre pendu et estranglé publiquement : luy ayant faiet racheter le tourniit d'estre brusié tout Tif, par le baptesroe qu'on luy donna an supplice mesme. Accident horrible et inouy : qu'il souffrit pourtant uns se desmentir, ny de contenance, ny de parolle, d'une forme et granité Trayment royalle. • (£«Mtf, Ut. IH, p. 187.)

morts qu'elle vienne, je la demande, je la réclame; aucun mal n'est grand, s'il est le dernier. »

Aussitôt s'avance le bourreau diligent, un nègre yolof, mal vêtu. En le voyant devant lui se disposer à lui donner la mort, bien que jusque-là^ d'un visage et d'un cœur patients, il eût souffert tous les autres affronts, le Barbare ne put supporter celte dernière offense, et d'une voix retentissante, il s'écria :

« Comment ! dans des âmes chrétiennes , enflammées par l'honneur^ a donc pu naître cette pensée monstrueuse, de faire donner la mort à un homme aussi renommé que moi par une main aussi abjecte I C'est assez, ah I c'est assez que la mort pour le plus coupable; sa vie ne sufflt-elle pas pour tout payer? Et user d'un tel outrage envers moi, n'est-ce pas une vengeance inhumaine plutôt qu'un châtiment *?

« Entre toutes les épées qui à l'envi sortaient du fourreau contre moi, n'y en a-t-il donc pas une seule ici qui, habituée à se plonger dans la gorge des malheureux Araucans, veuille d'un

1 Caupolicia se garde bien de qualiGer ni son destin ni le topplice qui lai est réserTé :

«... I*dcs et hado y fuerle niia Me (ieiicn esta muerte tparejtda. »

Aocane épiihète n^eiprime qu*il se plaigne on qu'il regrette ; il brâve froidensent tous les apprêts de la mort; il réclame la torture. Ercilla ne pouvait mieux peindre le dédain et le grand eœur du Barbare. C'est gAter ce simple et natf héroïsme que de traduire avee Winterllng:

m »..« Da mich ein grcuêam Loos,

Ruft er, bestimml xu solcbem Tod voU Schmertcn. >

Non, Caupolicin ne s'attendrit pas ainsi sur la douleur qu'il ta souffirir. Il affronte ses vainqueurs avec l'impassibilité des Indiens, et est plus sublime encore sur son échafaud que sur les champs de bataille, s cr. La Fontaine, Fables^ m, U.

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seul coup trancher la mienne? Non, quoique la Fortune en ce Jour exerce contre moi de tant de manières son pouvoir, elle ne fera point encore qu'une main avilie touche le grand général Gaupolicàn. »

Il dit, et, soulevant le pied droit, bien qu'embarrasé par les chaînes, il frappe le bourreau avec tant de rudesse qu'il l'envoie loin de lui rouler en bas, tout blessé. Cependant il se reproche cette action d'impatience, revient de son accès de colère, et se laisse poser, sans contrainte, sur la pointe du pieu acéré.

xxvni

L'instrument aigu du supplice eut beau pénétrer dans son corps, lui percer et lui déchirer les entrailles, il ne se rendît pas à l'atroce douleur. Son air était serein, son visage calme, et Ton ne put voir aucun pli se former à sa lèvre ni à sa paupière; il demeura aussi paisible que s'il se fût assis sur un lit nuptial*.

A ce moment, six archers d'élite, qui avaient été préparés pour ce service, placés à une dislance de trente pas, le visèrent tour à tour et lentement*. Faits à tous les genres de cruauté, ils sentaient pourtant leur main vaciller en lançant leur Ûèche; tant ils craignaient de frapper un tel homme ', dont le nom et l'autorité étaient répandus au loin!

Wiaterliog ajoate an détail qui lui cit fourni pir rbiitotre do Mexique et pir les géoéreutet ptrolefl de GaatinoMa posé iTee ion miikittrt sur des chwbont

• Qoe ti tMoUdo tn tilamo ettutiert. »

•ogaji iinet 1 ardents t

• Ate ob tyf Boten Hua f tbeltet mI. •

* a Deipicio. » La lenteur du tir ajoutait à Thorrenr du supplice. Winterling a eu le tort de traduire : «Mit Scbnelle. >

* LVitloire a consi|^é des faits analogues. On rapporte qu'an moment de cette tr'ste eiécotion qui frappa Mallel Du Pan et ses complices, le saug-froid courageux du général qui commandait lui-même la manœurre et se montrait peu satisfait pour la précision et l'unité du premier mouvement , déconcerta les hommes chargés de la besogne funèbre; les fusils destinés à lui donner la mort, chancelèrent dans plus d'une main ; le trouble fut extrême.

50t LARAUGANA.

Mais la Fortune cruelle qui avait tant fait déjà, et à qui restait peu de chose à faire encore, si une flèche se détournait de la route, en redressait le yoI et la dirigeait à son but. Bientôt» elle ne laissa plus aucune place à découvert. La poitrine du guerrier était percée de cent flèches. Ce fut par ces plaies que la grande flme de Caupolicàn expira ; die n'aurait pu s'échapper par moins d'ouvertures*.

Il me semble que je vois s'attendrir le cœur le plus endurci et le plus cruel au récit de cette barbare exécution. Je n'y assistais pas, roi Felipe; j'étais parti pour une nouvelle conquête, celle d'une région lointaine, et que personne n'avait encore visitée*. Si je m'étais trouvé présent alors à Tucapel, le supplice inhumain eût rencontré un obstacle.

La victime demeura les yeux ouverts et dans un tel état qu'on venait la voir comme si elle eût été encore vivante. La pftle et

ICet eiprettiooi exagérées ne répugnaieut pas &a goAt espagnol. L^imitation de Lueain l«s avait mises à la mode, et depuis le zti« siècle, après trois cents ans de culture littéraire, nos meilleurs écrivains se les ont pat toi^ours repousaéet avee assci de scrupule. Virgile lui-même» dont le style est d'une si ravisiaate justesse, offre quelquefois de ces excès, plus dignes de Técole d'Alexandrie que de son propre génie. Tumus, dans V Enéide^ fait tomber Bitiat sous les coups d*uae pbalariqae , • Un javelot, dit le poëte, ne lui eût pas arraché la vie :

• Non jseulo, neqae esln jteulo titan lile deditiet. •

{En., IX. 104.)

Shakespeare, dans son idiome puissant, laisse quelquefois apparaître ces taches dues à l*iofluenoe de Peuphémisme qu'il a pourtant combattu par ses théories comme par ses chefs-d'œuvre.

> Ercille était en ce moment avec don Garcia, engagé dans an voyage d*ciplorttion au sud de la province de Valdivia. Son courage rauociaii toujours aux entreprises les pins périlleuses. Il se rend de Tucapel à Cauten avec le détachement qui doit ravitailler la citadelle, et ne rentre dans la place qu'après uu combat de défilé. Il quitte encore une fuis Tucapel avec son chef pour l'Impériale ; mais le bruit répandu d'une agression prochaine des Barbares le fait revenir sur ses pas, et il rejoint Reynoso la veille même de l'attaque. Après la victoire des Espagnols, il retourne auprès de Garcit, et n'attend pas la prise de Caupolicàn, pour aller partager avec son général les dangers d'une nouvelle expédition.

CHANT XXXIY.

hideuse mort, malgré cette horrible attitude, ne put le défigurer. La crainte qu'il inspirait aux Indiens était si grande qu'ils n'osaient pas envers lui désapprendre le respect, et aucun d'eux ne fut assez hardi pour ne pas éprouver encore en sa présence quelque frayeur.

xxxni

La Renommée au yol rapide répandit en un instant dans toute la contrée la nouvelle de cette mort ignominieuse que tous étaient si loin de prévoir. On ne voyait que soulèvements et agitation; et la foule empressée, incrédule et incertaine, dans un trouble extrême et dans le délire, se précipitait en toute hftte, et, le cœur inquiet, accourait pour voir si réellement son chef était mort.

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Si grande était la multitude qui descendait de la montagne et affluait des champs voisins, qu'elle formait un vaste cercle et couvrait en masse compacte toute la plaine spacieuse. On ne voulait même pas en croire ses yeux, à moins d'avoir touché le cadavre avec la main ; et môme après l'avoir touché, chacun encore pensait plutôt être le jouet d'un rêve ou de Timaginaticn.

Ni cette mort odieuse et outrageante, décrétée pour effrayer les Barbares, ni la perte d'un capitaine aussi habile, à laquelle se rattachaient pour nous de plus belles espérances, ne contri> huèrent à les rendre pusillanimes ou lâches. Loin de là, provoqués par l'injuste condamnation, ils aspirent à une vengeance cruelle; ils s'abandonnent à une nouvelle fureur et à une plus grande colère.

Les uns, aveuglés par les transports de la rage, pour chàlicr sur Tennemi l'injure et l'opprobre qu'il leur a infligés ; les autres, parce qu'ils désirent et espèrent la dignité et le signe du pou-

50 4 L'ARAUGANA.

Yoir qui brillent à leurs yeux, avant que les lenteurs puissent apaiser Télan du peuple soulevé, échauffent et fortifient la paision de la guerre, et soufflent le courroux dans toutes les âmes.

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S'il me fallait peindre les folles jactances de Tucapel, de Rengo^ de Lepomande, d'Orompello, de Lincoya, de Lebopia, de Purén, de Cayocupil, de Mareande, un long espace ne me suffirait pas, et il faudrait plus de feuilles à mon livre ; car chacun dans sa fougueuse et bouillante prétention ambitionne le commandement.

, XXX VII l

Mais Ck)locolo a compiîs le danger que présentent tous ces émules. Il sait, le sage et prudent cacique, qu'un bien petit nombre est digne de cette charge difBcile et, interposant sa vieille autorité, il leur adresse à tous des messagers actifs, pour les inviter à se réunir en conseil dans une retraite solitaire et mystérieuse * .

Ceux qui veulent abréger tous les délais, se disposent aussitôt pour se rendre àrassemblée,et beaucoup, dont la seule crainte est d'arriver trop tard, précipitent leurs préparatifs el leur marche. D'autres, qui se proposent un but différent, pour ne se pas déclarer, ne se refusent pas à Tappel, et ainsi il n'y eut pas un

* Cette octave et les deax suiTiates sont oégligées par Winterling. De ptreillct tnppressiont semblent presque toujours nous révéler chei le traducteur une pensée défavorable à Técrivain qu*il veut nous faire coiinattre, une critique de son goât littéraire ; et pourtant chacune des octaves omises nous semble ici encore indispensable à la clarté, à Tordre et au naturel du récit. Comment, malgré la déception de leurs espérances, les Barbares vont-ils se réunir? Qui prendra le soin de cette convocation? Ercilla nous le fait savoir. C'est le vieux cacique <!ont la sagesse s'est tant de fois révélée dans le cours du poëme. Les motifs qui font agir Colocolo, ceux qui déterminent les autres guerriers, le choix même du lieu, la prudence avec laquelle chacun devra se rendre au conseil, les ruses par lesquelles il faut tromper l'Espagnol : voilà oe que nous enseignent les vers ti imprudemment effacée P«r la version allemande de 1831.

seul homme qui manquât de se confonner à la sage décîsîoa de Colocolo.

11 avait éié convenu entre eux qu'ils se rendraient à la rëunion^ isolément, à la dérobée, sans fracas, pour que leur adversaire ne pût avoir aucun indice de la nouvelle assemblée. Ils devaient aussi faire en sorte que de toutes parts de» Araucans sollicitassent, à dessein et par ruse, cette paix qu'on leur avait toujours offerte, et qu'ils se missent à l'implorer avec tous les dehors d'un repentir humble et trompeur.

L'heure une fois fixée, la place marquée dans un vallon commode et solitaire, les guerriers, à Tappel du sénat, se rassemblent, suivant la convention établie. Parmi eux se montrait Tucapel, bien résolu par un moyen ou par un autre à fixer sur lui ]e choix du conseil. D'autres, avec moins de titres, laissaient éclater des vues aussi hautaines.

J'entends de nouvelles dissensions qui fermentent, les luttes et les discordes qui s'agitent; l'ambition enflamme tous les cœurs, et voilà que renaissent les vieilles haines et les vieilles rivalité?, au milieu du choc des volontés et des opinions, sans que l'on puisse voir ni pressentir aucun accord, parce que chacun des émules donne pour appui à son délire la force de son bras et son caprice.

XLIH

Lorsque furent, comme je l'ai dit, entrés au conseil les caciques et les nobles convoqués, tous avec leurs insignes et leurs marques distinclives, et tous armés, suivant leur antique privilège, Colocolo, le cauteleux et vigilant vieillai'd, à la vue de If. 2»

5 06 L'aRAUCAHA.

leurs (faits altérés, après avoir attendu longtemps % élève enfin la voix et s'exprime en ces termes

XIJV

Mais si la fatigue ne te gagne pas, ô roi Felipe, avant de te rapporter les paroles de Colocolo, je veux entreprendre une longue route dans une autre direction et ramener mes pas vers noire pôle. Car, quoique je me propose de te faire encore bien des récils, le sujet nouveau que j'aborde est seul capable de relever ma voix qui baisse et qui s'épuise, faute jusqu'ici d'une matière qui la soutienne.

f Et pourtant, non Si tu me le permets, pour réserver

ceci encore à un temps plus opportun, j'aime mieux d'abord me mettre, pourvu que je puisse l'atteindre, sur les traces de don Garcia, quels que soient de cette carrière la longueur et le détour *. U avait introduit d'utiles réformes dans un État

1 • Auoqiie agvardaba i It fuon poclrert. »

Winterliog triduit fort bien :

« Und ait er ichirêigend lang im Kreiie Sich ongesebu... »

C/était l'uMge des Barbâret, et VAraueana noot a donné de celte coutame pltt> sieurs exemples, de promtner lentement les yeux sur l'auditoire avant de rompre le silence. Ut semblaient ainsi se recueillir avec gravité et ne vouloir ouvrir les lèvres Mu*aprèi avoir bien pesé leur avis on leurs conseils. Ici Colocolo avait une raison de plus. L'assemblée était fort émue; chacun apportait à la réunion ses pensées serrètes ; les prétentions rivales se faisaient jour. Il fallut du temps sans doute avant que cette mer agitée eût repris un peu de ealme, et Torateur se tait jutqu'aa moment suprè.uei jusqu*à celui où les dernières oscillations et les derniers murmures de la foule s'arrêtent. CVst alors seulement que le vieux cacique put faire iulendre sa parole.

s Avec cette octave commence le long récit d'exploration dans les contrées do Sud, qu'Brcilla ne termine qu'avec l'octave 43« du chant xxxvi*. Cest assurément TaB des épisodes les plus curieux et les plus saisissants de toute VAraueana . Nous avons établi ailleurs (t. I, p. ccxxxviii, sq.), comment il se ratUche à l'ensemble de la co.-iception poétique. Mais ce que nous devons plus particulièrement remarquer ici, c'est la variété des obje:s dont l'écrivain se propose d'enrichir son épopée. Il voudrait, avant de retracer les détails de l'élection nouvelle, nous entretenir des grands événements qui, à la même heure, s'uccomplisieat en Europe, et il tiendra plus tard

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bouleversé, et, a?ec des soins extrêmes, fait reparaître la justice et rétabli un sage gouvernemeat ^

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