XL VI
II traversa la fertile plaiae de VîUarica, terminée au sud par la montagne immense, forge, assure-t-on, du dieu Vulcain *, et qui sans cesse vomit des flammes. De là, se dirigeant vers la droite, il parcourut les terres indiennes» et enfin arriva au vaste lac et au grand estuaire ', dernière limite où s'était arrêtée la marche de Valdivia ^.
sa proneise ; mail poar le moment il te ravise et longe i des faiti plus rapprochés du théAtre mène oâ se déploient ses fictions. Il nous racontera d*abord reicorsion ()• Garcia vers les terres nafellaniques. Lui-même a fait partie de ce voyage, qui a été à la fois une guerre et une découverte. Ainsi, outre la matière priucipale de V Araucana, qui est le triomphe des armes de Philippe II i l'autre bout du monde, iroiià deux antres eiploits annoncés pour la tloire de son souverain : un premier épisode, la conquête du Purtugal que le poë e voudrait développer afin de jeter quelque intérêt sur son canevas essentiel (la guerre d'Arauco), mais qu'il ajourne; un second épisode dont il commence immédiatement la narration, et qui n'est qu*une autre face de aon sujet, un nouvel incident destiné i glorifier les bannières dn roi d'Espagne. De ces deux récits annoncés par Ercilla, un seul tA indiqué ici dans la version de Wioterling. Les faits qui s*accomplissent en Europe, la prise de possession de la couronne du Portugal, qui figurent au ixxvii* chaut de VJraueanOt sont signalés par le poêle dans l'octave 44«, et cette octave a disparu de la traduction de Nnrnberg.
1 Cf. supra, chant xxxs oct. S8-3i .
> Contrairement aui habitudes de ta traduction, Wiuterling supprime'ici l'allnsion mythologique qu*il aime ailleurs à insérer dans la style d'Ercilla. Vulcain disparait cette fois et fait place à la lave élincelante :
« Und Flammen auaspeil und der gltUien Lava Biche. •
S Le lac de Valdivia te trouva à quelque distance de la ville. Le port est magnieque. Un flenve s'y jette : c'est le Callacalla qui porte aussi le nom de Valdivia. Le dêMoguadero on eêtuaire est la golfe qne forment entre les deux rives les eaux du fleuve en se dégorgeant dans celles de la mer. Cf. t/i/îra, Suppléments historiques, Deelaraeion d» algwtM cosat, etc.
4 Winterling confond le desaguadero de Valdivia avec celui de l'Ancndbox, et semble désigner dès à présent le but que don Garcia devait atteindre :
« Kam er xnm r^otten Archipel tuictxt, Der einsl Taldivia*» Lauf ein Ziel ge»«til. •
Le poète espagnol ne fixe que le point de départ. Valdivia n'avait point dépatté 4e rio Bueno, petit flenve qui se jette dans le Pacifique entre la baie de Valdivia et la bouche septentrionale de l'Ancudbji, plus rapproché cependant de la baie que du détroit. Cf. Gay, Historia fi ica y potitica de CAi7«, t. I, p. 140. 11 n'a l>as connu l'archipel de Chiloé at .s'était borné, au sud da la ville qui porte son nom,
508 LARAUCANA.
J'atteignis ces lieux ea même temps que le héros ; car, sans me ralentir un seul instant, je m'attache à suivre ses pas. Appelées du sein des villes, les troupes accouraient en foule, habituées déjà aux campagnes et aux conquêtes. Le bruit de la guerre grossissait de toutes parts et retentissait en sons confus et sourds; tous les lieux voisins frémissaient d'épouvante.
Portée par les vents rapides et répandue au loin par la Renommée, la rude et odieuse harmonie va frapper Toreille des Indiens les plus reculés. Dans le trouble qui les agite, ils fuient les nouveaux et terribles accents qu'ils redoutent, comme les brebis craintives se dispersent, effrayées par les hurlements des loups ^
i quelques exeuniont rapides dont le Bueno fut eertainement l'extrême Hmite. De Yaldivia il revint à Santiago et envoya en Espagne son lieutenant Alderete, celui-là même qui, par set ordres, avait fondé Villarica. La mission d*Alderete était de faire comprendre au gouvernement toute l'importance des eonquèlet de son chef. Il la reçut en 1552. Après quatre ans de luttes et d'efforts, il se vit aceorder de grandes ressources et six cents hommes qu*il devsit mener au gouverneur. La nouvelle de la mort de Yaldivia changea tout à coup la fortune a*Alderete. Il se rendit d'abord à Londres pour informer de ce triste événement le roi Philippe II et pour fecevoir ses instructions. Il fut nommé lui-même a</e/aii/a</o et s*embajrqua avec ses six cents hommes i San Lucar de Barrameda. A bord se trouvaient prêt de huit cents personnes, soldats, femmes, moines et marins. Mais presque en vue de Puerto-Belio, un incendie éclata. La belle-soeur de Vadelantado^ en se couchant, n'avait pas éteint sa lumière. Le capitaine du navire, son fils et Alderete se sauvèrent seuls. Encore le dernier ut dut-il la vie qu'à la promptitude avec laquelle il s'écbtppa des liammes, vêtu d*une simple chemise. Le reste sauta. Alderete mourut de chagrin à Taboga. Cf. supray t. I, p. 334-335, et note l.Ceri se passait en 1556. (Cf. Gay, /. c.,t. I, p. 268, 381.) Quant à Yaldivia dont il avait été le meilleur officier et l'éphémère successeur, il s'était borné depuis le départ de son iieote- - nant à l'exploitation des minières. Une révolte violente des indigènes le força de recourir aux armes. Il perdit la vie en cherchant à la réprimer. Cf. supra^ t. I, p. 102-103. Son successeur réel fut don Garcia, le fils de ce Cafiete qui avait été institué vice-roi du Pérou par Charles-Quiut en 1555. Il reprit les aneieng projets de conquête au midi, traversa la province d'Osorno qui n'avait jamais vu l'Espagnol et découvrit l'archipel que Winterling a le tort de comprendre dans ritinéraire de Yaldivia.
i M. Winterling réunit ensemble cette octave et la précédente, et il résulte de cet amalgame quelque contradiction entre l'écrivain et son traduclear. Ainsi là où Er-
CDART XXXIT. 509
Jamais le voile obscur et ténébreux des nuages entassés tout à coup, ni la foudre impétueuse qui déchire le ciel et descend avec fracas dans un tourbillon de flamme étincelante, ni les tremblements du sol qui tressaille et fuit sous leurs pieds, ne confondent et n'épouyantent les hommes autant que le tumulte affreux de la guerre trouble et alarme toute la contrée.
L'un publie sans hésitation que les Espagnols entrent sur leur territoire, et détruisent partout les troupeaux et les vi\Tes ; d'autres, qu'ils saccagent les champs et leshabitations^et enlèventla vie aux caciques ; d'autres encore, qu'ils déshonorent les nobles dames, outragent les vierges modestes^ prodiguent l'insulte et les crimes et ne savent respecter ni les lieux, ni le sexe, ni l'âge.
Le désordre s'augmente et les âmes s'effarent davantage avec tous les bruits que sème la Renommée. Ils tiennent pour certaines et affirment toutes les misères dont l'horrible frayeur
cilU nous moDire les guerriers espagnols accourant des cités, Winterling croit aper* ceroir des Indiens qui grossissent les rangs de Gsrcia :
m Aaa DArfern und sus SUdten eilt
D«r Wilden Volk la Mengt ont entgefen
Und miseht lieh Erieigewebnt in unire Reihn. •
Ajoutez que la contradiction règne même entm les deux parties de Pocla?e allemande, puisqu^aussitôt après, elle nous représente les Indiens effrayés et tremblants :
m Sogleitrh verbraitst sieh d«r Uat« Schall
Von unMrn Waffeii Qberall
Und jagt den ferottca Indiem Furcbt und Schrecken ein. ■
Enfin qu*est devenue, grâce à cette méthoJe de réduction, la similitude qui termine ToctaTC 48« d'Ercilla :
« Cuti medroMS ovf jas derramada»
Del aullido d«I lobo luedrentadaa. •
510 l'abaucara.
leur retrace rimage ^ Ih ne doutent que du pouvoir d'échapper au péril; voilà ce qui les inquiète et les tourmente. Tantôt ils courent avec des cris, tantôt reviennent sur leurs pas. Ils croient toute chose et ne savent se résoudre à aucun parti.
Lit
Mais enfin cette terreur délirante, qui avait dispersé la multitude, se calme dans les esprits, et à la place qu'elle avait remplie laisse rentrer le discernement ; le peuple, revenu de si surprise et rendu à la réflexion, songe à éviter sa ruine en> tiôre, et se réunit pour discuter, au milieu de sa détresse, les moyens qui pouvaient le sauver encore.
LUI
Dans cette assemblée confuse se trouvait Tunconahala', guerrier plein d'expérience, de valeur et de sagacité, élevé à Té^ cole des Araucans. A l'occasion d'une querelle et d'un malheur, il s'était vu exiler de sa patrie et de sa famille, et réduit à une existence privée, loin des armes et du fracas de la guerre.
MV
A l'aspect de cette multitude agitée, livrée à une grande crainte et à un grand trouble, et qu'effrayaient non les accents de la trompette ni la vue des soldats, mais ses propres clameurs % en un lieu vaste et convenable il groupe autour de
Cf. Virgile, En.^ VIII, 556-557 :
« M... Propiuique perielo
Il timor •
S Le rôle «ttribaé ici par le poSte à TuncooabaU est prêté par Cl. Gay à no Orompello ; mais il oe faut pat le confondre avec le jeune guerrier qui déploie tant de courage dans YAraucana, et qui figure avec éclat à ta bataille de MiUarapué. (Cf. Gay, t. I, p. 430, note,)
S Winterliog modifie les métaphores d'Ercilla :
m Dunn ••lb«t das Lanchen, dai etwt ein Bitll Bewegt, k«nn >i« in Pureht und Schrccken jtgen. »
lui fous ses nobles compagnons ', et quand le mouvement et les rumeurs se sont calmés, il se met à leur tenir ce langage :