II
JS4t l'araucana.
En voyant notre embarras et notre détresse, un jeune Indien à Tair intelligent s'engage avec confiance à nous enseigner pour le retour un autre chemin plus facile. Beaucoup laissèrent
longue de 40 lieues. Elle occupe un espace égal à celui qui le IrouTe sur la terre ferme entre la forteresse de Maudin et le village de lot Coronados (San Joaé), le seul port de eetle côte. Il est certain, par les détails mêmes de VAraurana, que le drapeau de rSspagne ne fut pas cette f o s porté plus avant. Depuis que te fils de CaSète a dépa»sé les frontières de la province de Vsldivia, tes jours de oiardw sont faciles & compter. Pendant quelque temps les Espagnols s'avaucent au hasard :
« Caminamot sin lino &lgunof diaf. ■
(Chant XXXV, ocL 10.)
Cette courte irrégulière et aventurée, avec des guides sans expérience, dura quatre jours :
« Ya det movll prirnero arrebatado Coulra flu curso el «ot hàcia el poniente Ai mundo cuairo vueliat habia dado Calealando del pei la humida Trente.»
(Ibid^ oeL H.)
Les Indiens de Tunconabala escortent Tarmée pendant deitx jours :
« Siguiéndonofl lot indiot dot Jomadas. »
Qhid^ oel. «6.)
Lorsque Tunconabala quitte les Espagnols, il leur laisse un guide qui leur promet des terres fertiles après six jours de fatigues; mais celui-ci les abaudonne à la fin du quatrièTM jour :
c Pero i la euarla, al iramonlar del dia Se net hu|ô la roentirota guia. •
(76ÛI., oet. 19.)
L*arroée erre sept jours sans direction* avant de découvrir le littoral fertile d'Aucud :
« Siale diat perdidot anduvimos. »
{Ibid,, oet. 40.)
Depuis leur départ des frontières de VaJdivia il s*est donc écoulé dix-sept jours. Mais dès IfS premiers instants, ils ont été induits en erreur, et avec les difflcaltés de tout g«nre quMs trouvaient devant eux, depuis le début de leur tentative, ils ont pu a pttine parcourir quelques lieues dans des bois é^ait, marécageux et inextricables. Leur catrière «tevieut plus libre et plus facil**, lorsqu'ils suiveut le détroit d'Ancud, après qu'ils ont été accueillis et ravitaillés par des caciques auiis et bienveillauts. Ils vuni «J'aburd camper à une lieue de distance, près de la mer (ch. xxxvi, cet. tl) ■ audanJo una gran légua. » Ce qui les frappe le plus, en continuant leur route, c'est la }(r<indeur de cet archipel inconnu {ibid., oet. I7«j. Ereilia Ta même visiter la plus grande de ces Iles, Chiloé sans doute (oet. 1V«), et quelques autres moins importantes ^oct. 20-21), Lemuy el Quiucbao peui-étre, qui oat 6 oa
CUANT XXXVr. 5(8
éclater leur joie excessive, et Ton se décida immédialecnent au départ. Déjà l'hiver si rudç dans les contrées australes commençait à se faire sentir par de sinistres avant-coureurs.
hoit lleuet de tour, la plupart des aulrea en comptent deux ou quatre tout au plus. * Après trois jours de marche à peioe,
c Pu«s otro dia que e) eampo eaminaba,
Que de nueftra tiaje fue cl t«rcero,
Uabiendo ya très bora« que marcbaba, »
ils 8*aperçoivent que U lac se décharge dans la mer. Depuis qu'ils avaient atteint le p^lfe d*Aiicud, au nord, ils s'étaient avaucés d*abord d'une lieue, puis, pendant deux jours et trois heures de marche, quand la barrière des rochers, à gauche, et i droite une mer infranchissable $e présentent devant eux et les forcent k k^arrèter. En rapprochant les chiffres fournis par Ercilla de l'espace à parcourir, il est bien évident pour nous que l'armée de Garcia se trouvait arrêtée par les escarpements du Nevado de Coronad» et par les flots turbulents du desaguadero de l'Ancudboi. Ce desasEuadero n'est autre chose que le golfe nr.ème de Corcovado par lequel l'Ancud débouche au sud sur le PaciHque par une immense ouverture. L'étendue de rAncudbox est de 120 milles du N. au S., et elle varie de TE. à 10. en>re 16 et 50 milles. Il n'a cette dernière largeur que dans la partie méridionale. N'est-il pas facile de voir par le chiffre qui exprime la plus vaste dimension du détroit que l'armée espagnole n'a pu fraucbir les bornes de son riva^re dans les limites de temps fixées par Ercilla, depuis leur sortie de« espesnras. Quant au retour de don Garcia, il peut être comparé à une véritable retraite; l'hiver, les difficultés, le découragement le firent renoncer à son entreprise. U revint en disant qu'il n'y avait rien à espérer d'un pareil pays couvert de montagnes et de quebradas^et dont les petits vallons étaient noyés par beaucoup de marais infects. (Cf. Cl. Gay,t. I, p. 4S3.) Les affaires publiques le retinrent encore deux ans au Chili. Mais l'année suivante, de Santiago, il se rendit à Valparaiso avec le projet de s'embirquer pour Lima ; ce fut à Valparaiso et avant d'être sorti du port même, qu'il apprit, le 5 février 1561, la mort de son père, le deuxième marquis de C<i&ete, le vice-roi da Pérou qui lui avait confié le commandi-ment contre les Araucanos. Garcia devint lui-même vice-roi du Pérou de 1590 à 1596. La durée normale de ce pouvoir était de six années. Don Garcia Hurtado de Men«toxa, lo quatrième marquis de <:afiete, fut le huitième vice-roi et le dixième président de l'audience de Lima. Ces ilignités n'étaient p^s toujours conférées ensemble. Le titre commun à tous les chefs suprèmes du Pérou était celui de gobemador y capilan gênerai. Bla«co Niiilex Vêla fut le premier iovt-sti du titre de vito-reg, et le premier il reçut aussi la •liKnité de présidente *fe la audi^ncia de Lima, Les dangers que courait alors l'auforité monarchique forçaient souvent la métropole à concentrer de grands pouvoirs entre les mêmes mams. celui de la justice comme celui du glaive. Le père de Garcia fut le troisième vice-roi et le quatrième président. Garcia lui-même a eu pour historiographe, dison« mieux, pour paué^cyriste, <Tisl6bal Suarei de Figueroa. Lorsqu'il revint à Lima, il trouva le nouveau gouverneur en possession du pouvoir. Lui-même n'égala jamais les talents de son père. Don Andres Hurtado de Mendoza, dont le poète nous a longuement retracé la vigoureuse administration [Arauc,^ xii. xiii), fidèle et courageux serviteur de la monarchie, guarda mayor de C.ut'nca, montero mayor du roi, n'avait été nommé virey du Pérou, le 6 juillet 1555, qu*après de grands services militaires rendus en Allemagne et en Flandre. La nouvelle de l'abdication de Charles Quint arriva au Pérou a«sez vite pour qu'il iiian^mât ^a charge au nom de Philippe II. Il eut à comprimer des esprits rebelles, à lutter contre les
54 4 LABAUCANA.
Mais moi, dont le projet arrêté était d'atteindre Jusqu'aux dernières limites possibles de notre expédition, accompagné d'une dizaine de mes amis, troupe vaillante et résolue, faite à braver lous les périls^ j'équipe de rameurs une barque, et Je franchis le vaste bras de mer et ses ondes rapides. Bientôt notre proue s'enfonce sur la rive, où, avec de puissants efforts, nous ont poussés l'agile aviron et la vigueur des bras.
Nous avançons à quelque distance sur la terre sablonneuse, sans interprète, sans aucun renseignement, au hasard. Le sol était rude et pierreux et parfois couvert de bois épais. Poursuivre notre excursion paraissait plein de périls, et nous risquer plus avant semblait folie ; nous revînmes donc sans plus de retard vers la pirogue, et nous nous apprêtions à traverser de nouveau le courant furieux.
xxvm
Mais pour assouvir ma pensée ambitieuse qui était de fouler cette terre plus loin que lous les autres, feignant de vouloir y laisser une marque de noire passage, précaution importante pour tous ceux qui découvrent un pays *, je franchis environ
Araueans et confia au brare Pedro de Ursua uoe expédition contre les Omagaaa de TAmazone dont la péripétie devait être si désastreuse. L'on prétend que Andres Hurtado mourut de chagrin. Son successeur, à son arrivée dans Lima, le traita «vec quelque hauteur et ne lui rendit pas dans sa correspondance le titre d'Excel' lencia qui s'échangeait ordiuairemcnt entre les deux dignitaires. Il succomba avant même d*avoir remis ses pouvoirs. Son corps fiit déposé au couvent de San Francisco de lima. (Cf. lielaciou Âw/ôr/ca, par Juau Jorge et Antonio de L'iloa, t. IV, Besumen his!ÔricOj p. cvcviii.)
< Le premier voyageur qui a coustaté par uu signe visible la trace de son passage ne peut plus se voir enlever Thonneur de la découverte. Il lui importe donc de prendre date et de laisser à ceui qui le suivront un indice, une inscription, une marque extérieure qui les empêche d'usurper sa conquête. Ainsi le eairn érigé par les compagnons du capitaine Franklin, et trouvé par UacClintock, en 1859, sur la pointe nord de la terre du roi Guillaume, attestait que le hardi navigateur, mort en I8i7, avait an sud des terres WoUaston et Victoria, précédé lilac>Clure dans la
l'espace de cinq cents pas, et dans un lieu où Je désirais fixer par écrit un souvenir suffisant, je choisis le tronc d'arbre le plus vaste que j'aperçus, et Je gravai ces lignes avec le fer sur récorce :
« Jusqu'ici a pénétré^ avant tout autre mortel^
Don Alomo de Ercilla, qui le premier
Sur une petite barque sans lest,
Avec dix hommes seulement, ait franchi le détroit,
Lorsque déjà une cinquante^huitième année
S'ajoutait à quinze siècles révolus, le dernier jour
Du mois de février, à deux heures de raprès-midi.
Au moment de revenir vers les compagnons qu^il avait laissés. »
A peine fûmes-nous arrivés au camp espagnol qui attendait notre relour pour partir^ car l'hiver rigoureux commençait et menaçait la campagne déserte^ guidées par l'Indien expérimenté, notre ami, les troupes se mirent en marche d'un pas rapide et joyeux ; et malgré les obstacles qui se présentèrent encore^ le chemin nous parut facile auprès de celui que nous retraçaient nos souvenirs.
Le barbare insulaire accomplit sa promesse. 11 ne montra pas un instant d'hésitalion, et à travers une épaisse et profonde forêt il nous fit sortir, selon ses engagements, de la terre où nous étions *. Je franchis en toute hâle la route que nous parcou-
décoaverte du passage nord-ouest. AÎDsi, Uac'Ciure, en 1852, découvre dans uu cairn, à Winter-Hirbour un documeot par lequel II est iorormé que Mac-Clintock, le lieutenant d'Austin, avait pafsé là Tanuée précédente. 11 plaça à tout hasard dans l« même cairn un nouveau document que Kellet y retrouve en 1853.
1 Le guide des Espagnols en les rameuant à T Impériale suivit sans doute un de ees défilés connus des Barbares, une de ces dépressions du sol qui rendaient leur retour moins fatigant et dont les avait détournés la ruse de Tunconabaia et de ses émissaires.
546 LAHÀUCANA.
rùmes, pour éviter autant que possible la prolixité des détails ; bien que nos fatigues aient duré longtemps, il est nécessaire d'en abréger le récit*.
Nous voilà rendus à Tlmpëriale, dont les habitants nous prodiguent l'hospitalité la plus généreuse. Des mets variés charment et rassasient nos estomacs aiïamés. Bientôt la réunion dans cette ville de tous ces jeunes guerriers, vaillants et hardis^ inspire l'idée d'une joute et d'un tournoi où chacun puisse faire éclater sa bravoure.
Un accident imprévu troubla cette fête, et la précipitation du juge fut si grande que je me trouvai sur le tapis', la gorge déjà proie à recevoir le tranchant du fer. Tout mon crime, forfait énorme, excessif, la Renommée et la rumeur publique ont eu soin de le répandre, a été de mettre la main sur la garde d'une épée que je n'ai jamais sans de bonnes raisons fait sortir du fourreau.
Voilà l'événement, voilà les circonstances dont la suite rigoureuse fut pour moi d'être condamné à l'exil. Mais c'est une longue détention que l'on résolut ensuite de me faire subir.
1 Winterliog, en retranchant cette octaTe, précipite trop TÎvement les faits do récit. L'Impériale est le but où tendent les Espagnols sans duute, mais encore Ercillaa-t-ii raisoo de nous dire que iludien eiécute arec fidélité sa promesse; et si dans la narration des faits PécriTain n'insiste pas sur les incidents du nouvel itinéraire, ne peut-il nous déclarer qu*il a quelques bonnes raisons d'afcir de la sorte? Gilibert de Alerltiiac a desséché la poésie a*£rcilla par de nombreuses et ioqualiflables suppressions ; mais Winierliog, pluH eiact et plus Trai, a jeté aussi de temps à autre sur la peinture de l'espagnol quelque iocerlitude et quelque obscu* rite par l'abus de procédés analogues. L'un défigure et refroidit l'Aroiicana» l'autre fait trop souvent disparaître des détails que son goût croit inutiles, et qui presque toujours répandent autour de la pensée des traits de lumière et uu charme de description pittoresque.
i ■ Que estuve en el tapete. > Il s'agit du lieu préparé pour TeiécatioD, et Winterling traduit par un équivalent fort exact: • Auf dem Blutger&st. >
Ainsi se modifia une première faute commise à mon égard ^ Cependant, quoique j'eusse été maltraité de la sorte, armé de patience et le fer en main, je ne manquai pourtant depuis à aucun exploit, à aucune expédition; nuit et jour, je servis à la frontière.
Il 7 eut là des escarmouches sanglantes, .toutes les surprises, toutes les embuscades de guerre, des rencontres et des mêlées pleines de périls, des assauts, des combats pour lesquels les deux peuples ennemis s*ajournaient, des stratagèmes extraordinaires et trompeurs, des ruses et des artifices inconnus, dont les uns furent pour nous couronnés de succès, dont quelquesuns nous jetèrent en de cruelles détresses*.
1 « Por remeaJar con este el primer jerro. •
Terro ne désigne pat aoe faute commise par Ercilla; il ne se reconnaît pas un instant coupable. Il veut parler de Terreur dont il a élé Tictime. Cundimné dV bord à perdre la vie, il a tu sa peine commuée en celle du baunissemeut, puis en une simple incarcération. Aux yenx d'Ercilla c'était encore beaucoup trop, et In première faute de don Garcia envers lui était mal corrigée. Ce n'est point pour avoir porté la main à la garde de son épée, dans une discu»sion un peu vive entre jeunet officiers (■ gallardos jôvenes briosos •), qu*il est juste de prononcer une sentence capitale, ni même dVnvoyer en exil ou de condarouer à la prison. La première faute, mal corrigée, dont parle le texte original, est donc la faute du commandant inexpérimente (il n'avait en effet que vingt-deux ans), et c'est contre la pensée du poêle que Wiiiterling a traduit :
« Uin fflr mein angeicboldiglet Vergebn zu bOiten. »
Trompé sur les causes du désordre et du tumulte, Garcia suppose trop légèrement qu'il 7 a une émeute militaire. Il veut faire passer Brcilla par les armes. Ramené à plus de modération, c>st l'exil qu'il décrète, et ses conseillers lui font même changer cette nouvelle peine contre celle de remprisunnement :
« Por remcndar con ef le cl primar jerro. »
Mais Ercilla, sensible à l'outrage qui lui a été fait, ne quittera pas moins le camp de GaVcia, après avoir donné encore, au préalable, de nombreuses marques de sou courage et de sou dévouement à la bannière de Philippe II.
* Winterling supprime celte octave qui t^i loin de ressembler à un vain remplissage. Don El cilla tenait à houneur de ne pas quitter l'armée, tant avoir fait preuve nouvelle de bravoure, afin que personne ne pûi supposer qu'il parlait avec joie pour se soustraire aux dangers. Il ne se borne pas à dire :
« no por Cf o
Faite en alguna aceioii y correria, Sirvieodo en la fronl«ra noche y dia. »
11 décrit encore par quelques détailt expretaifs cette exittenee du toldat à la frontière^ c'est-à-dire tur les points dn territoire où l'Espagnol était partout en contact journalier avec les Barbare». Tel est l'objet précis de l'octave 35«. Enfin
54 s . LARAUCANA.
Mais ce fut seulement après l'attaque et la grande bataille des redoutables retrancbements de Quipeo S où tant de mailles
ToetaTe fui? ante fait allaiioii à la grande bataille de Qaipeo, et ce n'est qn*après afoir prit part encore à cette terrible affaire, après aroir fourni cent gages de sa Tsleur, qu'enfin, toujours mécontent et aigri par l'offense reçue, il abaudonne l'armée de don Garcia. L'insistance d'Breilla avait done ses motifs. Elle s'explique par le pimcfenor du généreux Castillan.
1 ■ De la albarrada de Quipeo. * Cest le même lieu que les historiens nomment elpalenque de Quiapo. (Cf. Gay, Historia finca y poiitiea de Chilej 1. 1, p. 437.) L'attaque des retranchements de Quipeo forme peut-être le plus brillant exploit de don Garcia. Pour mieux contenir les Barbares dans toute la région qui se développe à l'ouest de la Concepcion, il avait construit plusieurs fortins, celui de Lebù, celui du nouveau Tueapel à Taleamabida, et principalement l'importante place de Cafiete, qu'il ne faut pas confondre avec le port de Cafiete au Pérou, situé dans la vallée de Guarco et dont les riches mines de nitre approvisionnent la fabrique de poudre de Lima. Le CaAete de la fronlera, bâti par don Garcia, est un peu à l'ouest de Tueapel el Viejo, à six lieues de la mer, sur les bords do TogoU-Togoll. Le plan de guerre du général barbare était d'isoler ces places de refuge et de rompre toute communication entre Ca&ete el Coneepcioo. Différents corps de troupes devaient inquiéter les forteresses, et le point de retraite des Araucans était entre les deux citadelles, dans les retrancbements de Quipeo. Ce lieu devenu célèbre (Cujapu, Quiapo ou Quipeo chex les historiens) avait été choiai avec une grande habileté dans un pays montagneux, entre le Chaucupil el le Pilpillco, deux affluents du Lebù. Là, un petit nombre d'hommes pouvaient se défendre avec succes contre tout un corps d'armée qui n'eût pas été soutenu par de rartillerie, et la guerre pouvait facilement être trainéA en longueur. L'ennemi avait construit un excellent fort sur une montagne escarpée et enveloppée de marais; il paraissait imprenable, et Claudio Gay fait ici cette réflexion que si, en élevant cette défense, les Barbares ne prouvèrent pas leur supériorité sur les envahisseurs, ils firent asses voir du moins avec quelle adresse ils parvenaient à imiter les courtines, les bastions, les ravelins dont les Espagnols couvraient le sol conquis. {Loc. c , 1. 1, p. 437.) Don Garcia se présenta d'abord avec deux cents cavaliers et quelques pièces de canon ; mais il vit bien que sa tentative serait inutile, et il s'efforça d'attirer son adversaire dans la plaine. ColoColo prévint de ce piège le fougueux toqui. Il était trop important pour Garcia de briser cet obstacle, avant de s'engager dans son expédition de Ghiloé, et il réunit des forces plus considérables, surtout en artillerie. Il remporta une victoire sanglante et il la rendit aussi cruelle que celle de Millarapué. Les meilleures troupes et les meilleurs officiers des Barbares restèrent sur la place, deux mille Araucans périrent dans cette affaire (13 décembre I557J. Les pertes des Espagnols durent être sérieuses, bien que les documents officiels soient assex discrets : i De los nuestros faltaron algunos, » diseut-ils. (Cf. Giov.- Ignaxio Molina, Saggio tulla ttoria civile de Chile, Bologne, 1787, p. 175-178 ; Cl. Gay, Hittoria fUica y poliiica de Chile, t. I, p. 436-441 .) Dans ce résumé des faits nous avons laissé à part les dissidences de Molina et de Gaudio Gay. Le premier, se fondant fur l'ordre des faits tel que le présente Broilla, place la défense de Quipeo après l'expédition de Chiloé et la confie à un Caupolicân 11 dont l'existence est fort problématique. Claudio Gay, se basant sur des raisons asses spécieuses, met l'expédition de Chiloé après l'affaire de Quipeo, et croit à nne distraction du
furent brisées, où coula tant de sang barbare, ce fut lorsque le poste et les remparts eurent de nouveau été fortiflés, ce fut alors que Je hâtai tout à coup mon départ. Mon injure^ dont le sentiment s'avivait chaque jour, m'eicitait et me dévorait sans cesse.
Sur un fort bâtiment, navire du commerce^ qui^ les voiles hautes, s'apprêtait à partir, je quittai ce royaume et cette terre ingrate, qui m'avait coûté lant de sang et de fatigues. Aucun obstacle ne vint m'arrôler. Secondé par TA uster qui soufflait en poupe, presque toujours longeant la côte, et quelquefois gagnant la pleine mer, j'arrivai à ce port célèbre, à Callao de Lima.
J'y séjournai jusqu'au moment où nos soldats entrèrent dans le grand Maranon S pour une conquête durant laquelle Lope
poète, n semble difficile en effet d'admettre que don Garcia ait pu laioer derrière lui un pareil élémeut de résistance nationale, au momeut où il s'apprêtait i une «onquète nouvelle. L'attaque de Quipeo, la prise et la mort de Caupolicân qui eurent lieu pref que aussitôt, et la découverte de Chiloé qui se fit pendant le procès du chef barbare à Tucapel, se suivent de près. Mais le moyen d'admettre uue erreur pareille, le renversement de faits aussi graves cbes un écrivain engagé lui-même dans eette guerre comme Tétait Brcilla? Nous ne croyons pas que ebez le poète il y ait erreur ; nous pensons plutôt que, dans les phases diverses que présente cette longue et opiniâtre guerre des Araucans, Quipeo a été plusieurs fois pris et repris par les Barbares et par les Bspsgnols. Garcia n'a pas dû s'avancer vers l'Ancudbox •ans avoir frsppé ce grand eoup à Quipeo; Claudio Gay ne i*y e«t pas trompé ; mais lorsque le poète nous affirme qu*à son retour de Chiloé il a pris part à Tatlaque de Quipeo, nous sommes bien obligé de convenir que pendant l'absence de Garcia, le successeur de Caupolicào, un Tucapel, un Lincoya, un chef asses mal défini (Eixaguirre le nomme AntiguiHu ; ef. But, de Chili, trad. par M. Poillon, 1855, t. 1, p. 54} aura soulevé de nouveau les Barbares et repris des fortifications qne don Ercilla contribua depuis i reconquérir. Dès lors, il n'est plus nécessaire de rejeter, comme le veut Claudio Gay. à l'année 1559 Texpédiiion de Chiloé et la mort de Caupolicân. Ercilla dit formellement quMI visita les lies de fAncudboK en 1558, au mois de février. (Cf. Araucana^ chants xxxv, oct. 11, et xxxvi, oct.i9.) 11 déclare d'une manière tout auui positive que le chef des Araucaus avait subi son supplice pendant qu'iL marchait lui-même sur les traces de Garcia. La première prise de Quipeo, la captivité et la mort de Caupolicân, l'expédition de Chiloé, sont des faits presque couteraporains par la rapidité de leur succeuioo. Ils s'échelonnent de décembre 1557 à février 1558. L'affaire d'Breilla et de Pineda, au tournoi de rimpériale, après l'exeursion de Chiloé, est du 7 avril 1558. 1 II y eut plus d'une expédition célèbre sur l'Amazone et sur ses afflueiits. La
550 L'aBAUCAKA.
de Âguirrc, plus barbare que Néron et qu'Hérode, fit passer
première est celle que tenta, tor les ordrei de son frère, Gonnto Pizarro. Poor l'aider dans son entreprise, Gontalo avait fait rcTenir de Gayaquil son lieutenant Orellana. Jamais Tojage de dérouverte u^avait encore été fait avee de plus vastes préparatifs. Gonzalu emmenait 350 Espagnols, 150 clievaux, 4,000 ludiei.s, 3,000 pacot et lamas, 3,0ii0 porcs, une quantité de fer et d'autres matériaux. Son exploralioB n'avait pas de but préeis ; Ton son;:»ait vaguement à des royaumes plus riches qae le Pérou. La trahison fit tout échouer. Sur les bords mêmes du Coca» Gonûlo équipe un brigantin ; lui-même devait continuer par terre avec le gros des troupes. Orellana devait reeevoir à bord les maiérianx et les riches trésors qu'ils avaieal déjà conquis. Si les courants eutrainaient le brigantin, il d»-vait du moins attendre les fantassins à ta jonction dn Coca et du Napo. Parvenu au Napo, Orellana réTéla à eeux qui l'accompagnent ses projets de défection, et tout d'abord ne rencontra que résistance; maii 11 leur prés<'nt« avec tant d'éloquente séduction, l'avenir de richesse et de gloire qui les attendait, qu'ils finirent par r.éder, à l'exception d'un béroî')ue jeune homme qu'il fit débirquer, certain qu'il serait dévoré dans ces profondes solitudes. Deux mois après. Pizarre le retrouva, presque semidable à nn spectre, et fut par lui informé de l'borrible perfi<lie. Il pousse cependant jttsqn*av confluent du Napo et de l'Amasooe, où il comptait sur l'Jiospitaliié d'un cadqne indien. Il ne se trompait pas ; mais ce cacique le confirma dans la miuvelle qu'il avait reçue. Ainsi Orellana seul allait recueillir la gloire de l'expédition, et poar la conquérir, il avait livré ses compagnons i une mort presque certaine ! Gonxalo ne songe plus qu'à ramener ses troupes à Quito. Il tourne le dos an fleuve et se dirige d'aburd vers le nord, à travers les espeturai, puis vers l'oueit. Lenrs souffrances furent inOnies. Tous les Indiens, toutes les bêtes de somme périrent. Quatre-vingts Espagnols rentrent seuls dans la ville, brisés, anéantis. Après deux ans et demi d'absence, Gonzalo revit sa capitale, pour appremlre que son frère venait d'être égorgé et que Vaca de Castro était à la tête des affaires. Cependant Orellana qui avait disparu avec les siens, parcourut le premier toute l'Amatone, depuis son coufluent avec le Napo ju'^u'à l'Atlantique. 11 recueillit seul le fruit de cette expétiitiun et de sa hardiesse ; mais il ne jouit pas longtemps de son heureuse fortune. Due autre expédition, celle dont il s'ai^it plus particulièrement ici, fut confiée en 1559 à Pedro de Ursùa. Actif et vaillant homme de guerre, général au royaume de Grenade où il fonda Pamplooa, tout accoutumé à cette vie d'accidents et d'aventures que menaient les colons espsgnols, Pedro de UrsAa rt çot du BHir^ qués de CaJIete de nombreux témoignnges de faveur et fut chargé par lui de faire la conquête des Omaguas et de reconnaître la vérité des récits d'Or-llana. Entre l'Apurimac et le Santiago, débouche sur l'Amazone le Goallaga, qui vient des Cordillères situées à l'est de Guamanga. Il a pour tributaire nu rio qui vient des montagnes de Moyanibjba. A la moitié de son cours est le petit village de Llamai oà s'embarqua Pedro de Ursna pour son expé<litioo. De sérieux f>b»tacles arrêtèrent plus d'une fois sa carrière. Ceux qui naissaient du fleuve même ou des Indiens n'étaient pas les plus à craindre. Les eml>arras de la route et la difficulté de se pourvoir des vivres nécessaires aigrissaient souvent l'esprit de ses 400 compagnona; et parmi eux il k'en trouvait de farouches, d'intraitables. Lope de Aguirre s'était enrôlé dans sa troupe; originaire d'Ofiaie, en Gnipuzeoa, il fut aussi l'un des principaux Instigateurs des mécontents. Va complot formé aboutit bientôt à la sédition et à la violence. Le eapitaine, prévenu de l'attentat, mais incrédule et confiant, fut frappé dans son hamac, et son cadavre n'edt même pas reçu la sépulture, tant l'affection dévouée d'une belle Péruvienne, la fille de Blas de Atienza, dufia Inét, qui l'avait accompigné dant son audacieuse entreprise. Les conspirateurs élurent pour chef don Fernando de Guzméo, dont l'incapncité était notoire, et Lope de
CUÀNT XXXVI. 551
tant d'amis par les armes et avec eux sa propre fille chérie,
Agairre fut choisi pour maître de ctmp. Tous Toulaient poonuÎTrc l'expédition. Lope de Aguirre s'y oppoMit. Dominant la foule de tes soldât» par de« flatteriet arobitieuaet, il se défit bientôt des officiera les plus distingués et les plut habiles. Caractère odieux et cruel, Lope est dépeint en ces mots par Juaa de Castellanos :
« Todo eaiilelas* todo mtidad para, 8in metcla de virtud ai de noblesa; Su* palabras %u$ trato«, tu gobierao Eran a fcaejaata d«l inOerno. »
{EUgins de vnronei ilustret de Indias, primera parte, eleg. XIV, eanta m, Bibliot. Eivaden., t. IV, p. 165.)
Il fil poursuivre dam les bois où elle s'était réfugiée la courageuse compagne de Pedro de Ur^ua, et on lui coupa la gorge. Lope s» débarrasM bientôt du fantôme de chef que les complices s'étaient donné. Guiman fut frappé au rooroeut de son réveil, et tout couvert de blessures ue parvint à s'échapper un instant que pour tomber sous une balle. Il avait régné quatre jours.
.« y el AfTuirre* traidor, oialo y horrerdo Hizo y d«»hiia rey en cualro dias. » {Loe. cit., p. 167.)
Tous les officiers furent désormais au choix de Lope, et il usa du pouvoir aveo la dernière barbarie. Juan de Caitellanos qualifie sa conduite de « furor luciferiuo» (iôi'tf.). Vu jour il menaça Pero Alonso de faire de sa peau un tambour. Ses atroeités à l'égard des Indiens étaient inouïes. Plntieurs de ses compagnons avaient déjà pris la fuiie ou succombé sous sa tyrannie, lorsqu'il atteignit l'iie de Margarita. Elle se vit tout entière sous les ordres de ce monstre et il la couvrit de •ang. Les Tïeillard* et les femmes étaient indignement massacrés par les bandes d'Aguirre. Chargé «le dépouilles, il quitte avec ses sicaires l'ile iufurtunee et gagae la côte eu se dirigeant vers U Nouvelle- Valence. Mais de toutes les parties dn royaume de Greua<ie de vaillants capitaines se réunissaient pour mettre un terme à tant de désordres et d'excès. Lope de Aguirre eut a livrer un eombat tanglant. Vaincu, son projet était de profiter des ombres de la nuit, pour retourner vert la ■er. 11 était loiu de toute forêt où il pût ebereber un abri^ e^ eraignaut de tomber entre les mains de tes adversaires, il pouf>sa la fureur jusqu'à tuer aa propre fille, pour qu'elle ue lui survécût pas. « Uueretu, a'écria-til, puesque yo niuero. t [L, c, p. 177.) Cest le sentiment que lui prête BrciHa aussi bien que Castellaoos. Vainement la jeune fiile loi adressa les plus tendres supplications. Lope, dans sa folle rage, lui répunuait : a Mi dia se llegd, llegue tu hors. • Et il lui perça le ccaur de plosienrs eoups de poignard . Abandonné de tous^ il tomba sous les coups des premiers capitaines qui pénetrèreut auprès de lui, sur les pas de Diego Gareia de Paredet. Sa lète fut tranchée et portée i Toeuyo. Ceux de ses compagnons qui l'étaient signales par leurs cruautés, furent sévèrement punis, éeartelesp«r les ordres de Pablo Collado. gouverneur de Baraquecineto (depuis Barquesimeto dans le Venezuela). Tel fut le dénodmeot du second voyage de découverte sur l'Amazone, commencé sous Pedro de Ur»àa. M. de Humbuldt voit dans ces événements que nous abrégeons d'après Casiellanos, l'épisode le plus dramatique que nous présente l'histoire des conquêtes espagnoles. Soutbey en a f<tit un réeit plein d'intéièt et de tristesse. L'avenir réservait à Orellana d'autres successeurs plut dignes que lai d'éclairer la science et de préparer une vaste carrière à la civilisation. (Cf. iu^ûf eh. xxTii, oct. 44, no/e59.)
ft58 L'ARAUGANA.
sans autre raison ni sans autre prétexte que de la faire mourir à l'heure où il allait mourir lui-même ^
Et, bien que deux mille milles au moins s'étendissent devant moi, à travers des régions souvent désertes, je n'hésitai pas; mais je pris la route de mer, accoutumé à de plus vastes trajets. J'arrivai à Panama*, où le môme jour était venue par les airs la nouvelle de la défaite et de la mort du tyran. En vain je m'étais consumé d'efforts; en vain j'avais précipité ma course'.
Je fus retenu dans la Terre-Ferme par une maladie longue et douloureuse; mais aussitôt que je sentis mes forces renaître, je partis, je touchai aux Terceires*, je revis l'Espagne. Toute-
1 « No por otra raxon ni etata alguna.
Mas de para norir juntoi una. •
Lm ter» d« Cutellanos que nous avons cités, ne laissent aucun doute sur le sens d*£rcills. Lope ne songeait pat, comme le croyait Winterling, à joindre encore à tant de victimes une victime de son propre sang.
« Auf keinen andern Grund, al« dau mil M viel Leichen Er aucb die ibrige vereiote. •
> Pour aller d'Europe au Pérou, on passait alors par Nombrenle-Dios (Portobello) et Panama ; du Pérou, pour se rendre en Europe ou auVeneiuela, on gagnait de vi* lesse par Panama et Nombre-de-Dios.
> Le sentiment de la loyauté qui inspirait Brcilla et qui le perlait à diriger tes armes contre Lope de Aguirre, animait la plupart des Espagnols du royaume de Grenade et dn Venesuela. De tous c6té<, à l'appel de Pero Bravo de Molina, qui commandait à Merida, ville frontière du royaume, ils se réunirent en fonle, et parmi eui figuraient les plus beaux noms de Caslille ; les Morales» les Reynoso, les Caravi^al, Gootalo Quesada, Gsrci Arias Maldonado, tout nn peuple, aocooraieat de Tunja, de Saota-Fé ; et Lope fut anéanti avant que don Brcilla fût en état de prendre part à l'action. Le poète quitte l'armée espagnole en 15&S, reste à Una jusqu'au moment où arrive dans cette Tille la nouvelle des eruautés que Lope faisait ressentir au Venezaela. U se détermine à marcher eontre lui eomme tant d'autres vaillants, et veut abréger sa route par mer, jusqu'à Panama. Ce fut là qn*il apprit la mort de Lope ; et au lieu d'une eipédition désormais iauflle, il eut> k lutter contre une longue maladie, avant de pouvoir songer à partir enfin pour l'Europe.
* Sur l'île de Tereeira et sur le caractère voleanique de tontes lei Açoret, Vo^. M. Pouqné, et en particulier sa 4« lettre à M. Cb. Sainte-Clsire DevUle (Compiet-rendus hêbdomadmim dm êéanees de C Académie du êcUnen^ 1867. tm* semestre, p. 1 151).
fols je ne m'y arrêtai pas longtemps. Je parcourus la France^ ritalle, rAUemagne, la Silésie et la Moravie Jusqu'à Presbourg, cité pannonienne sur le Danube.
Je passai et repassai dans ces royaumes^ et dans maint autre pays, par des routes périlleuses. Je fus en contact et en relation, avec des peuples divers, chez lesquels je vis de bizarres objets et des événements singuliers, des institutions variées et étranges, des animaux extraordinaires sur la terre et dans les ondes, des contrées que jamais la rosée du ciel ne désaltère et d'autres qui sont condamnées à une pluie éternelle '.
Comment me suis-je éloigné de mon but, et d'un élan rapide comment me suis-je écarté du chemin que Je suivais naguère? Pourquoi ai-Je ainsi oublié ma promesse et le récit où je parlais d'abord de l'Arauco? Je veux revenir à mon entreprise abandonnée, si la satiété n'a pas encore affadi votre goût; mais j'essayerai de vous raconter des actions dont l'intérêt pourra excuser toutes mes longueurs.
Je reviendrai à ce conseil où, dans son lieu désigné, comme je l'ai dit', commençaient entre les plus illustres capitaines les contestations et la lutte. Je ferai savoir l'élection disputée et comment à la fin tous les esprits se réunirent, les assauts^ les rencontres, les batailles. J'ai besoin d'une assez vaste carrière pour les retracer '. *
* Octave supprimée p«r Winterling. Elle est tout à fait dtnt Irt nuances da Ulent d^Eroiila. Nous avons plus d'une fois remarqué avec quel soin il s'attache à faire connaître les lieui qu'il parcourt, et comme le savant, le naturaliste, le géographe se réunissent et s'accordent dans ses vers.
* Cf. chant xsxiv, oct. 43.
'Ici se termine le second fragment, le récit de déeonverte, ajouté par don Ereilla à l'action principale de son poëme épique. Winterling a retranché celte der-
XIJV
Mais que fais-je, et quel sujet m'occupe? Pourquoi fatiguer mon esprit et ma verve languissante à chercher au bout du monde les guerres de quelques Indiens inconnus ou obscurs, tandis qu*en Europe môme de toutes parts Je trébuche sur les armes, que mes oreilles retentissent du tumulte et des âpres rumeurs de la guerre et qu'un violent incendie s'allume par tous les États < 7